‹ AcadieChapitre 44 sur 78 · Nova Scotia Documents, p · texte numérisé non relu

Nova Scotia Documents, p

l'affaire du serment avait été nécessairement discutée sous tous ses aspects, avant son départ; l'on ne pouvait plus espérer, après tant de tentatives infructueuses, que les Acadiens prêteraient un serment dans lequel la clause susdite ne serait pas incluse. Philipps avait dû être stylé en conséquence par qui de droit; et il apportait sûrement une solution toute préparée au problème épineux qui jusque-là avait tenu en échec les plus habiles comme les plus rusés négociateurs: et cette solution consistait sans doute à convenir verbalement avec les Acadiens qu'ils seraient exempts de porter les armes. Une promesse écrite, annexée au serment, eût été, dans la pensée des autorités, une capitulation honteuse; elle eut constitué une dérogation à la dignité de la couronne. Tandis qu'une promesse faite de vive voix avait à la fois l'avantage de sauver l'honneur du gouvernement et d'arranger la situation en Acadie. C'est cette sorte de concession que Philipps avait reçu l'ordre d'accorder: car, en Angleterre du moins, l'on comprenait fort bien que l'on ne pouvait exiger des Acadiens de prendre les armes contre leurs compatriotes. Une simple promesse verbale avait cet inconvénient de ne pas contenir, aux yeux des Acadiens, toute sécurité pour l'avenir. Mais avec un homme de la haute position de Philipps, fraîchement arrivé d'Angleterre, et se portant garant de la parole de son Souverain, la méfiance tombait. C 'est ce qui explique le prompt succès des négociations reprises par cet émissaire, sur les bases nouvelles d'un compromis qui fut discuté et accepté par les intéressés.

Pour écrire son Histoire de la Nouvelle Ecosse, Haliburton n'avait pas sous les yeux les documents que nous possédons. Il ne paraît même pas avoir essayé sérieusement de pénétrer le problème qui se posait. Mais, avec la connais-

sance qu'il avait de ce peuple, son grand esprit d'observation développé par son expérience du barreau et de la magistrature, il vit de suite que les Acadiens n'avaient pas dû accepter un serment sans réserve, mais il insinue qu'il y eut supercherie de la part des autorités; il rappelle les fourberies commises par Armstrong, et laisse entendre que Philipps a dû se livrer à quelque tour d'adresse du même genre. Ce gouverneur n'a pas dû convaincre les Acadiens, mais les tromper.

Nous différons d'opinion là-dessus avec Haliburton. Nous ne croyons pas que les Acadiens aient été joués, cette fois. Ils ont librement accepté, dans la question du serment, la promesse verbale qu'ils n'auraient pas à porter les armes. L'Historien de la Nouvelle Ecosse, jugeant d'après les événements antérieurs, ne peut se résoudre à admettre que les Acadiens, déjà tant de fois frustrés, se soient contentés de simples paroles. Mais où Haliburton se trompe, c'est précisément en ne voyant pas qu'une promesse verbale, émanant d'un personnage comme Philipps, avait une tout autre valeur, une tout autre portée, que si elle eût été faite par Armstrong, cet homme violent, fourbe, changeant, peu respectable et peu respecté ^

5. Eichard suit ici Rameau, Une colonie, etc. Tome II, ch. XI. La neutralité. Voici tout ce que nous avons pu trouver dans Haliburton, à ce sujet: "On the return of Mr. Philipps to Annapolis, they (the Acadians) complained that this oath (qu 'Armstrong leur avait fait prêter) had been extorted from them by undue measures, but, upon his persuasion, a great proportion of the maie population in that part of the eountry aceepted it. . . although no express réservation ■was made in the oath of not bearing arms against their countrymen, the French, there is every reason to believe that a promise to that effect was given to them. , . " History of N. S. vol. I, ch. III, p. 95. Et dans le mémoire présenté par les Acadiens au Roi d'Angleterre, peu avant leur déportation, il est dit: "At the same time (1730,) the said gênerai Philipps did, in like manner, promise the said French Inhabitants, in your Majesty's name, "that they should

A rencontre de plusieurs historiens, qui ont supposé qu'une réserve écrite avait été annexée au corps du serment, et supprimée ensuite, comme le serment même, lequel ne se trouve pas aux Archives de Halifax, nous disons que les Acadiens ne furent pas trompés par Philipps, que la réserve de ne pas porter les armes ne fut, de la part de ce dernier, que verbale, et qu'elle fut acceptée telle quelle par les habitants.

Nous n'entreprendrions pas d'établir la preuve d'une telle réserve, si elle n'avait été contestée par Akins, et si Parkman n'avait fait sienne l'opinion du compilateur. Pour eux, en effet, le serment de fidélité fut prêté volontairement par les Acadiens, et sans qu'aucune condition écrite ou verbale y eût été adjointe. Et pourtant, dans une lettrecirculaire de Lawrence aux gouverneurs de la Nouvelle Angleterre, nous relevons ce qui suit : « Les Acadiens ont constamment refusé de prêter le serment d'allégeance sans avoir, en même temps, de la main du gouverneur, l'assurance par écrit qu'on ne les appellerait jamais à prendre les armes pour défendre la Province, — condition à laquelle consentit à se plier le général Philipps, ce qui lui attira la désapprobation de Sa Majesté ^ »

bave the true exercise of their religion, and be exempted from bearing arms and f rom being employed in war, either against the Freneh or Indians. ' ' Id., Ibid., p. 185. Nous n'avons vu nulle part que Haliburton doute de la loyauté avec laquelle Philipps aurait fait la promesse en question.

6. ' * Thèse inhabitants were permitted to remarn. . . upon condition they should take the oath of allegiance. . . ; with this condition they hâve ever refueed to comply, without having at the same time from the Governor an assurance in writing that they should not be called upon to bear arms in the defence of the Province; and with this gênerai Philipps did comply, of which step his Majesty disapproved. . . ' 'Circular Letter from Gov. Lawrence to the Goveniors on the Continent. Halifax, 11 Augt. 1755. N. S. Doc. Akins, p. 277.

D 'après ce qui précède, Philipps aurait fait une promesse écrite. Lawrence l'affirme, mais nous avons lieu de croire que Lawrence se trompait. Le point qu'il voulait mettre en lumière était qu'une réserve avait été annexée au serment. Et cela seul est fondé. Le reste de son affirmation ne tient pas debout, non plus que le fait que Sa Majesté ait désapprouvé la manière d'agir de son représentant. Car les documents publiés ne contiennent pas trace d'un pareil désaveu. Tout ce que nous y voyons, c'est une petite discussion entre les Lords du commerce et Philipps sur la construction d 'une phrase contenue dans la formule du serment, — pure question de grammaire. Lawrence, qui n'était pas très particulier, a transformé ce débat insignifiant sur un point de syntaxe en une désapprobation formelle du serment lui-même.

Dans une autre lettre de Lawrence à Sir Thomas Kobinson. Secrétaire d'Etat, nous trouvons ce qui suit, se rapportant aux Acadiens de Beaubassin et de Beauséjour: «Ils descendaient, aussi bien que les autres habitants, des Français qui avaient été laissés en Nouvelle Ecosse après le traité d'Utrecht; et, sous l'administration du général Philips, ils avaient prêté le serment d'allégeance à Sa Majesté,

Dans Ealiburton, vol. I, c. III, p. 173, il y a une phrase qui est évidemment tirée de cette circulaire de Lawrence: l'auteur parle des Acadiens à qui le traité d'Utrecht permettait de demeurer dans la Province à la condition de prêter le serment d'allégeance: "they refused to comply, except with the qualification that they should not be compelled to bear arms in defence of the Province; which qualification, though acceded to by gênerai Philipps, was disapproved of by the King. ' ' — Cf. les étranges considérations de Parkman sur cette question du serment, dans Montcalm and Wolfe, ch. VIII. Eemoval of the Acadians, surtout page 275. Parkman a raison, dans une note au bas de la page, de renvoyer le lecteur à la longue et menteuse dissertation sur la matière qui se trouve dans Akins, depuis la page 263 jusqu'à la page 267. L'historien américain a puisé à cette source ses pauvres arguments.

sous réserve de ne pas prendre les armes ^ » Le même, écrivant aux Lords du commerce, le 18 juillet 1755 ; « Comme les habitants français de cette Province n'ont jamais, en aucun temps, prêté le serment d'allégeance à Sa Majesté sans y mettre de condition, unqualified ^. . . »

En septembre 1749, le gouverneur Cornwallis répondait de la sorte à une lettre collective des Acadiens : « Vous avez toujours refusé, messieurs, de prêter ce serment sans une réserve expresse. Vous me dites que le général Philipps vous a accordé la réserve que vous demandez: et moi, je vous dis que le général qui a fait pareille concession a manqué à son devoir ^. . . » Le gouverneur Thomas Hopson, qui succéda à Cornwallis en août 1752, écrivait aux Lords du commerce, le 10 décembre de cette même année : « Je serais heureux d'avoir, dès le printemps prochain, l'opinion de vos Seigneuries concernant le serment que l'article 68 des instructions que j'ai reçues m'ordonne de faire prêter aux habitants français. M. Cornwallis vous dira combien il est difficile, sinon presque impossible, d'user de rigueur à cet égard, et quelles conséquences désastreuses pourraient résulter si nous employions la force. Je crois qu'il pourra également vous faire connaître que les habitants de Chinecto (Beaubassin), qui avaient déjà prêté ce serment aux conditions que leur avait consenties le général Philipps '°. . . »

Page 1