CHAPITRE TRENTE-SIXIEME
LES ACADIENS DANS LA PENSYLVANIE, LES CAROLINES, A BOSTON ET DANS LE MARYLAND.
L'on ne connaît qu 'approximativement le nombre des Acadiens qui furent débarqués à tel ou tel endroit des provinces royales du continent-, A l'exception de Boston, où il en fut débarqué près de 2,000, il n'en fut laissé qu'un très petit nombre dans les ports de la Nouvelle- Angleterre ^ Le
1. Dans le MS. original — fol. 751 — il 7 a seulement chapitre. Mais, cette fois, il y a un Sommaire.
2. Dans le MS. id. fol. il y a Etats-Unis. Mais, nous avons cru préférable de substituer à ces mots ceux de provinces royales du continent. C'était là terme en usage à cette époque.
3. Dans la note 34 de notre chapitre XXX, nous avons dit un mot du refus du New-Hampshire de recevoir un seul de ces malheureux. Voici un supplément d'informations à ce sujet:
Le New-Hampshire et les Acadiens Déportés.
Provincial Papers, Documents and Records Relating to the Province of N. H. from 1749 to 1763, vol. VL
Letter from Lt. Gov. Phips (copied from MS. Govrs. Messages, vol. II, p. 347.)
Boston, Novr. 19th 1755.
Sir,
At the désire of Capt. Shirle> (Commander of His Majesties Ship the Mermaid. I would acquaint your ExcelleBcy that the Neutral French, who were to
Connecticut en reçut pour sa part 300 et New York 200. Le reste fut distribué dans le Maryland, les Carolines et la Géorgie. Lawrence avait exécuté son projet avec une précipitation telle qu'il n'avait même pas demandé préalablement aux gouverneurs des diverses provinces l'autorisation de leur envoyer des proscrits. Son intérêt était évidemment de faire transporter ceux-ci aussi loin que possible, de les diviser en une infinité de groupes qui seraient éparpillés xDartout, mais il avait à tenir compte du bon vouloir des gouverneurs. Boston offrait l'inconvénient d'être bien rapproché de la Nouvelle-Ecosse : là, du moins, il pouvait espérer beaucoup de la complaisance du gouverneur, qui était ins-
be transported from Anuapolis River to this Province appear to be quit© as raany as they were coniputed to be at first, when the destination of the whole (including those of Mines & Chinecto) among the Englisb Provinces & Colonies was agreed upon, so that this Province, instead of having one thousand, there will bave two thousand persons sent hither besides thirty Pamilies already arrived hère from Chineetio, above what was at first intended : Now Capt. Shirley is at a Loss to hâve thèse Supernumeraries disposed of and apprehend that some part might without Inconvenience to your Province be sent thither, & will Write to your ExceUency upon this subjeet, and desires me to do the same: & hope your Excellency will think it may be for His Majesty's Service (if not eonvenient of your Province) that some part of thèse French People should be received into the same.
I am with much respect, Sir, your Excellency 's most obdt. humble servant,
S. Phips.
His Excellency Benning Wentworth, Esq.
Le 27 novembre, le gouverneur Wentworth, ainsi qu'il appert d'après les mêmes Prov. Papers, soumit la question aux Gentlemen of the Council and of the Assembly, leur demandant de la prendre en immédiate considération. (La chambre d'assemblée se tenait à Portsmouth.)
Shirley, de son navire le Mermaid, adressait, le 24 nov. 1755, à Wentworth, une lettre relative au même point, et dans laquelle il lui disait:
" . ..You are undoubtedly sensible of the dangers thèse poor wretches must run in going round to New York, Philadelphia, Virginia, Carolina, etc., at thia
truit de ses projets; et cependant, la nouvelle de l'arrivée des Acadiens y suscita, ainsi qu'ailleurs, un mécontentement général.
Soit que l'on ne put les loger, soit que l'on ne voulût pas s'en charger, partout l'on fit des objections au débarquement de ces infortunés ; partout on les regardait comme des êtres dangereux pour la sécurité publique. Les préjugés contre tout ce qui touchait au catholicisme avaient atteint un tel degré d'intensité, dans toutes les classes de la société, que l'on reste stupéfait à la lecture des Mémoires et des documents publics de cette époque. L'étonnement qu'ils font naître est sans doute ressenti par tous ceux qui se livrent à l'étude de ce passé, que ceux-ci soient ou non les fils de ceux qui entretenaient ces ridicules alannes. Il n'était pas de complot, si déraisonnable qu'il fût, dont on ne supposait
late season of the year.. . I take this liberty of writing to you & must beg the favour to know what proportions you imagine you then take of them, that I may the more easily judge how I shall dispose of them. . . "— P. 446 des
Et voici quelle réponse le conseil et l'assemblée firent à ces demandes:
"The committee appointed to take under considération His Excellency's Message of the 27th ultimo to both Houses relating to his several letters (viz)
.Lieut Gov. Phips of 19th and Cap. W. Shirley of the 24th of same month, hâve maturely eonsidered the same and do report as f olloweth, viz : . . . as to Lieut. Gov. Phips & Capt. Shirleys Letters relating to receive into this government a number of the neutral French brought up from Mines & Chinecto, as to whieh wo are of opinion it would not be for His Majesty's interest to receive any of said French people into this government, it being a long f routier & but thinly inhabited & so near the French and Indian settlements that it would be of a dangerous conséquence to this His Majesty 's Province.
I on the name & by orders of the committee.
Portsmouth, dec. 19th 1755.
D. Warner.
(Beport accepted,) P. 451 des P. P.
qu 'un catholique ne pût se rendre coupable *; Cette poignée de gens inoffensifs, et qui s'étaient montrés tels alors qu'ils tenaient dans leurs mains le sort de l'Acadie, — accablés qu'ils étaient maintenant sous le poids du malheur, sans armes, sans argent, créait un inconcevable malaise, tout comme si la sécurité du pays eût été menacée par leur présence. Il n'en fallait pas davantage pour éteindre dans les cœurs la bienveillance et la pitié, et pour conduire à des actes de cruauté une nation naturellement généreuse et hospitalière. C'est ce qui arriva à Boston, à Philadelphie, et dans la plupart des endroits où le sort jeta les Acadiens.
A Philadelphie, oii abordèrent, le 19 novembre, trois navires chargés d'exilés, l'on ordonna aux Acadiens de s'éloigner du port. « Le gouverneur Morris, dit Philip H. Smith ', tomba dans une grande alarme; » et le jour même de l'arrivée de ces bateaux, il écrivit au gouverneur Shirley dans les termes que voici :
« Deux vaisseaux sont arrivés ici avec plus de 300 Français neutres de la Nouvelle-Ecosse, que le gouverneur Lawrence a envoyés séjourner dans cette Province, et je suis dans un grand embarras pour savoir que faire de ces gens. Etant donné que nous n'avons de force militaire d'aucune sorte, notre population s'inquiète à la pensée de voir un certain nombre d'ennemis répandus à l'intérieur du pays: ces français pourront s'aboucher avec leurs compatriotes et se joindre à eux dans la campagne qu'ils mènent actuellement
4. Le MS. original — fol. 752 — a ici la phrase suivante qui a été biffée: "Les documents publies les plus sérieux ne désignent jamais autrement les catholiques ou les choses du catholicisme, que par les expressions Papists, Popish, Bomanists, Eomish superstitions, etc. . . "
5. Op. laud- — Au ch. The Aeadians in Pennsylvania. P. 228-9-30-1.
contre nous; ou, de concert avec les Irlandais et les Allemands catholiques, ils pourront fomenter des troubles dans cette province-ci et la province voisine. J'ai donc l'honneur de solliciter vos instructions particulières concernant ce que je dois faire de ces gens-là et la meilleure manière d'en disposer. Entre temps, j'ai fait placer à bord de chacun des navires une garde que j'ai choisie parmi les reci-ues qui se trouvent maintenant dans cette ville, et j'ai fait fournir à ces neutres des provisions qui devront être payées par le gouvernement de Sa Majesté, car il n'y a aucun fonds pour cela dans le trésor de la province \ »
Jonathan Belcher, juge-en-chef du New-Jersey, père de Jonathan Belcher, juge-en-chef de la Nouvelle-Ecosse et conseiller de Lawrence, poussait encore plus loin les ridicules appréhensions. Ecrivant au gouverneur Morris, peu de temps après, il s'exprimait ainsi: ^ -
« Je suis vraiment surpris qu'il ait pu entrer dans l'idée de ceux qui ont ordonné l'expulsion de ces Français neutres, ou plutôt de ces traîtres et rebelles à la couronne d'Angleterre, d'en diriger aucun sur ces provinces, oii déjà nous avons un trop grand nombre d'étrangers pour notre avantage et notre sécurité. Je pense qu'ils auraient dû être transportés directement dans la Vieille France, et je suis entièrement de l'opinion de Votre Honneur, que ces gens pourraient, d'un moment à l'autre, se joindre aux papistes irlandais, pour la ruine et la destruction des colonies du roi.
6 Cf aux app. Gén. des Fam. ac. etc. Cf. Casgrain, Pèlerinage etc. P. 167-8. LeB trois navires arrives à Philadelphie étaient le Hannah, le Ihrec Fnends, le Swan; contenant 454 personnes.
Si l'on essaie de faire un débarquement ici, (Elizabethtown,) je pense que je dois au roi et au peuple confié à mes soins de faire tout mon possible pour l'empêcher". »
Smith, après avoir cité d'autres exemple^ montrant toute l'étendue des préjugés qui régnaient à cette époque, ajoute : « Si tous ces récits n'étaient pleinement appuyés sur des preuves incontestables, l'on aurait peine à y ajouter foi, tant ils sonnent étrangement, depuis que les préjugés nationaux et l'intolérance religieuse se sont dissipés devant la lumière de la science et grâce à la bienfaisante influence de l'Evangile \ »
Le 24 novembre, le gouverneur Morris adressa un message à la chambre des Représentants de l'Etat, déclarant qu'il ne croyait pas prudent de permettre le débarquement des exilés, mais qu'il avait donné des ordres pour en laisser descendre quelques-uns sur l'île Province, attendu qu'une maladie contagieuse s'était déclarée à bord de l'un des bateaux ^
Que pouvaient espérer ces malheureux d'une population fanatisée à ce point? « Quelques citoyens de Philadelphie n'eurent pas honte de proposer de les mettre en vente comme esclaves; les Acadiens se révoltèrent avec toute la fierté et l'indignation de leur sang français et protestèrent par des requêtes contre ce criminel projet qui n'eût pas de
7. Dans le MS. original — fol. 754 — ce document, ainsi que le précédent, est donné en anglais d'après Smith. A la fin du précédent, Richard a mis ("Trad. française dans Casgrain, p. 167-8".) Nous avons, en effet, recouru au Pèlerinage pour le texte français. Cf. Penna. Archives, 574.