‹ Acadie (volume 3)Chapitre 59 sur 84 · Virgile. — vEneid X · texte numérisé non relu

Virgile. — vEneid X

35. ATcins. N. S. D. P. 259-60.— CVi,«. Arch. (1894) 1755 July 18. Halifax. Lawrence to Lords of Trade. H. 307 B. T. N. S. vol. 15.

nés, qui étaient venus soumettre au Conseil un mémoire tout-à-fait insolent, pour tâcher de régler avec eux cette question : « Ces délégués furent donc en conséquence sommés de comparaître devant le Conseil, et, après que leur mémoire eût été disséqué article par article, on leur proposa de prendre le serment. Ils cherchèrent de leur mieux à éliminer ce sujet, et finalement exprimèrent le désir de s'en retourner chez eux pour consulter leurs commettants, afin d'en venir à une décision unanime pour ou contre ; sur ce, on les informa qu'en cette matière chacun avait à répondre pour lui-même, et, comme nous ne voulions pas user de contrainte à leur égard ni les surprendre, on leur donna vingt-quatre heures pour se prononcer, ajoutant que s'ils persistaient alors dans leur refus, ils pouvaient s 'attendre à être chassés du pays, et que si, plus tard, ils regrettaient d'avoir répondu par un refus, ils ne leur serait plus permis de prendre le serment. Le matin suivant, ils se présentèrent à nouveau et refusèrent de prendre le serment à moins que l 'ancienne réserve exemptant de porter les armes n'y fût adjointe. Alors, on leur signifia que, puisqu'ils ne voulaient pas accepter de devenir sujets britanniques, il était impossible de les considérer plus longtemps comme tels, qu'ils seraient envoyés en France à la première occasion ; en attendant, ordre fut donné de les garder prisonniers à l'Ile Georges, où ils furent immédiatement conduits. Ils ont depuis ardemment désiré d'être admis à prêter le serment, mais en vain, et aucune réponse ne leur sera faite avant que l'on ait vu dans quelles dispositions sont les autres habitants à cet égard. J'ai demandé que d'autres députés soient élus et envoyés ici au plus tôt, étant bien déterminé à amener les habitants à se soumettre ou à débarrasser la province de tels perfides sujets. Vos Seigneuries pourront examiner au long nos délibé-

rations en cette affaire, aussitôt que nous pourrons rédiger les minutes du conseil ^^ . . »

Il n'}^ a pas, dans cette lettre, un seul mot concernant l'objet de cette requête soi-disant insolente, pas un mot au sujet de l'enlèvement des armes, de la confiscation des bateaux, de l'ordre de livrer les armes et de leur livraison immédiate, de l'arrestation des prêtres, des Archives ravies, — tous points qui importaient cependant pour permettre aux Lords de juger de la situation.

On le voit encore ici : tout l'elïort de Lawrence porte dans le même sens: masquer ses actes et ses intentions. Ce qui le prouve, ce n'est pas un fait isolé, perdu au milieu d'une foule de détails divers, sans attaches avec le passé, sans lien avec l'avenir, mais une succession de faits ininterrompus, qui ne s'expliquent que par là, et qui tous tendent au même but. Il était évidemment du devoir de ce gouverneur d'informer les Lords du Commerce de tous ces faits graves ; il était également de son devoir de les consigner dans les Archives. Mais chez lui le devoir a plié devant des fins iniques. Dans l'espèce, Lawrence savait fort bien qu'à moins d'avoir des faits palpables de rébellion à citer, il lui serait difficile, sinon impossible, de convaincre les Lords qu'il y eût danger de la part des Acadiens. Les Lords avaient, pour se guider, une expérience longue de quarante-cinq années ; ils savaient, par des lettres de Mascarène, que, dans des circonstances excep-

36. C'est tout ce qu'il y a de cette lettre dans Akins. Une série de points de suspension indique qu'elle n'est pas intégralement reproduite. Et par exemple, un détail qui n'y est pas, et que donne l'analyse de ce document dans les Can. Arch. loc. cit., c 'est que Lawrence fait part aux Lords des résultats de sa conférence avec Boscawen et Mostyn au sujet des mesures à prendre pour la défense de la Province. (Cette "conférence" s'était tenue dans la séance du eonseil, !• 15 juillet.)

tioimellement délicates, les xlcadieus n'avaient pas une seule fois pris les armes ; que, sous Cornwallis et Hopson, il n'en avait pas été autrement.

Souvent, il est vrai, l'on s'était plaint de leur défaut d'attachement à leurs nouveaux maîtres, de leur partialité envers les Français, de leur opiniâtreté sur la question du serment. Mais rien de plus grave n'avait été avancé à leur sujet. L'on tenait à les garder dans le pays; l'on savait qu'ils composaient une population morale et laborieuse. Qu'auraient pensé les Lords des projets de Lawrence, même présentés sous des formes adoucies, s'il leur eût appris qu'il avait enlevé aux Acadiens une partie de leurs armes par supercherie ; que le reste, ainsi que leurs bateaux, lui avait été livré sur un simple ordre; qu'il avait fait appréhender leurs prêtres et ravir leurs Archives f Que, malgré ces cruels traitements, il n'avait aucun acte de rébellion ou de résistance à leur reprocher ? Que tout ce qu 'il pouvait relever contre eux se bornait à une requête, qu'il disait être insolente, mais sans la produire à l'appui, sans l'expliquer, sans mentionner que les députés lui en avaient adressé une autre, pour iuterijréter la première et protester de leurs bonnes intentions?— Les Lords n'auraient-ils pas répondu de la sorte à Lawrence: par vos procédés injurieux et arbitraires, vous avez exposé la province à un soulèvement ; vous avez semé le mécontentement et la méfiance chez une population que nous cherchions à nous assimuler, ou du moins à attacher à nos intérêts. Vous avez détruit ou compromis l'œuvre que nous pousuivions avec sollicitude depuis longtemps. Et, puisque les Acadiens ont subi vos humiliations et vos cruels traitements sans rompre la paix, sans violer leur serment de fidélité, n'était-ce pas là un signe sensible de leurs bonnes dispositions? Et, puisqu'ils n'ont ni bateaux pour s'éloigner.

ni armes pour attaquer ou se défendre; puisque ceux de leurs frères qui habitaient chez les Français, ont, pour la plupart, refusé de prendre les armes contre nous, et que ceux qui s'armèrent n'agirent ainsi que sous menace de mort; puisque les Français ont été repoussés et chassés de leurs positions sur toute la côte, et qu'il est maintenant impossible aux Acadiens d'entretenir des relations avec eux, qu'avez-vous à craindre?

Et pourquoi, dans sa lettre, Lawrence disait-il avoir dédéclaré aux députés acadiens qu'il les enverrait en France, lorsque, bien longtemps avant, ainsi que nous l'avons vu, il avait décidé de déporter, non-seulement les quelques députés qu'il avait emprisonnés, mais toute la population; et de les déporter, non pas au Canada ni en France, mais en des endroits qu'il fallait bien se garder de leur faire connaître. Et, même pour ce qui était de ces députés, il voilait perfidement sa pensée à leur égard en disant vaguement : «. . .ils ont depuis manifesté le désir de prêter le serment, mais n 'y ont pas été admis, et aucune réponse ne leur sera donnée avant que nous ne nous soyons rendu compte des dispositions de tout le reste des habitants. »

Un peu plus loin cependant, en terminant sa lettre, comme s 'il se fût ravisé, comme s 'il avait eu la lointaine vision de la disgrâce qu 'il pourrait encourir, s 'i' ne se mettait un peu plus à l'abri de l'imputation d'avoir à dessein caché ses projets, il ajoute : « Je suis déterminé à amener les habitants à l'obéissance ou à purger la province de sujets aussi perfides. »

La semaine suivante, le 25 juillet, cent nouveaux délégués de toutes les parties de la province se trouvaient réunis à Halifax, en conformité avec les ordres de Lawrence. Ceuxci auraient-ils le même sort que les quinze qu'il avait fait

emprisonner et qui étaient encore détenus dans l'Ile St- Georges? Ils ne pouvaient guère en douter, puisqu'ils venaient avec une réponse définitive de ne pas prêter le serment qu'il exigeait. Il y avait, de leur part, sinon de l'héroïsme, du moins de l'abnégation, à accepter un mandat qui les exposait au sort de ceux qui languissaient en prison. Mais il n'y avait pas à hésiter, il fallait obéir strictement aux ordres ; et d 'autre part, il fallait quelqu 'un pour affronter la colère et les vengeances du tyran. Mais pourquoi ce nombre si considérable, lorsque celui des députés ordinaires était limité à vingt quatre! Nous le verrons plus tard; et c'était là encore une des machinations de Lawrence, laquelle montre jusqu'à quel point il avait arrangé longtemps d'avance tous les détails de son crime et jusqu'où il poussait l 'inhumanité.

Voici d'abord la réponse des habitants d'Annapolis ''.

« Conseil tenu en la maison du gouverneur, à Halifax, le vendredi 25 juillet, 1755. Présents : le lieutenant-gouverneur, Benj. Green, Jno. Collier, Willm. Cotterell, Jno. Rous, Jon'n Belcher, conseillers. MM. le Vice-amiral Boscawen et le contre-amiral Mostyn, aussi présents. Le lieutenantgouverneur soumit au Conseil le Mémoire suivant qu'il avait reçu de la part des habitants de Rivière Annapolis.

« A son Excellence l'Honorable Charles Lawrence, lieutenant-gouverneur et commandant-en-chef de la Province de

37. Il y a, aux archives, trois réponses: l'une, de la part des habitants d 'Annapolis, l'autre, de la part des habitants de Pisiquid; la troisième, de la part des habitants de Rivière-aux-Canards et lieux adjacents. Le MS. original, — fol. 547-8-9, — ^n 'en donne que deux ; ou plutôt, la deuxième et la troisième sont fondues en une seule, et d'ailleurs écourtées, tout ainsi que la première. — Nous donnons ici ces document* intégralement.

sa Majesté Britannique, la Nouvelle-Ecosse, colonel d'un régiment d'infanterie, etc., etc.

« Monsieur,

« Ayant reçu les ordres de votre Excellence en date du 12 juillet 1755, nous nous sommes assemblés le dimanche, 13e jour du présent mois, afin d'en donner lecture aux habitants, notre désir étant de toujours observer une fidèle obéissance. nt.i;iJ

« Nous avons unanimement consenti à délivrer nos armes à feu à M. Handfield, notre très digne commandant, encore que nous n'ayons jamais eu la pensée d'employer ces armes contre le gouvernement de Sa Majesté. Nous n'avons donc rien à nous reprocher, soit sur ce point, soit à l'égard de la fidélité que nous devons au gouvernement de Sa Majesté. Car nous pouvons assurer votre Excellence que plusieurs d 'entre nous ont même risqué leur vie pour donner au gouvernement des renseignements concernant l'ennemi; nous avons aussi, quand cela fut nécessaire, travaillé de tout cœur aux réparations du fort d'Annapolis et à d'autres travaux considérés comme urgents par le gouvernement; et nous sommes prêts à donner toujours les mêmes témoignages de notre fidélité. Nous avons également choisi trente de nos concitoyens à l'eiïet d'aller nous représenter à Halifax; nous leur recommanderons de ne rien faire ou de ne rien dire de contraire au Conseil de Sa Majesté; mais nous les obligerons strictement à ne contracter aucun nouveau serment. Nous sommes résolus à nous en tenir à celui que nous avons prêté, et auquel nous avons été fidèles en autant que les circonstances l'ont demandé; car les ennemis de Sa Max

jesté nous ont pressés de prendre les armes contre le gouvernement, ce que nous nous sommes bien gardés de faire. «

« Signé par deux cents-sept des susdits habitants. »

« Le lieutenant-gouverneur informa également le Conseil que, en conséquence de l'ordre du conseil, en date du 4 courant, les susdits habitants avaient envoyé des députés porteurs de leur réponse au sujet de leur prestation du serment d'allégeance à Sa Majesté, et que ces députés attendaient au dehors.

«Les dits députés furent alors sommés de comparaître; et à la question: qu'avez-vous à dire? ils déclarèrent qu'ils comparaissaient en leur nom personnel et au nom de tous les autres habitants de Rivière Annapolis, qu'ils ne pouvaient prêter aucun autre serment que celui qu'ils avaient prêté déjà, lequel comportait une réserve en vertu de laquelle ils ne seraient jamais obligés de porter les armes, — et que si c'était l'intention du Roi de les forcer à quitter leurs terres, ils espéraient qu'on leur laisserait le temps nécessaire pour effectuer leur départ.

« Le Conseil leur posa alors plusieurs questions concernant l'allégeance dont ils protestaient si hautement dans leur Mémoire, et les informations qu 'ils disaient avoir fournies au gouvernement; on les pria de citer un seul cas de renseignement, duquel le gouvernement eût tiré quelque profit; mais ils furent incapables d'en citer un seul. On leur prouva au contraire avec évidence qu'ils avaient toujours omis de fournir aucune information opportune, quand ils pouvaient le faire, et épargner par là la vie de plusieurs des sujets de Sa Majesté; qu'ils avaient toujours secrètement aidé les Indiens, et que plusieurs d'entre eux avaient même été vus portant ouvertement les armes contre Sa Majesté. Il leur fut signifié qu'ils devaient maintenant se résoudre à

prendre le serment sans réserve ou à quitter leurs terres, — les choses en étant rendues à un point d'acuité en Amérique qu'on ne pouvait plus souffrir de délai là-dessus; que les Français nous avaient obligés à prendre les armes pour nous défendre contre leurs empiétements, et que nous ignorions quels autres coups ils préparaient ; ce pourquoi, au cas oii les habitants ne voudraient pas devenir sujets purement et simplement {to ail intents and pur poses,) il ne leur serait pas permis de demeurer dans la province. Sur ce, ils (les députés) répondirent qu'ils étaient déterminés une fois pour toutes à quitter plutôt leurs terres qu'à prêter aucun autre serment que celui qu'ils avaient prêté déjà. Le Conseil leur dit alors qu'ils feraient bien de peser très-sérieusement les conséquences de leur refus ; que s 'ils refusaient une fois de prêter le serment, ils ne seraient plus jamais admis à le faire, et qu'ils perdraient infailliblement leurs propriétés; que le conseil ne voulait pas les presser de prendre une détermination hâtive dans une affaire aussi grosse de conséquences pour eux, et qu'on leur donnait jusqu'à lundi prochain à dix heures de l'avant-midi, pour considérer à nouveau la question et prendre une résolution à cet égard ; qu 'on attendrait leur réponse définitive à ce moment-là. « Et le conseil fut ajourné à cette date. »

Chas. Lawrence.

« Jno Duport,

Secr. du Conseil ^^ »

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