‹ Acadie (volume 2)Chapitre 73 sur 89 · BRIAND · texte numérisé non relu

BRIAND

Cornwallis à Desherbieri

A. C. App. N. P. 356-7-8-9.

Chebouctou, 21 septembre 1749, V. S.

Monsieur, — J 'eua l'honneur de celle de V. E. de l'Unie d'Aouat. Je voua [suis] très obligé pour le soin que vous aviez [avez eu] de ces Anglais pria par lea sauvages — Par un Vaisseau qui arriva l'autre jour, M. Maillard m 'envoyé une copie de la lettre que V. E. écrit aux Sauvages de l'Iale Royale. J'y reconnoia votre caractère, Je suis charmé qu'à la fin Les Gouverneurs des Colonies des deux Nations et leurs Habitans peuvent se fier les uns aux autres. Il semble que quelqu 'uns ont cru qu 'il fut permis même pendant la paix d 'exciter les Sauvages alliés d'une Nation a faire tout le mal qu'ils pourroient a l'autre. Pour moi il m'a toujours paru étrange qu'entre les Particuliers rien n'est si infâme que de louer un Assassin pour venger un Affront, ou tuer un Rival, mais qu'entre deux Nations on pourroit souffrir la Coutume barbare de exciter ces Sauvages a leur Guerre Assassine.

Monsieur, — A mon Arrivée dans cette Province les Sauvages de l'Accadie venoient ici tous lea Jours. Je lea trouvai tranquilles et charmés de revoir la Paix. Il ne se lassoient point de m 'assurer de leur Amitié aux Anglois^ — de ma part ils furent bien reçus et assurés de tout sorte de protection. Ils dévoient

s'assembler cette automne pour reconnoître S. M. Britannique & recevoir les presens qu 'elle leur envoyé — Pour ceux de L 'Isle Royale Je n 'eus point de leurs Nouvelles, Je n'ai rien à faire avec eux — et Je suis persuadé qui les Sauvages n 'ont ni assez d 'Esprit ni assez de bêtise pour se mêler de leur chef des Aff airs qui ne les régardent en aucune façon. D'où vient donc Monsieur que Depuis l'Evacuation de Louisbourg tout est si changé? Vous savez ce qui est arrivé a Canso — Vous Aurez entendu ce qu'ils viennent entreprendre a Chinectou, Monsieur Je croirois vous dire la plus grande Injure de vous en soupçonner la cause, mais J'ai toute la Eaison du mondLe] de présumer que quelqu'uns qui sont venus avec vous en sont les auteurs.

J'ai été informé qu'un François est venu de Louisbourg & a passé par cette Province. Je scais qu'un certain Prêtre nommé Leutre [sic pour Le Loutre] est depuis quelque teins avec les Sauvages & qu'il étoit à Chinectou quand ils attaquèrent les Vaisseaux Anglois — comme cette homme es venu de France dans la Chabanne il dépend de votre Gouvernement.

Vous me permettrez de vous demander s 'il est entré dans cette Province avec votre permission ou contre vos ordres. En tout cas Je vous prie de la rappeler et de faire examiner sa Conduite. Les Prêtres doivent savoir qu'il leur est défendu d'entrer dans cette Province sans avoir obtenu ma permission. Vous pouvez conter que ceux qui viendront de votre part seront bien receus et protégés, ma résolution étant de laisser aux Sujets François de S. M. Brit. aussi bien qu'aux Sauvages l'exercice libre de leur Eeligion mais pour ceux qui présumeront officier dans ces Provinces sans m 'avoir présenté une lettre de la part de V. E. ou de M. Jonquiere, Je fairai exécuter les Loix qui les regardent. Je fairai tout mon possible pour que ceux qui doivent diriger les Consciences des autres soient eux mêmes honnêtes hommes. Les Missionnaires se vantent qu'ils ont converti les Sauvages de ces Pais, si c'est être Chrétien que de commettre toutes sortes de Crimes de Vols et d 'Assassinats il vaudroit mieux qu 'ils fussent Restés toujours Sauvages Payens. Un Sauvage honnête homme vaux dix mille Chrétiens Fourbes.

Monsr depuis que Je scais que les Sauvages se sont retirés a St-Pierre dans l'Isle Royale avec le vaisseau Anglois qu'ils prirent a Canso, c'est mon devoir de vous en demander la restitution. Et Je ne doute nullement que, V. E. ne me le faira renvoyer au plutôt. Au moins si qui que ce soit, alloit mener un Vois seau François dans un Port de la Nouvelle Ecosse, Je croirois mon Gouvernement bien foible ou bien lâche si Je ne vous le renvoyois sur le Champ, & même je me croirois obligé de punir ceux qui l'avoient pris en Corsaires, ou de vous les livrer pour être punis a votre Gré. A L'égard des menaces de vos Sauvages, vous voyez que Je ne les soupçonne pas sans l 'entervention de quelques François Malintentionnés et Grâces au Dieu nous Sommes à l'Abri de toutes leurs Entreprises.

Je suis avec le plus sincère Estime, etc.

Detherbiera à Corntvallis.

A Louisboubo, le 15 octobre 1749.

Monsieur, — J 'ay receu la Lettre que votre Excellence ma fai l 'honneur de m 'écrire Le 21 Sepembre, par Les mains de Mr Scot. . . . Vous me rendez Justice Monsieur En me croyant incapable d'exciter les Sauvages a commettre •aucun Acte d 'hostillitée de quelque nature qu'ils puissent estre Et je suis charmé que vous ayés vu La Lettre que J 'ai Ecritte aux Sauvages pour les remercier des prisoniers que je vous ay renvoyé S 'ils avoient amenés Le Batteau dans le Port de cette Isle ou il y a Garnison Je l'aurois renvoyé avec les Prisoniers et leur en aurois Payé la rançon comme je leur ay fait payer celle des prisoniers. Mais J 'ay toujours ignoré ou ils ont menés ce bâtiment, Et je suis informé par le commandant du Port Thoulouze et par Mr Labé Maillard que le bateau n 'a point été conduit a St Pierre et qu 'ils ne savent point ou il est.

Si les Sauvages etoient Sujets du Boy (comme vous le croyez) il n'est pas douteux que je Les aurois obligés à rendre le batteau. Mais votre Excellence ne doit pas ignorer qu 'ils ne sont que sur le pied d 'Alliés dans toutes nos Colonies et que nous n'exigeons rien d'eux par autorité. Il est vray que Mr l'Abbé le Loutre a passé de ttrance icy Sur le Vaisseau le Chabanne et que le Missionaire a été rejoindre les Sauvages de sa Mission a l 'Acadie je ne scay Monsieur si ce Missionaire n 'étant emploies que pour les Sauvages Seulement, a cru estre obligé de ce présenter devant vous,, C'est le Boy deffrance qui l'a envoyé a sa Mission, mais je suis très sur que Sa Majesté ne luy a donné aucun ordre de faire ce dont vous l 'accusés.

Si ce Missionaire fait quelque chose contre les Begles de votre Gouvernement et qu 'il ait outre passé les fonctions de son Ministère, ce n 'est ni directement ni indirectement par mes ordres, ainsi je ne suis ny comptable ny responsable de ses Actions.

Je ne puis luy donner ordre de revenir icy n'étant point employé dans l 'Etandue de mon Gouvernement, étant dans les parties du Gouvernement gênerai de la nouvelle France.

A l'égard du François que V. E. me mande avoir passé d'icy à l'Accadie et aux Mines, J 'ignore qu 'il est et c qu 'il peut y avoir été faire. Je prie votre E. qu'en Cas que vous trouviés quelque François dans votre province qui excite des troubles de le faire arrester, Et je vous promets d'en faire bonne Justice, s'il est habitant de mon Gouvernement, et s'il est de quelqu 'autre Province de le faire conduire Sûrement à son Commandant pour qu'il soit puni à toute rigueur suivant l'exigence du cas.

Je vois avec horreur et Indignation les Cruautés et les trahisons des Sauvages, mais cette nation malgré les Principes de Beligion qu'on tache de leur inspirer conserve toujour sa première férocité il seroit à souhaiter qu'on put les Corriger, mais par le raport que m'a fait Leur Missionaire cela me paroit impossible, il est triste à des Gens d 'honneur d 'estre exposé à la Surprise de ces Gens là.

Je prie votre E. d'estre persuadé que je n'ay ni n'auray de ma vie aucune part a leurs Actions et que je fairay tout mon possible pour conserver la bonne intelligence et l'union qui doit estre entre les deux Nations.

J'aprens ce soir par une lettre du Commandant du port Thoulouze qu'un de vos Batteaus de Guerre est toujour mouillé dans nos havres entre les deux passages, ce commandant a Envoyé un officier à son bord pour luy demander S 'il a besoin de quelque chose et savoir les Raisons qui l 'oblige à se tenir ainsi à l'écart.

Je prie votre E. de vouloir bien ordonner à vos Vaisseaux de s 'adresser directement a moy Lorsqu'ils feront quelque Séjour dans quelque port de cette isle, et s'ils ont besoin de secours, Je leur feray donner ce qui leur sera nécessaire.

Si je puis découvrir ou est le Batteau que les Sauvages ont pris, Je tacheray de le retirer de leur mains pour vous le renvoyer, mais je ne puis les y contraindre par la fforce.

Je suis avec toute la considération et l'estime possible Monsieur

Votre très humble et très obéissant Serviteur,

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