SAS
La rate n’est pas accessible à la palpation. On perçoit un globe vésical sensible.
L'état général est très mauvais, la température normale.
Un examen du sang pratiqué immédiatement. montre d'innombrables hématozoaires de plasmodium prœcox ; en goutte épaisse et sur l’étalement une hématie sur trois est parasitée.
On pratique immédiatement une injection intra-veineuse lente de O0 gr. 60 de quinine uréthane dans 250 cc. de sérum glucosé isotonique en ajoutant une ampoule de pressyl, et 4 heures après une injection intramusculaire de 0 gr. 80 de quinine.
Le 26 au matin, on est plus frappé encore par le teint cireux de la malade, cire vieillie, blanc jaunâtre. Les urines ramenées par sondage contiennent des traces d’albumine et de pigments biliaires, des cylindres granuleux et des leucocytes. L'examen de sang révèle encore l'existence de très nombreux schizontes.
L'état général est toujours aussi grave, la malade recevra encore 0 gr. 80 de quinine par voie intraveineuse et 1 gr. 60 par voie intramusculaire en injections fractionnées, plus deux injections intramusculaires de pressyl.
Le 27, la rétention d'urine persiste ; le coma, ou plutôt la torpeur profonde n’ont pas beaucoup évolué ; il y a des signes d’anémie intense. La numération montre 620.000 globules rouges avec la présence dans la formule sanguine de 5 % de plasmocytes et 1 cellule de Turck. L’urée sanguine est très élevée, à 2 gr. 50. |
Les schizontes de prœcox sont nettement plus rares dans le sang, 2 à 3 par champ en goutte épaisse. Une transfusion de 250 cc. de sang frais, non citraté est faite, difficile en raison du collapsus veineux, mais bien supportée (bien qu'il s’agisse d’un donneur universel, la comptabilité des sangs avait été recherchée extemporanément). Les doses de quinine par voie intramusculaire sont diminuées en raison de l’atteinte rénale ; deux injections de 0 gr. 40. Le sérum glucosé est toujours injecté par voie sous-cutanée et rectale, la malade ne supportant aucune boisson.
Le 28 : Les schizontes deviennent très rares, 1 pour 30 par champ sur l’étalement et disparaissent le lendemain.
À ce moment, la malade urine seule, mais le 29, au 4° jour de l'accès pernicieux, l’urée sanguine est encore à 2 gr. 50,
PS en
Son taux diminuera progressivement par la suite, 1 gr. 20 le 31 octobre — 0 gr. 60 le 6 novembre, mais trois semaines après le début, cylindres granuleux, hématies et leucocytes persistent encore dans l’urine. Le taux des hématies remonte très lentement : 780.000 le 5 novembre avec anisocytose, sans poïkilocytose, ni polychromatophilie.
Le 13 novembre, soit 20 jours après l’entrée, on compte 1.820.000 hématies pour 65 % d'hémoglobine (le 4° jour après une seconde transfusion sanguine, associée à l’opothérapie hépatique).
Le 2 novembre un clocher thermique est dû à un abcès du doigt, hématome infecté que la malade présentait à son entrée, ainsi que quelques lésions de pyodermite. Trois semaines après son entrée, apparaîtra une nouvelle poussée fébrile expliquée cette fois par une lymphangite de la fesse, en relation avec une injection intramusculaire de quinine qui nécessitera par la suite le passage de la malade en chirurgie. Les lésions cutanées présentées dès l'entrée et la circulation très défectueuse, peuvent ici avoir été un facteur favorisant l’éclosion de l’abcès.
En résumé : Il semble qu'il s'agisse ici d'une forme assez fréquente associant le type comateux au type algide, ayant évolué sans fièvre pendant la période critique, et accompagnée d’une anémie intense. Nous avons appris, il est vrai, que la maladie avait débuté 10 jours plus tôt et avait été étiquetée embarras gastrique fébrile. Les désinfectants intestinaux prescrits étaient restés sans effet.