‹ AcadieChapitre 68 sur 78 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

L'ouvrage de Eichard comprend, ainsi que je l'ai dit, deux volumes de 400 pages chacun. C'est long! L'écrivain se répète et s'attarde souvent à des considérations éloignées du sujet. Il a le défaut de n'indiquer qu'imparfaitement, même quand il les indique, les sources où il a puisé. La matière est parfois mêlée et les opinions sur quelques points bien surannées. Il y aurait à chicaner sur les principes concernant le progrès et la liberté. Voilà des réserves, et quelques autres peut-être encore, que l 'on pourrait faire. Mais quels que soient les reproches qu'on puisse adresser à l'auteur, son omTage possède d'éminentes qualités de fond. Eichard n'est ni un imitateur ni un simple collectionneur de faits ou d'anecdotes. C'est un chercheur patient, un analyste pénétrant et de la plus délicate probité. Il pense par lui-même, c'est pourquoi il a écrit un livre original et qui restera. C 'est un grand mérite d 'avoir pu ajouter, ainsi qu 'il l 'a fait, à Eameau et à Casgrain. En somme, son ouvrage constitue un réquisitoire formidable et, à travers les nombreuses critiques dont il a été l'objet, il n'y a eu qu'une voix pour en reconnaître la supériorité. Dès 1894, l'auteur était fait Docteur ès-lettres de l'Université Laval et membre de la Société Eoyale du Canada. Il est peu de journaux anglais, parmi ceux qui comptent, qui n 'aient su gré à l 'auteur de son impartialité. Sa manière a plu à de nobles esprits, indignés de la fraude criminelle qui avait jusque-là égaré l'opinion. Quant aux Acadiens, l'on se figure aisément l'accueil que cet ouvrage devait recevoir chez eux. "Ah! Monsieur," nous disait, il y a deux ans, un publiciste acadien, M. Landry, du journal L'Evangeline de Moncton, "l'ouvrage de Bichard est notre résurrection!" De fait, jusqu'à 1894, l'on avait bien écrit

en français, et même en anglais, sur les malheurs des Acadiens, mais il restait de nouvelles lumières à apporter sur le grand drame de la dispersion. Kichard a fait tomber les derniers masques, et cloué pour jamais au pilori de l'histoire les sinistres coryphées de cette tragédie.

Vivement impressionné par la lecture du livre, je me suis demandé parfois s'il n'était pas dangereux de parcourir ces pages, où la race au milieu de laquelle nous sommes appelés à vivre apparaît sous un jour aussi défavorable. Mais l'histoire comme la justice n'a-t-elle pas des droits imprescriptibles?

A travers cette revendication si forte du droit contre la persécution et l'outrage, par un descendant même du peuple martyr, l'on sent passer comme un écho de la parole biblique: "Les fils des opprimés seront comme des flèches lancées par une main pmssante. "

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