p. E. 0. Col. Bec. N. S. vol 2. — Doc. sur l'A., p. XX
d'établir qu'une seule des mesures qu'il a prises ait été à l'avantage de la garnison ou de la colonie ^° . . . »
Lettre de M. Adams au capitaine Steele '\
« Annapolis Royale, le 17 janvier 1715.
«. . .Nous espérions qu 'à son arrivée, le général Nicliolson paierait la garnison et mettrait la place sur un bon pied. Mais c'est tout le contraire qui a eu lieu. Il nous a jetés dans le plus grand embarras, il a démantibulé les forts, chassé les Acadiens, et envoyé au loin autant d'Anglais qu'il a pu, en sorte que la place est maintenant dans un bien triste état.
« En somme, s 'il avait reçu le mandat de conduire le pays à la ruine, il ne s'y fut pas pris autrement: tout le temps qu'il a passé ici, il l'a consacré à poursuivre le gouverneur Vetch de son implacable méchanceté. Vraiment, durant les deux mois qu'a duré son séjour, il a davantage nui aux intérêts anglais que Vetch n'eut pu faire pendant toute sa vie, quand même ce dernier eut été aussi vilain que Nicliolson le donnait à entendre. . . Nicliolson avait la manie de blasphémer contre Vetch et ses amis. . . A Annapolis, il n'y a personne (si j'en excepte deux), qui ne déteste et n'abhorre son nom ^- »
Nous avons également du capitaine Armstrong, qui devint plus tard lieutenant-gouverneur de la Province, une lettre dont la teneur confirme et corrobore les témoignages contenus dans les précédentes.
30 p. B. 0. Col. Records. N. S. vol. 2. — Doc. sur l 'Acadie, p. XVII.
31. Adams fut administrateur de la Province en 1739. Le capitaine Steele résidait à Boston.
32. P. E. 0. Col. Kec, N. S. vol 1. — Doc. sur l' Acadie, p. XII. La lettre porte la suscription: "relating to col. Nicholson's misbehaviour there."
Il est évident, d'après ces pièces, qu'une vive animosité régnait entre Nicliolson et Vetch, et nous savons de source certaine que cette animosité avait pour cause la convoitise. Vetch, de Londres où il se trouvait, cherchait à supplanter Nicholson, en s 'appuyant sur les rapports des principaux officiers d'Annapolis, rapports qu'il transmettait aux membres du Bureau de Commerce. Et en même temps il s'efforçait de démontrer à ceux-ci qu'il comprenait mieux que le gouverneur les véritables intérêts du pays et qu'il était l'homme nécessaire dans les circonstances. Il serait curieux de connaître quelles réponses Nicholson opposait à de pareilles accusations, car il n'a pas subi de tels assauts sans y riposter d'une façon qui a dû être fort dommageable à la réputation de son concurrent ; et les arguments ne pouvaient lui manquer, puisque Vetch, en 1706, avait eu à subir un procès devant la Législature de Massachusetts, et qu'il fut condamné à payer une amende de deux cents livres sterling pour avoir procuré aux Français des munitions de guerre, for having siipplied the French with ammunition and stores of war ^^.
A juger de la querelle entre Nicholson et Vetch par ses
33, "On returning to Boston, Vetch was arrested, committed to prison on a charge of trading with the French and Indians, enemies to the Government, and fined £200. " — Journal of the voyage of the Sloop " Mary ", p. XIX, cité dans International Beview, nov. 1881, p. 468, au cours d'un article sur Vetch, et intitulé "An Acadian governor", par James Grant Wilson. Le journal auquel est empruntée la citation avait été tenu par un membre de l'équipage du Sloop, John Maher. Le Sloop "Mary", aux ordres de Vetch, faisait de la contrebande: en échange d'armes et de munitions, il rapportait des boissons, etc., que le maître vendait à grands profits à New-York. Mais les officiers du gouvernement découvrirent la fraude. — Vetch, qui était né à Edinburg, le 9 déc. 1668, mourut en Angleterre, le 30 avril 1732, emprisonné pour dettes. — Cf. Dict. of Nat. Biogr. vol. XX. New- York, 1909, art. Vetch.
résultats, elle ne fut favorable ni à l'un ni à l'autre: tous deux succombèrent dans une commune défaite; pour chacun, la carrière des honneurs sembla se terminer là. Vetch n'obtint rien, et Nicholson perdit sa position deux années après. Comme il arrive souvent dans ces sortes d'affaires, les deux rivaux avaient surtout réussi à prouver qu'ils étaient l'un et l'autre indignes de la confiance publique. Leurs différends ont eu du moins cet avantage de nous éclairer sur leur caractère et leur conduite et de nous montrer en quelles tristes mains était tombée l'administration de la colonie. Pour ce qui regarde Nicholson, en particulier, comment ne pas estimer qu'il avait dû donner de réels sujets de plaintes, quand on le voit condamné par trois personnages qui furent successivement lieutenants-gouverneurs de la province, à savoir Vetch, Caulfield, Armstrong, et plus tard, en 1739, par Adams? Et cependant, à nous en tenir à l'ouvrage préparé par Akins, loin de soupçonner de quoi que ce soit Nicholson aussi bien que Vetch, nous serions au contraire tenté de les prendre pour des hommes intègres auxquels la postérité doit une statue. Heureusement que nous avons pu nous renseigner sur leur compte à d'autres sources ! Mais que penser du compilateur qui a omis les documents que nous venons de produire f Estimait-il qu'ils manquaient d'importance? Ne serait-ce pas plutôt qu'il leur en trouvait une trop considérable? Car il ne pouvait vraiment les ignorer. Ces documents sont tous aux Colonial Records de Londres, section de la Nouvelle-Ecosse, où Akins avait précisément reçu la mission de se procurer toutes les pièces qui pouvaient servir à l'histoire de la province. Les documents en question sont voisins de ceux qu'il a fait entrer dans son volume. Et pourquoi les a-t-il éliminés ? Nous nous le demandons avec d 'autant plus de surprise
qu'à part les faits de nature publique qu'ils relatent, ces papiers nous permettent de saisir le caractère, le tempérament des personnages qui y figurent et de voir à nu les motifs qui les animaient. Est-ce donc là chose indifférente pour l 'histoire ?
Mais Akins n'est pas seulement un compilateur dont l'éclectisme a de quoi étonner le chercheur impartial; il se fait aussi volontiers biographe. Il a introduit çà et là dans son ouvrage des notes copieuses où il prétend à apprécier les hommes ayant joué un rôle quelconque dans les événements auxquels se rapporte sa publication. Et voici ce que je remarque à ce propos: chaque fois qu'il s'agit d'un gouverneur ou de tout autre officier ayant eu à traiter avec les Acadiens, le ton est invariablement suave et laudatif. L'occasion eut été pourtant excellente de porter un jugement sur Nicholson, par exemple, dans lequel les qualités de ce personnage eussent été mises en regard de ses défauts, de manière à faire ressortir ses traits les plus saillants et à nous en donner l'image exacte. Cette peinture était facile à exécuter avec les dossiers qu'avaient préparés quatre des lieutenants-gouverneurs qui s'étaient succédé à Annapolis- Royale, après la conquête. Et combien une telle biographie, présentée avec intelligence et équité, eut aidé le lecteur à se faire une saine opinion de l 'ensemble des faits !
Les lettres que nous avons citées ont encore ce mérite, non moins grand, d'expliquer le puissant intérêt que l'on avait à empêcher l'émigration des Acadiens. Selon les propres expressions de Vetch, ce départ était la ruine du pays ; et encore qu'il n'y eût pas huit mois que Nicholson, en présence de MM. de la Ronde et de Pensens, eut décidé de référer à la Reine cette question de l'exode des habitants, Vetch ne se fait pas faute de supplier le Bureau de Com-
merce d'envoyer des ordres à l'effet d'enrayer ce projet. Et, comme il ajoute ailleurs, « les Acadiens se sont construits de nombreux petits bateaux pour se transporter avec leurs effets au Cap Breton ». Mais il oublie de dire que ces bateaux ne leur furent d'aucune utilité, par la raison que l'on sait. Dans l'esprit de Vetcli, la supercherie et la force pesaient beaucoup plus que la justice et le droit. Rien d'étonnant d'ailleurs chez un homme qui avait été pris, quelques années auparavant, en flagrant délit de contrebande de guerre, et qui avait subi, de ce chef, une condamnation.
Une autre raison, non moins grave, (^ue l'autorité invoquait pour s'opposer au départ des habitants, est que, de tout temps, les sauvages de l'Acadie et de toute la région comprise aujourd'hui dans le Maine et les Provinces Maritimes, s 'étaient montrés ennemis jurés des Anglais. Or, les Français partis, la Nouvelle-Ecosse fut restée absolument vide de colons. On eut pu essayer de la repeupler avec des Anglais, mais au risque de les voir exposés aux incursions fréquentes des Indiens qui les auraient massacrés en toute occasion. La possession du pays eut donc perdu tout son prix. Au cas où l'on eut persisté, dans de pareilles conditions, à y tenir un fort et une garnison, cette dernière n'eut été approvisionnée qu'à grands frais. Telle était donc la peu souriante perspective en face de laquelle se trouvaient les gouverneurs et la Métropole. Toutes les communications échangées entre les autorités locales et le gouvernement anglais nous montrent que les obstacles mis au départ des Acadiens provenaient uniquement de causes intéressées: peur que le pays ne s'en trouvât ruiné; impossibilité de les remplacer par des colons anglais que les sauvages auraient constamment tenté de massacrer. Que la crainte des Indiens inspirait la politique des gouverneurs, la lettre sui-
vante de Thomas Caulfield au Bureau de Commerce en est la preuve: nous la choisissons, de préférence à d'autres, parce qu'elle est conçue en termes plus explicites. Cette lettre est datée d'Annapolis-Royale, le premier novembre 1715:
« . . .Depuis mon arrivée ici, j'ai toujours remarqué l'empressement des Acadiens à nous rendre service, chaque fois que l'occasion leur en était offerte. Si quelques colons anglais, choisis parmi des gens industrieux, charpentiers, forgerons, nous étaient envoyés, le pays en retirerait certainement du profit; mais au cas où les habitants français nous quitteraient, nous ne pourrions jamais réussir à mettre nos familles anglaises à l'abri des attaques des Indiens, nos pires ennemis ; tandis qu 'en restant avec nous les Acadiens nous seraient une sauvegarde contre ces barbares. Vos Seigneuries verront qu'étant donné le nombre des troupeaux que les Acadiens ont avec eux à l'heure actuelle, nous pourrions d'ici à deux ou trois ans, pour peu qu'on y mette de bonne volonté, nous trouver pourvus de tout le nécessaire sans avoir à recourir au dehors ^*. »
Et Vetch avait écrit auparavant, toujours au même Bureau du Commerce, à la date du 24 novembre 1714 : « Les Français forment une population d 'environ deux mille cinq cents âmes. . . Ils sont, avec les sauvages, les seuls habitants de ce pays; et, comme ils ont contracté des mariages avec les Indiens, qui sont de même religion, ils ont sur eux une puissante influence. Cent Français, nés dans le pays, parfaitement accoutumés comme ils le sont aux forêts, habiles à marcher en raquettes et à conduire des canots d'écorce, sont