Cité par Casgrain. Pèlerinage, etc., p
Archives de la Marine et des Colonies. Lettre du major L'Hermitte à Nicholson, Louisbourg, le 11 juillet 1714, — V, Lettres du Ministre à L'Hermitte, Versailles, 26 janvier 1714, 28 février, 21 mars. Série B. vol. 36, fol. 419, fol. 423^, fol. 4281^.
15, Cité par Casgrain, id. ibid.
Archives de la Marine, Lettre du major L'JIermitte au Conseil de Marine, Louisbourg, 29 août 1714.
Le 28 février 1714, le ministre Pontchartrain avait écrit à L'Hermitte pour
Ces lettres sont très claires: le lieutenant-gouverneur Vetcli avait, par ses défenses arbitraires, empêché les Acadiens de profiter de la clause du traité d'Utrecht qui leur donnait un an pour régler la question de leur départ; le gouverneur de Louisbourg avait été informé de l 'attitude de Vetcli, et il avait communiqué ses renseignements au Roi de France ; celui-ci avait obtenu de la reine Anne un ordre permettant aux habitants de l 'Acadie de disposer de leurs propriétés en toute liberté, de vendre leurs biens à leur juste valeur ; cet ordre avait été transmis au gouverneur de Louisbourg; le major L'Hermitte, qui commandait en cette dernière place en l'absence de M. de Costebelle, avait dépêché à Port-Royal M. de la Ronde Denys avec une lettre pour Nicholson et la copie authentique de l'ordre signé par la reine Anne.
Donc, M. de la Ronde, à qui on avait adjoint M. de Pensens, arriva à Port-Royal vers le 20 juillet, avec la mission de remettre à Nicholson les ordres très précis que le roi de France tenait de la reine Anne. Nicholson leur fit un accueil superbe, il prit connaissance des ordres dont ils étaient porteurs et promit de laisser partir les Acadiens dans le cours de l'année, si telle était leur intention. Il permit même aux délégués de convoquer les habitants en assemblée afin de s'assurer de leur volonté. Ceux-ci réitérèrent unanimement leur ferme détermination d'évacuer le pays ^''. Nicholson
lui faire savoir que, d 'après des rapports dignes de foi, il avait appris que ' ' les Acadiens étaient maltraités par les Anglais, et pour le prier de faire tout son possible pour attirer ces pauvres gens à l 'Ile Royale ' ',
16. Le gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, P. Mascarene, écrivant à Shirley, gouverneur du Massachusetts, le 6 avril 1748, lui disait: "En 1714, M. Nicholson revint ici en qualité de gouverneur et de commandant-en-chef de la Province, et exposa aux habitants les stipulations du traité d'Utrecht, lesquelles
parut d'abord convenir de tout, mais, sous prétexte d'en référer à la reine, il finit par tout refuser. Il fallait vraiment que cet homme eût une dose peu commune d'effronterie pour passer outre aux ordres formels de sa Souveraine. Or, nous avons la preuve qu'il ne craignît pas de le faire et de violer ouvertement les obligations de son mandat. Cette preuve est contenue dans le document que voici et qui est le compte-rendu officiel de la mission remplie par de la Ronde et Pensens :
« En 1714, les sieurs de la Eonde et Pensens, capitaines, furent envoyés à l'Acadie pour obtenir de M. de Nicliolson une liberté pour les Acadiens de se retirer avec leurs bestiaux et leurs grains à l 'Ile Royale. M. de Nicliolson permit à ces officiers de faire assembler les habitants pour savoir leurs intentions. Ils déclarèrent tous qu'ils voulaient retourner à leur légitime souverain. Il fut demandé à M. Nicholson que conformément à l'article quatorze du traité de paix, ces habitants eussent l'espace d'une année pour rester sur leurs biens sans empêchement; qu'il leur fût permis, pendant ce temps, de transporter leurs grains et leurs oestiaux, de construire des bâtiments pour le transport de leurs effets et de recevoir de France des agrès et des apparaux pour ceux qui seroient bâtis. Ces deux articles furent renvoyés à la décision de la Reine. On demanda encore qu'il leur fut permis de vendre leurs habitations ou de laisser procuration. Il fut répondu à cet article remis à la Reine, de plus renvoyé à sa lettre qui doit en être un sûr garant. M.
les laissait libres de garder leurs biens, ou d'en disposer à leur gré s'ils préféraient quitter le pays dans l'espace de l'année. Tous, comme un seul homme, choisirent cette dernière alternative. They, to a man, chose the last. . ." — N. S, doc. p. 158.
de Nicholson promit, en outre, une prompte expédition de tous ces articles. . . mais depuis ce temps on n'a eu aucune réponse sur ce sujet ". »
Ce document officiel est confirmé par plusieurs autres, dont nous ne donnerons que le suivant, parce qu 'il renferme d'autres faits importants. C'est un rapport de M. de Costebelle au ministre, à la date du 29 août 1714, c'est-à-dire immédiatement après le retour de MM. de la Ronde et de Pensens :
« Le 13 juillet, je fis partir M. de la Ronde Denys pour le Port-Royal, dans un bateau de l'Acadie que j'avais frété. J'envoie à Votre Grandeur la copie de la lettre que j'ai écrite à M. de Nicholson, et des instructions que j 'ai données à M. de la Ronde. Je lui ay remis les ordres de la Reine en anglais et en français. M. Gaulin s'embarqua avec lui, et plusieurs Acadiens qui étaient ici. J'ai cru. Monseigneur, de ne pas rendre un plus grand service au Roy que d'aider à ces habitans à sortir d 'un abîme où ils vont tomber.
« Votre Grandeur me dit qu 'elle envoyt pour eux les agrès que j 'avais demandés ; mais ils viendront tard ; avant qu'on les leur ait fait tenir la saison sera bien avancée. Ils avaient écrit à Boston pour en avoir; M. de Nicholson Va
17. Conseil de Marine, 28 mars 1716. Cité par Casgrain, p. 49. Nous tenons à faire remarquer que Richard n'emprunte pas seulement à Casgrain, qui les a pris directement aux archives, les documents ci-dessus, mais encore suit de près le récit de l'auteur sur la question présente. Quant à ce référé à la Reine invoqué par Nicholson, en réponse aux demandes si légitimes des délégués, c'était de sa part pure chinoiserie. Les ordres de la Reine étaient formels, explicites. Qu 'avait-il besoin de vouloir lui soumettre une requête qu 'elle avait prévue et exaucée positivement? Le 22 mars 1714, Pontchartrain avait en effet écrit à L 'Hermitte : ' ' Vous verrez par la triple copie de l 'ordre reçu de la reine d 'Angleterre que les habitants de l 'Acadie ont le privilège de vendre tout ce qu'ils possèdent." — Cela n'était- il pas suffisant pour convaincre tout homme de bonne foi? — Arch. de la Mar. Série B. fin du vol 36, fol. 444 J/$.
défendu, même a fait arrêter leurs bateaux et chaloupes qu'ils avaient bâtis. Ils m'ont paru être dans le sentiment de ne pas sortir qu 'ils n 'aient vu la décision de M. de Nicliolson. Il est constant qu'il fera tout ce qu'il pourra pour les retenir ; ils ont même déjà tenu deux fois conseil pour quitter le Port-Royal. . .; c'est en partie ce qui m'a déterminé à y envoyer, d'autant plus que les Anglais les ont mis hors d'état de pouvoir subsister, s,'ils ne recueillent pas leurs récoltes en achetant leur blé ^*. »
Nicholson, qui venait d'arriver d'Angleterre, n'avait probablement pas eu le temps de réfléchir aux conséquences fâcheuses qu'entraînait pour le pays le départ des Acadiens. Aussi, après avoir pris connaissance des ordres de sa Souveraine, promit-il d'abord d'y obtempérer, et de ne pas s'opposer au vœu si légitimé des habitants. Mais, bientôt mis au courant par ses officiers des résultats qu'aurait pour la Province l'exode en masse des colons français, il s'avisa, pour gagner du temps, de référer la question à la Reine. Le subterfuge était absurde et grossier. Pourquoi proposer de référer à la Reine ce que celle-ci lui ordonnait de faire? Pourquoi remettre encore à sa décision les clauses formelles et limpides d'un traité qu'elle avait sommé le gouverneur d'exécuter?
Par malheur pour les Acadiens, la Reine Anne mourut le 17 août 1714. Sans quoi, nous pouvons croire qu'en dépit des conséquences, elle eut tenu à honneur de faire respecter ses engagements. De nombreuses communications furent alors adressées aux Lords of Trade, pour leur représenter les graves inconvénients qui allaient découler du départ des