Montcalm and Wolfe, vol. I, ch. IV, p
35. Ihid. p. 110. — Cf. également A Half-Century of Conflict, vol. I, ch. IX, p. 210: "From first to last, the Acadians remained in a childlike dependence on their spiritual and temporal guides.''
assertions de Parkman. Voici un peuple, qui, d'après lui, est soumis aveuglément à la conduite de ses chefs religieux; il n'a aucune initiative; il en passe par ce que veulent ces derniers. Or ce peuple est resté fidèle, en masse, au serment qu'il a prêté. Qu'en conclure, si ce n'est que ces prêtres ont été loin de lui prêcher la révolte 1 Que s 'ils la lui ont prêchée, le peuple avait donc de la volonté, de l'énergie, puisqu'il a su rester dans la ligne du devoir, se soustraire à toute influence extérieure et agir d'après ses propres conseils? Dans tous les cas, le raisonnement de l'écrivain américain pèche par la base. Et l'on peut dire de Parkman ce que le poète latin dit de l'un de ses confrères: «(Lucilius) écrit trop vite et beaucoup trop. Que de fois, en moins d'une heure, et debout sur un pied, il a dicté bel et bien deux cents vers. Dieu sait alors s 'il était content de lui-même ^^ ! » Parkman écrit l'histoire comme l'autre faisait ses vers, stans pede in uno, debout sur un pied, — position peu commode pour enchaîner les faits selon leur ordre véritable et pour échafauder des raisonnements qui ne se détruisent pas l'un par l'autre !
Si nous prononçons quelquefois des jugements sur le caractère d'un individu, nous n'aimons guère à le faire à l'égard de toute une race ; il est si facile dans ce cas de tomber dans l'absolu. Cependant, nous en hasarderons un sur les Acadiens, et l'on verra que le type dominant chez ce
36. " Nam fuit hoc vitiosus: in hora sœpe ducentos, Ut magnum, versus dictahat stans pede in uno."
Horati Satirarum. Lib. I, IV, 9-10. (Cf. The Works of Horace, edited with Explanory Notes, by Thos. Chase, L. L. D. p. 140. Philadelphia. Eldredge & Brother, No 17, Seventh Str., 1884). — Les Œuvres d'Horace, traduction de Jules Janin, Tome II, livre I. Satire IV, p. 25. (Paris, Librairie des Bibliophiles, rue Saint-Honoré, 338, MDCCCLXXVIII).
peuple est justement l'opposé de ce que prétend Parkman. Ce dernier fait à nos ancêtres le reproche d'être i<-weak of purpose », à savoir de volonté faible, et, comme on dit, « sans dessein ». Or, le trait le plus frappant des Acadiens est au contraire un entêtement extrême. Aujourd'hui encore, dans la province de Québec, lorsque l'on veut peindre d'une façon saisissante l'entêtement d'une personne, l'on dit: «elle a une tête d'Acadien », et c'est la même chose que de dire «tête do Breton». La fermeté est une belle qualité, mais l'entêtement est un défaut, et nous n'hésitons pas à affirmer que ce défaut est commun à tous les Acadiens. Parkman a eu assez peu de psychologie pour ne pas le voir. Il spéculait tellement à tort et à travers, au gré de sa fantaisie, qu'il a mis à côté, et qu'il a voulu que nos pères fussent tout le contraire de ce que la nature les avait faits. Et voilà ce que l'on gagne à traiter l'histoire comme un art d'imagination! Les efforts tentés par les Français pour porter les Acadiens à violer leur serment de fidélité méritent, selon nous, une sévère condamnation; et ces efforts durèrent depuis le commencement de cette guerre jusqu'à la prise de Beauséjour par les Anglais. Si les Acadiens eussent prêté leur concours à leurs anciens maîtres, Annapolis fût sans doute tombée aux mains de ses premiers possesseurs. Mais la conquête définitive de l'Acadie ne s'en fût pas nécessairem.ent suivie. Et quand même ce fait l'eût assurée, nous croyons que l'honneur n'en imposait pas moins aux Français l'obligation de ne rien faire pour détourner les Acadiens de leurs devoirs, et les exposer ainsi aux plus dures représailles. Leur sort, jusque-là, avait été aussi doux qu'il était permis de l'espérer d'une administration militaire, et dans un temps où les préjugés de race ou de religion régnaient dans toute leur intensité. Pendant tout un siècle, la
France n'avait rien fait pour peupler l'Acadie et en faire une colonie capable de se suffire à elle-même; elle n'avait rien fait pour la protéger et la soutenir au moment du danger. Que si, tardivement, elle voulait réparer les erreurs de son passé, elle devait le faire par ses propres moyens, sans recourir à des procédés déloyaux, de nature à détourner de sa cause ses anciens sujets. La conduite de la France, pendant cette guerre, lui aliéna, en effet, la sympathie si naturelle que ceux-ci lui avaient toujours conservée. Si l'Angleterre, ou plutôt ses représentants, eussent compris cela, et s'ils eussent agi de manière à tirer avantage de ce revirement opéré dans l'âme acadienne par les derniers événements, nous n'aurions peut-être pas eu à déplorer les malheurs qui ont suivi. Quoiqu'il en soit, il nous semble que le fait que les Acadiens avaient su résister aux incessantes tentatives de séductions, qui leur étaient venues des Français, aurait dû bien disposer en leur faveur les autorités de la colonie: leur fidélité inébranlable au drapeau britannique, en dépit de la pression contraire que l'on cherchait à exercer sur eux, n'était-elle pas un gage certain pour l'avenir? Interprétée avec bienveillance ou même avec simple équité, leur conduite loyale aurait dû leur attirer l'amitié et la reconnaissance de leurs maîtres. Mais, la reconnaissance n'estelle pas rara avis ®V