Camphell
récit des malheurs inconcevables accumulés sur tout un peuple : aussi il faut voir quelle satisfaction la découverte de ce document précieux produisit en lui! Il le fait suivre de cette simple remarque : « Ceci important : Gouvernement du moins innocent'''.» Ce n'était pas simplement une remarque, mais plutôt un cri de joie qui s'échappait de sa poitrine; son âme était soulagée de l'oppression qui l'accablait: l'honneur de son pays était sauf. C'est ainsi que se traduisent les grandes émotions. Cette exclamation nous rappelle involontairement le cri d'Archimède. Brown avait trouvé lui aussi; et s'il ne courût pas les rues d'Halifax dans le triomphe de sa découverte, il n'en dût pas moins, à l'intérieur de son cabinet, laisser éclater sa joie de façon ostensible. Parkman a lu le même document; mais l'esprit qui animait ces deux hommes était bien différent: aucun cri de soulagement ne s'est échappé de la poitrine de celui-ci. Ce qui fit la joie de l'un causa peut-être la consternation chez l'autre. Jj'un désirait trouver un autre coupable que le gouvernement; le second n'en voulait voir aucun. Tandis que l'un se proposait de livrer ce document au grand jour, de lui donner toute l'importance qu'il avait,
47. Cf. Caagruin. Pèlerinage... ch. JY . Longue note au bas de pp. 125-6. Nous en donnons le commencement : ' ' Lors de la première édition de ce Pèlerinnrje, j 'ignorais que le Dr Brown, dont je ne connaissais les MS. que par les rares fragments publiés dans les rapports de la N. S. H. S., avait interprété absolument comme je l'ai fait la dépêche de Thomas Eobinson, et montré la flagrante contradiction qui existe entre sa teneur et la conduite de Lawrence. Après avoir transcrit cette dépêche, le Dr. Brown ajoute: Thi-f important : Government at least innocent. Et un peu plus loin: The Board of Trade exremely guarded — no blâme imputable to thcm on the suiject. The Board of Trade and Plantations in their dispatch, in answer to Governor Lawrence, taTce no rotice of this proposai of removing the French Inhabifants. The^f indusirioushj avoid it." :British Mv-scum. Brotvn's MSS. Add. 19.073, fol. 42 et 43.)
l 'autre se disait : « Supprimons-le ! Mettons la lumière sous le boisseau ! Ce cri : « Le gouvernement du moins innocent !» témoigne plus éloquemment de la droiture et du caractère de Brown que ne feraient des volumes. Il avait cru jusquelà que le Cabinet de Londres avait du ordonner la déportation. Néanmoins sa conviction qu'elle était une iniquité n'en avait pas été ébranlée. Et maintenant, il voyait qu'il restait des coupables, mais du moins ces coupables n'étaient pas le Gouvernement de la Métropole. Il comprenait que, si l'historien qui se respecte peut à la rigueur donner à son pays le bénéfice du doute, il est d'autre part strictement tenu en conscience d'exposer les faits tels qu'ils existent, quelque répugnants qu'ils soient.
Vérité pénible! cependant je la préfère à une agréable erreur. Car la vérité guérit souvent les blessures qu 'elle fait *».
Un peu plus loin, Brown fait cette autre observation: « Les Lords du Commerce extrêmement sur leur garde. Aucun blâme ne leur est imputable concernant la cliose '*^ »
II n'est pas étonnant que Parlonan ait gardé un silence absolu sur le manuscrit de Brown, puisqu'il y trouvait, du commencement à la fin, la condamnation de tout ce qu'il a écrit sur la déportation. Pichon faisait beaucoup mieux son affaire '''^.