‹ Acadie (volume 3)Chapitre 29 sur 84 · Cf. AJcins. P · texte numérisé non relu

Cf. AJcins. P

«Comme ils semblent mieux disposés qu'ils n'étaient alors, et comme j'espère qu'ils vont s'amender encore, et, avec le temps, devenir moins scrupuleux sur ce chapitre, je désirerais savoir de vos Seigneuries si sa Majesté approuverait que je garde le silence là-dessus jusqu'à ce qu'une occasion plus favorable se présente.

« M. Cornwallis sera à même de vous représenter combien ces gens nous sont utiles et même nécessaires, comme il nous est impossible de rien entreprendre sans eux, ou de nous passer d'eux même avec d'autres colons pour les remplacer ; il pourra aussi vous exposer l'obstination que les Acadiens ont montrée chaque fois qu'il a été question du serment. »

Il semble évident, par cette lettre, que Cornwallis était revenu de ses impressions premières, et qu'il partageait la manière de voir de Hopson sur les procédés à adopter envers les Acadiens. Comme il est facile, en la lisant, de juger que l'on se trouve en présence d'un homme dont le caractère, à fond de bienveillance, s'unit à un esprit calme et réfléchi! Il ne peut et ne veut blâmer son prédécesseur, mais il ne laisse pas moins entendre que la partie a été gâtée, qu'il faudra du temps et des égards pour ramener la confiance ébranlée et faire tomber les scrupules que le serment exigé inspire. Il n'est pas étranger aux sentiments que les Acadiens éprouvent; il s'est mis à leur place, et semble ressentir leurs propres impressions. Il est descendu dans son âme pour y interroger là-dessus sa propre conscience, et son cœur lui a répondu qu'il ne pourrait non plus se résoudre facilement à porter les armes pour des étrangers contre des frères, pour les ennemis de sa religion contre des coreligionnaires, pour ceux dont il ne comprend pas le langage contre ceux avec qui il échange familièrement ses idées. Et voilà pourquoi il voit devant lui un long espace de temps,

a long course of Urne, avant que les scrupules des Acadiens ne tombent. Cette expression less scrupulous laisse voir que c'est bien sa conscience et ses propres sentiments que Hopson a consultés.

Cornwallis, lui, n 'avait vu que le côté matériel de leur situation. Il avait cru que l'attachement à leurs biens était le grand, le seul mobile de leur action ; il n 'avait, pensait-il, qu'à les mettre résolument en face de cette cruelle alternative : abondance d 'une part, et dénuement de l 'autre, pour avoir raison de ce qu'il estimait être pure opiniâtreté. Lorsqu'il voit députation sur députation accepter sans hésiter l'alternative du dénuement, solliciter la permission de partir, il en est tout bouleversé, il ne semble plus rien comprendre; ou il en est tout ému, ou il feint de s'en émouvoir, mais son émotion ne porte que sur la jouissance ou la privation de leurs biens : « Vous possédez les seules terres cultivées de la province; elles produisent du grain et nourrissent des bestiaux en quantité suffisante pour toute la colonie. C'est vous qui auriez eu tous les avantages pendant longtemps. Nous nous flattions de faire de vous le peuple le plus heureux du monde \ »

Hopson avait vu plus clair et plus loin : il avait vu qu'une raison de conscience primait les intérêts purement matériels, et il implore les Lords du Commerce de ne pas l'obliger à presser les Acadiens sur la question du serment : « M. Cornwallis peut vous informer combien ces gens nous sont utiles et nécessaires, combien il nous est impossible de nous

7. N. S. Documents. CornivalUs to Acadian Deputies, 25th May 1750. Page 189 de AJcins.

passer d'eux, ou de les remplacer même si d'autres colons étaient mis en leur lieu ^ »

Pareil langage pouvait-il s'appliquer à une population turbulente, dangereuse, prête à la révolte? Evidemment non. Et cependant la période que nous venons de traverser a été plus agitée que celle qui va suivre, et qui précède immédiatement la déportation. Nous sommes en 1753 ; deux années nous séparent du terrible événement. Cette période, disonsnous, a été agitée, car jamais rien de plus grave n'eut lieu dans toute l'étendue de la péninsule; et nous le prouverons de manière à convaincre quiconque est susceptible de l'être, sans rien taire et sans sortir des documents officiels. Or, qu'était cette agitation? Sous quelle forme s'est-elle manifestée? Elle a tout simplement consisté en des réunions paisibles d'hommes qui discutaient la situation qui leur était faite, d'humbles paysans qui pesaient le pour et le contre de l'alternative qui leur était soiunise. Cette agitation, si agitation il y a eu, dura quelques mois, une année tout au plus, la première du gouvernement de Cornwallis. L'on ne voit nulle jjart que ces assemblées aient été séditieuses ni même tumultueuses; au contraire. Lorsqu'ils eurent choisi l'alternative de quitter le pays, les Acadiens allèrent immédiatement en informer le gouverneur et lui en demander la permission. Avant de leur donner une réponse, on les obligea à ensemencer leurs terres ; ils le firent sans murmurer; ils opérèrent les semailles, alors qu'ils pensaient bien que d'autres récolteraient les moissons. Ces travaux finis, ils retournèrent chercher la réponse promise; de nouveau, on la remit à plus tard, les congédiant avec de

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