‹ Acadie (volume 3)Chapitre 58 sur 84 · Pèlerinage au pays d'EvangéUne. P. 94 et seq · texte numérisé non relu

Pèlerinage au pays d'EvangéUne. P. 94 et seq

16. A partir de la page 136 des Doc. inédits sur l'Acadie. A cet endroit du document, le Dr Brown a écrit en marge: " Number of Troops necessary to effect the measr,"

qu'ils seront transportés au Canada, et de laisser à la rumeur le temps de circuler, car il est naturel de penser qu'ils auront de la répugnance à quitter leurs possessions et à s'offrir d'eux-mêmes volontiers pour être menés sans savoir où. Je crois que si l'on réussissait à les persuader en ce sens, l'entreprise deviendrait aisée à exécuter. Si l'on pouvait arriver à les convaincre de se rendre d'eux-mêmes^^ volontairement ou qu'il fut possible de les appréhender par ruse, les autres feront peut-être aussi leur soumission; mais s'ils se montrent obstinés, et qu'ils s'enfuient dans les bois, et prennent les armes, il faudra recourir à toute la force militaire de la colonie pour les réduire, et cela prendrait beaucoup de temps. Il est difficile de dire exactement comment ceci (projet de déportation) pourrait être effectué.

« Si de forts détachements '* étaient placés dans les villages des Mines, de Pizaquid et de Canard, l'on pourrait, un jour convenu, en convoquer tous les habitants et les faire appréhender sur-le-champ ; ou encore, tel dimanche fixé, l 'on pourrait cerner leurs églises et s'emparer de tous ceux qui y seraient présents ; ou bien l 'on pourrait profiter de la nuit pour investir leurs villages et les saisir au lit ; mais comme ils sont dispersés ça et là, ce dernier moyen serait d 'une exécution difficile ; il faudrait un bon nombre de baleinières si l 'on en venait à la conclusion de s 'emparer de tous ceux qui résident dans le voisinage du Bassin ; ces bateaux feraient mieux de se rendre aux Mines, qui est près du centre de ce groupe de villages d'où les Acadiens pourront être chassés.

17. " . . .if they ean possibly be persuadée! to surrender themselves williiig-

ly..."

18. En marge de ce paragraphe, le Dr. Brown a écrit: This mode adopted.

« En somme, il est difficile de conjecturer la manière dont la déportation pourra s 'accomplir : au fur et à mesure que la situation se développera, les moyens les plus efficaces à adopter pour y faire face se présenteront en même temps. Ce serait une très bonne chose, si d'une façon générale, les habitants consentaient à se rendre d'eux-mêmes^^,»

« Ne serait-il pas possible de se procurer les services d'une personne de confiance, qui eût déjà demeuré avec les Acadiens, et qu'on enverrait chez eux à l'effet de sonder leurs dispositions et leurs intentions? Et c'est d'après ses renseignements que l'on jugerait des mesures à prendre en conséquence. »

Quelle fourberie ! Comme le désir de promouvoir son avancement en se rendant agréable à un odieux despote, peut faire commettre de basses servilités à un honome peutêtre disposé à la droiture! Pour ses complaisances, Morris devint juge. <-

«Il est à noter, dit encore Casgrain -°, qu'au milieu de toutes les infernales combinaisons du juge Morris, il n'est pas fait la moindre allusion au serment sans réserve dont on faisait tant de bruit en ce moment-là même -\ Peu importait évidemment que les Acadiens prêtassent ou non ce ser-

19. Que ce paragraphe, surtout la dernière phrase, est difficile à traduire! De crainte de n 'avoir peut-être pas bien saisi toutes les nuances de la pensée, nous donnons le texte original : " In short it is difficult to conjecture how it may be accomplished, but the circumstances as they arise will afford the best information of the most effectuai methods of dealing with them. Happy would it be if they in gênerai corne in of their own accord?"

20. Loc. cit. P. 96. — Bien, ni dans le MS original ni dans l'édition anglaise, n'indique que ce passage est un emprunt.

21. Eichard a changé cette fin de phrase eu ceci: "à propos duquel on allait faire tant de bruit quelques semaines après. ' ' fol. 533.

raent : ils étaient voués quand même à la déportation, « A tout événement, ils seront déracinés. They are at ail adventures to he rooted ont. » Ce sont les propres paroles du juge Morris.

« (Nous avions donc raison de dire que) ■- le serment n'était qu'une raison apparente destinée à servir de prétexte pour colorer la déportation. »

Nous pourrions en dire autant de tous les autres procédés de Lawrence.

Nous laisserons Brown lui-même flétrir la hideuse pièce que nous venons de produire et son auteur -".

« Il semble que, pour la question qu'il s'agissait de traiter, le conseil se soit adressé à M. Morris à cause de sa connaissance du pays et de ses habitants. Celui-ci a donc, en conséquence, écrit ce rapport, lequel fait peu d'honneur à son cœur, car il est rempli de stratagèmes injustifiables, de cruels avis et de conseils barbares. . . J'ai trouvé cette pièce parmi les délibérations du conseil relatives à la déportation des Acadiens. J'ai corrigé d'après elle une copie moins exacte que je tenais du fils de M. Morris, et la présente transcription en est la reproduction ^*. ^)

22. Les mots entre parenthèses sont de Eichard. Et dans Casgrain, la phrase se termine ainsi : ' ' colorer la déportation qu 'on était décidé à 'prononcer. ' '

23. Casgrain: "Je laisse maintenant le docteur Brown flétrir lui-même la hideuse pièce que je viens d 'analyser, et juger le juge Morris. ' '

24. Ceci est un N.-B. que le docteur Brown a mis à la fin du document dont il vient d'être fait des extraits. {Can. Fr. P. 137.) Brown y dit un mot qui semble indiquer qu'il trouvait justes les idées émises par Morris, et qu'il le blâmait seulement d'avoir proposé des moyens peu recommandables de les mettre à exécution: " His ideas are sound, ivt tcas he mild or humove?" Ni Casgrain ni Eichard n 'ont semblé faire attention à cette petite phrase qui pourtant en dit beaucoup.

Le travail de Morris commençait comme suit : « Quelques réflexions sur la situation des habitants appelés communément neutres, et quelques moyens proposés en vue de prévenir leur évasion hors de la colonie, au cas où, mis au courant du projet de les déporter, ils tenteraient de passer aux établissements français avoisinants ^'\ »

Qu'on lise attentivement ce titre, et l'on verra qu'il implique que le dessein de déporter les Acadiens était déjà formé, lorsque Morris reçut l'ordre de préparer ce travail. Sa tâche consistait uniquement à fournir des renseignements sur le moyen de l'exécuter, et d'empêcher les Acadiens d'aller se joindre aux Français. Par conséquent, lorsque Lawrence écrivait plus tard aux Lords du Commerce qu 'il avait donné à Monckton l'ordre de chasser du pays les Acadiens de Beauséjour, il les trompait, puisqu'il s'ingéniait précisément en ce moment à trouver des moyens pour empêcher les habitants de partir, afin de mieux les éparpiller, l'heure venue -^ Morris en effet, dans le passage suivant, insinue distinctement qu'ils doivent être déportés dans les colonies anglaises: « Cela faciliterait beaucoup leur disposition à s'en aller si l'on pouvait les convaincre qu'ils seront transportés au Canada; car il est naturel de penser qu'ils éprouveront

25. Au commencement du manuscrit de Morris, il y a cette note de la main du Dr. Brown: "This paper was digesty {sic) in july 1755 — at the period when the measure was first proposed, — probably bjfore it was sanctioned in council by the approbation of Boseawen and Mostyn." — (Can.-Fr. P. 130.)

26. A cet endroit du MS. origiual — fol. 534 — il y a cette note marginale au crayon: "voir l'anglais." L'édition anglaise (II. 39) introduit comme suit le passage de Morris qui va être cité : ' ' Indeed Morris, in the f ollowing passage, distinctly hints that they are to be transported to English colonies." Nous avons donc traduit cette phrase. Dans le M S. il y a simplement : " . . .car, comme le dit Morris. . . "

de la répugnance à quitter leurs propriétés et à s'offrir d 'eux-mêmes à partir, sans savoir où ils seront envoyés. »

Morris se croyait à peu près certain que, si l'on parvenait à persuader aux Acadiens qu'on les déporterait au Canada, ils se soumettraient à leur sort. 11 avait, selon nous, raison. Mais cela ne montre-t-il pas que cette population n 'était pas et ne pouvait devenir rebelle, à moins de circonstances extraordinaires dépendant de ses gouvernants I Car, remarquons-le bien, — et ceci est une nouvelle preuve que le travail de Morris fut préparé avant le siège de Beauséjour, — les Acadiens avaient alors leurs armes, puisque, en énumérant ses savantes combinaisons, il dit : « . . .mais s 'ils résistent et qu'ils prennent les armes, il faudra employer toute la force militaire de la colonie pour les réduire. » Il n'aurait sûrement pas parlé ainsi si les armes eussent été dès lors livrées.

Ainsi, nous pensons avoir démontré: premièrement, que ce document était antérieur au siège de Beauséjour et aux procédés de Lawrence; deuxièmement, que Lawrence avait dès lors décidé la déportation. Mais, pour juger correctement de la détermination de Lawrence d'après cette pièce, il faut remonter, non à sa production ou à sa rédaction, mais à l'ordre de la préparer; un document de cette longueur et de cette importance, comprenant une foule de détails minutieux, un recensement complet de la population, ne se fait ni en un jour ni en une semaine. En outre, l'idée qu'avait eue Lawrence, en chargeant Morris d'un pareil travail, n'avait pas dû sortir soudainement de son cerveau, comme un polichinelle de sa boîte : elle y était ou devait y être depuis longtemps ; il l 'avait couvée lentement ; il avait mûri au dedans de lui-même les moyens de la réaliser. Par un enchaînement de faits que nous croyons indiscutables, l'on en arrive à la

conclusion que, longtemps avant le siège de Beauséjour, Lawrence avait résolu de jeter les Acadiens sur les plages de la Nouvelle- Angleterre; l'on en arrive également à cette autre conclusion, corollaire de la précédente, qu'il faisait enlever aux Acadiens leurs armes, dans le double but de se créer des prétextes et d'exécuter plus sûrement son projet; qu'il prenait offense d'une requête respectueuse parce qu'il avait intérêt à le faire ; qu 'il refusait aux députés de se consulter avec leurs compatriotes par crainte que sa proposition d'un serment sans réserve ne fut acceptée; qu'il opposait une fin de non-recevoir à leur consentement tardif à prêter ce serment pour la même raison ; qu'il les faisait prisonniers, parce qu'il voulait laisser croire à la population que leurs députés avaient refusé péremptoirement, et jusqu'à la fin, de se rendre à ses volontés, sachant bien que leur propre acceptation du serment serait d'un grand poids sur la décision de la masse ; qu'il ne prit l'avis de Boscawen, cœur-de-chêne, que parce qu'il l'avait préparé à ses vues, et qu'il tenait très fort à mettre ses actes sous le couvert d'une autre responsabilité, persuadé qu'il était qu'il n'obtiendrait jamais l'assentiment des Lords du Commerce, et qu'à moins de se protéger ainsi, il courait grand risque d'être blâmé et disgracié; enfin que sa lettre du 28 juin à ces Lords était une tromperie pour masquer ses desseins.

« J 'aime à croire, dit Casgrain, que les historiens qui ont cherché à justifier la déportation des Acadiens n'avaient pas en mains toutes les pièces du procès que nous possédons aujourd'hui; mais je dois dire à mon grand regret, que celui qui en a fait le récit le plus retentissant, en avait sous les yeux la copie complète, pendant qu'il écrivait ". »

27, Pèlerinage. . . p. 97.

Casgrain fait ici allusion au manuscrit de Brown et à Parkman. En effet, ce dernier ne pouvait ignorer Brown. Il serait étonnant que celui qui a consacré près de cinquante années de sa vie à l'histoire de ce pays, qui a pris la peine de faire copier, aux Archives de Paris, soixante huit volumes de Manuscrits, eût ignoré celui de Brown, lequel fut déposé au British Muséum en 1852. D'ailleurs, nous sommes en mesure de prouver d'une manière irréfutable que Parkman le connaissait et l'avait lu-®. Et cependant, il n'a jamais reproduit ses opinions, ni les documents que son manuscrit contient, ni même jamais mentionné son nom. Pensait-il que les opinions de Brown, ministre de l'Evangile, professeur d 'une Université en renom, citoyen d 'Halifax, contemporain des acteurs et des témoins de ce drame, portant un jugement entre des étrangers absents et des compatriotes dans l'intimité desquels il vivait, et d'après leurs renseignements, ne valaient pas celles de Pichon, espion et traître? Au moins, les documents que son manuscrit contient pouvaient parler pour eux-mêmes, et Parkman aurait pu les citer, et nommer leur auteur sans rougir, et sans avoir à masquer son identité, comme il se crut obligé de le faire pour Pichon.

D'où Brown avait-il tiré ce manuscrit? Il nous le dit: des Archives mêmes-^ Il a disparu depuis, comme tant d'autres.

28. "The preceeding chapter — lit-on en note à la fin du eh. IX du tome I de A Half-Ccntury of conflict, p. 211 — is based largely on two collections of documents relating to Acadia — the Nova Scotia Archives, or Sélections from the Public Documents of Nova Scotia. printed in 1869 by the government of that Province, and the mass of papers collected by Eev. H.-R. Casgrain and printed in the documentary department of Le Canada-Français, a re^^ew published under the direction of Laval University at Québec. .''

29. " . . .1 found this paper aniong the Council files relating to the Acadiana removal. " Mais une copie moins exacte lui en avait déjà été remise par le propre fils de Morris. Cf. la note S4 du présent chapitre.

L'on avait intérêt, nous le comprenons, à cacher et tâcher d'effacer des vilenies aussi compromettantes. La Société Historique d'Halifax a publié, dans ses « Collections », mais en partie seulement, le manuscrit de Brown, retranchant du rapport de Morris tout ce qu'il a d'odieux pour n'en donner que les passages descriptifs. Serions-nous justifiables de supposer qu'il s'est trouvé quelqu'un d'intéressé à sauver un ancêtre du mépris public ^" 1

C'est vers la mi-juillet, croyons-nous, que doit se placer l'arrestation des prêtres de l'Acadie et l'enlèvement des Archives des Acadiens. Les Archives d'Halifax ne nous fournissent aucun renseignement sur ces faits importants. Le lecteur doit maintenant en connaître assez sur les omis-

se. ' ' La première partie de ces Remaries, laquelle est purement descriptive, a été publiée dans un des Rapports de la Soc. Hist. de la Nouvelle Ecosse, d'après les manuscrits du docteur Brown {Coll. of N. S. H. S. vol. II, p. 158) ; mais cette société a agi, relativement à cette pièce, absolument comme le compilateur des Archives de la Nouvelle-Ecosse, c'est-à-dire qu'elle l'a tronquée et qu'elle a laissé dans l'ombre tout ce qu'il y a de compromettant. . ." (Casgrain. Pèlerinage. . . P. 95, en note.)

C'est en effet dans le vol. II des coll. of the N. S. H. S. qu'a été publiée la partie anodine du rapport de Morris. Cela a paru en 1881. — Quant à la disparition de ce document, dont Eichard se plaint, entendons-nous bien, et n'en mettons pas sur le compte du gouvernement anglais plus qu'il n'y en a. Le Dr. Brown était venu à Halifax en 1787; il y résida jusqu'en 1795, qu'il retourna en Ecosse. Or, à l'époque de son séjour en Nouvelle-Ecosse, le rapport de Morris existait, puisque Brown le trouva parmi les délibérations du Conseil se rapportant à la déportation des Acadiens, ainsi que lui-même l'affirme. Le propre fils de Morris en avait d'ailleurs gardé copie. Brown emporta ce document, avec bien d 'autres, et toutes les notes qu 'il avait déjà amassées et rédigées en vue de faire une Histoire de la Nouvelle-Ecosse, et tout cela fut trouvé par hasard dans une boutique d 'épicier et acheté par A.-B. Grosart, de qui le British Muséum en fit l'acquisition, le 13 nov. 1852. Par quelle aventure tous les matériaux préparés par le Dr. Brown échouèrent-ils dans une boutique d'épicier? Mystère! Mais il ne semble pas que la main du gouvernement soit au fond de cette affaire. Il eût été plus simple pour lui de tout détruire.

sions coutumières à Akins pour n'avoir pas à s'en étonner. L'abbé Le Guerne, qui a demeuré plusieurs années sur les côtes du golfe, avec les Acadiens échappés à la déportation, nous dit que l'arrestation de ces prêtres eut lieu vers la mijuillet, et il cite, parmi ceux qui furent ainsi appréhendés, les abbés Daudin, Chauvreulx et Lemaire ^\ C'étaient les seuls qu'il y eut alors dans la péninsule, à l'exception de l'abbé Desenclaves, qui réussit à s'évader en s 'enfuyant dans les bois. Nous le retrouvons plus tard au Cap Sable,

31. "Messieurs Daudin, Chauvreulx et Lemaire ont été arrêtés vers la my juillet, conduits à Chibouctou et mis dans des vaisseaux séparément: c'est tout ce qu 'on en sçait. ' '

Copie d'une lettre écrite par l'abbé le Guerne, missionnaire des Sauvages à VAcadie, à M. Prévost, ordonnateur à l'Isle Eoyale et dont la pareille a été aussi adressée à M. le chevalier de Drucour, gouverneur. Cette lettre est datée de A Belair vers Cocagne ce 10 mars 1756. Cf. Arch. Canadiennes, 1905. Appendices. P. 409 & seq. Il existe une autre lettre de l'abbé le Guerne, trouvée dans les Archives de la cure N.B. de Québec et publiée par M. l'abbé C. 0. Gagnoïi (Québec. A. Côté & Cie, 1889.) D'après l'éditeur, "M. le Guerae dut écrire cette lettre en 1757", et "sans qu'on le sache d'une manière précise, elle était probablement destinée à l 'abbé de l 'Isle Dieu. ' ' — Il y a là un détail concernant les prêtres dont il vient d 'être parlé : ' ' Pendant les six premières semaines après la prise du fort (Beauséjour,) l'anglois se fit apporter toutes armes soit dams l'Acadie françoise soit dans l'Acadie angloise; il manda entretemps à Chibouctou des députés de cette dernière partie. . . " et une note à la marge du manuscrit porte ■.-."il manda aussi Mrs. D 'Audin, Chauvreux et Lemaire mais je ne le scus que longtemps après." — P. 35. A l'app. A. 3e P. des A. C. 1905 P. VII, l 'arrestation de ces prêtres est placée aux 4, 6 et 10 août.

M. l'abbé C. O. Gagnon a fait précéder la publication de cette lettre d'une très intéressante notice biographique sur le Guerne: "François le Guerne naquit en 1725 à Kergrist-Moëlou, près de Eostrenen, en basse Bretagne, diocèse de Quimper & Cornouailles. Reçut l'onction sacerdotale à Québec, des mains de Mgr de Pontbriand, le 18 septembre 1751. En 1753, est nommé missionnaire à l 'Acadie, où le premier acte qu 'il signe dans les registres de Peteoudiac est du 7 juin, quitta l'Acadie au mois d'août 1757. Fut nommé curé de Saint-François, Isle d'Orléans, où il arriva le 19 avril 1758. Enseigna la Rhétorique au Séminaire de Québec pendant l'année 1767-68, ainsi que durant la moitié de l'année 1768-69. Le nom de M. le Guerne réapparaît dans les registres de Saint-Fran-

avec les débris de quelques familles qui avaient pu se soustraire à l'exil général. La série des vexations exercées par Lawrence n'eût pas été complète sans l'emprisonnement des missiomiaires. Il savait que tout ce qui touchait à la foi religieuse des Acadiens était pour eux un point très sensible. Peut-être aussi avait-il espéré achever de les exaspérer par là, et les porter à des résistances qui eussent figuré avec éclat et donné du relief au chapitre de ses accusations contre eux? Cette satisfaction ne lui fut pas donnée. Mais quelle pouvait être son intention en faisant enlever leurs Archives! Avait-il si longtemps d'avance prévu le cas de requêtes au Roi, présentées par eux, et de dénonciations de sa conduite? Il avait alors deviné juste, car, deux ans plus tard, les Acadiens déportés à Philadelphie expliquent, dans une requête au Roi, l'impossibilité où ils étaient de prouver leurs allégations, attendu que leurs Archives leur avaient été ravies. Et si un détail, en apparence aussi insignifiant, n'a pas été échappé à l'esprit fertile et vigilant de ce gou-

çois le 27 mars 1769, pour ne plus disparaître jusqu'à sa mort, si ce n'est en 1787, mais pour peu de temps. Il rendit son âme à Dieu le 6 décembre 1789 et fut inhumé le 8 du même mois dans le sanctuaire de l'église de St-François. La cure de Québec, par une clause de son testament, hérita de sa bibliothèque." Nous possédons deux ouvrages ayant appartenu à l'abbé Le Guerne: chacun porte, à l'intérieur de la couverture, l'imprimé suivant: A la cure de Québec. Bibliothèque de Mr. Le Guerne. L'un est un Breviarum Bomanum, Pars ^stiva, Antverpiœ jiiX typo. Plantiniana Balthasaris Moreti. M. D. C. XCIV. C'est un spécimen magnifique, comme tout ce qui est sorti de cet atelier célèbre, devenu, comme l 'on sait, ' * Le Musée Plantin ' ', lequel nous avons longuement visité en 1905. Ce Bréviaire est orné de deux gravures sur bois d'une absolue perfection. Sur les pages blanches de la fin, il y a plusieurs oraisons latines de l'écriture de Le Guerne. L'autre de ces ouvrages est: Fables choisies, mises en vers par Mousieur de la Fontaine, avec la Vie d'Esope, nouvelle édition, augmentée de petites trottes (sic) pour en faciliter l'intelligence. A Paris. Par la compagnie des Libraires. M. DCC. XXXVII. La page titre, que nous venons de reproduire, porte l'autographe Le Guerne avec, au dessous du nom: 1755.

verneur, l'on doit comprendre pourquoi les Archives d'Acadie sont si incomplètes, pourquoi il a si bien effacé les traces de son crime, pourquoi l 'on se trouve en présence d 'un « chapitre perdu ^-. »

Lawrence, dans sa lettre du 28 juin aux Lords du Commerce, n'avait parlé d'expulsion qu'au sujet des Acadiens réfugiés à Beauséjour. Il ne pouvait convenablement rien faire contre ceux qui étaient toujours restés dans la province, sans donner aux Lords une idée quelconque de ses projets, si vague qu'elle peut être. Il le fallait afin de parer aux difficultés qu'il aurait à rencontrer pour se justifier. Sa faute serait considérée comme d'autant plus grande, et sa justification serait d'autant plus difficile, qu'il aurait laissé ses chefs dans une obscurité plus complète concernant ses desseins. Il y avait sans doute grave inconvénient, même danger, à les mettre au courant, car ils pouvaient répondre par une défense d 'agir ; mais il s 'écoulerait bien trois mois avant que leur réponse pût lui parvenir, et la déportation serait alors chose faite. Il ne pourrait transgresser des ordres formels de non-exécution; mais, le fait accompli, il se flattait bien de le faire accepter, sans qu 'il en résultât de détriment pour lui-même. Si, contre son attente, la question devenait grosse de périls, alors, il se retrancherait derrière l 'approbation de son Conseil et celle de Boscawen ; il invo-

32. Cette requête se trouve dans les appendices de l 'édition anglaise (II. App. III„ . 271.) Nous la donnerons à la fin de notre tome III. — Il y est dit en eflFet: "It is uot our power sufficiently to trac« back the conditions upon which our ancestors just settled in Nova Seotia. . . because our papers which contained our contracts, records, etc, tcere hy violence taken from us some Urne hefore the unhappy catastrophe which has been the occasion of the calamitiee we are now under. .." — Cette requête a été publiée d'abord par Haliburton (I. IV. 183 et seq.)

querait la nécessité, l'urgence. La guerre entre la France et l'Angleterre existait déjà de fait; elle allait être officielle d'un moment à l'autre: or, l'on pêche plus aisément en eau trouble '^^ Les soucis d 'une campagne militaire, appelant l'attention sur bien des côtés à la fois, ne permettraient pas de la fixer sur un point particulier, isolé, perdu le long d 'une plage peu fréquentée; ou bien l'acbarnement de la lutte disposerait à l'indulgence; le bruit des armes étoufferait les plaintes des victimes. Tant que la guerre durerait, il ne pourrait facilement être question d'une enquête sur sa conduite ; comme dit le proverbe, on ne change pas de monture en passant un gué. La lutte serait longue, mouvementée. Et après, après. . .tout serait oublié ou près de l'être; il ne resterait plus de ces événements qu'un souvenir confus. Si la victoire finale couronnait les efforts de l'Angleterre, tout serait enseveli dans les réjouissances du triomphe. Lawrence jouait gros jeu, et il ne l'ignorait pas; mais il n'ignorait pas non plus que les circonstances étaient en sa faveur. La fortune n'appartient-elle pas aux audacieux? Audaces fortuna junat ^*.

Il n 'y avait pas à reculer. Le mieux était encore de faire connaître une partie de ses projets aux Lords du Commerce, ce qu'il fit dans dans sa lettre du 18 juillet ^'\

Après leur avoir représenté que les Acadiens n'avaient jamais encore prêté un serment d'allégeance sans réserve, unqualified, il leur apprend qu'il a profité de la présence à Halifax de délégués des divers districts du Bassin des Mi-

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