‹ AcadieChapitre 1 sur 78 · AUGUSTE RICHARD · texte numérisé non relu

AUGUSTE RICHARD

C'est toi, mon cher Auguste, qui as eu la bonne fortune de retrouver le manuscrit original d'AcAinE, que nous cherchions depuis longtemps, et que je croyais presque dispersé aux quatre vents du ciel. Et c'est toi qui m'en as confié le précieux dépôt. Tu as bien été l'un des plus ardents à favoriser le projet que j'avais formé de publier l'ouvrage de notre cousin, tel qu'il avait été conçu, et tel que nous le possédions enfin, je veux dire en notre belle langue maternelle. Si j'ai pu réaliser un dessein, cher non-seulement à notre famille, mais à tous les amis de la justice et de la vérité dans l'histoire, je le dois en partie à l' encouragement positif que tu m'as donné. C'est pourquoi il me semble convenable de t'en remercier ici, et d'inscrire ton nom au seuil d'un livre auquel tu t'intéressais à plus d'un titre, et que ta générosité m'a largement aidé à appeler à la lumière et à la vie.

^ Henki d'Arles

I NTRODUCTION

L'historien digne de ce nom veut

toujours prouver quelque chose.

Brunetière, Bossuet, p. 73.

C'est en mil neuf cent treize que nous fut confié le manuscrit original d^Acadie.

Ce manuscrit avait tout une histoire, presque sa légende. Que de bruits contradictoires j'avais entendu courir sur son compte ! Pour les uns, il se trouvait à Paris, aux mains d'un tel ou d'un tel. Pour les autres, il était à Québec. D'autres enfin croyaient savoir que ses feuillets étaient épars, et que l'on ne parviendrait jamais à les réunir. D'aucuns même prétendaient que l'auteur n'avait pas gardé le texte de son ouvrage, — se contentant de l'admirable traduction anglaise qu'en avait faite le Révérend Père Drummond, S. J. — Bref, tout le monde en parlait, mais personne ne semblait l'avoir vu. C'était à se demander s'il existait vraiment, s'il y avait quelque chance de pouvoir tomber dessus.

Le fait est que ce manuscrit avait eu des destinées assez accidentées, qu'il avait passé par bien des vicissitudes. Edouard Richard l'avait d'abord emporté avec lui à Paris, lorsqu'il y alla en mil huit cent quatre-vingt dix-sept, à

titre d'archiviste pour le compte du gouvernement du Canada. Son dessein était de le publier en France, après l'avoir revisé et annoté. Le temps lui en manqua, et peutêtre aussi le goût et la patience. Car il n'était pas ce qui s'appelle un homme d'érudition. Il avait, à un haut degré, les dons du penseur, du philosophe; son esprit aimait à embrasser les larges horizons, se plaisait aux vues d'ensemble; mais il ne s'était pas habitué aux minutieuses méthodes de recherches qui caractérisent l'école historique moderne. Quand il dut revenir au pays en mil neuf cent trois, avec une santé brisée, et pour y mourir bientôt, laissa-t-il là-bas l'ouvrage qui lui avait coûté tant de peine, et qu'il avait conçu dans une sorte de fièvre et d'enthousiasme? Est-il vrai qu'un ami intime, Victor Tantet, s'était offert à l'éditer, après l'avoir d'abord mis au point ? Après la mort tragique de ce dernier, en mil neuf cent huit, un publiciste canadien, établi depuis longtemps à Paris, M. Buron, proposa-t-il à son tour de donner enfin aux lettres françaises ce travail que tant de personnes réclamaient? Toutes ces choses nous ont ont été affirmées, sans preuves. Ce qui est certain, — et cela seul importait — est ceci : lorsqu'il fut décidé que nous allions entreprendre nousmême de publier en français l'ouvrage de notre cousin Edouard Richard, dussions-nous pour cela, à défaut de l'original, nous guider d'après le texte anglais, et, — besogne ingrate et peu satisfaisante — faire une traduction d'une traduction, des démarches sérieuses et directes, faites au bon endroit par M. Auguste Richard, aboutirent à un résul-

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