Casgrain. Pèlerinage. . . P
Huliburton est le premier à avoir affirmé ceci : ' ' They landed in a most déplorable condition at Philadelphia. The Government of the Colony, to relieve itaelf of the charge such a company of misérable wretches would require to maintain them, proposed to sell them with their own consent; but when this expédient for their support was offered for their considération, the Neutrals refused it with indignation, alledging that they were prisouers, and expected to be maintained as such, and not forced to labour. ' ' I. P. 182. — Cette affirmation est répétée littéralement dans les notes d'une édition (l'Evangéline, parue à Londres, eu 1853. — Or, le 24 mars 1856, William B. Read a donné devant la Société Historique de Philadelphie une étude dont le texte imprimé se trouve aux Archives de la Mass. Histor. Society, et dans laquelle il a voulu défendre la Pensylvanie d 'une pareille accusation : "In this retrospect of a sad chapter of local history, I lind nothing to wound the proper pride, or excite the blush of Pennsjlvania, and no where a trac« of truth to justify the wantou aspersion on our famé, that Pensylvania sold, or wished to sell, or thought of selling thèse, or any other human beings into slaverj'. Tho only color for it cornes in the shape of a very slight tradition embalmed in Mr. Vaux 's Life of Benezet. It is this : ' ' Such was Benezet 's care of the Neutrals that it produced a jealousy in the mind of onc of the oldest men among them of a very novel and curions description, which was communicated to a friend of Benezet, to whom he said: "It is impossible that ail this kindness ean be disinterested : Mr. Benezet must eertainly intend to recompense himself by treacherously selling us." — When their patron and protector, adds Mr. Vaux, was informed of the ungrateful suspicion, it was so far from producing an émotion of anger or indignation, that he lifted up his hands and laughcd im raoderately. ' ' P. 88. — Pointless as this gossijjing anecdote is, the aspersion on our character rests on no other foundation. ' ' — Ainsi, d 'après les documents produits par Read, et qui sont les seuls qui soient sur la question, il apparaît clairement que l 'accusation portée contre la Pensylvanie n 'a aucun fondement. Cf. Aux appendices toute cette étude, fort bien faite, de W. B. Read.
une touchante sollicitude et contribua puissanunent à alléger leur sort. Plus favorisés que ceux de leurs compatriotes qui avaient été déportés ailleurs, ils eurent également le bonheur de rencontrer dans le Père Hardy un missionnaire compatissant et dévoué qui leur offrit les consolations spirituelles et leur donna le courage de supporter plus patiemment leurs afflictions. « Mais, dit Casgrain, ils étaient devenus semblables à des plantes arrachées du sol; ils ne pouvaient plus se reprendre à la vie. Plus de la moitié moururent peu de temps après leur arrivée. La nostalgie les tuait autant que la misère; comme l'exilé antique, ils expiraient en tournant les yeux vers leur patrie " : »
...et dulcis moriens reminiscitur Argos
Les minutes de l'assemblée de la Pensylvanie contiennent le passage suivant : « Antoine Bénezet, appelé à comparaître devant la chambre, déclare qu'il a visité les Français neutres dans les navires mouillés actuellement au milieu de la rivière, non loin de la ville, et qu'ils les a trouvés dans un grand état de besoin en fait de couvertures, de chemises, de bas et d'autres objets indispensables. Après qu'il se fut retiré, la chambre résolut d'autoriser le dit Bénezet à
11. Pèlerinage. . .T. 170. Tout ce qui précède est également emprunté à Casgrain avec des variantes insignifiantes. Le vers est de Virgile, ^neidos, lib, X.. V. 782. "Mourant, il se souvient de sa chère Argos." Delille a ainsi traduit : . . .et loin de sa patrie,
Songe à sa chère Argos, soupire, et rend la vie," ce qui, comme simplicité et comme harmonie, est loin de valoir l'original.
faire les dépenses qu'il jugerait raisonnables, pour assister les Français neutres présents dans cette province ^-. »
Après bien des pourparlers et des hésitations, le débarquement fut enfin autorisé. Beaucoup de ces malheureux étaient à bord des bateaux depuis près de trois mois; l'on conçoit sans peine que cet entassement à fond de cale, dans des navires surchargés, joint aux fatigues de la mer, au chagrin, à une nourriture grossière et insuffisante, dût affecter la santé de ces gens et contribuer à l'effrayante mortalité dont nous venons de parler. Pendant les deux premiers mois qui suivirent leur débarquement, ils recurent, tant de la Législature que de la charité privée, tous les secours que requérait leur situation. Dans la requête qu'ils présentèrent à l'assemblée, par l'entremise de Jean-Baptiste Galerne, en février 1756, nous lisons ceci : « Nous devons bénir Dieu que le sort ait permis que nous fussions envoyés en Pensylvanie, où nous avons été secoui-us dans nos besoins, et où nous avons été traités, de toute manière, avec bienveillance et charité chrétienne ^^ »
Mais il ne devait pas en être longtemps ainsi. La charité se lasse vite d'une assistance prolongée. Les Acadiens demandaient soit à être rendus à la libei-té, afin de rejoindre, en tel ou tel lieu, leurs compatriotes ; soit à être transportés à quelque endroit que ce fût, en France ou dans une colonie
12. Le MS. oriff. fol. 756-7 donne ce texte en anglais, (d'après Smitb.) Richard a mis entre parenthèses: "trad. fr. dans Casgrain, p. 171."
13. Le texte anglais de cette Requête est aux appendices. Casgrain, eh. VTII du Pèlerinage... l'a traduite en entier. Les mots que nous venons d'en extraire sont dans le corps de la Requête. Le MS. origbwl — fol. 757 — commet donc une erreur quand il dit, pour introduire sa citation : ' ' Leur première requête à la Législature se termine ainsi."
française; ou enfin, si l'on ne pouvait accéder à aucune de ces propositions, ils réclamaient une dernière faveur, celle d'être considérés et traités comme prisonniers de guerre. Pour empêcher d'être livrés à leurs propres ressources, ainsi qu'on les en menaçait, ils avaient joint à la requête dont nous venons de parler un mémoire où se lit ceci « Nous désirons que des mesures soient prises pour notre subsistance aussi longtemps que nous serons détenus ici. Si cette humble requête nous est refusée, et qu'on laisse mourir nos femmes et nos enfants sous nos yeux, jugez quelle sera notre douleur! N'eût-il pas mieux valu pour nous mourir dans notre pays iiataP*? » Leur prière ne devait cependant pas être exaucée, car la Législature décida que tous ceux qui étaient en état de travailler seraient distribués à travers la Province où " l'occasion leur serait donnée de se livrer aux labeurs et industries auxquels ils étaient accoutumés ». Cette résolution de l'Assemblée jeta la consternation parmi les exilés. Réduits à deux cent dix-sept, de quatre cent cinquante qu'ils étaient à leur départ de Grand-Pré et de Port- Royal, leur affliction en face d'une telle perspective ne connut plus de bornes. Ces femmes, ces maris, ces enfants, qu 'on allait de nouveau séparer, se recrièrent avec indignation contre un pareil procédé. « Plutôt nous réunir dans la mort qu'être à nouveau démembrés, disaient-ils! Nous travaillerons, si nous pouvons en avoir le courage et la force, mais nous resterons ensemble. » On leur offrit des terres.
14. Encore ici, Richard — fol. 758 — cite ea anglais et introduit sa citation comme ci-devaut: "...ils adressèrent dans ce sens une requête à la Législature, laquelle se termine ainsi." Il semble que ce soit une requête tout à fait différente de la précédente, tandis que Casgrain dit qu'il s'agit ici d'un mémoire adjoint à la dite requête et soumis à l'Assemblée en même temps.
des outils. Mais toutes ces offres furent repoussées, parce qu'elles impliquaient séparation. Et ceux d'entre eux qui se décidèrent à aller travailler dans les districts ruraux, n'y furent pas acceptés. « Tel était, dit Philip H. Smith, le préjugé entretenu en ce temps-là contre des gens d'une autre religion, que l'on refusa d'employer ceux des neutres qui s'offraient à travailler. » « Plusieurs d'entre eux, a dit l'un des commissaires nommés pour s'enquérir de leur condition, William Griffitts, ont été plusieurs semaines de suite sans voir ni pain ni viandes, et un certain nombre ont été forcés de piller et de voler pour ne pas mourir de faim ^^ » Ce nouvel appel à la charité, et plus encore peut-être ces actes de pillage pour apaiser leur faim, précipitèrent sur les exilés le malheur qu'ils redoutaient le plus: la séparation. L'Assemblée décida de prendre à sa charge les vieillards, les malades et les infirmes, mais obligea les parents à céder leurs enfants mineurs pour qu'ils fussent placés au
15. Le MS. original — fol. 759 — donne le texte anglais; Casgrain l'a traduit, p. 181. Dans l'un et dans l'autre, cela est donné comme tiré d'une requête des Acadiens. Voici au contraire ce que prétend lîcad, dans son étude plus haut citée: "Ou the meeting of the Assembly, in october 1756, there is a sad révélation on its records, of the suflferings of thèse poor people, made, too, not by them, but by one of the kiudest of the voluntary almsgivers. It is the pétition of William Griffitts, one of the Commissioners. Disease and death had been busy among the Exiles. Many died of the small pox, and but for the care that had been bestowed upon them, many more would hâve perished miserably. The overseers of the rural townships refused to receive them. The préjudice against the foreigners prevented the employment of those who were willing to work, "aiid many of them — says this paper — hâve had neither méat nor bread for many weeks together, and been necessitated to pilfer and steal for the support of life." — Entre parenthèses: (A'^otes (of the assembly.) P. 645.)
Cette révélation a donc été faite, non par les Acadiens eux-mêmes, mais par l'un des commissaires, William Griffitts.
service des particuliers. Leurs suppliques, à l'effet de conjurer l'effet de cette décision, témoignent que le coup qu'elle leur portait était le plus sensible qu'ils pussent subir. Ils demandèrent à nouveau d'être mis en liberté, mais leurs touchantes prières ne devaient être entendues que par l'ange de la mort ^'^.
Désespérant de rien obtenir de ce côté, les déportés firent une dernière tentative, et cette fois, c'est au Souverain luimême qu'ils s'adressèrent. Cette requête, que nous reproduisons en entier dans nos Appendices, est d'une émouvante simx)licité; elle porte en elle l'accent d'une conviction profonde à laquelle il est difficile de résister. Ce document est la défense des Acadiens, telle qu'ils la présentèrent euxmêmes. Comme il est le seul de cette nature, dans cette cause ex parte, il eût été convenable pour le compilateur des Archives de l'insérer dans son volume à côté des lettres de Pichon, etc. Il l'avait sous les yeux, puisqu'elle se trouve dans Haliburton ^^
« Ce qui restait de ces neutres à Philadelphie, occupait sur la rue des Pins {Fine Street) une rangée de petites chaumières en bois, connue longtemps sous le nom de Neutral Huts. C'est là qu'ils s'éteignaient lentement, lorsque, au printemps de 1757, arriva à Philadelphie un des plus hauts dignitaires que la Grande-Bretagne eut envoyés dans cette colonie. Lord Loudun, commandant-en-chef des
16. Tout ceci est tiré de Casgraiti, p. 181-2, mais un peu arrangé par l'auteur. Cette dernière parole toutefois est textuellement dans un Pèlerinage. P. 182.