‹ AcadieChapitre 41 sur 78 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

Départ de Philipps, 1722. — Doucett reprend ses fonctions de -lieutenant gouverneur qu'il exerce jusqu'à 1725. — Absence totale de documents au volume des archives pour cette période. — Armstrong succède à Doucett, — Son caractère. — Prestation du serment à Annapolis. — Le capitaine Bennett et Philipps parcourent la Province dans le même but. — Leur mission échoue. — Armstrong envoie alors Robert Wroth qui ne réussit pas davantage. — Rapport de ce dernier.

Le gouverneur Eichard Philipps, n'ayant rencontré partout qu'échecs et déceptions, se sentait profondément dégoûté : la tâche ingrate qui lui avait été échue, le pitoyable état des fortifications d 'Annapolis, la faiblesse de la garnison, l'apathie des autorités à l'égard de ses projets, son impuissance à faire respecter ses volontés, les insuccès constants qui avaient marqué son administration, tout cela était certes plus que suffisant pour le décourager. Au reste, cette vie de garnison dans un lieu écarté, loin du centre de la civilisation, cette existence dépour\Tie de tout confort, s'accordait mal avec ses goûts de grand seigneur et de courtisan. Aussi s 'embarqua-t-il pour l'Angleterre dans l'été de 1722, sans se soucier de l'ouverture générale des hostilités avec les sauvages, qui venait de se produire. Il n'en resta pas moins gouverneur en titre de la Province, avec tous les émoluments attachés à cette charge, jusqu'à la fondation de Halifax, en 1749, alors qu'on lui donna pour successeur Cornwallis.

John Doucett, qui avait été déjà lieutenant-gouverneur,

assuma à nouveau les mêmes fonctions et les exerça jusqu'en 1725. Chose étrange! — (je dis étrange, et j'ai tort: avec Akins, il ne faut s'étonner de rien,) — le volume des Archives de la Nouvelle-Ecosse ne contient pas un seul document pour la période s 'étendant de 1722 à 1725. De ce fait, voici l'explication que nous proposons et qui nous paraît fort plausible: Philipps, dans la crainte de voir les Acadiens lui échapper, s'était fait, en dernier, doux et aimable envers eux; et jusqu'à son départ, la question brûlante du serment avait été prudemment reléguée par lui dans l'ombre. Il valait mieux, d'après lui, laisser s'écouler encore quelques années, et, en attendant le moment favorable pour amener les habitants à l'obéissance et les courber sous le joug britannique, les traiter avec de grands égards. Cette politique de conciliation s'imposait d'autant plus fortement que les sauvages du Maine étaient en guerre ouverte avec les Anglais, et que ceux de la Nouvelle-Ecosse menaçaient de les imiter; en fait ces derniers avaient déjà commencé de commettre des déprédations. En pareille occurrence, Philipps avait dû recommander instamment à Doucett de tenir vis-à-vis des Acadiens la ligne de conduite prudente et réservée qu'il avait lui-même inaugurée. En sorte que, l'ingérence de l'autorité dans leurs affaires étant devenue à peu près nulle, rien dans la correspondance officielle de cette époque ne les concernait, surtout rien qui put être invoqué contre eux. Et l'on comprend le silence du compilateur, quand l'on se rappelle qu'il s'était donné pour tâche de relever tout ce qui pouvait porter préjudice aux Acadiens et justifier leur déportation. Akins, en effet, nous l'avons assez montré, n'a eu qu'un but, et qui ne concordait en aucune façon avec celui de ses mandataires : réunir tous les documents pouvant jeter quelque lumière sur les raisons

qui avaient motivé cette iniquité. Tout ce qui ne tendait pas à cette démonstration, et surtout les pièces qui étaient de nature à l'infirmer, étaient regardées par lui comme non avenues. Cela est si vrai, que, jusqu'à la fondation de Halifax, son ouvrage ne renferme rien qui n'ait rapport aux Acadiens ou à leurs prêtres. Dans les lettres qu'il produit, il a eu soin de retrancher systématiquement, soit les parties qui ne les concernaient pas, soit les passages qui étaient défavorables au gouverneur ou à quelque autre officier important. Peu lui importait que ces documents ainsi tronqués prissent un tout autre sens que celui qu'ils avaient dans le contexte! L'on sait que, par d'habiles suppressions opérées dans un écrit, l'on peut lui faire dire tout le contraire de sa pensée véritable.

Donc, durant ces trois années, 1722 à 1725, les Acadiens, conformément aux ordres de Philipps, avaient été pratiquement laissés à eux-mêmes. Et le compilateur n'a sans doute rien emprunté à la correspondance échangée entre Doucette et les Lords du commerce que par ce qu'il n'y trouvait rien qui pût servir ses fins. Car il est certain qu'il y a eu correspondance. Le lieutenant-gouverneur a correspondu régulièrement avec les Lords du commerce et avec son chef hiérarchique, Philipps. En calculant qu'il ait envoyé, au bas mot, quatre dépêches par année aux Lords, et autant au gouverneur, cela ferait, avec les réponses, la somme respectable de quarante-huit documents, dont quelques-uns, s'il est vrai qu'ils ne contenaient rien pour ou contre les Acadiens, pouvaient au moins être utiles à l'histoire générale de la Province. A ce titre, ils entraient dans le plan qu'avait eu en vue la Législature de la Nouvelle-Ecosse en commandant ce travail de compilation. Mais il était décrété

que ce plan honorable serait sacrifié à la volonté étroite et fanatique d 'un seul homme.

Lawrence Armstrong, qui succéda à Doucett, en 1725, était loin d'avoir la souplesse de caractère de Philipps: le fond de sa nature était plutôt la grossièreté et la violence. Il était certainement l'homme le moins fait pour gouverner les autres, fût-ce dans les conditions les plus favorables: à plus forte raison était-il impropre à aplanir les difficultés de la situation. Le trait le plus saillant de son humeur était l'instabilité: par moments bienveillant et affable, le plus souvent il se montrait dur et brutal au point de provoquer officiers et soldats à l'insulter publiquement \ Le nouveau gouverneur était ce même homme au sujet duquel, dix ans auparavant, Thomas Caulfield avait adressé des plaintes aux Lords du Commerce dans les termes suivants:

« Encore qu'il m'en coûte beaucoup, je me vois obligé de faire connaître à vos Seigneuries les fréquentes indignités, commises par le capitaine Armstrong, de cette garnison, à l 'égard de plusieurs des habitants d 'ici : dans ma prochaine je vous transmettrai les plaintes et les protestations de ces

1. " Armstrong était un esprit inquiet, mal équilibré, d'un caractère fantasque, tour à tour bénévole et tyran. Il finit par perdre la tête et se suicida dans un accès de frénésie. " Casgrain. Pèlerinage, etc., c. III, p. 68. " Armstrong, homme violent, d'un esprit grossier et désordonné, qui ne parlait de rien moins que de traverser à main armée la Nouvelle-Ecosse et de tout pourfendre, si l'on voulait bien lui envoyer des troupes. " Bameau, Une colonie féodale etc.. Tome II, ch. XI, p. 38.

' ' On the 22 and 23 Sept., at a Council held in John Adams ' House, in the town of Annapolis, Lt. Gov'r. Armstrong charged his servant, Robert Nicholes, with assaulting him at Canso, in Oct. 1725. ' ' Beamish Murdoch. Hist. of N. 8. Vol. I, App. to ch. XLVIII, p. 440. Le même auteur dit (ch. XLVII, p. 422.) que Armstrong fut nommé It.-gouv. de la Nouvelle Ecosse ou Acadie par lettres patentes du 8 février 1725, et qu'il arriva d'Angleterre à Canso le 29 mai 1725, et de Canso à Annapolis le 17 septembre.

derniers concernant la conduite de cet officier envers eux ^ » L'on ne pouvait guère attendre d'un pareil personnage, investi d'un pouvoir en quelque sorte absolu sur toute la Province, autre chose que des vexations. Aussi elles ne manquèrent pas. Armstrong eut l'art de se créer d'incessantes difficultés: il en eut avec tout le monde, avec les prêtres, et avec ses officiers, ses soldats, chaque membre de son conseil, plus encore qu'avec les Acadiens. Le volume des Archives, cela va de soi, ne nous renseigne que sur ses démêlés avec les Acadiens et leurs prêtres. En vertu de la méthode chère à Akins, il fallait éliminer de cette compilation tout ce qui pouvait discréditer ce lieutenant-gouverneur, et affaiblir la portée de ses affirmations à propos de ses administrés français. Il est heureux, tout de même, que les sauvages eussent cessé leurs hostilités avant son arrivée à Annapolis, sans quoi il est probable qu'il eût plongé à tout jamais la Province dans un véritable abîme.

Armstrong parût d'abord vouloir faire de Canso le siège de son gouvernement ; il y réunit un nombre suffisant de ses conseillers; mais l'année suivante il se fixa à Annapolis. Sa nomination avait alarmé les Acadiens, et certes à bon droit. Il avait en effet à peine mis le pied à terre à Canso qu'il montra qu'il le prenait de très haut avec ses sujets, en sorte que ceux-ci auraient pu lui appliquer la parole de David à Goliath : « Tu viens à nous avec l 'épée, la lance et le jave-

2. " I must own ' tis with ye greatest reluctancy inimaginable that I am obliged to aequaint your Lopps. of ye fréquent misbehaviour of Capt. Armstrong of this Garrison towards several inhabitants hère and by my next shall transmit your Lopps. the several complaints in behalf of ye said inhabitants. ' '

Nova Scotia Doc. Let. govr Caulfield to Board of Trade and Plantations, Annapolis Eoyal, Nov. Ist 1715, p. 10.

lot ^ » Tels étaient ses instincts belliqueux qu 'il ne parlait que de les passer par le fer et par le feu. Il disait, par exemple, dans une lettre au Secrétaire d 'Etat : « J 'ai écrit aux autorités de la Nouvelle-Angleterre pour les prier de m 'envoyer un parti de soixante indiens du pays, avec douze baleinières: à l'aide de ce renfort, que je joindrais à nos troupes et à quarante hommes fournis par le commodore John St. Lo, je me propose de parcourir toute la province pour mettre à la raison les vilains habitants français, aussi bien que les sauvages. J'espère que nous ferons notre devoir *. » Il entendait par là répandre la terreur parmi ces pauvres gens, et leur imposer par force le fameux serment. Les Acadiens savaient de longue date à quoi ils pouvaient s 'attendre de la part d 'un pareil homme. Aussi, dans le cours de l'été de 1726, ils se disposèrent à émigrer en masse, bien résolus, si les circonstances le permettaient, de ne tenir aucun compte des défenses que l 'on pourrait leur opposer. Quelques familles étaient déjà en route pour l'Ile St-Jean, où le gouverneur français faisait des préparatifs pour les recevoir. Le 27 juillet 1726, Armstrong écrivait au secrétaire d 'Etat '': « Je voudrais avoir des instructions de Sa Majesté au sujet du serment de fidélité à faire prêter aux habitants français : ceux-ci ont refusé de le prêter toutes ces années dernières; on m'informe qu'ils sont encore résolus

3. Dixit autem David ad PhilistJweum : Tu venis ad me cum gladio, et hasta, et clypeo. " I. Reg. XVII, 45.

4. Cette lettre est citée par B. Murdoch, (Hist. of N. S. Vol. I, c. XLVII, p. 426-27). La date n'en est pas donnée. Mais par le contexte, je puis juger qu'elle est d'octobre ou de novembre 1725, ou même du 2 décembre 1725. V. Doc. Inéd. sur l'Acadie, pièce LU. Col. Becords. N. S., vol. 4.

5. Nova Scotia Doc, p. 65. Akins a mis au bas de cette lettre: Enter ed in Letter Book without address or signature.

à quitter la province plutôt que de s 'y soumettre ; quelquesuns ont déjà transporté leurs bestiaux et autres effets au Cap Breton. Et j'apprends également que le gouverneur St-Ovide, avec des troupes et son conseil, est allé à l'Ile St- Jean, dans la Baie Verte, afin de voir à désigner des terres pour être occupées par tous les habitants qui quitteront la province, et passeront sous la domination du roi de France. Ce sont les missionnaires qui ont arrangé toutes choses à cette fin. »

Or, il était urgent, pour Armstrong, d'arrêter l'exode général dont la colonie était menacée: sans quoi il allait encourir un blâme sévère et voir crouler ses plus chères espérances. Laisserait-il la France consolider sa colonie par l'apport de ces nombreux et utiles sujets? Laisserait-il la province se dépeupler des seuls habitants qu'il eût à commander? Mais que dirait-on de lui, alors? Que deviendrait son administration? Il ne gouvernerait plus que dans le vide ! Laissons parler ici Rameau :

« Devant ces circonstances qui paraissaient urgentes, la peur prit ce matamore, qui tout à coup transforma son visage; lui qui les années précédentes voulait briser violemment toutes les volontés, lui qui ne parlait de rien moins que d'imposer par la terreur la soumission dans les esprits, se fit doux et insinuant : il attira les Acadiens dans des réunions bien préparées, où il leur prêchait, avec componction, les avantages considérables qu'ils s'assureraient en acceptant le serment et en devenant cordialement les loyaux sujets du roi George. Ils auraient le libre exercice de leur religion, la libre jouissance de leurs terres, la libre disposition de leurs héritages; et lui, Armstrong, le gouverneur, promettait personnellement de toujours interpréter favorablement leurs engagements. Est-ce que ce n'est pas lui qui

devait appliquer les clauses de ce compromis qu'il les engageait à accepter, lui, leur gouverneur, qui s 'obligeait à les traiter avec douceur, à les administrer comme un père? Le Roi, d'ailleurs, était si bon, si généreux, c'était un bonheur, en même temps qu'un honneur, d'être sous sa tutelle ! Enfin, il parla si bien qu 'il leur persuada de leur envoyer des délégués, avec lesquels il conféra à diverses reprises, et il parvint à organiser une sorte de réunion générale de tous les chefs de famille de la rivière d 'Annapolis **.

« Ici se joua une fourberie de haute volée, dont voici le récit rédigé par Armstrong lui-même dans son rapport officiel ^ Etant venu dans cette réunion avec tous les membres du conseil, il en prit la présidence et parla aux Acadiens dans ces termes : « Je suis heureux, leur dit-il, de vous voir « réunis ici, et j 'espère que vous comprenez les avantages

6. "At a council held at the Hou. L. Armstrong 's house, etc., on Wednesday the 21st of September 1726. . . Then, (the It-gov.) acquainted the Board that he had appointed the Deputies of the French inhabitants to meet him hère this day, and that he had a mind to propose to them the taking the Oaths to His Majesty King George, whieh being judged very neeessary that they either should, or begone out of the Province, the said Deputies who were attending were called in and the question put aceordingly.

" Whieh being done, the said Deputies seemed satisfied, but desired a Copy of said Oath, that they might communicate the same to the inhabitants, whieh being ordered to be given them, His Honor appointed Sunday the 25th instant, for their making an answer "

Nova Scotia Doc, pp. 65-66.

7. Ce rapport, est contenu en entier dans les Nova Scotia Doc, pp. 66-67. Casgrain {Pèlerinage, etc., pp. 68 et seq.) le traduit en partie et fait du reste une analyse parfaite. Son récit débute ainsi: " Enfin, le dimanche 25 septembre 1726, son rêve (de Armstrong) commença à se réaliser. Il se frottait les mains de joie, en se rendant, dans l'après-midi de ce jour-là, à la séance du Conseil . Le drapeau britannique flottait audessus du bastion où se tenaient les assemblées. La séance s 'ouvrit sous sa présidence, en présence des députés acadiens et d'un grand nombre d'habitants. Ce fut alors une scène vraiment

« dont vous allez jouir et que vous transmettrez à vos en- «fants. J'ai confiance que vous êtes venus avec une par- « faite résolution de prêter serment de fidélité comme de « bons sujets, et que vous êtes animés de sentiments de sou- « mission et de loyauté à la fois honnêtes et sincères envers « un Roi aussi bon et aussi gracieux que le nôtre, et qui « vous a promis, si vous prêtez ce serment et si vous l 'ob- « servez avec fidélité, qu 'il vous accordera non seulement « le libre exercice de votre religion, mais même la jouissance « de vos propriétés et les droits et immunités de ses propres « sujets nés dans la Grande Bretagne. Quant à moi, tant « que j'aurai l'honneur de commander ici, je ferai tous mes « efforts pour maintenir tout ce que Sa Majesté a si gra- « cieusement promis de vous accorder. »

« Alors, à la demande de quelques uns des habitants, fut lue la traduction française du serment qu'on leur proposait de prêter. Et un certain nombre prièrent qu'une clause y fut insérée suivant laquelle ils ne pourraient jamais être obligés de prendre les armes. Le gouverneur, prenant alors la parole, leur fit observer qu'une pareille clause était bien inutile, puisque les lois anglaises interdisaient le service militaire aux catholiques romains. Sa Majesté, d'ailleurs, avait tant de sujets protestants à placer avant tous les autres dans ses armées ! Tout ce que Sa Majesté leur demandait, c'était d'être de fidèles sujets et de ne se joindre à aucun de ses ennemis ; au contraire, ils devront, dans leur

machiavélique, et qui serait d'un haut comique, si elle n'était odieuse. Elle est trop caractéristique pour n 'être pas rapportée en détail. On va voir avec quel art perfide Armstrong attira peu à peu les Acadiens dans son piège, et les y fit tomber. . . " — De façon à donner le rapport de cette séance au complet, nous empruntons à Casgrain l'exode du discours tenu par Armstrong. Rameau a traduit tout le reste.

propre intérêt, dévoiler tous les desseins, conspirations, complots perfides et dangereux, qui pourraient se tramer contre les sujets de Sa Majesté ou contre le gouvernement ; et dans ces conditions, ils jouiront, eux, Acadiens, de leurs héritages et les cultiveront sans inquiétude.

« Cependant ils maintinrent leur refus d'accueillir la motion susmentionnée, à moins qu'on n'y insérât la clause qu'ils désiraient. Le gouverneur, ayant alors pris l'avis de son conseil, consentit à ce que la dite clause fût inscrite en marge sur la traduction française du serment, afin de surmonter ainsi par degrés leur répulsion. Dans ces termes, ils acceptèrent, et adhérèrent à la formule par écrit, sur les deux exemplaires français et anglais ®.

« Son Honneur le lieutenant-gouverneur de la province pria ensuite les députés d'engager ceux qui étaient absents à venir le dimanche, ou même plus tôt, afin d 'être eux aussi dûment qualifiés pour la jouissance de leur patrimoine et des privilèges de tout sujet anglais; il leur recommanda enfin, dans leur propre intérêt, leurs devoirs de soumission et de loyauté, et de se conduire comme de bons et loyaux sujets. Ceux-ci renouvelèrent les promesses susénoncées; et après avoir bu à la santé de Sa Majesté, de la famille royale, et porté plusieurs autres toasts loyaux, le gouverneur leur souhaita une bonne nuit. » (Fin du rapport officiel).

8. C'est Rameau qui souligne ce membre de phrase. Le texte anglais dit: " But they upon the motion made as aforesaid, still refusing and desiring the same clause, the Governor with the advice of the Cou7icil grantcd the same to he writ vpon the margin of the French translation, in order to get them over hy degrees." — Rameau ajoute justement entre parenthèses: "Malheureusement il n'est resté qu'un exemplaire (de ce serment), celui où la note marginale n'existait pas, c'est celui que l'on a envoyé à Londres,"

Rameau continue : « Quoique le texte en soit un peu long, nous avons voulu citer in extenso cette pièce curieuse, qui fait bien ressortir le genre de diplomatie qui régnait en ces parages : la mise en scène, le simulacre de bonhomie qui broche sur le tout, la régalade qui entraîne le consentement, et ce bonsoir qui clôt la séance, en envoyant les gens au lit, après avoir bien bu, tout y accuse l'habileté consommée d'un maquignon matois.

« Comme elle est bien jouée, cette insertion marginale, qu'il feint d'accepter pour les amener à lui par degrés, insertion négligemment placée sur un seul des procès-verbaux, que personne ne lut et qu'on n'a pas revue! Quoi de plus admirable aussi que ce faux-fuyant équivoque sur l'enrôlement militaire? Comment, dit Armstrong, vous avez peur d'être enrôlés de force? Mais songez donc qu'étant catholiques, vous n'auriez pas seulement le droit de vous enrôler de bonne volonté ! Voilà, certes, une des plus jolies mystifications qui aient été inventées dans le royaume de la fourberie! Ceci relève de la comédie et non pas de l'histoire, et c'est un grand malheur que Molière n'ait pas connu cette aventure ! « Quoi donc, eut dit Scapin, craignez-vous «que je prenne votre bourse ? Mais sachez que je n'en '< voudrais pas, lors même que vous me prieriez de la prendre ^ »

Grâce à ce grossier stratagème, Lawrence Armstrong pensa donc en avoir fini avec les habitants d'Annapolis, et il tourna son attention d'un autre côté. Le cas de l'abbé Gaulin l'occupa d'abord. Le gouvernement avait fait saisir ce missionnaire, sous prétexte qu'il avait fomenté

9. Une colonie féodale, etc., Tome IT, ch. XI, pp. 39 et seq.

des intrigues contre son autorité. Or, à une séance du Conseil tenue dans l'après-midi du 11 octobre 1726, Armstrong soumit à ses conseillers une pétition de l'abbé Gaulin, lequel, disait-il, «désirait rentrer en grâce et faire sa soumission au gouvernement. La dite pétition ayant été lue et prise en considération, il est résolu que M. Gaulin devra faire ample soumission et demander pardon de ses fautes passées, (desquelles on a acquis des preuves évidentes,) prêter le serment de fidélité à Sa Majesté le roi George et à la Couronne de Grande Bretagne; il devra promettre de ne jamais s'immiscer dans les affaires du gouvernement, soit parmi les Indiens, soit parmi les autres habitants, mais de s'en tenir strictement à l'exécution de ses fonctions religieuses; en outre le conseil l'oblige à fournir des cautions choisies parmi les prêtres reconnus par le gouvernement et dix ou douze députés, comme garantie de sa bonne conduite à l'avenir: moyennant ces conditions, grâce lui sera accordée pour le passé, ainsi que permission de demeurer dans la province à titre de missionnaire ^°. . . »

Le 24 du même mois, nouveau conseil gouvernemental, au cours duquel l'affaire Gaulin revient sur le tapis: «. . .Monsieur le lieutenant-gouverneur de la Province soumit ensuite au conseil, que ce vieux brouillon et incendiaire de Gaulin " lui a fait savoir qu'il ne pouvait pas se procurer les cautions, requises par l'acte en conseil du 11 octobre dernier; mais que, étant donné que cet homme est enfin venu faire sa soumission et demander pardon pour ses fautes, et promettre de montrer désormais au gouvernement de Sa

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