NOTIONS PRELIMINAIRES
La première colonie que les Français fondèrent en Amérique fut Port-Royal (1604), aujourd'hui Annapolis, à l'ouest de la Nouvelle-Ecosse que les Français nommèrent d'abord l'Acadie.
Cette colonie, antérieure de quatre années à la fondation de Québec, fut, vers le milieu du dix-septième siècle, tout aussi florissante que cette dernière. Mais le voisinage des colonies anglaises, l'exposant aux incursions périodiques de ces éternels ennemis des Français, paralysa son développement, en arrêtant le flot de l'émigration française, laquelle se porta bientôt presqu 'exclusivement vers le Saint-Laurent.
Ce ne fut donc, pour ainsi dire que par le développement naturel des premières familles de colons, que la population de l'Acadie put un peu grandir et s 'étendre aux postes voisins de Beaubassin, fondé en 1674, au fond de la baie de Fundy, c'est aujourd'hui Amherst; Grand Pré, fondé en 1680, aujourd'hui Wolfvilie, Kentville, Cornwallis, Hcrton Landing dans la baie des Mines, Piziquid, fondé en 1682, aujourd'hui Windsor; Cobequid fondé en 1689, aujourd'hui Truro.
(1) Une bonne fortune inespérée, et de laquelle nous remercions qui de droit, a mis entre nos mains le MS. encore inédit, préparé par feu Mgr. Louis Richard, ancien Supérieur du Séminaire des Trois Rivières, sur les principales familles de ce district. C'est un in-folio considérable, et qui représente de longues années de recherches précises et consciencieuses. Nous en reproduisons, avec les votions préliminaires et le chapitre premier, l'histoire généalogique de la famille le Prince. Celle de la famille Richard sera donnée à la fin de notre tome
En 1710, Port-Royal fut définitivement conquis par les Anglais qui lui don nèrent le nom d'Annapolis et qui furent confirmés dans la possession de l'Aca die par le traité d'Utrecht en 1718. Mais la France qui s'était réservée la posses sion des îles St-Jean, aujourd 'hui du Prince Edouard, et du Cap Breton, appe lée lors l'Ile Royale, espérait y attirer les Acadiens. En effet, ceux-ci avaient pour la plupart, manifesté leur désir de rester sujets français; mais les gou verneurs anglais d'Annapolis, qui tiraient toute leur subsistance des habitants français, et qui ne pouvaient alors songer à les remplacer par les colons anglais, à cause de l'hostilité déclarée des Sauvages, employèrent toutes sortes de prétextes et de moyens bons et mauvais, pour empêcher lea Acadiens de partir.
En sorte que ce fut sous l 'occupation anglaise, de 1/ 10 à 1755, que les Acadiens, protégés par un serment qui les constituait dans un état de neutralité entre les Anglais leurs maîtres, et les Français leurs frères, se multiplièrent au point d'arriver à former plusieurs grandes paroisses dont deux sur la rivière de Port-Royal, St-Jean-Baptiste et St-Laurent, (ou St-François, comme je l'ai trouvé dans quelques actes) ; cinq dans le district des Mines, savoir : St-Charles de la Grand Pré, St-Joseph de la rivière aux Canards, la Ste-Famille et l'Assomption sur la rivière Pigiquid, St-Pierre et St-Paul, sur la rivière Cobequid; une à Beaubaesin, St-Louis, et une à la rivière St-Jean, Ste-Anne.
Outre ces centres principaux, il y avait encore plusieurs petits postes ou missions au Cap de Sable, à la Hêve, au détroit de Canso, sans parler de Louisbourg, fondé en 1713 à l'est de l'Ile Royale, pour la protection des intérêts français dans le golfe St-Laurent.
Plus tard, quand le traité d'Aix-la-Chapelle, (mai 1748), eut définitivement consacré la possession de l'Acadie à l'Angleterre, et que la France, sans attendre le jugement des arbitres, qui devaient déterminer les limites entre lea deux pays, eut affirmé ses droits sur toutes les terres arrosées par les rivières se jetant à l 'ouest de la baie de Fundy, c 'est-à-dire sur tout le Nouveau-Brunswick actuel, en construisant les forts de Gaspéreau et de Beauséjour, de chaque côté de l'isthme qui unit la Nouvelle-Ecosse au Continent, il se produisit dans les vieilles paroisses acadiennes un courant considérable d'émigration vers les nouveaux établissements des rivières Chipoudy, Petitcoudiac et Memramcook, où ne tardèrent pas à s'élever de nouvelles chapelles dont les titulaires sont moins connus.
On estime qu'en 1755, la population acadienne, tant de la Nouvelle-Ecosse que du Nouveau-Brunswick, s'élevait à 14,000 ou 15,000 âmes. Rameau la porte à 16,000; mais ses calculs sont peut-être exagérés. C'est cette population paisible et tout-à-fait inoffensive qui fut, un jour, inhumainement arrachée de ses foyers et jetée éparse sur les côtes inhospitalières des diverses colonies anglaises. Cet acte de cruauté, de fanatisme et de cupidité, fut perpétré par les gouverneurs d'Halifax, secondés par ceux de Boston, en contravention aux volontés et aux instructions données par le Gouvernement Supérieur de Londres. 2
2. ' ' Nos lecteurs savent ce qu 'il faut penser de cette légende 1 Henri d 'Arles.
LNans cet exil en masse de la nation acadienne, ce furent les districts de Port-Royal, de Grand Pré et de Pigiquid qui fournirent le plus grand nombre des déportés de 1755, environ six mille. Les habitants de Cobequid, prévenus du danger, abandonnèrent leurs fermes et s'enfuirent à l'île St-Jean.(a) Ceux de l'Acadie française purent aussi se soustraire, en partie, à la déportation en fuyant dans les bois et en s'y tenant cachés.
Les notes qui suivent immédiatement, se rapportent plus particulièrement à l'un de ces derniers groupes.