N. s. Doc. p
12. N. S. Doc. Lettre du gouv. Mascarene aux députés de Chignectou. Annapolis Koyal, Nov. 16, 1744. Page 139 des N. S. Doc.
même nature à vingt endroits différents du volume des Archives, et notamment aux pages 203, 233, 234.
Mais reprenons notre récit.
Ce n'était pas sans quelque appréhension que les Acadiens consentaient à prêter le serment sans qu'une réserve
Paul Mascarene naquit à Castres, dans le midi de la France, en 1684, de Jean Mascarene et Marguerite de Salavy. Son père, qui était huguenot, ayant quitté la France après la révocation de l'Edit de Nantes, le jeune Mascarene fut laissé aux soins de son grand père. A l'âge de douze ans, il alla à Genève où il reçut son éducation, et de là en Angleterre où il se fit naturaliser en 1706. En 1708, il fut nommé second lieutenant dans le régiment de Lord Montague, alors stationné à Portsmouth. En 1710, il reçut de la reine Anne le titre de capitaine et fut envoyé en Amérique par le ministre de la guerre. Au siège de Port- Royal, il commandait les grenadiers du col. Walter; c'est lui qui eut l'honneur de prendre possession formelle du fort. Peu après, Nicholson l 'éleva au rang de major. Commanda pour un temps la garnison de Plaisance, Terreneuve. A la mort d'Armstrong, en 1739, il fut nommé major de régiment, et à la mort du colonel Cosby, il devint lient, colonel du régiment de Philipps. En 1720, quand fut créé un conseil de gouvernement, sous Philipps, Mascarene fut appelé à en faire partie. En 1740, fut nommé It-gouverneur d'Annapolis; il exerça les fonctions d'administrateur du gouvernement, vu que Philipps résidait en Angleterre, jusqu'en 1749, où Comwallis arriva comme gouverneur. Ce dernier fit prêter serment à Mascarene comme doyen de son conseil. En 1744, Mascarene défendit Annapolis et battit les Français commandés par Du Vivier. Il avait, auparavant, de concert avec les gouverneurs du Massachusetts et du New Hampshire, Dummer et Wentworth, entrepris des négociations avec les Indiens de Nouvelle Angleterre, lesquelles aboutirent au traité de 1725. En 1751, il alla en Nouvelle Angleterre, avec des instructions émanées de Cornwallis, et s'y occupa d'opérer une réconciliation avec les chefs indiens. Peu après, il invoqua son âge avancé pour demander permission de prendre sa retraite. En 1758, il fut porté comme major général, et s'en alla vivre à Boston où il mourut le 2 janvier 1760. Il avait épousé Elizabeth Perry, de Boston, de laquelle il avait eu un fils et une fille. "Mascarene parlait très bien le français, dit Rameau, (dans Une Colonie, etc. Tome II, c. XII, p. 72). Il était infiniment supérieur à Armstrong comme instruction, comme caractère et comme élévation d 'esprit. Les relations des Acadiens avec lui furent plus faciles qu'avec les autres gouverneurs. Même lorsqu 'il écrit aux missionnaires de l 'intérieur, ses lettres sont non seulement très mesurées dans leurs termes, mais quelquefois pleines de courtoisie et d'enjouement... Il se préoccupait d'ailleurs avec soin et intelligence de l'administration générale du pays, qu'il connaissait parfaitement;
écrite y fut insérée : aussi, pour parer à toute éventualité, ils rédigèrent immédiatement un procès-verbal, lequel fut dûment signé et légalisé, et adressé au ministère des affaires étrangères, à Paris, pour être invoqué, le cas échéant, par le gouvernement français :
« Nous, Charles de la Gandalis, prêtre-curé missionnaire de la paroisse des Mines, et Noël-Alexandre Noiville, prêtrebachelier de la sacrée faculté de théologie de Sorbonne, missionnaire apostolique et curé de l'Assomption et de la Sainte-Famille de Pissiguit, certifions à qui il appartiendra que S. E. le seigneur Richard Philippe, écuyer, capitaine en chef et gouverneur général de la province de Sa Majesté, la Nouvelle-Ecosse ou Acadie, a promis aux habitants des Mines et autres rivières qui en dépendent :
« Qu 'il les exempte du fait des armes et de la guerre contre les Français et les sauvages, et que les dits habitants se sont engagés uniquement et ont promis de ne jamais prendre les armes dans le fait de la guerre contre le royaume d'Angle-' terre et son gouvernement.
« Le présent certificat fait et donné et signé par nous, cy nommés, le 25 avril 1730, pour être mis entre les mains des habitants et leur valoir et servir partout où besoin sera ou que de raison en est.
Signé : Curé de la Gandalis, Noël Noiville, prêtre et missionnaire, collationné par Bourg Belle-Humeur, le 25 avril ^\ »
c 'est lui qui eut l 'idée d 'amener les Acadiens à envoyer régulièrement des délégués à Annapolis, d'installer dans leurs paroisses, de concert avec lui, des magistrats, notaires, constables, etc., choisis parmi eux. C'était un homme qui s 'occupait sérieusement de sa fonction ; il s 'inquiétait de l 'état des routes, des digues, de tout ce qui touchait aux intérêts publics du pays et de ses habitants. ' ' 13. Cf. Casgrain, Pèlerinage etc., p. 75-6, au bas: "Il est essentiel d'observer que le notaire public qui a collationné et authentiqué l'acte ci-dessus,
Il serait difficile de contester l'importance du document que nous venons de citer. Nous pourrions y ajouter le fait assez significatif qu'à partir de 1730, les Acadiens furent communément désignés sous le nom de French Neutrals, Neutres Français. C'est ainsi qu'ils sont appelés dans les documents officiels émanés des gouverneurs de la Province et des Seigneurs du commerce. Et donc, prétendre, comme le fait Akins, que le serment qu'ils avaient prêté n'était pas conditionnel, ce serait détruire tout le sens de cette dénomination, raisonner dans l'absurde. Cela ne gêne pourtant pas le hardi compilateur. De la page 263 à la page 267 de son ouvrage, il met en note une verbeuse dissertation, à seule fin de prouver que cette neutralité des Acadiens était un mythe, puisqu'elle ne reposait sur rien. Donnons quelques extraits de cette tirade où les textes sont violentés et défigurés de la plus étrange façon : « A son retour à Annapolis, en 1730, le gouverneur Philipps amena le peuple à prendre enfin un serment sans condition, et, dit Mascarene, ce serment fut pris par tous les habitants mâles de la province que leur âge rendait aptes à contracter un tel engagement ; il ajoute que le mot fidèle, qui était placé dans le corps du serment, le fit appeler par les Acadiens le serment de fidélité ^*. »
Alexandre Bourg, de la Grand-Prée, était l'agent officiel du gouverneur Philipps." Kameau, Une Colonie, etc. Tome II, p. 53, et aux Pièces Justificatives, 4e série, p. 362. Ce certificat a été extrait par Rameau du ministère des Aff. Etrangères, à Paris, le 15 février 1887, avec d'autres documents.
Arch. du min. des Aff. Etr., (Angleterre, t. 448, nov.-déc. 1762, folio 218, t. 449, janvier-février 1763, folio 340.)
14, N. S. Archives, p. 267. — Voici la formule du serment prêté en 1730: elle se trouve à la page 84 de l 'ouvrage de Akins : " Je promets et jure sincèrement en foi de chrétien que je serai entièrement fidèle, et obéirai vraiment Sa Majesté le Roy George le Second, que je reconnoi pour le Souvrain Seigneur de l'Accadie ou Nouvelle Ecosse. Ainsi Dieu me soit en aide."
Le lecteur sera sans doute curieux de savoir sur quoi se basait Akins pour soutenir une prétention qui n'avait jamais été émise à l'époque où ces choses se passaient, et qui est contredite expressément et à plusieurs reprises par tous les gouverneurs de la Province, à savoir Mascarene, Cornwallis, Hopson et Lawrence ? La réponse est bien simple : sa prétention s'appuie sur le néant. Dans tout le volume qu'il a compilé, il n'y a pas une phrase, pas un mot qui puisse lui servir de fondement, ou qui l'implique de près ou de loin. Cela est assez extraordinaire. Quelle chose peut surprendre de la part d'un tel archiviste? Comme nous le connaissons, faut-il s 'étonner de le voir lancer une affirmation que non seulement il est incapable de prouver, mais qui est détruite à l'avance par les documents mêmes qu'il a amassés? « En avril 1730, dit-il au même endroit, le gouverneur Philipps annonça au conseil la soumission non qualifiée des habitants de toute la Province, the unqualified suhmission of the inhabitants of the whole province.» Cependant, ni dans les délibérations du conseil, ni dans ses lettres aux Lords du commerce, il n'est mentionné que Philipps se soit servi de l'expression unqualified ou d'aucune autre équivalente ; il n'y en a pas trace dans les pièces que cite Akins. Où donc alors ce dernier a-t-il pris son renseignement? Et que devient sa théorie, quand aucune pièce officielle ne s'en porte garant? La mauvaise foi de ce personnage fut vraiment énorme; mais peut-être que sa présomption la surpassait encore. Ecoutons-le : « Le terme French Neutral ayant été fréquemment appliqué aux Acadiens dans les documents publics, leurs constantes dénégations d'avoir jamais pris un serment non qualifié, et les assertions réitérées de leurs prêtres disant qu'ils considéraient que les serments prêtés à différentes occasions l'avaient été dans un sens qualifié, (faisant une distinction
entre un serment de fidélité et un serment d'allégeance,) tout ceci conduisit les gouverneurs d'Halifax, en 1749, et plus tard à diverses reprises, à supposer par erreur qu'aucun serment non conditionnel d'allégeance à la couronne d'Angleterre ait jamais été pris par les Acadiens ^\ » Voilà qui est ineffable. C'est d'un grand sérieux que le compilateur apprend au monde que le terme French Neutral n'avait jamais eu sa raison d'être. Les contemporains de ces événements, les gouverneurs et les Lords du commerce, en l'employant dans des documents publics, ne savaient pas ce qu'ils disaient. Mascarene, qui avait aidé à la prise de Port-Eoyal, en 1710, qui, en 1730 était l'un des principaux conseillers de Pliilipps, et qui devint lieutenant-gouverneur en 1740, ne connaissait rien. Les officiers de la garnison, dont quelques-uns avaient été témoins de la prestation du serment, et en avaient informé Mascarene, Cornwallis, Hopson et Lawrence, ne connaissaient rien. Tous ces hommes avaient mille moyens de s'assurer de la réalité des faits, et cependant ils ne les connaissaient pas. Ils se sont laissés berner par les affirmations des Acadiens. Les choses qu'ils assurent positivement, et qui étaient pourtant si contraires à leurs intérêts et à leurs désirs, ils ne les tenaient que de la parole de ces derniers. Seul maître Akins possède le sens de l'histoire; seul son regard est assez pénétrant et assez intuitif pour distinguer ce qui s'est passé, il y a plus d'un siècle; et quand sa bouche prononce un arrêt, il faut le croire, les documents fussent-ils là pour dire le contraire. . . « Leurs constantes dénégations (des Acadiens) conduisirent
15. Kameau traduit intégralement {Pièces justificatives etc., p. 362 et seq.,) cette longue dissertation de Akins, et la fait suivre d 'observations quj. nous en montrent le caractère très contestable et même inexact.
les gouverneurs à croire, par erreur. . . Their constant déniai. . . led the governors erroneously to suppose. . . » Comme s'il y avait jamais eu controverse à ce sujet entre les Acadiens et les gouverneurs! Encore un coup, il n'y a pas une phrase, pas un mot, dans tout le volume compilé par les soins mêmes de Akins, qui nous fasse voir qu'il en ait été ainsi. Ce sont donc là de pures fabrications de sa part. Que si cette question avait été vraiment mise en cause, il faudrait en conclure que les Acadiens purent apporter des preuves de la légitimité de leurs allégations, puisque les chefs du gouvernement en tinrent toujours compte. Et alors, quelle témérité de la part d'un compulseur d'archives, qui opère plus d'un siècle après ces événements, de s'inscrire en faux contre des faits pesés, mûris, attestés par les contemporains ! Quelle dose de mauvaise foi lui fallait-il avoir pour nier une chose contenue dans les pièces mêmes qu'il produit et qu'il nous met sous les yeux.
Sur ce point, comme sur bien d'autres, Parkman s'est rangé à l'avis du compilateur. Il est si commode d'adopter des opinions toutes faites ! L'historien américain a du moins une excuse, celle de s'appuyer sur Akins, tandis que Akins ne s 'appuyait que sur lui-même ^®.
16. Eichard met ici une note que nous complétons : ' ' Depuis que ce qui précède est écrit, M. Parkman, dans son nouvel ouvrage, rectifie en ces termes ce qu 'il avait exprimé antérieurement : ' ' Eecently, however, évidence has appeared that, so far at least as regards the Acadians on and near Mines Basin, the effect of the oath was qualified by a promise on the part of Philipps that they should not be required to take up arms against either French or Indians, — they on their part promising never to take up arms against the English. This statement is made by Gandalie. .." A Half-Century of Conflict, vol. I, ch. IX. Louisbourg and Acadia, p. 209. M. Parkman avait accepté sans la vérifier l'opinion du compilateur. Nous devons lui rendre cette justice qu'il a tenu à réparer son erreur. Docticr factus seipso, mtitavit sententinm. Mais il a tout de même tort de dire: "recently évidence has appeared", signifiajit par là le procès-
verbal déterré au ministère des Affaires Etrangères, à Paris, par Eameau et Casgrain, en 1887, rédigé et signé par Charles de la Gandalie (ou Gandalis,) Noël- Alexandre Noiville et Bourg Belle-Humeur, Car l'évidence, que le serment prêté par les Acadiens incluait une réserve et avait été conditionnel, ressort des pièces mêmes qui se trouvent au volume des Archives, ainsi que nous l'avons montré; le procès- verbal Gandalie ne fait que renforcer une preuve qui repose sur les documents cités par Akins, et que M. Parkman cite fréquemment dans son premier ouvTage Wolfe 4" Montcalm. La rectification apportée par l'historien américain est d'ailleurs incomplète en ce qu'il laisse entendre que seuls les Acadiens du Bassin des Mines prêtèrent vm serment conditionnel: so far at least as regards the Acadiaiis on and near Mines Basin, the effect of the oath ■was qualified by a promise, tandis qu'il est bien certain que cela s'applique à tous les Acadiens sans exception.
N. B. — L'auteur à'Acadie a trop voulu rendre justice à Parkman pour que nous ne citions pas ce passage du chapitre XXII du même ouvrage A Half- Century of Conflict (Tome II, p. 173,) et dans lequel on voit que, pour l'historien américain, tous les Acadiens, et non pas seulement cevx des Mines, ont prêté un serment conditionnel: " By the Treaty of Utrecht France had transferred Acadia to Great Britain, and the inhabitants had afterwards taken an oath of fidelity to King George. Thus they were British suhjects; but as their oath had been accompanied by a promise, or at least a clear understanding, that they should not be required to talce arms against Frenchmen or Indians, they had become known as the "Neutral French."