‹ Acadie (volume 2)Chapitre 62 sur 89 · Archives Can. loc. cit · texte numérisé non relu

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milles seront réunis à bord des mêmes vaisseaux. Il n'y avait pas, pour les Acadiens des autres cantons, l'objection qui pouvait exister pour ceux de Beauséjour ; car, il était à peu près impossible aux femmes et aux enfants des autres localités de la péninsule de chercher à s 'enfuir avec les bestiaux. Dans toutes ces mesures, il n'y a, au fond, qu'une chose: la cruauté de Lawrence, — cruauté qui allait jusqu'à l 'imprudence, car il nous semble que son intérêt devait être de favoriser la réunion des familles, pour calmer le mécontentement, l'agitation, les chagrins, prévenir les efforts désespérés, et faciliter autant que possible la résignation à un sort déjà si cruel.

Etait-ce donc pour rendre leur condition encore plus pitoyable qu'il destinait les habitants d'une même localité à des endroits différents, séparés les uns des autres par de grands espaces? Outre les pères, les mères et les enfants, habitant sous le même toit, il y avait les frères et sœurs mariés, leurs enfants, les oncles et tantes, les cousins, les neveux, formant autant de nouvelles chaînes de parenté qui se briseraient dans l'exil; il y avait les voisins, les amis, résidant généralement dans le même canton, et avec lesquels s 'étaient tissés de ces liens d 'intimité qui, dans une communauté pastorale comme était la leur, faisaient l'agrément, le réconfort et le charme de la vie. Si nous laissons de côté les raisons d'humanité, auxquelles Lawrence n'était pas accessible, n'était-il pas de l'intérêt de ce gouverneur de destiner au même endroit les familles des mêmes localités, pour mieux les retenir ensemble, et empêcher ces migrations continuelles à la recherche d'un père, d'une mère, d'un frère, d'une sœur, — lesquelles ne cessèrent définitivement que trente-deux ans après cette année funeste? — Pouvait-il espérer garder sur le sol de l'exil, intéresser à la vie, transfor-

mer en sujets utiles ces personnes qui pleuraient l'absence d'un mari, d'un fils, ces familles disloquées qui, du fond de leur abjecte misère, gémissaient sur le sort, inconnu et non moins cruel, de tant de parents arrachés violemment de leurs foyers, semés sur toutes les plages, — elles ne savaient oùî N'ayant pas osé exterminer les Acadiens par les armes, voulait-il les tuer de chagrin! Ah! tant de cruauté dépasse tout ce que l'on peut imaginer; et le souvenir de ces malheurs, qu'il est impossible d'apprécier dans toute leur étendue, et dont nous ne réussissons à nous faire quelque idée qu'en nous rappelant les fréquentes et vivantes évocations que nous en entendîmes au foyer paternel, — ce souvenir amène encore à nos paupières, après plus d'un siècle écoulé, des larmes que nous ne saurions refouler !

Cette absence totale de sentiments humains, chez Lawrence, ou plutôt cette cruauté préméditée, ne constitue-t-elle pas, à elle seule, une présomption accablante que ses griefs étaient fabriqués à dessein, en vue d'un projet quelconque d'enrichissement? Rien ne pouvait répugner à un homme aussi féroce; il a rendu possibles les suppositions les plus honteuses pour sa mémoire. Et comme son intérêt ne pouvait être que dans une direction, c'est là qu'il fallait le chercher et c'est là que nous l'avons trouvé.

Le lecteur se tromperait s'il s'imaginait que Parkman a reproduit cet ordre inique à Murray, que nous avons cité plus haut. Il ferait également erreur s'il croyait qu'il y eut, dans l'ouvrage de l'historien américain, un seul mot au sujet de la destination des vaisseaux emmenant leurs cargaisons d'exilés 13. Au contraire, Parkman a supprimé tous ces

13. Parkman dit simplement : " The rest (de tous ceux qui n'avaient pu s'échapper) were distributed among the colonies from Massachusetts to Cteor-

renseignements, et il a tout fait pour laisser croire que la déportation s 'était accomplie avec humanité 14. Par ses manœuvres incessantes pour fausser le jugement de l'histoire, il s'est en quelque sorte mis dans la position d'un complice après le fait ; et, comme tel, il a attaché à son nom une part du mépris qui revient aux auteurs de cet acte abominable 10.

gia, the inaster of each transport having been provided with a letter from Lawrence addressed to the governor of the province to which he was bound. . . inany of the exiles eventually reached Louisiana. . . ' ' — Montoalm and Wolfe. I. VIII. P. 292-3.

14. ' ' So far as Winslow was concerned, their treatment seems to hâve been as humane as was possible under the circumstances. ' ' — Montcalm and Wolfe. The removal. I. VIII, p. 290.

15. Richard, si prodigue d'anathèmes envers Parkman, eût dû ne pas oublier que les Lords du Commerce, en fait le Rome Government, méritaient au moins les mêmes exécrations, pour avoir complimenté Lawrence de son œuvre et l'avoir trouvée bonne. Car ce furent eux, les complices après le fait; et non seulement après, mais avant, pour y avoir donné les mains, laissé le champ libre au Gouverneur, lui avoir fait des suggestions insidieuses, lui avoir dit de s'en rapporter à Belcher, et, de toute façon, avoir autorisé ce crime.

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