Nova Scotin Doc. Akws. P
Nous devrions demander pardon an lectenr de l'entretenir de ces puérilités, mais nous sommes forcé de les discuter avec un grand sérieux, car la déportation n'a pas eu d'autres motifs plus solides que ceux-là; et, si elle est justifiable, elle doit pouvoir s'appuyer sur les accusations de son auteur.
Dans cette lettre que nous examinons, Lawrence ne parle encore que timidement de son projet de déportation, car c'est bien de cela qu'il s'agit, malgré tout le soin qu'il prend de voiler sa pensée. Il se contente de soumettre humblement son opinion que, si les Acadiens, qui possèdent les plus belles terres de la province, refusent de prêter le serment, il vaudrait mieux (pt'ils fussent éloignés, it ivoidd he nmch better that they tvere away; cependant, il se garderait bien d'entreprendre une tâche semblable sans l'approbation de leurs Excellences. N'en doutons pas, la déportation est déjà virtuellement décidée ; les moyens et la date seuls restent à fixer. Il ne s 'agit plus, pour Lawrence, que de préparer les Lords du Commerce à une adhésion ante factum, s 'il le peut, ou à l'acceptation du fait, une fois qu'il sera consommé, quitte pour lui à aggraver l'état des choses par de fausses représentations. La lettre susdite est donc une entrée en matière, un jalon dans la voie qu'il s'est tracée. Il n'espère pas, d'un seul coup, amener ses chefs à une mesure aussi cruelle que le serait la déportation; aussi reste-t-il encore dans l'indéfini: il vaudrait mieux que les Acadiens fussent partis, fussent éloignés; et c'est avec la plus humble déférence qu'il soumet sa volonté à la leur: je me garderais bien d'entreprendre une pareille tâche sans avoir l'approbation de vos Excellences. Pour l'instant, Lawrence n'a en vue que d'indisposer les Seigneurs du Commerce contre les Acadiens. En revenant habilement à la charge, il arrivera à ses
fins ; à force de renouveler la dose de ses aceusations et de ses insinuations, la transition se fera insensiblement entre sa manière de voir et la leur. D'ailleurs, n'a-t-il pas en mains tout pouvoir? Ne lui sera-t-il pas possible, par des mesures de rigueur, de provoquer les Acadiens à des actes qui le justifieront, lui, d'user envers eux d'un redoublement de sévérité?
La pensée, ou plutôt le fond de la pensée de Lawrence, lorsqu'il disait qu'il vaudrait mieux que les Acadiens fussent partis, ne pouvait certainement être de les laisser aller rejoindre les Français de Beanséjour, puisque, dans le même temps, il lançait une proclamation obligeant ceux qui venaient de s'éloigner à revenir aussitôt sous des peines sévères. Il connaissait les recommandations pressantes et réitérées faites à ses prédécesseurs par les Seigneurs du Commerce, et se souvenait de celles qu'il avait reçues des mêmes personnages, quelques mois auparavant, priant d 'éviter tout ce qui pourrait, en alarmant les Acadiens, provoquer leur départ. Les conséquences d'un départ libre devaient lui paraître trop désastreuses, ou du moins trop menaçantes, pour qu'il y ait songé un instant. Non, il s'agissait bien d'un départ forcé, pour des endroits par lui choisis, c'est-à-dire d'une déportation telle qu'il l'exécuta douze mois plus tard.
Pour la période qui embrasse an moins les quatre dei'nières années, le seul acte d'insoumission réelle, de la part des Acadiens, que l'on relève dans le volume des Archives, se trouve mentionné en cette lettre de Lawrence. Trois cents d'entre eux, ainsi qu'il le dit, étaient allés à Beauséjour pour aider leurs compatriotes émigrés dans leurs travaux d 'endiguement. Etaient-ils partis avec l'intention de ne plus revenir! Il serait difficile de l'affirmer. Nous savons seule-
ment, par Lawrence, qu'ils demandèrent la permission de partir, laquelle leur fut refusée. Il ne faut pas oublier que, cinq ans plus tôt, Cornwallis, à bout d'expédients, avait promis de donner, aussitôt que l'état du pays le permettrait, des passe-ports à tous ceux qui désireraient quitter la province. Si l 'intention de ces trois cents Acadiens était de ne plus rentrer, il semble bien qu'ils avaient le droit de se prévaloir des promesses de Oorawallis, qu'elles eussent été sincères ou non, et de s'en aller, avec ou sans saufs-conduits. Si, au contraire, ces gens partaient avec l'intention de revenir, alors Lawrence pouvait être excusable de prendre contre eux les mesures convenables i^our les obliger à réintégrer le territoire, et même les punir de cette désobéissance. Il est probable qu 'un certain nombre d 'entre eux partaient définitivement, et que les autres voulaient décider, h Bcausé.jour même, s'ils reviendraient ou non. Les rigueurs croissantes, par lesquelles Lawrence signalait son administration, semaient déjà l'inquiétude parmi la population, et ce départ en était le résultat.
La saison propice aux travaux d'endignement était très courte, et ces travaux étaient le premier effort sérieux pour procurer des terres à ceux qui avaient émigré au temps de Cornwallis. Ces réfugiés étaient des parents, des frères. Tj'on conçoit donc le désir que ressentaient les Acadiens, habitant de ce côté-ci de la frontière, d'aller aideileurs frères dans des travaux qui devaient les tirer de la misère et leur permettre de faire vivre leurs familles. Ceux qui venaient de se rendre à Beauséjour étaient exposés euxmêmes d'un moment à l'autre à avoir à quitter la province, si le serment sans rései*ve était exigé. Ils seraient alors heureux , au cas où ils émigré raient pour de bon, de trouver des parents et des amis en état de les soulager à leur tour.
L'assistanco qu'ils venaient maintenant donner à leurs frères, ils pouvaient prévoir qu'elle leur serait rendue un jour, et peut-être bientôt.
Ils reçurent l'ordre de revenir sans tarder '". Nous avons lieu de croire que l'ordre fut prompteraent mis à exécution par ceux qui, étant partis avec l'intention de revenir, avaient laissé derrière eux leurs familles : sans quoi, les Archives feraient certainement mention de procédés de ri- .i»ueur exercés envers les récalcitrants, leurs familles, leurs biens. Quand Lawrence donnait des ordres, il n'entendait pas badinaoe là-dessus, et les Acadiens ne le savaient que trop bien.
Nous croyons avoir établi que Ijavvrence avait, dès lors, virtuellement décidé la déportation. La preuve, quoique déjà convaincante au point où elle en est, reste encore un peu vagTie. Un peu de patience est nécessaire pour suivre jusqu'au bout la chaîne de l'évidence, qui est fort longue. Toutefois, pas un anneau n'y manque,
La lettre de Lawrence, que nous venons de citer, n'est, à proprement parler, que la première maille, le chaînon initial de ces nombreux anneaux dont l 'ensemble constitue ce Cha-
is. "At a council. . . on fryday (sic) the 21st <lay of June 1754.. .The Président also acquainted the council that notwithstancling the French inhabitants of Annapolis, Minas and Piziquid had been refused iiberty to go and work for the French who hâve established themselves at Beaubassin, yet many of the said inhabitants had pres-umed to go there to the mtmber of three or four hundred. , . The Council having taken the sanie into mature considération, did advice that o, proclamation should bc forthwith issned, ordering the said inhabitants to return, as they shall answer the contranj at their péril, and that the deputies should be ordered to report the nanies of ail those who were gone to Beau Séjour to work as aforesaid. ' ' *"
Chas. Lawrexce.
{N. S. Doc. -îA/ns, p. 212.— Mnrdoch, yol. i, ch. XVIl, p. 2.'Î8.)
pitre Perdu de l'Histoire. Notre preuve, forte par induction et par analyse, le sera également par des documents officiels ou incontestables '\
-- Cependant, avant d'aller plus loin, nous répondrons à une objection qui déjà se présente sans doute, à l'esprit du lecteur, à savoir: il est invraisemblable qu'un projet aussi inhumain que celui de la dôi)ortation ait pu être formé sans raison grave, c'est-à-dire par pure cruauté. Disons tout de suite que la déportation ne fut, dans la pensée de ses principaux auteurs, ni un acte qui pouvait se justifier, ni un acte de cruauté pure et simple, mais un moyen de s'enrichir avec le bétail et les terres des Acadiens. Et, sur ce point encore, nous espérons que, longtemps avant d'avoir atteint les dernières pages de cet ouvrage, le lecteur sera convaincu que nous ne faisons pas ici de la fantaisie historique.
Nous anticiperons quelque peu sur les événements pour donner la réponse des Lords du Commerce à la lettre insidieuse de Lawrence " :
«...Vous ayant fait part de nos appréhensions d'une guerre de la part des Sauvages, et vous ayant indiqué d'une façon générale les mesures à prendre au cas où cet événe-
14. Elle devra l'être bien davantage. Si probante que soit une induetion, la preuve par le document authentique comporte une autorité autrement considérable : celle-ci ne se discute plus ; ce n 'est pas une affaire de raisonnement, mais un témoignage matériel dont ré\ndence s'impose. Aussi, aurions-nous préféré que l'auteur mît ici : * notre pre\ive, forte par induction et par analyse, va recevoir, des documents ofticiels, une telle confirmation qu'il ne sera pas permis de la rejeter." <:; ,
15. Extract from a Leiter of Lordfi of Irode ^ Plantations to Gov. Lawrence. JVMtchaU. Oct. 29 1754.— N. S. D. Alrinfi. P. 235-6-7 .—Can. Arch. (1894,) N.S: Oct. 29 1754. B. T. N. S. vol. 36. P. 59. — Nous donnons de cette lettre extrêmement importante, tout l'eirtrait qui ge trouve dans Akins.
meut se produirait, cela nous amèue à réfiécbir à ce que vous nous dites coucernant l'état de la province dans ses rapports avec les habitants français : la présence de ces derniers, de concert avec les hostilités commises par les Indiens,— voilà l'obstacle qui jusqu'ici a entravé la colonisation du pays; et vous remarquez à bon droit que cet obstacle subsistera tant que les Français posséderont des places fortes et des établissements à Beauséjour, à Baie Verte et à St-Jean. Et encore que nous ne puissions pas nous former un jugement ni émettre une opinion définitive, au sujet des mesures qu'il pourra être nécessaire d'adopter à l'égard de ces habitants, avant que nous n'ayons soumis le cas, dans toute sa plénitude, à Sa Majesté, et reçu ses directions e^a l'espèce, cependant, il peut n'être pas inutile d'indiquer une ligne de conduite provisoire à tenir en la matière, jusqu'à ce que le bon plaisir de Sa Majesté nous soit connu.
« Nous espérions que la bonté que l'on avait montrée à cette population, en lui accordant le libre exercice de sa religion et la tranquille possession de ses terres, aurait pour effet de gagner graduellement son amitié et ses ser\âces et de la détacher de son affection pour les Français ; mais nous sommes chagrins de constater au contraire que cette douceur de procédés a produit si peu de résultats, que ces gens ont toujours la même attitude à l'égard des Français et à notre égard, qu'ils avaient avant rétablissement de la province, à tel point qu'ils continuent de donner à leurs compatriotes travail et provisions, qu'ils s'entendent avec eux et nous cachent les desseins qu'ils foraient ensemble.
« La proclamation que vous avez lancée, pour rappeler les habitants des districts des Mines et de Piziquid qui étaient allés travailler aux digues que les Français sont à f?iTrp construire à Beau Séjour, et le plan que vous svior,
coiiyu d'employer ces habitants à Halifax, nous paraissent être des mesures sensées et prudentes ; et nous eussions été heureux d'apprendre que ces mesures avaient eu l'effet désiré; mais, dans l'état actuel de la province, l'on ne pouvait guère s'attendre à ce qu'il en pût être ainsi.
« Il est certain que, par le traité d 'Utrecht, le fait pour eux de devenir sujets britanniques (et nous estimons qu'ils ne le peuvent devenir qu'en prêtant le serment qui est requis des sujets) est basé sur la condition expresse de leur séjour après une année écoulée; et par conséquent, et c'est là une question l)ien digne d'attention, — nous pouvons nous demander jusqu'à quel point ils peuvent être traités comme sujets sans avoir prêté le dit serment, et si le refus par eux de le prêter ne constituerait pas une raison suffisante pour invalider leurs titres de propriété; cette question, cependant, nous ne pouvons prendre sur nous de la trancher radicalement, mais nous souhaiterions de vous voir consulter làdessus le juge-en-chef, et prendre son avis, — lequel pourrait servir de base à toute mesure que l'on croirait sage d'appliquer dans l'avenir à tous les habitants en général.
« Quant à ceux du district de Chiffnecto ,{BQiiuhassm) , qui sont actuellement chez les Français de Beauséjour, si le juge-en-chef était d'avis qu'en refusant de prendre Je serment sans réserve, ou en désertant leurs établissements pour se joindre aux Français, ils avaient perdu leurs droits de propriété, nous souhaiterions que des mesures convenables fussent prises pour faire mettre à exécution et sani-fiomier par la loi cette perte de leurs titres, de façon que vous soyez mis à même de concéder leurs terres aux personnes désireuses de s'jj établir; car si, dans l'état présent des choses, un établissement pouvait se fonder là, il serait d'une grande utilité; et, comme M. Shirley, dans une lettre au comte Hali^
fax, a laissé entendre (ju'il était probable que l'on put avoir un nombre considérable de colons de Nouvelle Angleterre prêta à aller se fixer dans ces régions, vous feriez bien de le consulter là-dessus. Mais il nous semble que toute idée d'implanter une colonie britannique en cet endroit serait absurde, à moins de supposer que les forts français de Beauséjour, Baie Verte, etc., ont été détruits, les Indiens délogés de leurs campements, et les Français forcés de se réfugier, comme dans un dernier asile, dans l'île du cap Breton, à St-Jean et au Canada ^''. »
Lawrence avait dû s'attendre à quelque chose de plus: son but, semer des préjugés dans l 'esprit des Lords du Commerce, les indisposer contre les Acadiens, était atteint tout de même ; mais il avait pu espérer que leur réponse renfermerait quelque déclaration qui l'avancerait plus sensiblement vers l'objet qu'il avait en vue. Au lieu de cela, sa pro-
ie. Notre opinion, au sujet de cette lettre des Lords du Commerce, diffère radicalement du commentaire bienveillant que l 'auteur d 'Acadic va en donner ici. Pour nous, cette lettre est au moins aussi inaidicusc que celle de Lawrence, à laquelle elle répondait ; le gouverneur n 'a pas eu besoin de la lire entre les lignes pour découvrir qu 'elle lui laissait le champ libre. Bien plus, elle contenait tout un programme qui s'harmonisait parfaitement avec toutes les intentions, toutes les arrière-pensées de Ljiwrence, et qui mrme allait au delà, si possible. <Je personnage pouvait s'en féliciter. Ou nous sommes désespérément aveugle, ou il faut voir dans ce document non seulement une approbation des vues e.xprimées par ce personnage, mais encore une incitation à marcher de l'avant dans une politique qui allait aboutir à la déportation. Nous prions le lecteur d 'en peser tous les termes, de la méditer. Il jugera ensuite si l 'interprétation qu 'en fait Biclmrd en dégage le sens obvie et naturel, et si ce dernier a raison de nous la présenter comme une fin de non recevoir opposée au plan du gouverneur. Les Lords savaient bien ce qu'ils disaient quand ils referaient, pro forma, Lawrence au chief-juMicc. Ce juge-en-chef était Jonatlwn Belcher, nommé par eux à ce poste le 21 juin 1754. (Cf. Can. Arch. (1894) 21 June, Whitehall. Lords of Trade ta the King. Scnd warrant appointing Belcher chief- justice. " B. T. N.
position, «il viudrait mieux qu'ils fussent partis», — était référée à Sa Majesté, ou plutôt éludée. Les Lords ne pouvaient, en convenance, exprimer leurs doutes au sujet des accusations portées par Lawrence ; mais la différence entre son langage et celui de Hopson, à si court intervalle, dût les frapper, et le ton de leur lettre semble l'indiquer. Dans tout cela, ils ne se départent pas de leur calme ni de leur sagesse habituelle. Ils paraissent craindre, de la part du gouverneur, des mesures arbitraires; ils l'engagent à procéder régulièrement; à consulter le juge-en-chef sur l'effet d'un refus du serment quant à la validité des titres de propriétés de ceux qui résident dans la province, et même de ceux qui l'ont quittée. Pour ces derniers, si le juge-en-chef est d'opinion que leur départ a entraîné la perte de leurs droits, il faudra prendre contre eux des mesures légales de confiscation.
s. vol. 36. P. 51. — August 6. Whitehall. Lords of Tradc to tlie Ring. "Transmit warrant, to appoint Jonathan Belelicr, jr., eue of he Couneil of Nova Seotia. ' ' B. T. N. S. vol. 36. P.'56.) — Ce Bcloher était loin- créature, il partait mnhii do leurs instructions, et la suite fera bien voir que Lawrence et lui s'entendront "comme larrons en foire" pour exécuter la déportation et se partager les dépouilles de leurs victimes.
.Jonathan Bclcher était le second fils de .Jonathan Bclchcr, gouv. du Mass. Il prit SCS diplômes à Harvard (Cambridge) et se destina au barreau. Il alla compléter ses études en Angleterre oii il devînt membre de la société Middle Temple. Fut nommé en 1754 juge-en-chef de la Nouvelle- J'icosse. Dès son entrée en fonctions, il insista auprès du gouvernement sur la nécessité de convoquer une assemblée de représentants, étant d'opinion que le gouverneur en conseil, de par la commission et les Instructions de sa charge, ne possédait pas l'autorité de passer des ordonnancées pour lever des taxes. Les délibérations preinières de la Législature, qui forment la base des statuts de la Nouvelle-Ecosse, sont en œuvre. Bclchcr devint Président du Conseil et administra la Province, à la mort de Lawrence en 1760. Il mourût à Halifax en 1776. — C'est le 21 octobre 1754 qiie Jonahan Belcher prêta serment d'office comme juge-e/a-chef. (Cr. Murdoch, vol. 2, cb. XVIII, p. 250. Ahina. P. 315. — Coll. of N. S. U. vol. XII, P. 31',' 34) . Nous aurons l 'occasion de revoir ce Jonathan Belcher.
Nous avons, clans cette lettre, un modèle de toutes celles qui furent adressées aux gouverneurs de l'Acadie. Nous n'avons recherché que la vérité historique, distribuant l'éloge'ou le blâme, sans nous demander qui pouvait en profiter ou en souffrir. Cependant, comme il nous est toujours plus agréable d'avoir à louer, nous sommes heureux de reconnaître que les Lords du Commerce ne se départirent jamais gravement '' de cette conduite sage et réservée, ou si rarement ^^ que, dans l'ensemble, si nous tenons compte des circonstances, de la pression exercée, des fausses représentations mises en œuvre, leur attitude échappe à tout blâme sévère ". Nous ne doutons pas un instant que leur manière d'agir envers les Acadiens, sur la question du serment, n'eût été tout autre, s'ils eussent été au fait des circonstances que nous avons racontées, concernant les empêchements mis au départ de ces derniers par Nicholson, Vetch, Armstrong- et Philipps. Ces empêchements ne sont jamais, et pour cause, mentionnés dans les lettres de ces gouverneurs: ceux-ci, en effet, n'eussent pu en parler sans se condamner eux-mêmes. Pour porter un jugement équitable sur
17. Cet adverbe, qui vient plus qu'à point, a été ajouté a pris coup, et entre les lignes, dans le MS. origwal, fol. 452. L'édition anglaise, vol. I, p. 366, porte: " the Lords of Trade hardly ever swerved from this wisc and prudent course." Un point, c'est tout. Une autre phrase commence, "If wc tako iuto aceount tlie circumstances of time and place, etc "., tandis que, dans l'original, la phrase se continue. Ce sont là autant de nuances sensibles dans la pensée.
18. Après si rarement, le MS. portait: et si peu, qui a été biffé.
19. Dans le M S. — fol. 453, — après "fausses représentations mises en œuvre", il y a: nous poiivon^i déclarer leur conduite à l'ahri de tout hlâme sévère, "et "souvent digne d'éloges". — Ce dernier membre de j^hrase a été biffé. Le texte anglais le porte cependant: "their conduct ccrtainly dcserves no scvere censure and is often praiseworthy. ' '
la conduite des Lords du Commerce, il ne faut pas perdre de vue ce fait important.
Cette lettre semble prouvei", eu outre, que lorsque Cornwallis mettait les Acadiens devant la cruelle alternative de prêter serment, ou de partir sans rien emporter de leurs biens mobiliers, il devait outrepasser ses pouvoirs, puisque nous voyons ici que les Lords du Conunerce entretenaient des doutes même sur les droits du gouvernement à confis- (juer les immeubles de ceux qui avaient choisi l'alternative de quitter la province.