‹ Acadie (volume 2)Chapitre 6 sur 89 · CHAPITRE TREIZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIEME

Signature de la paix à Aix-la-Chapelle. — Le Cap Breton est rendu à la France.

— Les Français continuent à occuper la partie nord do la Baie de Fundy.

— Fondation d'Halifax en juin 1749. — Proclamation du nouveau gouverneur de la Nouvelle Ecosse, Edward Cornwallis. — On exige des Acadiens un serment sans réserve ou leur départ dans les trois mois. — La population refuse unanimement. — Embarras de Cornwallis. — Temporisation. — ' Fondation de Beauséjour par les Français. — Efforts de ces derniers pour gagner les Acadiens à leur cause.

La paix entre la France et l'Angleterre fut conclue et signée à Aix-la-Chapelle, en octobre 1748. Le traité remettait ces deux nations dans la situation respective où elles se trouvaient avant la guerre. Les provinces ou villes conquises étaient restituées à leurs anciens maîtres. L'Ile Royale (Cap Breton) revenait donc à la France \

Cette restitution chagrina particulièrement, et à bon droit, les anglo-américains. C 'était à eux, en effet, qu 'était due la prise de Louisbourg, où leurs milices avaient fait preuve de beaucoup de courage et d'habileté. Cette forte-

1. "L'opinion publique (en France) réclamait la paix. . . les Anglais la désiraient aussi. . . Désignés en janvier 1748, les plénipotentiaires ne se réunirent qu'en avril. C'était, pour la France, le comte de Saint Séverin d'Aragan, pour l 'Angleterre, Sandwich. . . Saint Séverin arriva à Aix-la-Chapelle avec des instructions qui lui recommandaient d'en finir au plus vite. Il était à l'aise, puisqu'il pouvait disposer des conquêtes faites par la France, et ne demandait rien de plus que le rétablissement de l 'état avant la guerre. . .Les conditions consenties entre la France et l'Angleterre étaient la restitution réciproque des conquêtes dans les deux mondes. . . La France perdait les conquêtes de Maurice de

resse, qui avait coûté tant d'argent à la France, avait été une menace constante pour les possessions britanniques. Aussi, la nouvelle de sa chute avait-elle été saluée par de grandes réjouissances. Quand l'on apprit qu'elle était sitôt rendue à ses anciens maîtres, l'on en conçût d'amers regrets 2.

Saxe, et Madras, mais elle récupérait en Amérique le Cap Breton et Louisbourg. ' '

H. de France, de Lavisse. Tome VIII. 2e P. Louis XV par H. Carré. Liv. Ile, ch. Ille, p. 164-5.

"The English ministry of that day was deplorably weak, and French diplomacy scored a brilliant triumph; Cape .Breton, so gallantly won, was sacrificed on the gallic altar. "

Louisbourg, an Historical Sketch, by Joseph Plimsoll Edwards, dans Collections of the N. S. H. S. for the years 1893-95, vol. IX. C'est par l'article 9 du traité d'Aix-la-Chapelle que l'Ile Eoyale était rendue à la France, avec l'artillerie et les munitions qui s'y trouvaient. Cf. Murdoch, vol. 2, ch. IX, p. 123.

Cf. Arch. Can. 1749, Mai 27. Louisbourg. Hopson to Secr of State Bedford. Has received dispatches with order to restore the Island to the French, and copy of the definite treaty. Am. & W. I. vol. 65, p. 227.

2. Le lecteur pouvant s'étonner qu'on ne le renseigne pas plus longuement sur le siège et la capture de ce Louisbourg qui vient d 'être rendu aux Français, il est bon de lui rappeler que Eichard ne fait pas l 'histoire entière de l 'Acadie, mais plutôt qu'il traite de cette histoire à un point de vue particulier, à savoir que la déportation des Acadiens n'a pas eu sa raison d'être en honneur et en justice, et qu'elle fut proprement une iniquité. C'est là sa thèse, et le pourquoi de la reconstitution de ce "chapitre perdu". Bien d'étonnant dès lors qu'il néglige ce qui n'entrait pas dans son cadre, et que souvent il ne fasse qu'allusion à des événements importants par eux-mêmes, mais n'ayant pas de relations avec son sujet spécial. Pour plus de détails sur le point touché ici, Cf. Murdoch, vol. 2, ch. V; Hannay, c. XVIII et Parkman, A Ealf Century, vol. II, ch. XIX-XX. Ce dernier doit être pris toutefois cum grano salis. Son récit est en effet surtout basé sur la Lettre d'un Habitant de Louisbourg, document curieux, mais dont on peut se demander s'il contient un exposé véridique des faits. Les circonstances qui ont entouré sa publication permettent d'en douter. Et d'abord cette Lettre est anonyme; l'auteur n'a pas été assez brave pour se montrer. , Et puis, la désignation Imprimée à Québec est mensongère, au dire de l'historien américain lui-même. Après s'être servi de cette Lettre pour la rédaction de ses ch. XIX-XX, Parkman, à la fin de ce der-

Près de quarante années s'étaient écoulées depuis la signature du traité d'Utrecht. Il avait été stipulé, par une clause de ce traité, que la France cédait l 'Acadie à l 'Angleterre. Mais, ce que comprenait exactement ce terme d 'Acadie n'avait jamais été exactement précisé. Les frontières de cette province, ainsi que celles du Canada tout entier, devaient être délimitées ultérieurement par une commission nommée à cette fin. En sorte que rien n'était réglé sur ce point au moment de la Paix d'Aix-la-Chapelle, et aucun article de ce dernier traité n'allait résoudre cette épineuse question. Ce fut un malheur, pour la France en particulier.

nier, met une longue note de laquelle nous détachons ceci: "The most curious French évidence respecting the siège is the Lettre d'un Habitant de Louisbourg contenant une relation exacte et circonstanciée de la Prise de l'Isle Royale par les Anglais. A Québec, chez Guillaume le Sincère, à l'Image de la Vérité, 1745. — This little work of 81 printed pages, is extremely rare. I could study it only by having a "literatim transcript made from the copy in the Bibliothèque Nationale, as it was not in the British Muséum. It bears the signature B. L. N., and is dated à Québec, etc, ce 28 août 1745. The imprint of Québec is certainly a mask, the book having no doubt been printed in France. It severely criticises Duchambon, and makes him mainly answerable for the disaster." Nous avons donc ici un exemple typique des procédés de Parkman en matière d 'histoire. Ce qu 'il trouve de mieux à faire pour relater le siège de Louisbourg est d'aller dénicher un document qui paraît bien être une charge contre les autorités françaises, une Lettre qui a tous les caractères d'un libelle, à telle enseigne qup l'auteur a dissimulé soigneusement sa personnalité, et qu'il a voulu donner le change au public en mettant un faux cachet à son ouvrage. Et c'est cet écrit plus que tendancieux que l'historien américain qualifie de French évidence! En vérité, ce dernier n'est pas toujours très particulier pour ce qui regarde ses sources d'informations. Qu'elles soient accablantes pour le nom français, il les accepte, fussent-elles d'ailleurs, comme cela paraît bien être ici le cas, le produit de la jalousie et de la vengeance personnelles. Cf. aussi A. C. Ile Royale. Corr. gén. 1745-48, vol. 27. M. Bigot, contrôleur, ch. 11, août 13, 1745. M. Duchambon, lieutenant du Koi, au Ministre. "Il y dit qu'il n'avait que 1300 hommes à opposer à 13,000." Folio 34, 2% pp. — Louisbourg capitula après un siège qui dura 47 jours. Le commodore Warren et le Général Pepperell, d'une part, et M. Duchambon, de l'autre, signèrent la capitulation, le 15 juin 1745.

De là allaient en effet sortir pour elle des difficultés de toute nature dont le terme serait, avec son humiliation, l'échec le plus gros de conséquences qu'elle eût encore éprouvé.

Jusqu'ici, la France et l'Angleterre avaient paru lutter, à chances à peu près égales, à qui aurait l'empire des mers, car l'Espagne n'entrait plus en ligne de compte à ce sujet; elle s 'était laissée depuis longtemps distancer par ces deux nations. La guerre de Sept ans allait décider laquelle, des deux puissances rivales, occuperait définitivement la première place. Et le sort devait être favorable à l 'Angleterre. A partir de cette époque, la langue, la civilisation, les institutions britanniques vont s'étendre à des colonies disséminées par le monde entier, occuper tous les points stratégiques du globe; le commerce et l'industrie prendront un essor magnifique, et feront affluer en Angleterre la richesse du monde; les produits et les capitaux anglais inondant tous les marchés de l'univers, assureront à la Grande Bretagne un rôle prépondérant dans le conseil des nations 3.

3. Voici une de ces généralisations dont Bichard est coutumier et qu'il ne faut accepter qu'avec réserve. Napoléon disait des Anglais: sonti mercanti, ce sont des marchands. Et nous voulons bien que le négoce et les capitaux de la Grande Bretagne aient assuré à celle-ci une influence considérable dans les affaires du monde. Il ne faut pourtant pas oublier que la France, même après avoir perdu son empire colonial en Amérique, est restée maîtresse des esprits par le monde entier, depuis la fin du 18e siècle jusqu'à nos jours. Elle a continué à régner partout en souveraine de la pensée. Qu'elle ait dû abandonner à sa rivale les conquêtes matérielles, nous le concédons. Mais "l'homme ne vit pas seulement de pain". Et n'est-il pas plus glorieux pour une nation d'être l'institutrice de l'univers que de porter en tous lieux les produits de son négoce? Un commerce, même "mondial", suffit-il toujours à assurer au peuple qui s'y livre un rôle prépondérant dans le conseil des nations? L'Allemagne d'avant la guerre inondait, elle aussi, l'univers de ses capitaux et de sa pacotille made in Germany? Osera-t-on soutenir cependant qu'elle jouissait d'une influence proportionnée à l 'étendue de son commerce ? D 'ailleurs, même sur cette question des affaires, est-ce que la France ne rendrait pas des points à toute

Les revendications anglaises au sujet des frontières de l'Àcadie ne manquaient pas d'ampleur, ainsi qu'on va le voir : elles embrassaient, en effet, outre la péninsule proprement dite, tout la partie qui forme aujourd'hui le Nouveau- Brunswick. Les Français, de leur côté, réclamaient toute la partie est de la péninsule acadienne. De part et d'autre, l 'on croyait avoir de bonnes raisons pour appuyer ses réclamations: les droits que l'on invoquait reposaient sur des chartes d'une teneur imprécise ou contradictoire, octroyées

autre nation! Peut-être que les entreprises commerciales et industrielles s'y font sur une moins grande échelle qu'ailleurs, mais elles sont généralement à bases plus sûres. La France est le pays du monde où la richesse est le mieux partagée, on a dit de la France qu'elle était le banquier de l'Europe. Et que l'on se rappelle l'invraisemblable rapidité avec laquelle elle a payé à la Prusse les cinq milliards d'indemnité après la guerre de 70. — Toutes ces considérations demanderaient à être développées. Leur brève notation suffit, je crois, à montrer que l'auteur d'Acadie, ici, comme dans sa Préface, comme dans des chapitres précédents où il traite des entreprises coloniales françaises et anglaises, manque de mesure, ne nuance pas sa pensée, et, sans le vouloir sans doute, commet, au détriment du génie de la France, des erreurs qui sautent aux yeux.

1 ' In the history of the expansion of England, one of the greatest epochs is marked by the treaty of Utrecht. In our survey, this date stands out almost as prominently as the date of the Spanish Armada, for it marks the beginning of the English supremacy. . . From about 1600 to 1700, France has been the first state in the world beyond ail dispute. But the Treaty of Utrecht left England the first state in the world, and she continued for some years to be first without a rival. If ever, it was after this time that she held the same kind of intellectual prinmcy which France had held before. Much of this splendour was transient. . . The décisive event of it (the dual of France and England) is the Seven Years war and the new position given to England by the Treaty of Paris in 1762..."

Cf. J. E. Seeley, The Expansion of England. Lect. VIL Phases of Expansion. Passim.

M. Etienne Lamy, dans son magnifique article: Choses d'Espagne, {Revue des Deux-Mondes du 15 août 1916) développe précisément cette idée, en l'appliquant à l'Espagne moderne, qu'une nation peut avoir perdu sa puissance matérielle et être restée très grande par son culte de l'éternel et son influence dans l'ordre supérieur de la pensée.

plus d'un siècle auparavant. Il semble que, dans les deux camps, et pour des motifs analogues, l'on demandât plus que l'on n'espérait vraiment obtenir.

Entre temps, le capitaine Marin occupa, après le traité d'Aix-la-Chapelle, tout le pays situé au nord de la Baie de Fundy, savoir la province actuelle du Nouveau-Brunswick, laissant aux Anglais, en attendant la décision de la commission qui serait chargée de régler la question des frontières, le territoire qui compose la Nouvelle-Ecosse, moins le Cap Breton. Ce dernier domaine comprenait les établissements acadiens de Rivière Saint-Jean, Chipody, Memramcook et Petitcodiac. Beaubassin se trouvait situé, partie du côté français, partie dans la péninsule. Cet état de chose réveilla, dans l'esprit des autorités anglaises, l'idée souvent émise par Philipps, et surtout Shirley, d'implanter des colons britanniques dans la Nouvelle-Ecosse. Philipps, et après lui Mascarène, avaient proposé l'établissement d'un fort à Beauséjour, et la colonisation de l'isthme depuis l'extrémité est de la Baie de Fundy jusqu'à Baie Verte. Shirley, comme nous l'avons vu dans notre chapitre douzième, avait suggéré en outre d'enlever aux Acadiens une partie de leurs terres pour les donner à des colons de la Nouvelle Angleterre: dans sa pensée, une pareille mesure aurait pour effet d 'amener les gens du pays à s 'anglifier et à passer au protestantisme. Toutefois, soit par incurie, soit à cause des dangers de la situation ou de l'hostilité des sauvages, soit encore que ces projets demandassent des sacrifices pécuniaires trop considérables, ou que les colons du Massachusetts inspirassent déjà des craintes à la Métropole, rien n'avait été fait ni dans un sens ni dans l'autre.

Le premier de ces projets était devenu d'une application malaisée, à raison de la grande expansion de la population

acadienne dans ces régions; d'autre part, le plan de Shirley comportait la plus injuste spoliation et un odieux attentat à la liberté religieuse, laquelle avait été garantie par un traité: il ne faut donc pas s'étonner de voir qu'il n'ait pas rencontré de faveur auprès du gouvernement anglais, toujours plus équitable et plus humain que ne l'étaient les autorités coloniales \

La population acadienne s 'était accrue, en effet, avec une rapidité extraordinaire. Et nous prions le lecteur de se re-

4. Richard revient ici, incidemment, à son "idée fixe", déjà énoncée dans la Préface, et touchée ça et là, au cours du tome premier: à savoir que la Métropole doit être innocentée de toutes les injustices et de toutes les iniquités qui ont été commises contre les habitants français de la Nouvelle-Ecosse. D'aprèa lui, ces iniquités furent uniquement l'œuvre de fonctionnaires qui agissaient à l'insu et même contre les ordres de leurs mandataires. L'auteur d'Acadie dispose ainsi peu à peu ses lecteurs à accepter une opinion qu'il émettra avec force et à laquelle il donnera le plus grand relief, quand il en arrivera au vif de la question, je veux dire la déportation des Acadiens. C'est alors que nous le verrons, dans une antithèse brillante et fragile, ne frapper à coups redoublés sur Lawrence et ses complices que pour mieux exonérer l'Angleterre officielle de toute participation à leur forfait. Mais où donc Richard avait-il puisé une idée si peu vraisemblable en soi, et qui ne résiste pas à l 'examen des faits ? C'est là une mauvaise plaisanterie dont nous nous proposons bien de démontrer l'inanité, quand le temps en sera venu! Richard est parti, sur ce point important de son sujet, d 'une idée a-priori. Or, en histoire, il n 'est reçu de pire que l 'à-priorisme, que l'inflexible cadre que l'on s'est tracé à l'avance, et dana lequel l'on veut, de gré ou de force, faire tenir les faits.

" It is useless, at this time of day, to prétend that a few interested and avaricious individuals were alone culpable in the affairs of the Neutral French, for full proof even yet exist, that they did what was done by the authority of the English King, George the Second, and under his hand and seal; and that when after the deed was completed, and the remnant of those who survived drew up a mémorial of their sufferings in the land wither they were banished, and sent it on to his successor, George the Third, it was rejected with cool indifférence, and they were left to perish, or exist by the charities of those they were among, as chance might direct."

The Neutral French or the Exiles of Nova Scotia, by Mrs. Williams, author of "Religion at Home", etc. (Préface. P. VI. Two vols in one. Second Edi-

porter, à ce sujet, aux diverses statistiques que nous avons données dans notre tome premier. Nous rappellerons seulement ici que, des cent-soixante-quinze chefs de famille qui s 'étaient établis en Acadie, au cours d 'un siècle, avait surgi un petit peuple, comptant, lors de la cession du pays, environ 2,500 âmes, 7,114 en 1739, et à peu près 12,500 en 1749. De ce nombre, près de 3,500 habitaient au nord des frontières actuelles de la Nouvelle-Ecosse, territoire alors occupé par les Français.

La position de ces derniers Acadiens allait devenir extrêmement délicate et embrouillée. Jusque-là, cette partie du pays n'avait, pour ainsi dire, été officiellement revendiquée ni par la France ni par l'Angleterre. Les habitants qui l'oc-

tion. Providence). Published by the author. Sans date. Mais le droits réservés est de 1841.

Cet ouvrage, dont nous aurons encore l'occasion de parler, est très rare et extrêmement curieux. C 'est le type du ' ' livre de bonne foi ' '. L 'auteur avait une âme droite et honnête, comme cela paraît à chaque page. Avec Haliburton, il aura été le premier à flageller l'iniquité commise envers les Acadiens. Mais tandis que l'historien de la Nouvelle-Ecosse cherche au crime des circonstances atténuantes, et en fait tomber toute la responsabilité sur le colonial government, par quoi il veut dire les gouverneurs et les hommes à leurs ordres, Mrs. Williams n'y va pas par quatre chemins pour montrer que la Métropole fut au fond de toute cette affaire, "to which the history of the civilisée world affords no parellel", ainsi qu'elle s'exprime. "L'Introduction de cet ouvrage, qui couvre 79 pages, texte fin, en est la partie la plus importante, au point de vue de l'histoire proprement dite... C'est dans l'admirable collection de Canadiana, formée avec tant de soin et de patience par M. Lambert, de Manchester, New- Hampshire, que nous avons trouvé ce volume qui mérite d'être mieux connu, tant l'auteur a prouvé de courage et de jugement. L'éminent historien des Etats-Unis, George Bancroft, n'a pas été moins affirmatif sur ce point: "No doubt existed of the King's approbation. The Lords of Trade. . . wished very much that every one of the Acadians should be driven out; and, when it seemed that the work was done, congratulated the King that "the zealous endeavours of Lawrence had been crowned with an entire success". Hist. of U. S., vol. II, eh. VIII, p. 426 & seq. (New- York, Appleton, 1888).

cupaient, particulièrement ceux de Rivière Saint-Jean, de Chipody, de Memramcook et de Petitcodiac, s'étaient gouvernés eux-mêmes, ou plutôt avaient vécu sans aucune forme de gouvernement, sans contrôle ni intervention de la part d'une autorité quelconque. Cependant, comme la France avait cédé l'Acadie, et qu'ils étaient eux-mêmes les fils et descendants des Acadiens, établis dans la péninsule, ils ne firent jamais aucune difficulté de se considérer comme sujets anglais, et en 1730, on les vit prêter le serment de fidélité à la couronne Britannique.

Ces empiétements de la France, avant la décision de la Commission nommée pour fixer les limites exactes de l'Acadie 5, déterminèrent l'Angleterre à fonder une colonie anglaise et une place forte pouvant faire contrepoids à Louisbourg. La Baie de Chibouctou fut choisie à cet effet, et, en

5. Comment l'auteur peut-il accuser la France d'avoir commis des "empiétements" quand la question des frontières acadiennes n'avait jamais été réglée au juste et que personne ne pouvait dire jusqu'où s'étendait le territoire cédé? 1 ' The boundaries of the English & French provinces were by the terms of thia treaty (Utrecht) left unsettled, neither party acknowledging the right of the other. Provision, however, was made for a commission to sit at Paris to settle the dispute. . . The boundary commissioners, the humpbacked governor of Quebec, the capable Galissonniere, with Silhouette for France, and Shirley with Mildmay for England, — were destined to sit long at Paris. . .Lord Halifax saw the whole frontier rendered uncertain by the claims of France. The agent of Massachusetts in England found in him a willing and an eager minister in preventing the Canadian French from encroaching on the Bay of Fundy, which was a difficult task, considering that most of the inhabitants of British Acadia were French. Lands were now offered to disbanded officers, soldiers and marinera in N. S. This was in March 1749. In June of the same year, 1400 soula were landed in the harbor of Chebucto, and before a single acre of soil was cleared from the interminable forest growth, and before the approach of the coming winter, 900 houses were inhabited. The menaced encroachments of France upon the English territory of what is now the province of New-Brunswick led thus to the founding of Halifax. . . The fall of Louisbourg, in 1758, of Québec the next year, and the capitulation of the French army in Montréal in

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mars 1749, l'on jetait les bases de la fondation de Halifax. Quatorze navires portant 2,576 personnes avec les approvisionnements nécessaires et une organisation civile toute préparée, comprenant un conseil d'administration, des magistrats, un maître d'école, un ministre, en plus des négo-

the year following, brings to the end of the boundary dispute between France and England and to the end of the French rule in Canada."

The Acadian Boundary disputes and the Ashburton Treaty, by the Hon. Justice Weatherbe, in Coll. of N. S. Hist. Soc. for the year 1887-88. Vol. VI, pp. 23-4-5, (Cf. A. C. Am. du Nord, Nouv.-Fr. Question des Frontières, 1749-1751, vol. 3, c. II. Paris, sept. 1750).

". . .En 1755, recommencèrent les hostilités (entre la France et l'Angleterre;) elles s'ouvrirent par le tremblement de terre de Lisbonne, où périt le petit-fils de Eacine. Sous prétexte de quelques terrains en litige sur la frontière de l'Acadie, l'Angleterre s'empara sans déclaration de guerre de 300 de nos vaisseaux marchands; nous perdîmes le Canada, faits immenses par leurs conséquences, sur lesquels surnage la mort de Wolfe et de Montcalm. "

Chateaubriand. Mémoires d'Outre-Tombe. Vol. VI. Liv. X. Concl. p. 445.

"Uhe légère querelle entre la France et l'Angleterre, pour quelques terrains sauvages vers l'Acadie, — (comme Voltaire appréciait mal ces choses et comme il a peu compris, le malheureux, l'importance des possessions coloniales françaises en Amérique. C'est lui encore qui dira, avec son abominable légèreté, à propos de la cession de tout le Canada à l 'Angleterre : ' ' Ces quinze cents lieues de pays dont les trois quarts étaient des déserts glacés, n'étaient pas peut-être* une perte réelle." La suite a assez prouvé l'immensité de la perte qu'avait faite au contraire la France. Pour Voltaire cela ne comptait pas. Il n 'y avait pour lui que l'Europe. Mais comment n'a-t-il pas vu précisément que la situation européenne de son pays allait s'abîmer avec la perte de son empire colonial américain? Voltaire n'avait ni le flair de l'Homme d'Etat, ni le sens de la grande Histoire, ni même les connaissances géographiques et ethnologiques nécessaires pour se mêler d 'écrire l 'Histoire extérieure de la France : surtout, il n 'avait aucun patriotisme,) — inspira une nouvelle politique à tous les souverains d'Europe. Il est inutile d 'observer que cette querelle était le fruit de la négligence de tous les ministres qui travaillèrent en 1712 et 1713 au traité d'Utrecht. La France avait cédé à l'Angleterre, par ce traité, l'Acadie voisine du Canada, avec toutes ses anciennes limites; mais on n'avait pas spécifié quelles étaient ces limites, on les ignorait; c'est une faute qu'on n'a jamais commise dans des contrats entre particuliers. Des démêlés ont résulté nécessairement de cette omission. . . Une pareille dispute élevée entre de simples commerçans aurait été appaisée

ciants, des artisans, des commis, firent voile vers leur destination le quatorze de mai et entrèrent dans le port de Chibouctou le vingt-sept juin suivant. Halifax était fondée, avec Edward Cornwallis pour premier gouverneur °.

Le choix d 'un pareil site était très judicieux. Les Français avaient eu le tort de ne pas reconnaître les avantages naturels de ce port; et quant aux anglais, peut-être avaient-ils trop tardé à l'occuper. Il y avait déjà quarante ans que l'Acadie leur appartenait; et cependant, en 1748, la province ne comptait pas encore une demi-douzaine de colons de leur nationalité. En conséquence, la garnison d'Annapolis dépendait, pour sa subsistance, des Acadiens ; et cette sujétion nécessaire fut en grande partie la cause de toutes

en deux heures par les arbitres; mais entre des couronnes il suffit de l'ambition ou de l 'humeur d 'un simple commissaire pour bouleverser vingt Etats. ' '

Voltaire. Précis du siècle de Louis XV, ch. XXXIe, p. 334-5 et ch. XXXVe, p. 366. Tome 12 de l'édition de Genève. 1769.

"...depuis la conclusion du traité d'Aix-la-Chapelle, en 1748, la France se trouvait dans une situation singulière. Pendant qu'elle et l'Angleterre étaient officiellement en paix sur le continent européen, leurs colons et leurs soldats se battaient aux extrémités du monde. . . En Amérique, les escarmouches étaient incessantes sur les frontières de l 'Acadie. . . ' '

Chapais. Montcalm, ch. II, p. 27. Québec, J. P. Garneau, 1911.

6. Edward Cornwallis naquît à Londres, au no. 14 Leicester Square, le 22 février 1713. Il était le 6e fils de Charles, 4e baron Cornwallis, par Lady Char-» lotte Butler, fils du comte d'Arran, et petit-fils du due d'Ormonde. Edward était frère jumeau de Frédéric qui devint Archevêque de Cantorbery en 1768. Cornwallis fonda Halifax en juin 1749 (juillet n. s.) Il fut relevé de ses fonctions de gouverneur en octobre 1752 et retourna à Londres. En janvier 1753, fut élu député pour le siège de Westminster et réélu l'année suivante. En 1753, épousa à Londres Marie, fille du vicomte Townsend, qui mourût en 1755, sans laisser d'héritier. Cornwallis mourût le 23 janvier 1776, à Gibraltar, dont il avait été gouverneur depuis le 18 mars 1762 au 14 juin 1765 et de 1771 jusqu'à sa mort. Hon. C. Cornwallis^ founder of Halifax, a Paper read by James S. MacDonald, on June 21, 1899, the 150e ann. of the Settlement of Halifax. Dans Coll. of N. S. H. 8. vol. XII. 1905.

les entreprises ouvertes ou déguisées, de la part des gouverneurs, pour retenir dans leurs filets une population qui depuis longtemps voulait à toute force sortir du pays.

La fondation d'Halifax, bien qu'exécutée à la onzième heure, réparait, dans une certaine mesure, l'erreur commise par les Anglais, erreur qui n'eût pas pour eux de conséquences fâcheuses, grâce aux mœurs paisibles des Acadiens : ces derniers seuls eurent à en souffrir, et au delà de toute expression. A raison de ce retard, retenus contre leur gré dans la province, sous un prétexte ou sous un autre, ils durent y attendre l'heure néfaste ou un gouverneur sans âme et sans entrailles les broya sous sa botte et dispersa leurs débris aux quatre vents de l 'exil 7.

7. "Lorsque l'on considère la conduite des deux nations rivales, de 1720 à 1750, on s'aperçoit facilement aujourd'hui qu'elles ont commis l'une et l'autre une faute identique, en négligeant d'occuper en temps utile l'importante situation de Chibouctou : en effectuant cette occupation dès l 'année 1700, les Français auraient à jamais consolidé la possession de l'Acadie. . ., quant aux Anglais, si, au lieu d'attendre jusqu'en 1749, ils eussent fondé Halifax en 1720, avec une colonie anglaise suburbaine, ils eussent tout de suite assuré la subsistance et l'indépendance de leur garnison et créé en même temps une population similaire à eux-mêmes. . . Pourquoi ont-ils prodigué tant d 'efforts pour retenir sous main et malgré elle une population qui voulait émigrer? Nous le savons aujourd'hui, c'est qu'ils avaient besoin d'elle. Mais ce besoin disparaissait par l'occupation d 'Halifax. . . Les Acadiens fussent restés libres alors. . . leur départ eut été facile, et sans inconvénients pour personne. Les Anglais se fussent épargné de la sorte ces odieuses violences auxquelles ils se trouvèrent acculés peu à peu en 1755, par les tergiversations et la duplicité de leurs gouverneurs. . ."

Rameau. Une Colonie féodale. . . T. II, ch. XIV, pp. 134-5.

' ' The course adopted of founding a place of strength at Chibouctou, on the eastern coast of this province, and making a settlement there of settlers of British origin, was, in thèse circumstances, a measure of wisdom and forethought. Not only did it strengthen the power of government within the province itself, but it afforded a place suited in every way for fleets and armi-es to oe aftcrwards employed in the réduction of Canada. Nova Scotia was no longer to dépend for military support and relief upon New England, but on the con-

Eu égard au temps, les Acadiens avaient été, jusque-là, administrés avec une bonté relative; il en fut tout autrement à partir de cette époque: ce qui prouve bien que la modération avec laquelle on les avait traités n'avait d'autre mobile que l'impuissance des autorités et leur crainte de voir s'éloigner une population qu'il fallait garder à tout prix. Comment eut-il été possible de se montrer rigoureux à leur égard lorsqu'il n'y avait à Annapolis que cent-cinquante soldats? Quand le gros de la population se trouvait à de longues distances de cette place fortifiée, la seule qu'il y eût dans tout le pays ? Et au contraire, que, dans de pareilles conditions, les Acadiens ne se soient jamais révoltés, et n'aient pas renversé un pouvoir trop faible pour s'opposer à leur résistance, montre à quel point ils étaient paisibles et soumis. Ils n'ont parfois accepté qu'avec répugnance et lenteur les ordres qui leur étaient donnés, mais leur indocilité, plus apparente que réelle, n'a donné lieu qu'à des mutineries insignifiantes, lesquelles ne mérite-

trary could at ail times supply assistance to the older English colonies in case of attack. . . Parliament voted £40.000 sterling for the expense of this expenditure. . . ' '

B. Murdoch., Hist. of N. S., vol. II, ch. XI, pp. 136-7.

"Whatever virtue the treaty of Aix-la-Chapelle may hâve had towards settling the quarrels of European powers concerned in the war, it searcely interrupted for a moment the conflict between England and France. It searcely even appeared to do so, for the great question of the boundary of the English and French settlements in America, of the limits of Acadie in Canada, was disputed with just as much heat after the treaty as before it. And not in words only but by arms, just as much as if war were still going on."

The Expansion of England, by J. R. Seeley.

Lecture II. England in the Eighteenth Century,s p. 26. Boston, Little, Brown & Co. 1914.

Cf. A. C. Ile Eoyale. Corr. gén. 1749, vol. 28. M. Desherbiers, gouv., ch. IIi, Aug. 15, Louisbourg. M. Deslierbiers au ministre. . . " Concernant la colonie que les Anglais ont fondée à Halifax."

raient même pas d'être mentionnées, si elles n'étaient les seules que les annales aient enregistrées, et si la déportation ne leur avait donné un certain intérêt rétrospectif. Même quand, sous le régime d'Armstrong, des prêtres furent arrêtés et rudoyés, et que des chapelles furent fermées au culte divin, nous ne voyons pas pour cela que ces bonnes gens aient proféré de menaces ni qu 'ils aient tenté de se révolter. Il n'en fut pas autrement dans la suite, malgré une oppression toujours grandissante, et malgré d'odieuses provocations, dont le dessein secret était d'exaspérer leur bonne volonté trop patiente, et de les pousser à des actes de nature à justifier leur expulsion.

Comme bien l'on pense, la fondation d'Halifax dut jeter l'inquiétude dans les centres acadiens. Un événement de cette importance ne pouvait manquer d'avoir pour eux, un jour ou l'autre, des conséquences sérieuses, et rien d'étonnant qu'ils l'aient envisagé sous toutes ses faces et longuement commenté. Evidemment, il s'agissait cette fois d'une entreprise préparée avec soin, d'une colonisation qui allait être menée avec vigueur. Qu'allait-il en découler pour eux? Leur état actuel en serait-il changé? Est-ce que cela finirait par troubler leur propre existence? Qu'adviendrait-il dans l'avenir du libre exercice de leur religion? Et n'irait-on pas jusqu'à confisquer tout ou partie de leurs terres ? Il est certes tout naturel de supposer que semblables questions, et d'autres encore, furent soulevées et discutées en petits comités, ou au sein des familles, dans les réunions du soir. Dans cette supputation des chances que pouvait leur réserver le sort, il nous paraît probable que les opinions pessimistes durent avoir le dessus généralement.

Donc, le 27 juin 1749, les treize vaisseaux portant la nouvelle colonie étaient entrés dans le port de Chibouctou. Or,

quelque temps après, à savoir le 14 juillet, se passait la scène suivante telle que relatée dans un document officiel:

« Conseil tenu à bord du transport Le Beaufort, le vendredi 14 juillet 1749 8.

« Présents : Son Excellence le Gouverneur, Paul Mascarène, Edward Howe, etc.

« Son Excellence ouvrit le conseil et lut la commission et les Instructions de Sa Majesté — particulièrement les In-

8. Ici, comme plus haut, dans les considérations au sujet de la fondation d'Halifax, Richard suit de très près Hameau, ch. XIV. L'analyse du fait que nous allons rapporter a passé, de cet auteur dans le M8. original, à peu prèa dans les nu- mes termes. Qu'on en juge:

Rameau.

il n'y avait guère plus d'un mois que la flotte anglaise avait opéré son débarquement, que trois acadiens furent envoyés à Halifax par les habitants des Mines: Jean Melanson, Claude LeBlanc et Philippe Melanson; ils venaient pour présenter leurs civilités au nouveau gouverneur. . . Leur visite survenait fort à propos; Comwallis venait précisément de ressusciter, dans son épaisse cervelle, la question du serment d'allégeance... déjà il avait rédigé une proclamation suivie d'une formule nouvelle de serment qui devait être imposée aux Acadiens. . . U leur remit une copie de sa proclamation, avec ordre de le faire connaître dans toutes les paroisses." T. II, pp. 136-7-8-9.

Richard.

quelques jours après (l'entrée dans le port,) les Acadiens de la Rivière aux Canards, de Grand 'Pré et de Pipiquit envoyaient trois députés au nouveau gouverneur pour lui présenter en leur nom leurs civilités et leurs hommages. . . Les trois députés furent admis devant le gouverneur. Il leur fut demandé s'ils avaient quelque chose à présenter de la part des Acadiens de leurs départements : ils répondirent qu'ils n'étaient venus que pour offrir leurs hommages à son Excellence, et pour savoir si leur condition resterait la même, particulièrement à l'égard de l'exercice de leur religion. Son Excellence, qui venait justement de rédiger une Proclamation enjoignant aux Acadiens de prêter un serment sans réserve, la leur communiqua avec ordre de la répandre, de l 'afficher partout. . ."

(feuillet 289 du MS.)

structions concernant les sujets français de Sa Majesté — et la déclaration qui devait être faite conformément à ses ordres.

« Le colonel Mascarène lut le serment que les habitants français avaient déjà prêté, copie duquel, portant la signature des habitants français, fut remise à son Excellence :

« Je — promets et Jure sincèrement, en foi de Chrétien, que Je serai entièrement fidèle et obérai (sic) vraiment Sa Majesté Le Roi George le Second que Je reconnois pour Le Souverain Seigneur de l'Acadie ou nouvelle Ecosse

Ainsi Dieu me Soit en Aide. »

« Le colonel Mascarène informa le conseil que les Français prétendaient que lorsqu'ils avaient prêté ce serment, c'avait été sous la condition bien entendue qu'ils fussent à jamais exempts de prendre les armes — that ivhen they tooh this oath, it was npon condition that it should be understood that they should always be exempt ed from bearing arms. Alors quelqu'un proposa d'ajouter au serment cette clause — therefore it was moved to add to the oath this clause: « et ce serment je prens (sic) sans réserve 9 ». Mais le conseil fut d'opinion que, aucune condition ni aucune réserve n'apparaissant dans le serment qu'ils (les français) avaient déjà prêté et au bas duquel ils avaient apposé leur signature, ce serment était aussi absolu qu'aucun serment d'allégeance peut être, et que par conséquent il suffisait de laisser savoir aux Français qu 'ils devaient prêter le serment sans clauses conditionnelles ni réserve quelconque. — A ce moment, trois députés français, — à savoir, Jean Melançon, de la Rivière-

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