‹ Acadie (volume 3)Chapitre 30 sur 84 · Lettre du 10 décembre 1752, déjà citée · texte numérisé non relu

Lettre du 10 décembre 1752, déjà citée

misérables prétextes. Sans mot dire, cette fois encore, ils rentrèrent dans leurs foyers, et le calme se rétablit. Dans tout cela, il n'y a pas trace d'un seul acte d'insubordination ou simplement de résistance. Et cependant, il y avait de forts motifs pour excuser la sédition. Puisque les Acadiens avaient été retenus dans le pays contre leur gré, puisqu'en 1730 l'on avait accepté un compromis, ils avaient au moins le droit, en partant, d'emporter leurs effets; et, pour eux, c'était beaucoup. Les en priver, c'était les jeter de l'abondance dans le dénuement. Pourtant, ce point si clair et si juste, ils y renoncèrent sans récriminer. N'y a-t-il pas là une base sûre pour juger de l'esprit qui les animait et de toute leur conduite dans les événements subséquents?

Cornwallis, avant de les entendre, s'était tracé tout un programme de gouvernement. Hopson, au contraire, avait pu tout voir, tout peser, et apprécier la justice de leurs revendications. L'ordre suivant, adressé aux commandants des forts Vieux Logis, (Grand-Pré, maintenant Horton,) et Edward, (Piziquid, maintenant Windsor,) par Hopson, est empreint des mêmes dispositions bienveillantes que nous avons déjà constatées :

« Vous devrez traiter les habitants français de la même façon que les autres sujets de Sa Majesté ; ils ont droit à la même protection de la part des lois et du gouvernement. En conséquence, rien ne doit leur être enlevé par force ; le prix à payer pour leurs effets doit être convenu avec eux. S'il arrivait que les habitants s 'obstinassent à refuser d 'en passer par ce que le service de Sa Majesté requiert d'eux, vous ne les y contraindrez pas par les armes, ni de toute autre façon illégale, mais vous porterez le cas devant le gouverneur et attendrez ses ordres en l'espèce. Les prescriptions

suivantes devront être affichées ouvertement dans le Fort, en anglais et en français :

1° Les provisions ou toutes autres nécessités que les habitants du pays apporteront au Fort pour les vendre, devront leur être payées conformément à une libre entente convenue entre eux et les acheteurs.

2° « Aucun officier sans mandat, ni soldat, ne pourra présumer la liberté d'insulter ou d'offenser, en quelque façon que ce soit, aucun des habitants du pays, lesquels, en toutes occasions, doivent être traités comme les sujets de Sa Majesté, et relèvent des lois de la Province, soit pour la protection, soit pour la punition. Quand arrivera la saison de pourvoir le Fort de combustible, vous signifierez aux habitants, par l'entremise de leurs députés, que c'est le bon plaisir de Son Excellence qu'ils apportent au Fort la quantité de bois nécessaire : quand cela sera fait, vous leur remettrez des reçus attestant de la quantité qu'ils auront fournie, lesquels reçus les autoriseront à venir réclamer le paiement de leur compte à Halifax. »

P. T. HopsoN.

« Halifax, 15 décembre 1752 ^ »

Cet ordre devait avoir pour objet d'annuler ou de modifier des ordres antérieurs: c'était là, nous semble-t-il, sa seule raison d'être. Il équivalait à ceci: dans le passé, les Acadiens n'ont pas été traités sur le même pied que les autres sujets de Sa Majesté; à l'avenir, ils le seront. Vous ne leur prendrez plus rien de force; ils auront comme les

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