Akins, de page 249 à 256, inclusivement
16. Le MS. original — fol. 508 — ajoute: "ou dans leurs parties essentielles", incidente qui n'avait plus sa raison d'être dans le texte, étant donné que nous avons cité tout de ces documents.
nous sommes en quête de tout ce qui peut jeter de la lumière sur ce chapitre perdu, choisissant de préférence les textes que le compilateur des Archives a cru défavorables aux Acadiens ; et, autant que cela est possible, nous nous appliquons à mettre le lecteur en état de juger de tout par luimême. Presque toujours, nous n'avons que la version des autorités ; que si, en dépit de cela, les actes du gouvernement sont trouvés injustifiables, il faut qu'ils le soient bien réellement. Que serait-ce donc si nous possédions des pièces contradictoires, et si nous connaissions les dessous ensevelis pour toujours dans l'oubli? Pour ce qui précède, nous avons la bonne fortune de posséder la requête des Acadiens ; et cet avantage, nous le devons probablement à la critique à laquelle cette requête fut soumise. Ce document, où chaque article de la pétition présentée par les habitants français est passé à un crible sévère, n 'en est pas moins la cause de Lawrence exposée par lui-même, rédigée avec soin, et avec toute l'habileté qui le distinguait, à l'effet de se justifier, le cas échéant.
Philip H. Smith, dans son ouvrage si impartial : Acadia. A lost chapter in american History — commence ainsi le chapitre où il traite de la question qui nous occupe :
« Nous allons laisser ces humbles gens nous raconter l'histoire de leurs souffrances et des torts qui leur furent causés, dans le mémoire suivant présenté au gouverneur Lawrence, sous la date du 10 juin 1755, préalablement à la chute de Beauséjour, et aux autres revers que devaient subir les Français dans la Péninsule. Nous mentionnons ce fait que le mémoire avait précédé ces revers, parce qu'autrement Von pourrait dire que les Acadiens avaient perdu tout espoir, et qu'Us demandèrent la paix seulement parce qu'il ne leur restait plus d'autre issue possible. Nous prions le
lecteur de bonne foi de considérer attentivement ce document, et de juger par lui-même si la critique sévère qui en fut faite par le gouverneur Lawrence était ou non fondée en justice. »
Nous posons au lecteur la même question.
Où était la justification des procédés arbitraires et injurieux auxquels Lawrence eut recours pour enlever par supercherie leurs armes aux Acadiensf Ceux-ci s'étaient-ils rendus coupables, nous ne dirons pas d'une insurrection, d'une prise d'armes, d'insubordination, de résistance aux ordres, mais de quoi que ce fût qui pût faire douter du maintien de la paix? Quels sont alors ces faits? Qu'on les cite! Où était la provocation f N 'était-elle pas tout entière du côté de Lawrence? Qui étaient les injuriés sinon les Acadiens mêmes, envers qui l'on se rendait coupable d'un tel acte de fourberie? Où était le danger, quand, malgré une telle provocation, ces pauvres habitants livrèrent eux-mêmes, sans résistance, et sur un simple ordre, tout ce qu'ils possédaient d'armes, alors que la méfiance que l'on venait de susciter devait leur conseiller au contraire de désobéir, et de ne pas s 'en remettre ainsi à la merci d 'un homme dont ils connaissaient la cruauté ? Le danger ! Lawrence ne le provoquait-il pas en courant le risque d'exaspérer une population paisible, qui, après avoir rendu les armes qu 'on lui demandait, en possédait encore assez pour mettre en péril la province ? Serait-il raisonnable de supposer que le gouverneur eût procédé de la sorte s 'il eût vraiment douté de la fidélité de la population? Il était trop roué pour marcher ainsi à l'aveugle. Oh ! il savait fort bien qu'il avait devant lui un peuple ferme et entêté peut-être, mais paisible et soumis, sur lequel il pouvait impunément faire peser sa tyrannie.
Nous avons lu et relu cette requête qui fut trouvée arro-
gante et considérée comme une insulte envers l'autorité de Sa Majesté. Or, il nous a été impossible d'y voir autre chose qu'un document clair et précis, rédigé dans les termes les plus humbles et les plus soumis ; il dépassait même peut-être la mesure en ce sens, si l'on tient compte de l'indignité dont ceux qui le présentaient avaient été l'objet et qu'il avait pour but d'exposer. Que le lecteur s'interroge lui-même et se demande si, dans les mêmes circonstances, il s'en tiendrait à un document aussi respectueux. Selon nous, l'insolent n'était pas l'accusé, mais l'accusateur, à savoir Lawrence. La requête n 'était insolente que parce que ce dernier était arrogant et brutal, et qu'il avait intérêt à la trouver telle. Il abusait de son pouvoir pour masquer l'odieux de sa conduite sous des paroles indignées qui ne pouvaient, au fond, s'appliquer qu'à lui-même. Lorsque l'on sait, ainsi que nous l'avons vu, avec quelle sévérité il a agi dans le seul cas de désobéissance — si c'en était un — qui se soit présenté sous son administration, l'on est en droit de rejeter ses accusations vagues et générales et de demander des preuves. Soyons bien convaincus que si les reproches qu'il adressait aux Acadiens avaient été mérités, il eût là et alors cité des faits à l'appui. Ni avant, ni alors, ni après, il n'a jamais formulé autre chose que des accusations de même nature, sans précision et sans consistance.
Devant cette majesté tonnante et foudroyante, ces pauvres gens n'avaient qu'à plier l'échiné et à bégayer des excuses à celui qui n'admettait ni discussion ni explication. Que pouvaient-ils répondre à ce tyran rageur qui était résolu d'avance à ne trouver chez eux que matière à blâme? Pouvaient-ils contredire ses avancés lorsqu'il les interrogeait? Ils s'en gardèrent bien! C'est pour le coup qu'ils eussent été chargés d'impudence. Et c'est pourquoi nous
voyons, dans le document qne nous avons cité : « ils admirent. . . », « ils ne nièrent pas. . . » — S 'ils ne pouvaient, eux, que se courber et se taire, l'Histoire peut juger de quel côté se trouvait l'insolence. L'arrière petit-fils des victimes de Lawrence peut, quoique tardivement, déchirer le voile qui recouvre encore ses infamies, et graver sur sa mémoire le stigmate qui convient aux scélérats.
Examinons- une à une ses accusations.
Il les accuse d'avoir aidé secrètement les sauvages, lorsque cependant, depuis cinq ans, il n'y avait plus aucun groupe de sauvages résidant dans la péninsule, ou dans le voisinage des Acadiens. Depuis que Cornwallis avait mis leurs têtes à prix, les Indiens vivaient tous du côté des Français à Beauséjour, duquel les établissements acadiens étaient séparés par de longues distances. L'on sait d'ailleurs à quel point les Acadiens qui demeuraient près de la la frontière eurent à souffrir de leur part à cette époque, alors que les forts Lawrence, Edward et Vieux Logis n'étaient pas encore fondés. Dans ces conditions, il est difficile de comprendre sur quoi une accusation de cette espèce pouvait se baser 1T.
17. Le MS. original — fol. 512 — contient ici la note suivante:
1 ' M. Prévost, écrivant au Ministre, le 27 septembre 1750, disait des Acadiens réfugiés à Beauséjour sur le territoire français: "Les Anglais sont descendus à Beaubassin pour y fonder un établissement. Les Sauvages veulent les inquiéter mais les Acadiens s'y opposent."
Cf. Can. Arch. (1887) P. CCCLIL— Ile Boy. Corr. Gén. 1750. vol. 29. M. Desherbiers, gov. c. 11. 1750. Sept. 27. Louisbourg. M. Prévost to the Minister : ' ' The English hâve disembarked 2,000 men at Beaubassin to form a seulement there. Indians désire to disturb them, but the Acadians oppose this move, and the greater portion fly into the woods waiting for the settlement of the boundaries." (Fol. 106, 7 pp.)
Il les accuse de ne pas avoir donné d'informations, en temps opportun, concernant les mouvements des Français. Cette accusation ne peut se rapporter qu'aux invasions des Français, de 1744 à 1748. Bien que leur condition de neutres pût être interprétée par les Acadiens comme ne leur faisant pas un devoir de fournir des renseignements aux autorités, cependant nous avons de nombreux exemples qu'ils le firent. Nous en avons cité quelques-uns au cours de ce travail, entr 'autres celui de Grand-Pré, lorsque cette place fut attaquée par les Français. Les Acadiens avaient eu vent de ce projet et en avertirent le colonel Noble. L'on se moqua de leur avis, avec les résultats que l'on sait18. Nous avons la preuve souvent répétée que, dans toutes ces invasions, les Français, par crainte, et pour prévenir ce « timely intelligence » que les Acadiens pouvaient donner aux Anglais, avaient eu la précaution de placer des gardes sur toutes les routes. A ce même combat de Grand-Pré, il en fut ainsi: « Comme l'on avait conçu l'idée, dit Campbell à la page 95 de son Histoire de la Nouvelle Ecosse, d'attaquer les Anglais par surprise, les bois furent gardés, de façon qu'ils ne pussent être prévenus de la chose par quelque secrète information. » L'on peut voir aussi là-dessus Murdoch, en son volume II, p. 106. L'on trouvera d'autres exemples de ce « timely intelligence », de cet « avis opportun »., fourni par les Acadiens aux autorités anglaises, aux pages 133, 138, 147, 152, 155, 157, 177, 183, 605 du volume des Archives; et dans Murdoch, vol. I, p. 411, et vol. II, aux pages 18, 25, 42, 73, 76.
Il a pu et il a dû se rencontrer des cas dans le sens inverse. Il faudrait ne pas connaître la nature humaine et ne
18. Le M8. original — fol. 513 — renvoie ici à Hannay et Murdoch.
pas compter avec elle pour affirmer le contraire. Mais la seule circonstance importante où le manque d'informations préalables ait été désastreuse pour les Anglais est celle du combat de Grand-Pré ; et nous venons de voir que les Acadiens méritaient plutôt des remercîments que des blâmes pour la conduite qu'ils tinrent en cette occasion. Si Lawrence se basait sur quelque chose, ce devait être sur ce cas de Grand-Pré, qui est le seul mentionné, le seul au sujet duquel les Acadiens eussent à s'expliquer. Et ceux-ci s'expliquèrent en effet, car si nous connaissons aujourd'hui d'une manière certaine qu'ils informèrent les officiers des projets des Français, c'est grâce à l'investigation à laquelle cette affaire donna lieu. Sans cela, les historiens se transmettraient encore de l'un à l'autre, comme fait historique incontestable, une accusation dont la fausseté est maintenant reconnue. Pour trouver ses prétextes, Lawrence était obligé de retourner de cinq ou dix ans en arrière, et de passer condamnation sur la conduite que les Acadiens avaient alors tenue, quand cette conduite avait été l'objet d'éloges répétés de la part du gouverneur Mascarène, et que les quelques rares coupables d'infraction au devoir, pendant la guerre qui marqua cette période, furent dénoncés par les Acadiens eux-mêmes et punis.
« Plusieurs d 'entre eux avaient même été vus en armes contre Sa Majesté. ». Cette accusation n'avait chance d'être vraie qu'en autant qu'elle se rapportait aux trois cents qui venaient d'être pris les armes à la main, lors de la capitulation de Beauséjour; mais Monckton leur avait pardonné, parce que c'était sous peine de mort qu'ils avaient agi ainsi; et ceci ne regardait en rien les Acadiens que Lawrence avait en face de lui.
«Ils s'étaient montrés indolents et paresseux à l'égard de leurs terres, avaient négligé l'agriculture, laissé le sol en friche; ils n'avaient été d'aucune utilité dans la province, soit au point de vue des travaux des champs, soit au point de vue du commerce ou de la pêche, mais ils avaient plutôt mis obstacle à l'exécution des intentions du roi au sujet de la colonisation. »
Pareilles accusations étaient à la fois futiles et fausses. Eussent-elles eu quelque fondement, qu'elles n'avaient pas leur place dans la circonstance. Au demeurant, elles montrent bien la peine que Lawrence se donnait pour fabriquer des griefs. Si cela était vrai, la part de responsabilité qui en revenait aux Acadiens était infime au prix de celle qui pesait sur les gouverneurs. Depuis quarante ans, l'on refusait de reconnaître leurs titres de propriété sur leurs anciennes terres, en même temps qu'on leur déniait le privilège d'en acquérir de nouvelles, les condamnant par là à vivre sur des parcelles de sol, paralysant leurs ambitions et leurs bras. Et cependant, en dépit de ce morcellement, ils produisaient plus qu'il n'en fallait pour la consommation de la province. « Vos terres, leur avait dit Corawallis, donnent suffisamment de grain, et nourrissent suffisamment de bestiaux pour les besoins de la colonie entière. Nous savons que vous êtes industieux et tempérants, et que vous n'êtes adonnés ni au vice ni à la débauche 10. »
Le 3 septembre, alors qu'il allait procéder à la déportation, Winslow faisait l'entrée suivante dans son journal :
« Ce matin, le capitaine Adams et sa suite sont revenus de leur course vers Rivière Canard, etc; ils ont rapporté