OBSERVATION N° III
(Forme comateuse à pl. malariae)
X... est un homme de 64 ans, légèrement obèse, jouissant jusqu'alors d’une bonne santé. Après une longue exposition au soleil de 8 heures à 11 h. 1/2, le 5 août 1941, il aurait eu alors un accès fébrile réapparu le lendemain.
Le 7 août, soit 2 jours après le début, le médecin de service appelé dans l’après-midi pose le diagnostic de paludisme, immédiatement confirmé par le laboratoire. Il pratique une injection intramusculaire de 0 gr. 80 de quinine et prescrit 0 gr. 40 de quinine per os.
Le 8 août dans la matinée, le malade absorbe encore 0 gr. 80 de quinine, mais des vomissements surviennent.
Le même jour à 14 heures, le malade serait tombé dans le coma, et c’est avec le diagnostic de « paludisme avec vomissements, obnubilation, respiration stertoreuse, incontinence des urines, impotence relative des membres inférieurs et diminution des réflexes tendineux », qu'il est hospitalisé à 16 heures 30.
L'état paraît grave d'emblée, le malade est couvert de sueur, la température est à 39° 3.
La respiration est rude avec ronchus, sans râle bulleux, respiration stertoreuse. Les bruits du cœur un peu assourdis. La T.A. à 17x10 au Vaquez-Laubry, le pouls bien frappé, régulier.
La langue est très saburrale, l'abdomen volumineux reste souple, le foie paraît hypertrophié, la rate n’est pas accessible à la palpation.
Voici l'examen neurologique pratiqué le jour même par le médecin de 1" classe Igert :
« Obnubilation intellectuelle marquée apparue rapidement vers 14 heures.
« Ne répond pas aux questions, semble entendre et voir vaguement.
« Réagit au pincement et à la piqüre.
« Réflexes tendineux normaux aux membres supérieurs, diminués aux membres inférieurs.
« Les réflexes cutanés plantaires sont en flexion.
« Les crémastériens et abdominaux sont abolis.
« Les réflexes pupillaires lumineux conservés.
«Il n’y a pas de déviation des yeux, ni de paralysie faciale.
« On note une contracture discrète des membres du côté gauche, avec secousses myocloniques.
« Il n'y a pas de signe d’hémiplégie.
« Actuellement les signes neurologiques ne justifient pas une ponction lombaire. »
L'urée sanguine est à 1 gr. dans le sang, la glycémie à 0 gr. 50.
L’urine contient 0 gr. 10 d’albumine par litre.
L'examen du frottis sanguin révèle une image hématologique d’accès pernicieux avec très nombreux schizontes de pl. malariae : 25 éléments par champ sur l’étalement.
Le traitement institué est le suivant :
Saignée de 250 cm ;
Deux injections intraveineuses à 5 heures d'intervalle de 0 gr. 60 de quinine uréthane dans 125 cc. de sérum glucosé.
Le 9 août au matin la température à atteint 40° 8. Le coma est complet, il n’y a plus de réactions aux excitations douloureuses. Les réflexes rotuliens et achilléens sont abolis.
Il n’y a pas de signes de congestion ou d’hémorragie cérébro-méningée, pas de signes de localisation corticale.
Il existe une légère congestion des bases pulmonaires.
La tension artérielle élevée la veille est tombée à 9 x4, au Vaquez-Laubry. Les bruits du cœur sont assourdis. Le pouls petit est filant. La respiration est plus manifestement stertoreuse, .
Les signes d'urémie nerveuse apparaissent avec présence du signe de Chosteck.
Les tonicardiaques, l’ouabaïne, 1/6 de milligramme, sont utilisés et le pouls est un peu mieux frappé.
Le malade a reçu depuis la veille 2 injections intraveineuses et 2 injections intramusculaires de quinine à 0 gr. 60 chacune, soit 2 gr. 40 en tout, et cependant le chiffre des hématozoaires reste encore élevé. Après une amélioration apparente, la mort survient à midi 45, sans que le malade ait repris connaissance.
La vérification faite par le médecin de 1" classe Bru a confirmé l’existence d’un pl. malariae seul en cause.
En résumé : Accès pernicieux à forme comateuse survenue au 3° jour d’un paludisme d’invasion à pl. malariae apparu après une insolation chez un homme de 64 ans.
Décès survenu 22 heures après le début du coma.