‹ Acadie (volume 4)Chapitre 7 sur 82 · Que le lecteur veuille bien se reporter à note · texte numérisé non relu

Que le lecteur veuille bien se reporter à note

50. L'édition anglaise (II, p. 108) a ici un renvoi auquel rien ne correspond dans le MS. original — fol, 622. Nous traduisons cette note: "Nous «avons que

Avant d'être remarquée par Brown ", l'usurpation de l'autorité royale l'avait été par l'abbé Le Guerne, au lendemain même de l'enlèvement des Acadiens: «Mr. Lawrence, dit-il, gouverneur de CMbouctou, (Halifax,)... se détermina sans consulter la Cour de Londres d'expayser les Acadiens et de les disperser dans les différentes contrées de la Nouvelle-Angleterre ''^. »

la déportation fut accomplie avec l'aide des volontaires de la Nouvelle-Angleterre, qui, sous les ordres de "Winslovr, avaient achevé la prise de Beauséjour. La part qu 'ils ont prise dans cette triste affaire fut celle de soldats qui exécutent des commandements, et par conséquent ils ne méritent aucun blâme. Parkman a-t-il eu des ancêtres parmi ces volontaires, et cela a-t-il eu quelque influence sur lui? Avec la plupart des hommes, il ne serait même pas question de mentionner un semblable motif; avec Parkman cela est permis, en l'absence de tout autre motif connu."

51. Ce paragraphe est également tiré de Casgrain {loc. sup. cit.,) où il j a, après les mots: l'usurpation de l'autorité royale, — ceci: do7it s'était rendu coupable le gouverneur Lawrence à l'insu du cabinet de Londres.

52. Voici le texte exact de Le Guerne: " ...Enfin Mr. Lawrence gouverneur de Chibouctou qui tenait conseil avec l'admirai de la flote anglaise, voyant qu'il ne pouvoit obliger l'acadien à prendre le serment, se détermina vers le commencement août sans consulter la Cour de Londres, à la sollicitation surtout de Mrs. Moneton et Scott à exécuter l'ancien plan des anglois, qui était d'expayser les Acadiens et de les disperser dans les différentes contrées de la nouvelle Angleterre comme il a fait depuis."

{Lettre de M, Vabbê Le Guerne, missionnaire de l'Acadie, trouvée récemment dans les Archives de la Cure de N.-D. de Québec et publiée par M. C. O. Gagnon, pire de l'Arch. de Québec. (Québec. A; Côté. 1889.)

P. 36. Cf. au sujet de cette Lettre, Acadie, T. II, ch. XXVII. P, 349, note 31. — Nous donnons dans nos appendices l'autre Lettre; de Le Guerne en date du 30 mars 1756.)

Richard, qui a emprunté à Casgrain cet extrait de Le Guerne, a mis en un haut relief tes mots qui pourtant ne veulent pas dire grand 'chose, après tout ce que nous savons: sans consulter In Cour de Londres, — retranchant d'autre

part ceux-ci, extrêmement significatifs: "se détermina... à exécuter l'ancien plan des anglois..." — Ce qui montre que, dans l'esprit de Le Guerre, la Déportation ne fut pas une œuvre improvisée, accomplie ah irato par Lawrence, mais l'aboutissement d'un plan longuement mûri par les Anglais. Et les documents ratifient cette assertion du missionnaire.

Ohskrvam>.\.

Dans la ix;nsée d'Edouard Bichard, ce chapitre XXX avait une importance tout-à-fait exceptionnelle ; il marquait le point culminant de la thèse qu 'il s 'était juré à lui-même de faire accepter du public, et qu'à force de se payer, j'allais dire de se griser de mots, il avait fini par regarder conmie une vérité désormais hors du domaine de la discussion. Voici la genèse de cette thèse dans son esprit: feoimne tant de nos hommes politiques canadiens-français, Eichard était extrêmement épris des institutions britanniques; pour lui l'Angleterre avait toujours été la grande dispensatrice des idées libérales à travers le monde; ayant étudié le régime parlementaire anglais surtout à travers les considérations tendancieuses et imprécises de publicistes t«ls qu'un Macaulay, par exemple, il s'était constitué au sujet de tout le système de gouvememeut britannique un état d 'esprit très-curieux, à base de bienveillance et d 'admiration ingénue. En 1895 ou 96, je crois, alors qu'il était à Arthabaska, je me rappelle qu'il publia dans l'Union des Cantons de l'Est un article pour expliquer dans un sens éminemment favorable un mot qu'avait prononcé Wilfrid Laurier et qui avait donné lieu à bien des critiques. Se caractérisant lui-même, Laurier s'était appelé Britisli to tlie core: expression qui à plusieurs avait paru étrange dans la bouche d'un canadien-français. Edouard Eichard prétendit en donner la justification ; Laurier avait voulu signifier non-seulement sa loyauté, mais encore son admiration à l'égard des institutions britanniques en général, et, dans l'espèce, son amour pour la foimc de gouvernement que l'Angleterre avait donnée au Canada, et qui, à ses yeux attendris, était comme une sorte d 'idéal. Or, dans tout ce commentaire de la pensée de son ami, l 'ou sentait que Richard se définissait en même temps lui-même. Brltisli to tJie core lui semblait la formule propre à servir de devise à tout homme politique canadien, et, en général, à tout sujet anglais, à quelque nationalité qu'il appartînt. Pareil état d'esprit datait de loin chez Edouard Richard. L'on conçoit qu'il .y eu avait de meilleurs pour aborder impartialement et sans parti pris uue période scabreuse pour la politique anglaise comme l 'Histoire de l 'Acadie, depuis ses origines, et surtout depuis 1710 jusqu'à la Déportation. Il lui fallait donc à toute force admettre ce fait brutal — la Déportation — et, chose difficile! — le concilier avec le libéralisme britannique. Pour y arriver, le plus simple était de disjoindre les éléments de cette question complexe, et de montrer d'un côté les hommes d'Etat anglais, sinon ignorant tout de ce qui se tramait, sinon s'en désintéressant avec un égoïsme superbe et jugeant de très-

haut cette petite difHculté coloniale, du moins se laissant involontairement tromper par leurs mandataires, incapables, de si loin, de pénétrer le fond des choses, ouvrant enfin les j'eux après des années et des années d'inconscient aveuglement, intervenant à la dernière heure, dans la personne de Thomas Robiu^■on, Secrétaire d'Ktat, i)Our empêcher la perpétration du forfait, quand il était trop tard, hélas!; — de l'autre, des gouverneurs sans entrailles, un William Shirley, de sou siège de Boston^ uu Cornwallis, surtout un Lawrence, qui, de longue main, trament ce plan d'exil des Acadiens, s'entendent pour que la Métropole n'en sache rien, bernent leurs supérieurs hiérarchiques, agissent comme des potentats, méprisent même les ordres si sages qui leur viennent d'outre-mer. Et quand Lawrence, excuteur de ce crime, s'en ouvrira à Londres, tout aura été consommé.

Le tableau que nous venons do dresser résume la thèse capitale de l'auteur d'Acndic concernant le partage des responsabilités dans l'affaire de la Déportation. A l 'apparition de son ouvrage, la presse anglaise et française du Canada, comme aussi bien journaux et revues d'Angleterre naturellement! — ont accepté sans plus ses conclusions là-dessus. Après tout, comme dirait l'autre, ou on est loyaliste ou on ne l 'est pas. Et si on l 'est ... ! Aux Etats-Unis, le paradoxe sur lequel cette thèse reposait fut clairement saisi par quelques critiques. On nous permettra d'en apporter ici des preuves. Ainsi, le 11 janvier 1896, le New York Times consacrait à l'ouvrage une longue critique qui finissait ainsi: '*]\[r. Eichard evidently considers what he has to say on the question of responsibility as the most important part of his work. He puts the blâme for the expatriation of the Acadians upon Gov. Lawrence, and insists that ho has proved that Governor Lawrence must bear the fuU responsibility of his cruel edicts. He is satisfied, he says, that the Home Government did not authorize Lawrence "s action, was not advised that it was to be taken, and did not approve it when it was ail over. — We do not regard Mr. Richard 's proof as eonclusive on this point. There is documentary évidence of tuhich he malces use in Jiis boolc whicJi indicates that England, for years, — in fact, throughout the captivity of the Acadians, — ivanted to be rid of the colony ; there is no évidence that England cared a rap what might happen to the Acadians; last, but not least, there is no évidence that England ever did anything to ameliorate the conditinns of tliose who had bcen exiled, or performed the slightest act of réparation toicard thosc who had bcen wrongcd most inhumanly. We cannot fall in with Mr. liirliard's judgment. England was responsiblc for the explosion of the Acadians and must wear the shame of it." — Ainsi, l'auteur do cette étude sérieuse s'est donné la peine de recenser tout l'ouvrage, et il trouve, avec beaucoup de raison, que les documents mêmes que Richard apporte, loin de prouver sa thèse, l'infirment et disent tout le contraire: l'on avouera que ce n'est pas là, pour l'auteur d^Acadie, une démonstration que l'on peut appeler réussie. — Dans le Midland Magazine d'avril 1896, nous lisons ceci: ' ' Mr. Richard generously acquits the Home Government of ail part or lot in

the crime, notwithstanding certain -published correspondence whicJi bringn ilie responsibiîity close home to the Lords of Trade who from their London Board assumed direct contrai of Président Lawrence of the Nova Scotia Council. We ordinarily hold a government respo7isiJ)le for the acts of its agents and there would appear to be every reason for charging home upon the Lords of Trade the responsibiîity for their appointée and for his acts." Dans l'Avant-Propos de notre tome deuxième nous avons cité un extrait du Minneapolis Times, qui conclut dans le même sens. Pour finir, nous donnerons ce passage d'un long article consacré à Acadia par le New Yorlc Tribune: " . . .the reader finds that one of Mr. Eichard 's principle ' ' discoveries ' ' is the innocence of the British Government in the affair of the Acadians, The expulsion was wholly a colonial movement. Many pages are devoted to this matter. It would naturally be supposed that this question had never occurred to any previous historian ; but it has long been well known that in this case, as in every other case of that kind, the British Government justly evaded diplomatie responsibiîity..." Ces divers extraits montrent bien que Eichard n'a persuadé de l'innocence du gouvernement britannique en l'affaire de la Déportation que ceux qui, pour une raison ou pour une autre, étaient d'avance convertis à cette idée, ou encore ceux qui ont accepté de confiance sa thèse, sans prendre la peine de la confronter avec les textes. Mais les esprits indépendants, libres de tout préjugé en l'espèce, qui ont examiné la question de près, n'ont pas manqué de voir que l'auteur, en voulant exonérer le gouvernement britannique, s'était d'abord lancé dans une entreprise risquée, maladroitement chevaleresque, que, pour son malheur, les documents mêmes qu'il citait ruinaient par la base. Il avait ou beau solliciter ces textes et les tirer par les cheveux, leur sens obvie donnait un démenti foiTuel à tous ses commentaires et anéantissait l'effet de ses conclusions. Encore une fois, ce n'est pas là un résultat dont un historien puisse se vanter. Et donc, sa thèse saugrenue, qui était si conforme à son état d'esprit presque inexplicable chez im descendant direct d'un peuple persécuté à mort, et dont il avait, au surplus, emprunté les grandes lignes à Casgrain, Edouard Eichard l'avait énoncée dès sa préface; il y était revenu fréquemment au cours des vingt-neuf premiers chapitres de son ouvrage, parfois sans apporter l'ombre d'une raison propre à la justifier, et parfois — ô merveille d'illogisme! — à l'occasion d'une pièce officielle qui se retournait contre ses principes. En sorte que le lecteur averti ouvrait de grands yeux et se demandait ce que venaient faire ces éloges intempestifs de la largeur de vues, de la sagesse politique, du libéralisme des hommes d'Etat anglais, quand les documents cités prouvaient tout le contraire. Mais c'était au chapitre trentième qu'il se réservait de produire la maîtresse-pièce qui, selon lui, allait éclairer d'un jour aveuglant la belle ordonnance de sa construction arbitraire, et l'étayer de telle façon qu'elle s'en irait vers la postérité revêtue de toutes les garanties possibles de solidité et de durée. Ce point d'histoire sortait désormais du domaine des questions discutées et passait au nombre des vérités définitivement acquises à l'esprit

humain. Aussi, l'on a tu avec quel accent triomphal l'auteur chantait sa conclusion et de quels dithyrambes il l'accompagnait. Nous doutons que Pindare lui-même se soit élevé plus haut dans l'échelle du lyrisme! Seulement, pourquoi faut-il que toute cette dépense d'enthousiasme, ce cliquetis de mots sonores et vides, cette éloquence à froid tombent à plat? Notre note 15 de ce chapitre a déjà jeté une douche abondante sur ce beau feu. Et voici un supplément de réflexions qui devra achever, pensons-nous, d'éteindre ces ardeurs dont la générosité avait le grand tort de se tromper d'adresse. Il s'agit donc de la fameuse dépêche du Secrétaire d'Etat Sir Thomas Eobinson, si chère au cœur de tous ceux qui voient dans la politique coloniale britannique un modèle d'humanité, et dans son attitude à l'égard des Acadiens en particulier le nec plus ultra d'un libéralisme où la tendresse le dispute à la justice sociale. Cette dépêche est datée du 13 août 1755. Eût-elle expédiée immédiatement? Quand arriva-telle à destination? Les Archives que nous avons pu consulter ne le disent pas. Tout ce que nous savons, c'est que Lawrence l'avait reçue avant le 30 novembre 1755, puisqu'il la mentionne dans une lettre de ce jour au même. Lui était-elle parvenue beaucoup plus tôt? ou venait -elle seulement de lui être remise? Làdessus nous n'avons que des conjectures. Maintenant, — prenons cette lettre pour ce qu'elle n'est pas, à savoir une protestation contre une déportation projetée, une défense d'opérer pareille chose, — alors, 1°) Nous pouvons trouver que cette défense vient bien tard. Quand, par ses lettres datant d'un an plus tôt, Lawrence avait déjà donné clairement à entendre que c'était cela qu'il voulait, pourquoi le ministre avait-il tant attendu avant de se mettre en travers de ce plan et de l'étouffer dans l'œuf? 2°) Puisque Eobinson y affirme qu'au mois de mai 1755, une sorte de concordat avait été passé pour régulariser le sort des Acadiens, entre l'ambassadeur de Franc* et le roi d'Angleterre, pourquoi n'est-ce qu'en août, c'est-à-dire trois mois après, qu'il s'est décidé à en faire part à Lawrence? 3°) Devons-nous plutôt prêter à Sir Thomas Robiuson un réel machiavélisme, et croire qu'il aura envoyé cette dépêche sans se faire illusion aucune sur sa portée pratique, et seulement pour se couvrir, lui et le gouvernement, devant la postérité, et se laver ainsi les mains du crime qui allait être perpétré? La vérité est beaucoup plus simple que tout cela. Et la vérité est qu'il n'y a pas trace dans ce document de protestation contre la Déportation. Le temps pressait pourtant, et Robinson n'était pas sans le savoir. Cependant, toute la première partie de sa lettre est consacrée à ergoter sur les divers sens possibles des mots: to drive atcay tlie French Iiihahitants, dans l'esprit de Lawrence; oui, comme un pédagogue en mal de distinction, il repousse les significations variées que ces mots peuvent avoir. Et pour conclure à quoi? L'on s'imaginerait, en bonne logique, que Eobinson va dire à Lawrence: "Quoi que ce soit que vous ayez; entendu par là. nous ne voulons admettre aucune de ces interprétations, et nous vous défendons absolument d'exécuter quoi que ce soit qui ressemble à une expulsion partielle ou générale. ' ' Si le Secrétaire d 'Etat avait parlé ainsi, l 'on pourrait encore trouver

qu 'il s 'y était pris un peu tard pour intervenir en faveur des Aeadiens; du moins y aurait-il eu intervention véritable de la part de son gouvernement, et cette pièce constituerait un argument sérieux à l'appui de la non-complicité de l'Angleterre. Au lieu d'une pareille conclusion, qu'y a-t-il? Let your intention hâve heen what it vnll, it is not doubted but tJiat you will liave acted iipon a strict principlc of immédiate and indispensible secnrity to your Goverment... Quelle qu'ait pu être votre intention, il n'est pas doutetix que vous n'ayez agi en vous inspirant du principe de salut puMic; vous aurez pris pour hase de la mesure que vous aurez adoptée, quelle qii'elle ait été d'ailleurs, la» nécessité d'assurer la sécurité de votre gouvernement. — ^La phrase est donc au passé: qu'est-ce à dire? sinon que Kobinson considère que ce drive away the Freneh Inliahitants, sous quelque forme que Lawrence l'ait conçu, est déjà accompli. Et l 'on donne ce document comme établissant que l 'Angleterre s 'est opposée à la Déportation ! ! Tout ce qui inc[uiétait le Secrétaire d 'Etat, c 'était qu'une alarme se répandit dans le camp acadien, qu'une révolte y éclatât, et surtout que, chassés de la Province, ils n'allassent renforcer les colonies françaises avoif^inantes. Encore une fois, la question d'humanité n'entre pas en ligne de compte. C'est l'intérêt matériel qui prime tout. Et du moment qu'il saura que Lawrence s'y est pris de façon que non-seulement il n'eût pu y avoir de révolte, pour la bonne raison qu'on aura pris la précaution d'enlever aux habitants leurs aimes, et que, sous prétexte de les convoquer pour leur donner communication d'un texte officiel, l'on aura emprisonné les chefs de familles ; du moment que Eobinson saura que Lawrence se sera arrangé de f a^,on que la Déportation ait lieu, mais pas à l'avantage des établissements français avoisinants, puisque les Acadiens auront été dispersés parmi les colonies britanniques, et qu'on ne leur aura même pas laissé la liberté de choisir le lieu de leur exil, alors, Sir Thomas Eobinson n'aura plus qu'à battre des mains devant tant de prévoyance de la part du gouverneur de la Nouvelle-Ecosse et qu'à ratifier sa belle action. Ce qu'il n'a pas manqué de faire, du reste. Cf. lettre du 25 mars 1756. Que si, malgré cette phrase condamnatricc de la dépêche du 13 août, l'on osait encore soutenir que la dite dépêche renfermait le veto du gouvernement au projet de déportation, alors que restait-il à faire au gouvernement à l'égard du téméraire agent qui avait passé outre à l'ordre de ses chefs? N'était-ce pas de le casser, de le rappeler, de lui faire un procès, de le désavouer? C'est la pratique constante du pouvoir en pareil cas. Or, cela n'a pas eu lieu pour Lawrence, Au contraire: en récompense, on l'a nommé immédiatement, de Président du Conseil et Lieutenant- Gouverneur qu'il était, gouverneur-en-chef de la Nouvelle-Ecosse, Ce fut là un singulier désaveu de sa conduite. Et quand, malgré tout cela, nos historiens persistent à vouloir exonérer la Grande Bretagne, en vérité, ils s'enfoncent dans l'inexplicable et s'abîment dans l'absurde. Il nous a été pénible de constater qu'Edouard Richard avait laissé de côté, dans sa citation de la dépêche de Eobinson, la petite phrase en question, où la déportation est considérée comme une chose du passé. Nous

/ n'en savions rien d'abord; nous nous en sommes aperçu en confrontant son texte avec celui de Akins, qui est officiel. Et cela nous a fait mal au cœur. Casgrain en avait fait autant, il est vrai. Et, dans une certaine mesure, Richard serait excusable s'il n'avait eu sous les yeux que le texte de Casgrain. Mais il avait la compilation des Nova Scotio. Documents. Et, tout comme Casgrain, il a sauté prestement par-dessus cette petite phrase, parce qu'elle avait le tort de ruiner l'échafaudage de ses sophismes et de ses paradoxes, tenacement monté dans le seul dessein préconçu d 'exonérer la Grande Bretagne d 'avoir trempé dans cette triste affaire. Et cela n'est pas à sa louange, — nous le disons à regret, et parce que la probité nous y oblige. L'idée première de la déportation remonte aux Lords du Commerce, dans leur lettre au gouverneur Philipps, datée de Whitehall, 14 décembre 1728: "As to tlie Fre.ich Inhabitants of Nova Scolia... . theri ought to he removed as soon as the Forces which ice hâve proposed to be sent to you sJiall arrive in Nova Scotia for the protection of and better settlemcnt of your Province..." {Akins. P. 58.) {Con. Arch. 1894.) P. 45. Dec. 1720. Whitehall. Lords of Trade to Philipps. B. T. N. S., vol. 32. P. 495). (Ce document est donc du 14 et non du 28 décembre, ainsi qu 'Akins a mis.) — Voilà le programme énoncé, clairement défini dans ses grandes lignes par les ministres. Quant à la date de son exécution, cela dépendra des circonstances. Et la circonstance sera favorable trente-cinq ans après. Et Lawrence sera l'homme pour l'exécuter. — Après tout ce que nous venons de dire et de prouver, nous croyons que la question de la participation de l'Angleterre à la Déportation est vidée à tout jamais. Pour i>lus amples informations, nous renvoyons le lecteur à nos notes éparses dans les deux derniers volumes d'Acadie, et spécialement à notre travail sur les Causes de la Déportation, dans les Appendices de ce tome troisième.

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