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CHAPITRE SEPTIEME

Retour de Philipps. — Tous les Aeadiens de la péninsule prêtent le serment. — Ce serment fut désigné sous le nom de serment de fidélité. — On appela du titre de neutres (french neuirals) les habitants qui le prêtèrent. — Opinion du compilateur Akins là-dessus. — Encore Parkman.

Lorsque l 'on jette un regard d 'ensemble sur les comptesrendus de Armstrong touchant la question du serment, sur sa lettre aux Lords du commerce concernant ses négociations à Annapolis, son autre lettre aux mêmes personnages pour leur relater l'insuccès de la mission qu'il avait confiée à Bennett, ses instructions à Robert Wroth, et le rapport circonstancié dressé par ce dernier, selon la recommandation que son maître lui en avait faite, l 'on comprend que les Seigneurs anglais se soient sentis pris d'impatience et de dégoût en face de tant de bouffonneries administratives, de ridicules et inutiles menées. La grotesque comédie jouée par Wroth avait mis un comble à toutes les sottises que l'on avait amoncelées. Il fallait en finir, relever la dignité du gouvernement si gravement compromise par Armstrong, et tâcher de résoudre d'une manière définitive, et dans un sens aussi raisonnable que possible, cette éternelle question acadienne.

Les Lords du commerce s'adressèrent donc pour cela à Richard Philipps, qui demeurait toujours gouverneur en titre de la Nouvelle Ecosse. Ce ne fut pas sans regret que Philipps consentit à s'éloigner de Londres, où les gros ap-

pointements attachés à une charge qu'il n'exerçait cependant pas, lui faisaient une existence douce et aisée. Il est vrai que ses premières négociations avec les Acadiens avaient été rien moins que fructueuses; mais il leur en imposerait par sa haute position, son urbanité, ses manières de grand seigneur; et, à tout événement, il saurait sauvegarder la dignité de la Couronne britannique. Philipps connaissait d'ailleurs, par sa propre expérience, tout ce qu'avait d'inflexible la détermination des Acadiens sur ce point précis : l'exemption d'avoir à prendre les armes, — et sans doute qu'il avait préparé une solution à ce grave problème, source de tant de déboires pour les autorités anglaises, qu'il avait imaginé un moyen terme, une via média, de nature à accommoder tout le monde. Nous n'avons pas la teneur des instructions que Philipps dût recevoir de son gouvernement, mais la suite des événements va nous permettre de les deviner \

A peine débarqué à Annapolis, le gouverneur se mit donc résolument à l'œuvre; et, quelques semaines après, il écrivait au duc de Newcastle - qu'il allait faire prêter serment

1. "On the llth Sept. 1728, a new commission issued to R. Philipps, esq., as governor of N. S. etc., corresponding in its terms with his first commission of 1719. A copy is in one of the record books of Annapolis Eoyal Government, signed by Erasmus James Philipps, Secr., 10 December 1730." — B. Murdoch. Vol. I, eh. L, p. 451.

2. Nova Scotia Archives, p. 81. La lettre de Philipps est en date du 3 janvier 1729-30.

"Thomas Pelham Holles, duc de Newcastle, était le fils de Lord Pelham par Lady Grâce Holles, sœur de John Holles, duc de Newcastle, et prit le nom de Holles, de par la volonté de son oncle exprimée dans son testament. Il naquit en l'année 1693, et, après avoir occupé plusieurs positions officielles importantes, fut nommé, en 1724, l'un des principaux secrétaires d'Etat de Sa Majesté; en 1746, il fut nommé à nouveau à la même charge, qu'il remplit jusqu'en 1754, alors que lui succéda Sir Thomas Robinson. " Collins Peerage.

à tous les habitants d'Annapolis, et qu'à l'ouverture de la navigation, il en ferait autant pour ceux des Mines, de Cobequid et de Beaubassin, qui, lui disait-on, étaient tout disposés à se rendre à son désir :

« Monseigneur,

« . . . J 'ai fixé à la semaine prochaine la cérémonie de la prestation du serment par les habitants français de cette rivière; et j'ai l'assurance que les colons des Mines et des autres établissements situés au fond de l'a grande Baie de Fundi sont déterminés à suivre l'exemple de leurs frères d'Annapolis: mais je ne pourrai pas en finir avec ces derniers avant l'ouverture de la navigation. Tout sera réglé certainement avant mon départ pour Canso, et je vous en ferai rapport.

« Pour aujourd'hui. Veuillez trouver incluse copie de ma dernière opération.

«La question d'amener des habitants français de cette Province à faire leur entière soumission et à promettre allégeance au Roi, ayant été considérée comme de grande conséquence pour la sûreté et la prospérité de ce pays, et ayant composé la majeure partie des instructions que le Roi a adressées au gouverneur, — Votre Excellence verra par les pièces que j'ai l'honneur de lui envoyer, et par les progrès qui ont été réalisés en ce sens en moins de trois semaines, que j'ai pris mon rôle tout à cœur et que l'espoir que j'avais d'y réussir n'était pas sans fondement.

« Tous les habitants de cette rivière, sans exception, ont signé le document que je vous transmets \ Ils étaient heu-

3, A parchment containing 227 names of those who took the oath, is now

reux d'exprimer par là leur sympathie envers ma personne et mon administration. Les tristes expériences qu'ils ont eues avec mes successeurs ont eu pour effet de leur faire regretter mon départ: aussi ont-ils voulu manifester leur joie de mon retour en se prêtant tout de suite à ce que je leur demandais; le bon souvenir que j'avais laissé parmi eux n'a pas peu contribué à un résultat, si honorable pour moi, et dont je me félicite. En vérité je n'ai pas à me reprocher d'avoir jamais usé de contrainte ni de menaces à leur égard ; je puis également me rendre le témoignage de n'avoir pas compromis l'honneur de la Couronne par une honteuse capitulation, contraire aux ordres formels de Sa Majesté, telle que celle qui a été négociée par l'Enseigne Wroth, de mon régiment, et dont je crois de mon devoir de vous soumettre la copie. . . »

Cette lettre de Philipps est du trois janvier 1730. Il n'était à Annapolis que depuis le 20 novembre 1729. Le deux septembre 1730, il écrit de Canso au même duc de Newcastle pour l'informer de ce qui suit :

« . . .Par ma lettre en date du 3 janvier dernier, Votre Excellence a pu se rendre compte de l'empressement que je mettais à procurer la soumission de tous les habitants français de cette Province à la Couronne Britannique, en leur faisant prêter le serment d'allégeance à Sa Majesté: c'était là une œuvre qui devenait de jour en jour plus urgente, à raison de l'énorme accroissement que prend cette population : déjà leur nombre est formidable, et, comme les fils de Noé, ils se répandent par toute la face de la Province. Votre

among the Archives of the Government of Halifax. — (B. Murdoch, c LI, p. 457.) — Akins reproduit ce document p. 85.

Excellence n'est pas sans savoir que pendant ces vingt dernières années, les Acadiens avaient refusé obstinément de prendre un tel engagement; mais les difficultés que leur a suscitées l'administration, durant mon absence, semblent avoir changé leurs dispositions, puisque dès mon retour ils m'ont signifié leur intention d'en passer par ce que je voudrais. . . Pour maintenant, la paix règne dans le pays *. »

Comment donc Philipps avait-il pu obtenir, en apparence aussi facilement, ce qu'il avait demandé en vain auparavant? Pourquoi réussissait-il là où ses successeurs avaient tant de fois échoué ? Cela était-il dû, comme il s 'en vantait, à la supériorité des moyens qu'il employait et à la douceur de son gouvernement? En lui faisant la faveur de céder à son désir, les habitants français avaient-il simplement voulu lui prouver qu'ils étaient sensibles à ses procédés, et que, selon le mot de Lafontaine

patience et longueur de temps font plus que force ni que rage?

Que s'était-il passé en vérité? Quelle était la nature du serment enfin obtenu? Contenait-il la réserve de ne pas porter les armes contre les français et leurs alliés? Si oui, cette réserve était-elle écrite ou verbale? La réponse est aisée. Philipps, dans ses lettres aux autorités anglaises, ne s'explique pas là-dessus; il se contente de dire, ainsi qu'on l'a vu plus haut, qu'il n'aurait jamais voulu consentir à capituler bassement, à l'exemple de Wroth. . . Fort bien. Mais il ne pouvait plus être question de retraiter ni de capituler. Il arrivait d 'Angleterre avec des instructions toutes fraîches ;

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