‹ Acadie (volume 4)Chapitre 64 sur 82 · Le sommaire est traduit de l'anglais · texte numérisé non relu

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l'antiquité. Lorsqu 'après plus d'un siècle, nous jetons un regard en arrière sur les faits accomplis, et que nous pesons les conséquences multiples de cette séparation, nous ne sommes pas loin de croire que l'humanité a largement bénéficié de ces événements. Quoiqu'il en soit, nous ne pouvons chasser de notre esprit le rapprochement que cette situation fit alors surgir. Ceux qui avaient eu la garde des jirétendus rebelles Acadiens, et qui les accablèrent pour des faits dont ils n'étaient pas coupables, allaient, en devenant rebelles, rester les maîtres paisibles de leurs foyers, tandis que les loyaux allaient prendre le chemin de l'exil. Nous référons à ces événements parce qu'ils ont eu des conséquences funestes pour un certain nombre d 'Acadiens. Il fallait faire place à ceux qui s'exilaient volontairement; les autorités anglaises étaient pour eux remplies de sollicitude; il fallait les récompenser de leur attachement au souverain, de leurs sacrifices; et dans quelques cas, ce fut aux dépens des Acadiens. A leur égard les souffrances de vingt-cinq années, la justice, les droits acquis comptaient pour si peu de chose. C'est ainsi qu'un groupe d 'Acadiens qui, depuis dix-huit ans, vivaient en paix sur des terres qu'ils étaient péniblement à défricher, sur la rivière St- Jean, durent céder la place à ces nouveaux venus. Parmi ces nouveaux venus se trouvaient plusieurs officiers qui avaient concouru à la première déportation, ou leurs familles, et, parmi ces dernières, celle du Colonel Winslow. Forcés de recommencer en d'autres lieux le dur labeur du colon, les Acadiens s'enfoncèrent de nouveau dans la forêt, dans un endroit à peu près inaccessible; c'est cette dernière transmigration qui donna naissance à la colonie, aujourd'hui populeuse et florissante, de Madawaska.

Et, par un autre renversement de la situation, nous allions voir des émissaires de Washington et de Lafayette venir tenter en vain les Acadiens de forfaire à leur allé- ^i^eanee. Nous allions voir également des Acadiens rapatriés offrir leurs services au Gouvernement anglais -, tandis que d'autres restés sur la terre étrangère les offraient au Congrès \ Nous avons vu que l'objection des Acadiens au serment d'allégeance ne portait que sur la réserve de n'avoir pas à combattre les Français; la même situation allait encore se répéter dans cette guerre, mais cette fois l'objection allait venir des colons Américains qui s'étaient établis en 1760 sur les terres des Acadiens. L'objection allait être la même: ce qui à bon droit avait répugné aux Acadiens, allait également soulever la même réprobation chez ceux qui avaient hérité de leurs biens; mais cette fois on allait comprendre sans effort la force du sentiment qui faisait agir ces liommes, et sans hésitation, faire droit à leur demande: «Ceux d'entre nous, disait leur requête, qui appartiennent à la Nouvelle-Angleterre, et qui ont été invités a venir s'établir dans cette Province par une Proclamation du gouverneur Lawrence, regarderaient comme une extrême cruauté d'avoir à prendre les armes, et à aller combattre contre nos amis et nos parents. * » Mais ce qu'il y a de plus curieux, c'est que les requérants demandaient la même faveur pour les Acadiens et pour les mêmes raisons : « Les Acadiens qui habitent parmi nous sont dans la même situa-

2. "As to militia forces, 100 Acadians at St. Mary 's bay had volunteered ". Murdocli, Hist of N. S. vol. II, p. 568. (Note du MS.)

3. "Après la guerre ceux-ci s'établirent à Chasy dans le Vermont. " (Note du MS.)

4. Cité par Mvrdoch, vol. II, ch. XL. P. 566. Cf. C. A. (1894) N. S. Legge to Secry, of State, Dartmouth, 11 Jan, 1766. Col. Cor. N. S, vol. 10. P. 97.

tion; la plupart d'entre eux comptant des amis disséminés en divers endroits d'Amérique, et cela par ordre de Sa Majesté ^ » Cependant la situation pour ces Acadiens était loin d'être ce qu'elle avait été autrefois; il n'y avait alors, tout au plus, aux Etats-Unis que 250 Acadiens en état de porter les armes ; les chances d'une rencontre sur les champs de bataille étaient fort improbables ; tandis qu'avant leur déportation, il ne pouvait y avoir, sans exception, que des parents et des compatriotes à combattre. Oh ! si chacun se pénétrait de cette grande maxime chrétienne: « Ne faites pas aux autres ce que vous ne voudriez pas qui vous fut fait, » si chacun développait en lui la faculté de descendre dans les sentiments des autres avant d'agir, les notions élémentaires de l'équité ne seraient pas travesties et violées ! Que de crimes seraient évités !

Malgré qu'il eut été décidé que les Acadiens ne pourraient s'établir qu'à certains endroits désignés, dans l'intérieur des terres, et par petits groupes isolés, néanmoins, ces règlements ne furent pas mis en force avec rigueur. Chacun put s'établir à peu près à sa guise dans l'endroit qu'il jugea convenable, et, comme la pêche offrait des ressources immédiates qu'ils n'auraient pu trouver sur des terres de qualité inférieure, et à distance de la mer, le plus grand nombre se firent pêcheurs. Jusqu'à la déportation leur occupation exclusive avait été l'agriculture; par la force des circonstances la pêche et la navigation allaient devenir définitivement leur principale ressource.

« Finalement, dit Brown " l 'on permit aux débris de ce

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