Vol. I, ch. L, p. 452. — Alcins, p
le sens de l'entrefilet qui figure dans le volume de Akins. Donc, dans cette lettre de juin 1729, Armstrong commence par « se plaindre des insultes dont il a été l'objet de la part de certaines gens, encouragées dans leurs malicieuses intrigues par l'attitude étrange à mon égard du major Cosby, lieutenant-gouverneur de cette garnison. Celui-ci, en effet, sans souci de sa propre dignité, s'est déclaré ouvertement en faveur de mes ennemis et donne son appui à tous ceux qui, au mépris de la vérité et de la justice, et au plus grand détriment du service de Sa Majesté, s'emploient à dénaturer mes actions et à faire échec à toutes mes entreprises.
[« La première personne que je doive dénoncer est un M. Bresley (sic), prêtre papiste résidant ici, qui, dans le passé, a cherché par tous les moyens à soustraire les populations à la juridiction du gouvernement de Sa Majesté, en se constituant de sa propre autorité juge des affaires civiles, et en se servant des censures spirituelles pour amener les Acadiens à lui obéir. Son insolence et sa tyrannie dépassant toute mesure, j'ai finalement dépêché chez lui un adjudant avec mission de lui parler et de lui faire entendre raison. Mais mon messager n'était pas encore rendu à sa résidence, laquelle est située à quelque distance du Fort, que le prêtre avait déjà fui : depuis, il demeure caché dans les bois, quelque part le long de cette rivière, vivant avec les sauvages, qu'il continue à soulever contre l'autorité légitime et à pousser au désordre. Pour en finir avec de pareils procédés, j 'ai envoyé un ordre, publié à la Chapelle Publique, (Mass House), enjoignant à cet abbé d'avoir à quitter la Province dans les trente jours. »]
« Le sieur Mangeant, gentilhomme français. . . fut chargé par moi d 'aller signifier cet ordre aux Acadiens, en français, en présence du major de ce Fort, de M. Wroth et de quelques
autres. Leur mission étant accomplie, ces messieurs s'en revenaient m'en rendre compte, quand ils rencontrèrent sur le grand chemin, au milieu de la foule, le major Cosby, lieutenant-gouverneur : ce dernier, sans provocation aucune, se mit à insulter de la plus abominable façon le dit sieur Mangeant qui trouva prudent de s 'enfuir en toute hâte, car son adversaire se fût certainement porté sur lui à de graves voies de faits, tant la colère l'aveuglait. Je reçus aussitôt une plainte de la part du major Cosby, alléguant que Mangeant lui avait fait un affront en se moquant de lui à sa face. J'assemblai alors les officiers, j'examinai attentivement les témoins de cette scène. . . et le résultat de l'enquête a été que les allégations de Cosby étaient sans fondement aucun, que la vraie raison de la fureur dans laquelle il était entré, était le service que le Sieur Mangeant avait rendu à sa Majesté, en allant lire et proclamer mes ordres défendant au peuple de quitter la province sans permis spécial, comme aussi l'ordre d'exil porté contre M. Bresley, prêtre papiste dont Cosby épouse ouvertement la cause, dans le seul désir de me nuire. . . »
Telle était l'accusation. Nous pouvons supposer que M. de Breslay avait été choisi comme arbitre ; que, dans un cas donné, l'une des deux parties refusant de se soumettre à sa décision, il avait eu recours, pour l'y contraindre, aux peines ecclésiastiques. Mais en quoi y avait-il eu dans tout ceci conspiration contre le gouvernement et offense à l'autorité? Il a été de tout temps permis de se faire juger par des arbitres, et il serait même à souhaiter que la coutume en fut plus générale. Il y a des différends internationaux qui sont réglés de cette façon, à la satisfaction commune. Et c'est là l'un des grands progrès sociaux accomplis par le dix-neuvième
siècle ^ Dans la question qui nous occupe, la censure a pu être abusive, et d'une application erronée. Mais elle portait son remède en décourageant les plaignants, et en les détournant d 'un arbitre qui le prenait de si haut pour rendre ses jugements exécutoires. Il pouvait être malhabile et impolitique, de la part de ce prêtre, de ruiner ainsi du coup la popularité et l'efficacité de son tribunal. Mais en quoi, je le demande à nouveau, son action compromettait-elle la sûreté de l'Etat ?
Il fallait cependant que la brutalité d 'Armstrong fût bien redoutable pour contraindre ce pauvre prêtre à s'enfuir dans les bois, quand il n'avait commis qu'une erreur canonique, qui ne lésait en rien les droits du gouverneur. Nous savons, en effet, que pendant plus d'un an, M. de Breslay n'osa se montrer à Annapolis. . . Il est à présumer que toute la question n'est pas exposée dans la lettre d 'Armstrong, et que tous les torts n'étaient pas du côté du missionnaire, puisque celui-ci porta ses plaintes devant les autorités de
3. L'auteur d' Acadie croyait évidemment au progrès indéfini de l'humanité; son esprit, naturellement utopiste et spéculatif, partageait sur cette question du progrès de notre espèce les idées émises par une certaine école qualifiée de positiviste, encore que sa doctrine soit fort mélangée de rêves et de chimères. Eichard s'est peut-être souvenu, en écrivant ce passage, de l'affaire des Iles Carolines, soumise à l'arbitrage de Léon XIII par Bismarck lui-même et si heureusement réglée par le Grand Pontife, à la satisfaction de l'Espagne et de l'Allemagne. Mais quoiqu'il en dise, les peuples contemporains ont trop peu recours à cette forme de solution pacifique. Les événements actuels (guerre de 1914-15) sont un démenti donné aux espérances des pacifistes. C'est que ces espérances n 'avaient pas pour fondement le christianisme, seul messager et agent de paix dans le monde. Voilà pourquoi le célèbre tribunal de la Haye, duquel on avait exclu le représentant de l'Eglise catholique, a eu une mission si peu fructueuse. Quant à l'abbé de Breslay, ce digne ecclésiastique avait dû appliquer abusivement les censures ecclésiastiques, (ce qui est grave), puisque l'Evêque de Québec, M. de Samos (Mkt Dosquet) lui retira les pouvoirs de Grand Vicaire. (Cf. Etat présent de V Acadie. Doc. inédits. C. F. p. 40.)
Londres, et se défendit de l'accusation de s'être mêlé des choses du gouvernement en produisant des certificats de Pliilipps et de Cosby, attestant qu'à leur connaissance, sa conduite avait été, en toute occasion, irréprochable. La partie de la lettre d'Armstrong, éliminée par le compilateur, fait voir que Cosby « avait épousé la cause » de M. de Breslay. Or, ce détail avait son importance, en introduisant un élément de doute sur la légitimité des procédés du gouverneur. Et maître Akins eut été très aimable de n'en pas priver le public.
Armstrong eut encore des difficultés au sujet du Père Isidore. Celui-ci était un prêtre interdit. Le gouverneur prétendit l'imposer par force à la Cure des Mines. Mais le simple bon sens aurait dû le persuader qu'une population catholique n'accepterait pas les services d'un prêtre notoirement interdit. Par le fait de cette interdiction, le Père Isidore ne pouvait ni dire la messe, ni entendre les confessions, ni administrer aucun autre sacrement. Méconnaissant la portée des peines ecclésiastiques qui lient et annulent en quelque sorte les pouvoirs du prêtre qui en est frappé, Armstrong prétendit passer outre à tous ces empêchements canoniques et donner charge d'âmes à son candidat irrégulier. Mal lui en prit d'intervenir dans un domaine où il n'avait que faire. Il en fut pour sa peine. Il restait aux fidèles blessés dans leur foi la ressource de ne pas fréquenter une église régie par un pasteur illégitime. Et c'est ce qu'ils firent en effet. Le gouverneur eut beau vouloir les punir de leur obstination en leur refusant un autre prêtre: sa fureur se brisa contre les droits imprescriptibles de la conscience catholique *.
4. Casgrain. Pèlerinage, etc., p. 79-80, d'après Documents, notes et traditions sur l'Acadie, recueillis par l'abbé Sasseville, curé de Ste-Foy.
Venons-en au plus grave des démêlés d'Armstrong avec le clergé: il se rapporte à MM. de Chauvreulx et de St- Poncy. Le document concernant cette affaire est contenu aux Archives de la Nouvelle Ecosse. C'est une délibération du conseil d'Annapolis. (Il importe de ne pas oublier qu'Armstrong n'était pas loin de composer à lui seul tout son conseil. Ses procédés en avaient écarté et dégoûté les membres les plus influents ; ceux qui consentaient encore à en faire partie — et le nombre n'en était pas suffisant pour constituer un quorum, à l'arrivée de PMlipps en. 1830 — avaient dû, il n'est pas douteux, abdiquer leur indépendance. Avec un tel homme, il fallait ou se soumettre ou se démettre, ou du moins ne pas faire acte de présence dans les moments scabreux.) Ceci posé, nous reproduisons, dans leurs parties essentielles, les minutes du conseil où le cas de MM. de Chauvreulx et de St-Poncy a été pris en délibéré ^ :
Extrait des minutes du conseil, 18 mai 1736.
«...MM. de St-Poncy et Cheavereaux(sic), les deux prêtres romains, furent appelés à comparaître et informés de ce dont il était question; et il leur fut signifié que l'on jugeait nécessaire qu'avant le départ de M. de Poneys pour Cobequid, lui ou M. Cheavereaux se rendit à Pobomcoup, avec M. Charles Dentremont ® et le lieutenant Amherst, afin de procurer la restitution des voiles de vaisseaux et de tous autres effets qui ont été pris par les Indiens.
« Ces deux messieurs, luttant d'audace et d'insolence, ou-