‹ Acadie (volume 4)Chapitre 30 sur 82 · Cf. fîotre tome II. eh. XXA^I · texte numérisé non relu

Cf. fîotre tome II. eh. XXA^I

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devrez remettre à son adresse la lettre ci-jointe, apporter le plus grand soin au débarcjuement de vos passagers, et vous faire remettre une attestation comme quoi ils ont mis pied à terre ^ , . »

Nous avons pu découvrir cependant que le nombre des personnes expédiées en cette occasion ne fut que de cinquante **. Les 65 autres furent-elles expédiées plus tôt ou plus tard ? Ou bien purent-elles rejoindre leurs familles avant la déportation générale? Nous ne le savons pas au juste ; cependant nous avons raison de croire qu'elles furent ultérieurement dirigées sur Grand-Pré et Annapolis pour compléter le chargement des navires qui emportaient le reste de la population. Nous savons que sept jours après le départ d 'Halifax de ces cinquante Acadiens, le 10 octobre, un autre navire, le Hopson, à destination de la Caroline du Sud, laissait Halifax, pour aller à iVnnapolis, y prendre ou y compléter son chargement ^ Avait-il à son bord les 65 autres Acadiens détenus à Halifax, ou une partie d'entre eux? Il serait raisonnable de le supposer. Et il est possible que quelques-uns de ces habitants aient pu rejoindre ainsi des membres de leurs familles. Mais ce dût être l'exception. Nous avons donc, dans ce seul fait, probablement cent ou cent quinze maris séparés de leurs femmes et de leurs enfants. A cinq enfants par famille, plus le père et la mère.

7. N. S. D. P. 280. — La référence est dans le MS. original — fol. 740 — et l 'édit. anglaise.

8. ' The governni^nt of N. S. to .John Campbell, Dr. 1755. IVov. 15th. To the freight of fifty french people brought from Halifax to N. Carolina, in the Sloop Providence, Samuel Barron, Mr., per Certif. at 12 s. 6 d. £31. 5. 0 Xorth Carolina, Jany. 13th 1756. Jno. Campbell. — .V. S. D. P. 289.

voilà déjà une dislocation affectant certainement 400 personnes et peut-être même 750 ^^'. En gardant à Halifax ces chefs de famille, alors qu'il faisait transporter ailleurs la population, nous avons la preuve évidente que l'intention de Lawrence était de démembrer les foyers.

Mais, puisque Parkman paraît s'attacher particulièrement à adoucir la part d'odieux qui revient de ce chef à Winslow, nous allons montrer que celui-ci ne mérite probablement pas les atténuations dont l'historien américain le colore. René Le Blanc, notaire de Grand-Pré, était à cette époque, à l'exception peut-être de Joseph Le Blanc, Nicolas Gauthier, Louis Allain et Lucien de La Tour, l'homme le plus important parmi les Acadiens. Il avait en quelque sorte renoncé à la neutralité qui le couvrait, ainsi que tous les habitants français, pour servir le gouvernement avec zèle, au point que cela lui avait valu d'être fait prisonnier par les sauvages et retenu par eux captif pendant quatre ans. Dans une requête adressée à Sa Majesté le Eoi de Grande Bretagne, et que l 'on trouvera aux appendices, les Acadiens déportés à Philadelphie exposent ainsi leur situation :

« . . .Nous avons été déportés dans les colonies anglaises; et cette déportation a été opérée si hâtivement, et avec si peu d'égards pour les choses indispensables à la vie et pour les liens les plus tendres de la nature, que plusieurs sont tombés, de l'état social le plus charmant et le plus prospère, dans un dénuement absolu. Les parents ont été séparés de leurs enfants, les maris de leurs femmes, parmi lesquels il y en a qui n'ont pu encore se rejoindre. Nous avons été telle-

10. Nous donnons les chiffres tels que dans le MS. original — fol. 740. A. — L'édit, anjflaise, II, p. 207, met 700 ou 800.

ment entassés dans les vaisseaux que nous n'avions même pas de place pour nous coucher. . . Ceux-là mêmes d'entre nous qui, à cause de leur attachement au Gouvernement de Votre Majesté, avaient souffert le plus de la part dos ennemis du roi, ont été également enveloppés dans la même calamité, parmi lesquels René Le Blanc, le notaire déjà mentionné, est un des exemples les plus frappants. Il fut saisi, emprisonné, emmené avec les autres; et sa famille, composée de vingt enfants et d'environ cent cinquante petits enfants, fut dispersée dans différentes colonies. Lui-même fut débarqué à New-York, débile et malade, n'ayant avec lui que sa femme et deux de ses plus jeunes enfants, d'où il alla en rejoindre trois autres à Philadelphie, oii il est mort sans qu 'on ait fait plus de cas de lui que d 'aucun des autres captifs, sans qu'on ait tenu compte de tout ce qu'il avait fait et souffert pour le service de Votre Majesté ^\ . . »

Parlanan connaissait cette requête; elle se trouve dans Haliburton et ailleurs. Si tel fut le sort infligé à l'homme le plus considérable de Grand-Pré, qui avait servi le gouvernement avec tant de zèle, que dût-il en être pour les autres? Nous ajouterons, en ce qui regarde Grand-Pré, un fait qui nous touche personnellement: L'aiëul de notre grand 'mère Richard, Honoré Hébert, avait trois frères âgés de dix à vingt ans, lors de ces événements. Tous quatre furent déportés à des endroits différents, et ce ne fut que dix ans plus tard qu'ils purent se réunir dans la paroisse St-Grégoire. Cet épisode est raconté par Casgrain, dans son Pèler'mage

11. Cf. Holihiirtoti. l, IR?^ et seqq. Casgrain, Pèlerinage, Vin, 178 et seq. Cf. notre ch, XXX, note 4,

au Pays d'Evmigêline ^-, non qu'il ait été exceptionnel, mais parce que la famille à laquelle il se rapporte avait acquis uTie certaine importance qui la mettait plus en relief que d'autres :

« Au nombre de ces fugitifs était un jeune homme âgé de dix-huit ans, nommé Etienne Hébert, enlevé de la paroisse de la Grand-Pré, où il habitait le vallon du Petit Ruisseau, dans la concession dite des Héberts. Séparé de ses frères qui avaient été jetés, l'un dans le Massachusetts, l'autre dans le Maryland, et le troisième dans un autre endroit, tandis que lui-même, débarqué à Philadelphie, avait été mis au service d'un officier de l'armée, il n'eût pas de repos qu'il n'eût rejoint ses frères, qu'il croyait rendus au Canada. Frustré dans ses espérances à son arrivée, mais non découragé, il se fit concéder des terres (à St-Grégoire)^Mans la seigneurie de Bécancourt, et repartit en hiver, monté sur des raquettes. Après bien des recherches, il eût la joie de les ramener tous les trois : l 'un était à Worcester, l 'autre à Baltimore, et le troisième dans un village dont le nom a été oublié. Les quatre frères s'établirent, voisins l'un de l'autre, à St-Grégoire, où ils ne tardèrent pas à prospérer '*. » Çasgrain ajoute que Etienne Hébert, apprenant plus tard qu'une de ses voisines de la Grand-Prée, Josephte

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