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CHAPITRE NEUVIEME

Difficultés d'Armstrong avec le clergé. — Le cas de l'abbé de Breslay, de l'abbé Isidore et de MM. de Chauvreulx et de St-Poncy. — Situation épineuse du clergé. — Son attitude.

Dans le chapitre précédent, il n'a été question que des difficultés que le gouverneur Armstrong eut avec ses officiers, son conseil, et des marchands d'Annapolis. Par ce que nous connaissons de son caractère, l'on peut bien penser qu'il ne manqua pas d'avoir également des démêlés avec les Acadiens et leurs prêtres. Chose étrange ! Ses démêlés avec les Acadiens furent peu nombreux et n'eurent trait qu'à la question du serment, avant qu'elle n'eût été réglée par Philipps, en 1730: ce ne furent d'ailleurs que des vétilles dont nous ne croyons pas devoir entretenir le lecteur. Tout se borne à des plaintes aux Lords du commerce au sujet du serment qu'il exige des habitants français. Que si les faits mentionnés dans ces messages n'ont pas par eux-mêmes grande importance, les expressions dont Armstrong se sert pour les qualifier ont une énergie qui frise le ridicule: la conduite des Acadiens est trouvée insolente, leur résistance à ses volontés est flétrie comme impliquant une audace hors de pair. . .

C 'est avec le clergé que ce gouverneur a eu le plus souvent maille à partir : s 'il a laissé les Acadiens relativement tranquilles, il semble que ce ne fut que pour causer plus d'embarras à leurs missionnaires. Nous allons donc exami-

ner sans parti pris la question des rapports d'Armstrong avec le clergé. Que l'on ne s'imagine pas que nous nous laisserons influencer, en cette délicate matière, par des idées préconçues. Nous faisons œuvre d'historien ; nous verserons au débat le pour et le contre. Et si la réputation d'Armstrong sort amoindrie de cette discussion impartiale, à base de documents, il ne faudra pas en accuser nos préjugés d'éducation, nos sympathies ou nos antipathies religieuses. C 'est la vérité seule qui va prononcer.

M. de Breslay, curé d'Annapolis, est le premier prêtre avec qui Armstrong ait eu des difficultés \ Tout ce que nous

1. Charles-Eené de Breslay, naquit en 1658, d'une famille remarquable du Maine. A l'âge de 21 ans, il entra à la cour de Louis XIV, en qualité de "gentilhomme servant de la chambre du roi ' '. Après avoir rempli cette charge honorifique pendant dix ans, il entra au séminaire de St-Sulpice, où il résolut, en 1689, de se préparer à la carrière sacerdotale. Le 1er février 1694, il fut affilié à la Cie de St-Sulpice et demanda à passer dans la Nouvelle-France, pour laquelle il s'embarqua le 3 avril, et où il arriva seulement après une rude traversée de quatre mois. A Montréal, tout en s 'occupant du ministère, il étudia la langue algonquine, travailla à réprimer l 'abus des boissons spiritueuses, prit part à la construction du canal Lachine, que son Supérieur, M. DoUier de Casson, avait fait ouvrir dès l'année 1692. En 1703, fut nommé curé de la paroisse St-Louis, à Montréal. Fonda une mission isolée pour les Sauvages dans les îles de Vaudreuil. L'église, le presbytère, et le centre de la mission furent établis à l 'Ile-aux-Tourtes. Cette mission remplaça celle de la baie d'Urfè, près du lac Ontario. M. de Breslay s'y dévoua pendant 16 ans. En 1714, il fonda la paroisse de Ste-Anne-du-Bout-de-1 'Ile. Il ne put s 'entendre avec le gouv.-gén. M. de Vaudreuil, au sujet de la vente de l'eau-de-vie aux Sauvages, que celui-ci persistait à autoriser, et en 1720, passa à l'Ile Saint- Jean, (Prince- Edouard.) Il avait alors 62 ans. Il y séjourna 3 ans après lesquels l'évêque de Québec le nomma curé de Beaubassin, (Amherst), où il bâtit une église dédiée à Sainte-Anne, laquelle fut incendiée en 1750. La pierre d'autel que l'on retira des décombres est conservée au musée du collège St-Joseph de Memramcook. En 1724, M. de Breslay est employé aux missions de Louisbourg. De là il passa à Port-Royal, dont il desservit la paroisse en remplacement des Récollets qui retournaient à Louisbourg. L'église et le presbytère de Port-Royal avaient été détruits: empêchements sont mis par les gouverneurs à leur reconstruction. Le Conseil d'Etat assigna à l'abbé de Breslay pour presbytère et

savons de cette affaire est contenue dans une lettre d'Armsrrong aux Lords du Commerce, en date du 23 juin 1729. Cette lettre, cela va de soi, a été reproduite par Akins, sauf qu'il n'en donne qu'une partie, la partie la plus accablante pour ce pauvre M. de Breslay. Or, nous allons citer ce document à peu près en entier, et d 'après Beamish Murdocli ^ mettant seulement entre crochets le court extrait qu'en a fait le compilateur des Archives. L'on pourra ainsi se rendre compte que les parties omises modifient considérablement

chapelle une maison connue sous le nom de fort Mohawk, située à l'extrémité du fort. C'est là qu'Armstrong commença à causer à ce vénérable missionnaire toutes sortes d'injustices. Pour éviter des conflits avec ce fonctionnaire ombrageux, il fallait à l'abbé de Breslay plus que la prudence et la patience d'un saint. Bien qu 'il eût pris toutes les précautions possibles pour ne pas s 'attirer de reproches de la part du chef du conseil d'Annapolis, il vit bien qu'il ne pourrait réussir longtemps à se soustraire aux dangereuses manœuvres de l'autorité civile. A cette époque, le conseil anglais d'AnnapoUs administrait toute la province. L 'administration tentait d 'arracher aux Acadiens un serment sans réserve. Armstrong ne put obtenir que le missionnaire de Breslay entrât dans ses vues astucieuses. Dès lors, rupture complète avec lui. La comédie que joua Armstrong, le dimanche 25 septembre 1725, (cet événement est relaté dans l'un de nos précédents chapitres) fut vite déjouée et dénoncée par les missionnaires français du pays. Dès lors l'abbé de Breslay devint insupportable au lieutgouvemeur. Armstrong alla jusqu 'à l 'apostropher dans l 'église où le curé officiait. Une autre fois, il arrive au presbytère, fait enfoncer les portes, fouiller tous les meubles et forcer les serrures pour en enlever les papiers. N 'y trouvant rien de compromettant, il fait enlever tout le mobilier et dépouille le pauvre missionnaire de tout ce qu'il possédait, y compris ses animaux.

Dans un Etat de l'Acadie pour le gouvernement Ecclésiastique, 28 novembre 1751, envoyé au Ministère de la Marine et des Colonies, (cette pièce forme le No. V des Doc. inédits publiés par le Canada-Français, Tome I, p. 40), il est dit que M. de Breslay en est revenu, (de Port-Royal) rebuté des persécutions de M. Armestrom. (sic.) — L'abbé de Breslay fut obligé, pour éviter la prison et la mort, de se réfugier dans les campements indiens où il passa quatorze mois. C 'est de là qu 'il retourna au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, en 1735. Il était âgé de 77 ans.

Les Ane. Missionnaires de l'Acadie devant l'Histoire, op. laud., p. 35 et se<j

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