‹ Acadie (volume 3)Chapitre 13 sur 84 · Ego primam tollo, nominor quoniam leo · texte numérisé non relu

Ego primam tollo, nominor quoniam leo

Phaedri Faiul. Lib. I. Fab. V. Vacca, Capella, Ovis ^- Leo. Page 3 de l'édit. de Leipsig. 1876, chez B. G. Teubner.

donneraient tout, plutôt que d'obéir à ses ordres péremptoires sur le sujet du serment, il commença à louvoyer à son tour et à entrer dans la voie des subterfuges.]

Comme il l'écrivait aux Lords du Commerce, le 11 septembre 1749 '' :

« Vos Seigneuries verront, par la copie ci-incluse de leur Lettre (des députés,) laquelle porte mille signatures, que les habitants sont, ou disent qu'ils sont disposés à partir plutôt que de prêter le serment d'allégeance. Comme je suis certain qu'ils n'iront pas abandonner leurs foyers à cette saison (d 'automne,) je leur ai fait répondre sans changer un mot à ma précédente Déclaration, ou sans même la mentionner. Mon avis est de les utiliser le plus possible au service de Sa Majesté, aussi longtemps qu'ils resteront ici. . . »

Le Gouverneur estimait donc qu'il n'y avait pas à craindre de leur départ, au cours de l'automne, et encore moins pendant l'hiver. Cette perspective que la mauvaise saison retarderait nécessairement leur exode, lui laissait du répit. Au printemps, l'on aviserait à ce qu'il y aurait à faire, au cas où les habitants persisteraient dans leur détermination.

Comme nous l'avons déjà dit, après le traité d'Aix-la- Chapelle, les Français continuèrent à occuper le côté nord de la Baie de Fundy. Ce territoire était disputé, les deux Couronnes le revendiquant comme le leur: d'où litige sur lequel des commissaires spéciaux furent appelés à se prononcer. Dès que la fondation d'Halifax fut résolue, les Français, supposant que l'intention des Anglais était également d'occuper et de coloniser tout le district de Beaubas-

5. Nova Scotia Documents, p. 175-6. — Cette lettre a été citée dans le chapitre précédent. L 'extrait que le MS. en donne ici est fautif. Nous rétablissons le vrai texte.

sin, songèrent à s'y installer eux-mêmes en permanence. Profitant de l'étrange Proclamation de Cornwallis aux Acadiens, ils y virent une occasion de tâcher d 'attirer ceux-ci à leur cause. Le Gouverneur du Canada, M. de la Jonquière, envoya le chevalier de la Corne, avec des renforts, dans le dessein d'occuper solidement tout l'isthme, de Beaubassin à la Baie Verte ^

Durant cet automne de 1749, les Anglais étaient trop absorbés par les soins de leur propre établissement à Halifax, pour s'opposer efficacement aux manœuvres de leurs ennemis. Et ces derniers, voyant dans quelle alarme la Proclamation de Cornwallis avait jeté les Acadiens, mirent tout en œuvre pour induire ceux-ci à prendre avantage de l'alternative qu'elle leur laissait et pour provoquer leur émigration en masse. Les Français avaient à se hâter, car les Anglais, ne manqueraient pas, l'année suivante, de se mettre en état de frustrer leurs desseins. En attendant, pour entraver leurs efforts, Comwallis installa une petite garnison à Grand-Pré, sous les ordres du capitaine Handfield. A l'instigation des Français sans doute, trois cents sauvages vinrent, en novembre 1749, bloquer cette garnison, dans le but de permettre aux Acadiens de sortir du pays sans être molestés par les troupes anglaises. Vaine précaution. Aucun

6. Nous recommandons de lire, pour toute cette question des frontières de l'Acadie, en particulier Garneau, liv. VIII, ch. III, Commission des Frontières. (Tome II, p. 184 et seq. de la seconde édition, Québec, Lovell, 1852). Aussi, New France and New England, by John Fiske, ch. VII. Norridgeivoch and Louisbourg. (Boston, 1904). — M. de la Jonquière était né en Languedoc, en 1686. En août 1749, remplaça M. de la Galissonnière comme Gouverneur Général du Canada. Il avait combattu en Espagne dans la guerre de la Succession : il avait aussi accompagné Duguay-Trouin à Eio-Janeiro, et pris part au combat de l'amiral de Court contre l'amiral Matthews, en 1744. Il mourut à Québec le 17 mai 1752, à l 'âge de 67 ans, et fut enterré dans l 'église des EécoUets.

des habitants de ce district ne voulut le quitter avant d'avoir obtenu une réponse définitive du gouverneur ou sans sa permission \ Quelques jours après, les sauvages, voyant l'inutilité de leurs tentatives contre le fort, se retirèrent du côté de Cliinecto, emmenant avec eux le notaire LeBlanc, le capitaine Hamilton et dix-huit soldats qui avaient été cernés et faits prisonniers dans une sortie. Evidemment, l'attaque dont nous venons de parler n'avait d'autre but que de favoriser le départ des Acadiens, car personne ne fut tué.

Sur la déposition assermentée, faite devant Hugh Davidson, « membre du Conseil de Sa Majesté Britannique pour la Nouvelle-Ecosse ou Acadie », par un nommé Honoré Gauterot, un mandat d'arrestation fut émis contre Joseph Clément, Charles Hébert, François le Prince, Claude le Prince,

7. Le MS. original, aussi bien que l'édition anglaise, place cet événement en octobre, tandis qu'il se passa du 27 novembre au 4 décembre, v. s. — "In december, 300 Micmacs and St. John Indians, suddenly appeared at Mines, and captured lieutenant Hamilton and 18 men, whom tliey surprised outside the fort. . . The author and instigator of ail thèse attaeks was well known to Gov. Cornwallis to be Le Loutre. . ." — Hannay, Eist. of Acadia, ch. XX, p. 360-1.

"On 27 nov. v. s. (8 dec. n. s.) the Micmacs and St. John Indians united, about 300 in number, surprised lieutenant Hamilton and 18 men, who had besn detached by Capt. Handfield from his fort in Mines, and made the whole party prisoners; and after several attempts on the fort, they retired towards Chignecto, 4-15 december. ; . on the 13-24 december, information on oath was given to the government at Halifax, that certain persons named were with the Indians when they attacked the fort at Mines, commanded by captain Handfield, that they bore arms, and assisted the Indians. . ."-^{M^irdoch, II, XII, 166-7)

Cf. aussi Kingsford, Hist. of Cm., vol. III. Book XI, c. III, p. 429. Cf. A. C. 1894. Nova Scotia, p. 149. — December 10. Halifax, Cornwallis to Secretary of State. "Learns from capt. Handfield, that about 300 Micmacs and St. John Indians had, on the 27th nov., attacked a detachnient from his fort and takeu them ail prisoners. They withdrew to Chineeto on the 4th with their prisoners after several attempts on the fort." — A. ^ W. I., vol. 31, p. 121.

M. La Gorne, C. La Gorne, Petit-Jean La Gorne, Renauclion Aucoin, Joseph Vincent, François La Vache, Charles La Gorne, Jr. — Ces habitants étaient accusés d'avoir fait cause commune avec les sauvages, dans l'expédition que nous venons de rapporter, d'avoir porté les armes avec eux et de les avoir secourus de toute façon. Le 23 décembre, Cornwallis édictait à leur sujet l'ordre suivant:

« Comme nous avons été informé que certains sujets de Sa Majesté Britannique, résidant à Piziquid, se sont joints aux sauvages, ont pris les armes et les ont assistés récemment dans leur attaque contre le fort du capitaine Handfield, nous avons envoyé le capitaine Gorham, Membre du Conseil de Sa Majesté, avec ordre de saisir les dits rebelles et de les amener ici, oii ils subiront leur procès conformément à la loi ^ »

Mais « Gorham arriva trop tard pour exécuter sa mission. Quand il se présenta sur les lieux, les Indiens avaient déjà fui, emmenant avec eux leurs prisonniers », ainsi que s'exprime Beamish Murdoch, et nous ajouterons que les habitants sus-mentionnés avaient eu le temps de se mettre en sûreté et d'échapper à la vindicte du gouverneur.

8. Le MS. ne donne que cinq des noms des soi-disants rebelles, tandis qu'ils étaient onze.

Cf. Nova ticotia Archives, p. 177. Murdoch, vol. 2, XII, 167. — Eichard affirme également, ou du moins on peut l 'inférer d 'après son texte, qu 'il s 'agit ici d'habitants de Copequid, tandis que tous les documents les donnent comme de Piziquid. Voici du reste comment il s'exprime; "un mandat d'arrestation fut émis contre, (suit cinq noms), sous l'imputation d'avoir assisté les sauvages, mais ils ne purent être arrêtés. A Cobequid, où il n'y avait ni troupes, ni protection, les sauvages, par des menaces et des voies de fait, forcèrent une partie de la population à les suivre avant l'arrivée des troupes." {fol. 303 B du MS.) (Edit. angl. I, p. 249).

En mars suivant, (1750), Cornwallis écrivait au Duc de Bedford:

« Je suivrai les Instructions de Sa Majesté, concernant le serment d'allégeance à faire prêter aux habitants; mais je proposerais que l'on différât d'exercer sur eux une pression à ce sujet, jusqu'à ce que l'on ait vu ce qui peut être fait à Cliinecto, (Beaubassin,) et quels colons sont venus d'Angleterre. D'ici là, j'espère que nous aurons construit un bon fort à Piziquid ; et alors je demanderai une réponse péremptoire ^.

Cette lettre n'était pas encore arrivée à destination que Cornwallis reçut des Lords du Commerce l'ordre de ne pas exiger, pour le présent, la prestation du serment, et de traiter les Acadiens avec égards, afin de les détourner de leur intention de quitter le pays ^°.

Enfin, au mois d'avril, lorsque les Acadiens vinrent à Halifax solliciter la permission de partir, il restait ou à

9. Nova Scotia Archives, p. 184. La lettre est du 19 mars 1750, et commence à la page 181 de la compilation de Akins. Cf. A. C. pour 1894, p. 154-5. 1750, Mardi 19, Ealifax. Cornwallis to Lords of Trade: "Shall defer making the inhabitants take the oath of allegiance till he hears what kind of settlers to expect in Spring and what additionnai force is to be sent." (F. 127, B. T. N. S., vol. 9).

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