‹ AcadieChapitre 39 sur 78 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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que nous, l'amour de la paix et professaient pour l'autorité un respect et une soumission qui nous sont étrangers. Au lieu de renverser par la force les barrières qu'un pouvoir inique dressait devant eux, ils s'adressèrent aux gouverneurs français dans l'espoir de faire tomber ces obstacles. Dans leur simplicité d'âme, ils s'imaginaient que les conventions d'un traité étaient chose sacrée, que la justice finirait par prévaloir. Ils ne soupçonnaient pas jusqu'où pouvait aller la perversité de leurs gouvernants. C'est leur esprit de soumission qui permit plus tard à Lawrence de les déporter. Parkman voudrait-il leur faire un crime de leur naïve obéissance ? Et parce que les Acadiens auraient pu, en dépit des autorités, effectuer leur départ, ces autorités furent-elles excusables d'en agir avec eux comme elles l'ont fait? Avaient-elles le droit d'imposer un serment à des colons qu'elles détenaient injustement?

Il y a d 'autres considérations fort importantes auxquelles Parlanan, du fond de son moelleux cabinet, ne s'est pas donné la peine de songer . S 'il est vrai, par exemple, que les Acadiens de Beaubassin et des Mines étaient assez nombreux et assez forts pour passer outre à tout obstacle et réaliser leur dessein d'émigrer, nous ne pouvons en dire autant des gens d'Annapolis. Les premiers, en s 'éloignant seuls, auraient donc laissé derrière eux un groupe de leurs compatriotes, de leurs parents, de leurs frères, à la merci d'un pouvoir duquel il n'y avait pas à attendre un traitement équitable. C'était exactement pour permettre à ceuxci de se joindre à eux dans un exode commun, que les habitants des Mines avaient commencé d'ouvrir un chemin vers Annapolis. Car ils ne pouvaient pas partir sans emmener tous leurs frères. Quand des liens, rendus encore plus étroits par le malheur, unissaient entre elles les familles

acadiennes des divers cantons, les plus privilégiées eussent fui en abandonnant les autres à leur sort! Mais c'eût été la séparation pour toujours. C'eût été briser des affections plus fortes que la mort. C'eût été, en plus, encourir le risque de rencontrer, un jour, ces frères trahis sur les champs de bataille et d'avoir à guerroyer contre eux. Quelle perspective effrayante! Et cependant tout cela n'est d'aucun poids dans l'esprit de Francis Parkman. Eh! bien, moi, je dirai que, s 'il faut choisir entre l 'historien gonflé de sa science, et de pauvres gens ignorants qui n'avaient pour tout guide de leurs actions que les sentiments naturels, tout homme de cœur se prononcera pour ces derniers. Les Acadiens ont vu plus loin et plus juste que ce superbe auteur, ils ont mieux apprécié la délicatesse de la situation, mieux calculé les conséquences fâcheuses qui résulteraient d'une séparation opérée dans de pareilles conditions. Et qui donc osera les blâmer de s'être exposés à toutes les infortunes, plutôt que de renier leur sang et de fouler aux pieds les devoirs les plus saints ?

Toujours dans Half-Century of Conflict, Parkman fait l 'étrange affirmation que voici : « Le traité d 'Utrecht, comme nous l'avons vu, donnait aux Acadiens le délai d'un an pour se décider soit à demeurer dans le pays à titre de sujets anglais, soit à aller se fixer sur les terres du roi de France. L'année était écoulée depuis longtemps qu'ils se trouvaient encore en Acadie, s 'opposant à en partir, et refusant également d'appartenir au roi Georges ". »

21. The Treaty of Utrecht, as we hâve seen, gave the Acadians a year in which to choose between remaining in the Province and becoming British subjectB, or leaving it as subjects of the King of France. The jear had long ago expired, and most of them were still in Acadia, unwilling to leave it, yet refuBing to own King George." Vol. I, ch. IX, p. 206.

Mais quoi ! Au dire du même historien, Vetcli, Nicholson, Caulfield et Doueett, on employé tous les moyens possibles pour empêcher le départ des Acadiens, — et ce sont maintenant d 'après lui, les Acadiens qui ne veulent pas s 'en aller ! Il y a là une contradiction que nous ne nous chargerons pas de concilier. Continuons la citation : « En l'année 1720, le général Eichard Philipps lança une proclamation ordonnant aux Acadiens de prêter allégeance au roi Georges ou de quitter la province, sans emporter leurs effets, dans un délai de quatre mois. Grandement alarmés, les habitants recoururent à leurs prêtres, et supplièrent le Père Justinien, Récollet, Curé des Mines, de demander avis et secours à M. de St-Ovide, successeur de Costebelle à Louisbourg, protestant qu'ils étaient prêts à tout abandonner plutôt que de renoncer à leur religion et à leur roi. Sur les entrefaites, ils prirent leurs dispositions pour émigrer en masse par la voie du détroit et de Baie Verte, — par où il eut été impossible de les en empêcher, where it ivould hâve heen impossible to stop tliem ". »

Si Parkman n'a pas vu les antinomies dont fourmille ce neuvième chapitre de son ouvrage Half-Century of Conflict, c'est qu'il avait un pauvre jugement. Mais ce tissu de contradictions ne peut échapper au lecteur impartial ni à tout homme de science. Ah ! les Acadiens voulaient bien partir, — tous les documents nous le prouvent, et l'historien américain, au risque de se donner un éclatant démenti, l 'admet ; — maiSj ce que Parkman ne dit pas, et ce qui est essentiel dans l'espèce, c'est que ce départ fut entravé en dernier ressort par le gouverneur Philipps qui défendit aux habitants de percer une route entre les Mines et Annapolis, enjoignant

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