I. P. 183 & seq
armées anglaises en Amérique ^^, » — celui-là même qui fut appelé dérisoirement le héros de la cabbage planting expédition,— l'expédition des planteurs de choux — par les citoyens d 'Halifax ^^ «Lord Loudun ne s'arrêta que peu de jours à Philadelphie, où son passage donna lieu à des fêtes et à des démonstrations publiques; toutefois, il y séjourna assez longtemps pour montrer que sa haute position ne le mettait pas à l'abri des plus vulgaires préjugés de son temps. Il se fit donner le chiffre exact de la population de la Pensylvanie, afin de prévenir les terribles dangers qui pouvaient résulter d'une conspiration papiste. Au rapport du Père Hardy, cette population s'élevait à peine à 2,000 âmes, réparties entre Anglais, Irlandais et Allemands. Les Acadiens comptaient alors pour si peu que le missionnaire ne crût pas qu'il valut la peine de mentionner leurs noms dans son rapport. Il semble qu'il ne restait plus de place que pour la pitié envers ces tristes débris, dont la misère était si extrême en ce moment que l'Assemblée elle-même,
18. Un Pèlerinage. . . P. 183. C'est nous qui avons mis les guillemets que Eichard aA'ait oubliés. Cela est tiré d'ailleurs de l'étude de Read: "Mr. Watson, in his Annals, tells us that for a long time the remuant of the Neutrals oceupied a row of frame buts on the north side of Pine Street, between Fifth and Sixth, on property owned by Mr. Powell or Mr. Emlen, and those ruined houses, knowned as the Neutral Huts, are remembered distinctly by persons now living. " — (Read écrivait en 1856.)
19. Le MS. original — fol. 760 — a le renvoi marginal suivant à Murdoch: ' ' Not only his military skill, but his courage and integrity were questioned. It is, therefore, iiot surprising to learn that "the multitude shouted at the news of his being recalled to England". — Rist. of N. S. vol. II. P. 315.
Immédiatement avant ces mots, Murdoch dit: "His (Loudun) career iu America was distiuguished mainly by iueffieieucy, and his military opérations eonfined prineipally to the celebrat«d " cabbage planting expédition ", at Halifax, 1757."
qui s'était montrée si dure à leur égard, s'en était émue, et avait passé un acte pour les recommander aux officiers publics, « afin, y disait-on, de les empêcher de mcurir de faim ^°. »
Le traître Picbon, qui, depuis la déportation, résidait à Halifax, se trouvait alors, croyons-nous, de passage à Philadelphie. Avant d'aller jouir à Lo.ndres du fruit de sa trahison, il voulût témoigner de l'importance de ses services à un homme de la situation de Lord Loudun. Comme officier français, se disant captif tout comme les Acadiens, et feignant de s 'apitoyer sur leur sort, il lui avait été facile de gagner la confiance de ces malheureux, qui avaient soif de consolations, pour les trahir jusqu'à la fin. Le résultat de ses entrevues avec Loudun fut l'arrestation de Charles Le Blanc, Jean-Baptiste Galerne, Philippe Melançon, Paul Bujauld et Jean Landry, « comme étant des individus suspects et mal intentionnés, ayant proféré des paroles menaçantes contre Sa Majesté et ses loyaux sujets ». Nous devons faire remarquer que les Acadiens avaient fait remettre à Lord Loudun, lors de son passage à Philadelphie, un mémoire, écrit en français, où ils exposaient leurs plaintes. « Je le leur ai renvoyé, écrivait Loudun, en leur disant que je ne pouvais recevoir aucun mémoire des sujets de Sa Majesté, si ce n'est en anglais. Sur quoi ils se sont réunis
20. Vr pèlerinaye, ibid. Cf. Bead, loc. cit., à qui Casgrain emprunte tout ceci, sans l'indiquer. Voici la lettre du Père Hardy à Lord Luudun: " Honored Sir, — I Pend you tlie nunibers of Roman Catholics in this town, and of those whom I visit in this country, Mr. Sneider is not in town to give an account of the Germans, but I hâve heard him often say that the whole number of Roman Catholics, English, Trish, and Germans, includiug nien, women and children, does not exeeed two thousand. I remaiu, Robert Hardy. ' '
"The poor remnant of French Neutrals did not seeni worth eounting!"
en assemblée générale et ont résolu de n'envoyer aucune requête, si ce n'est en français. Ils en sont venus, m'a-t-on dit, à cette résolution, parce qu'ils se regardent comme sujets français. »
Ce refus, de la part de Loudun, de considérer leur requête, parce qu'elle était en français, avait pu causer du mécontentement parmi les Acadiens; mais il est fort probable qu'il ne s'agissait de rien de plus sérieux. Et cependant, sans autre forme de procès, sur la foi du rapport de Pichon, dont Loudun connaissait les antécédents puisqu'il les raconte au ministre William Pitt, les malheureux que nous venons de mentionner furent arrachés à leurs familles déjà si éprouvées, placés à bord de vaisseaux de guerre et exilés de nouveau -^
21. Tout ce passage demande des éclaircissements : ' ' Pichon, dit l 'auteur, se trouvait alors, croyons-nous, à Philadelphie." — Noua prions d'abord le lecteur de consulter, au ch. XVI, de notre tome deuxième, les notes 11 et 12. L'on y verra que Pichon, fait ostensiblement prisonnier avec le reste de la garnison, lors de la prise de Beauséjour en 1755, fut conduit à Pisiquid, (Windsor,) puis à Halifax. En 1758, il vint à Londres où il résida jusqu'à sa mort arrivée en 1781. Aucun document ne mentionne qu'il se soit trouvé à Philadelphie au moment du passage de Loudun, ni même qu 'il y soit jamais venu. Sans tloute, dans la pièce LXXXX des Documents inédits sur l'Acadie, Canada- Français, tome II, p. 136-7-8, sous la rubrique: Casual hints from thc Letters of Pychon, le traître a écrit ceci; "Si vous avez lu tout ce que je vous ai écrit, il y a quelques jours, vous aurez vu que je désire que de 1 "année prochaine et au commencement, (il écrit en novembre 1745,) vous pussiez me' faire prisonnier dans le fort même de Beauséjour, pour m 'envoyer avec tout ce que vous me promettez de flatteur pour moi à Philadelphie. Là je ne cesserois peut-être pas de me rendre utile. ' '
Et un peu plus loin, dans une lettre ' ' A Monsr Scott ' ', Pichon dit encore : "....J'ose me flatter que je pourrois servir à quelque chose encore, soit à Philadelphie, que je prefererois, ou dans la Nouvelle-Ecosse..." — Cependant, son désir d 'aller à Philadelphie continuer son triste rôle de traître et d 'espion a-t-il été réalisé? C'est un passage de la lettre de Lord Loudun à William Pitt,
« On ignore "^, quel fut, dans la suite, le sort de ces infortunés, coupables d 'avoir élevé la voix au nom de leurs compagnons d'exil et d'avoir osé s'exprimer en langue française, [la seule dont ils pouvaient faire usage. Ce furent là, probablement, autant de familles qui furent à jamais désunies '-^] «Dès lors, toute plainte devenait un crime, et
en date du 25 avril 1757, et donnée par William B. Read dans son étude déjà mentionnée (Casgrain, Pèlerinage, p. 184, traduit cette lettre, mais la donne comme du 25 avril 1758, ce qui est une grosse erreur.) qui a porté l'auteur d'Acadie à supposer la présence de Pichon à Philadelphie; et cette supposition repose sur une interprétation peut-être vraie du texte de Loudun. Voici en effet, ce qui y est dit : ' ' Captain Cotterell, who is Secretary for the Province of Nova Scotia, and is in this country for the recovery of his health, found among those Neutrals one who had been a spie (sic^ of Colonel Cornwallis and afterwards of Governor Lawrence, who he tells to me had behaved well both in giving accounts of what those people were doing and in bringing them intelligence of the situation and strength of the French forts and in particular of Beauséjour; by this man (Est-ce Cotterell? est-ce Pichonf) I learnt that there were five principal leading men among them who stir up ail the disturban ce thèse people make in Pensilvania (sic) and who persuade them to go and join the enemy and who prevent them from submitting to any régulation made in the country, and to allow their children to be put to work. . . "
22. Le MS. original — fol. 763 — emprunte à un Pèlerinage, p. 185-6, tout ce qui suit jusqu'à la fin de ce chapitre, excepté la phrase entre crochets; nous avons mis les guillemets.
23, La lettre de Loudun à Pitt avait été communiquée à Read par Bancroft. Elle était inédite. Au sujet de la prétention de Loudun de "ne recevoir aucun mémoire des sujets de Sa Majesté, si ce n'est en anglais", — Read fait cette réflexion: "The indignity of petiiiioning in French sounds strangely to us a century later." Ce monsieur était sûrement droit, libéral et bien pensant. Mais le monde a beau vieillir, l'état d'esprit ne change guère, du moins chez les anglo-saxons. Combien, chez les Anglais du Canada, par exemple, trouveraient encore tout naturel ce qu'a fait Loudun, et seraient tout prêts, non-seulement à l'absoudre, mais à l'imiter! Et aux Etats-Unis même, quel réveil du vieux fanatisme constatons-nous, c«s années-ci, au point de vue linguistique en particulier! En vérité, ce que nous voyons dément la thèse du progrès indéfini de l'humanité. De progrès réel dans 1« monde, il ne peut y en avoir qu«
il ne restait plus qu'à mourir en silence. Aussi, à partir de ce moment, on ne trouve plus aucune trace de réclamations de la part de ces malheureux. Le dernier écrit officiel qui les concerne a toute la tristesse d'une épitaphe; c'est une requête d'un entrepreneur de cercueils, adressée, en 1766, à l'Assemblée, et conçue en ces termes '-*:
« Pétition de John Hill, charpentier, de la ville de Philadelphie, à l'Assemblée, exposant que le pétitionnaire a été employé, de temps en temps, à fabriquer des cercueils pour les Français neutres, qui sont morts dans la ville et ses environs, et que ses comptes ont été régulièrement reconnus et payés par le gouvernement, jusqu'à ces derniers temps; qu'il est informé, par les commissaires qui avaient coutume de le payer, qu'ils n'ont plus de fonds entre leurs mains pour l'acquittement de tels comptes; que, n'ayant reçu aucun contre-ordre depuis le dernier règlement, il a fait seize nouveaux cercueils, (ainsi qu'il appert d'après le compte;) en conséquence, il prie l'Assemblée de voir à ce que les matériaux et son travail lui soient payés ■''. »
par le chnstianisnie, ou mieux le catholicisme. Or, il est de toute évidence que l'esprit américain s'éloigne de plus en plus du christianisme, m.ême incomplet, défloré, faussé, qui l 'imprégnait à son origine. Il y a régression vers ce qui ne vaut même pas le paganisme antique, un versement dans un matérialisme tel que le monde n'en a jamais connu de semblable. Et cela nous vaut ces belles explosions de principes attentatoires aux droits les plus naturels et à la liberté la plus élémentaire!