CHAPITRE VII
Terrain quaternaire en Amérique, — en Australie,
en Afrique, — eu Asie.
Nous avons donné les caractères généraux du terrain quaternaire; il est bon maintenant de développer les preuves sur lesquelles nous nous appuyons. Les faits ont leur éloquence, et, en cette matière, ils sont de la plus grande importance. S'ils sont précis et évidents, la conclusion à en tirer sera plus facile et plus rigoureuse. Nous voulons avant tout être vrai, et laisser aux faits leur logique et leur force. Le livre de la nature est la manifestation de la parole de Dieu, c'est le langage du Créateur avec l'homme. Dieu a parlé dans la sainte Ecriture, l'homme cherche Texplication de sa parole dans les merveilles du monde et dans l'étude de la terre; les faits parleront donc à notre intelligence, et nous révéleront l'accord de la science avec la parole divine. Nous heurterons peut-être des préju-
gés séculaires, des systèmes préconçus ou des croyances dont Forigine se perd dans la nuit des temps; cependant nous marcherons avec confiance, appuyé d'un côté sur la révélation faite à Moïse, et de Tautre sur la connaissance exacte des faits. Ces deux bases sont solides, elles se touchent, et il ne se peut que l'opposition existe entre elles. Dieu, sans manquer à Tun de ses attributs les plus essentiels, la vérité, ne peut nous avoir révélé une chose et la démentir dans ses œuvres. Tradidit mundum disputationi eorum, il a livré le monde à nos investigations, il a développé devant nous le champ immense de la nature; c'est à nous d'examiner, d'étudier et de reconnaître les faits, pour reporter vers leur Auteur toute l'expression de notre foi, de notre amour et de notre reconnaissance.
Vouloir renfermer l'homme dans le cercle d'interprétations forcées, erronées, ou en opposition avec les faits ; vouloir limiter sa puissance d'investigation dans les choses créées, palpables et sensibles, plier son intelligence sous le joug d'une croyance arbitraire, et lui faire accepter les théories les plus invraisemblables, les suppositions et les impossibilités qui nous rejettent dans les mythes et les légendes des temps fabuleux, cette conduite et cette manière d'exphquer les faits, disons-le hautement, est indigne de Dieu, elle est indigne de l'homme. Quand Dieu, au jour de la création,
souffla sur Thomme et lui donna une âme vivante, intelligente et raisonnable, il lui donna le monde comme aliment et la science comme moyen progressif d'arriver à lui. Dans le livre de la révélation il lui traça les jalons qui devaient le guider dans la recherche de la vérité, pour qu'il ne pût s'égarer dans les sentiers de la fausse science, et qu'ainsi, arrivant à la connaissance plus complète de son être, il remontât plus sûrement à son Auteur.
Nous allons donc étudier le terrain quaternaire dans les différentes parties du monde, et pour les contrées étrangères à notre France, nous puiserons nos renseignements, en grande partie, dans V Histoire des progrès de la Géologie, par M. le Vicomte d'Archiac, ouvrage qui résume de la manière la plus claire et la plus impartiale, les découvertes des auteurs.
Terrain quaternaire en Amérique.
En Amérique, de même qu'en Europe, la période glaciaire a commencé ou continué l'excavation des vallées. On y retrouve tous les phénomènes de la période quaternaire, des blocs erratiques, des roches polies striées et sillonnées par
les glaces, des dépôts de sable, des blocs de cailloux roulés et striés, des graviers et des sables remaniés, enfin des dépôts marins et lacustres supérieurs à ce drift. Ces dépôts existent dans toute TÂmérique du Nord et sur les côtes du nord et du sud du lac Supérieur jusqu'à Tembouchure du fleuve Saint-Laurent, dans les États de Michigan, de New- York, de Vermont, de Massachussets, du Maine et de la Nouvelle-Ecosse * . « La limite sud du dépôt du drift s'observe vers le 39** de latitude et s'étend à travers la Pensylvanie, TOhio, Tlndiana, Tlllinois et lowa. Ces amas détritiques couvrent toutes les plaines; ils s'élèvent jusqu'à 1,800 mètres sur les flancs du mont Washington; à 600 dans les montagnes Vertes, etc.
Les dépôts marins et lacustres quaternaires existent partout dans les Etats-Unis du nord ^. Ce sont des argiles, des sables et des graviers stratifiés horizontaux, d'une épaisseur totale de 60 à 90 mètres, dans les vallées de la rive gauche du Saint-Laurent qui séparent les montagnes granitiques. Vers son embouchure, l'argile est au contact de la roche ancienne, et le gravier audessus. On y trouve des coquilles dont les analogues vivent encore sur la côte voisine.
A Beauport, situé sur la rive gauche à trois milles
1 D'Archiac, Leçons sur la faune quaternaire, p. 179. — Histoire des progrès de la géologie, t. IL * Transact, geol. soc. of London, voL V, p. 89. 1833.
au-dessous de Québec, les couches siluriennes sont recouvertes, à 164 mètres d'altitude au-dessus du fleuve, d'une couche d'argile sableuse remplie de Saxicava rugosa * ; sur la pente de la colline, cette couche est surmontée d'un dépôt de gravier et de blocs, et elle repose alors sur une série de sables, de graviers avec blocs, et d'argiles schisteuses, qui se continue jusqu'au fond de la vallée, excavée dans le terrain de transition. Sir Ch. Lyell signale dans cette couche 23 espèces fossiles dont les analogues vivent dans les mers du nord.
Sur les pourtours du lac Ghamplain, comme dans le bassin de la rivière Hudson, les dépôts de cet âge, avec ou sans fossiles, sont très-répandus. Ces dépôts ont encore été signalés sur les îles Cornwallis Beachy et le long du détroit de Barrow, jusqu'à 300 mètres d'altitude. Ils sont composés de limon, d'argile, de gravier et accidentellement de blocs ; l'épaisseur de ces dépôts atteint jusqu'à 300 mètres. Entre la Nouvelle- Ecosse et le lac Huron, on trouve, comme dans l'ancien continent, des dépôts diluviens, et les blocs erratiques paraissent avoir été charriés des régions septentrionales ^,
* Travelsin north America, voL II p. 147.
* Bigsby, Transact. geol soc. of London, 2« série, vol. I. p. 175. — Lapham, Amer. Journ.» vol. XXIL — Jackson et Alger, Mem, on the mineràhgyf etc.
Les digues ou terrasses qui, dans les Etats de l'Est, ont été regardées comme des fortifications ou des remparts élevés par d'anciens peuples indigènes, et sur lesquelles il n'existe d'ailleurs aucune tradition certaine, résulteraient de l'action diluviale etfluviatile. Leur nombre et leurs dimensions ne permettent pas de les attribuer au travail de l'homme, et de plus, toutes sont composées de plusieurs lits de terre, toujours horizontaux de chaque côté de la digue. Ce seraient des accumulations produites par les courants, ou bien des restes d'une formation tertiaire en partie détruite par des courants.
Les comtés de New-London et de Windham sont en grande partie recouverts de détritus composés de sable, de gravier, de cailloux et de blocs erratiques sur une épaisseur de 10 à 12 mètres ; au-dessus est un limon de terre jaune, qui s'étend en nappe continue. A Berlin, 12 milles au sudouest d'Harfort, des vertèbres de Mastodonte ont été découvertes dans un tuf lacustre, avec des coquilles semblables à celles qui vivent dans les eaux douces du voisinage ; sur deux autres points, on a recueilli également des ossements fossiles * .
Des collines composées de graviers de sables
1 W. Mather, Sketch of ihe geology, etc. Norwich, 1834. — Amer, journ., vol. XXVII, p. 165, 1834. — D'Archiac, Hist. des progrès delà géologie, vol. II, p. 362.
et de cailloux roulés s'élèvent à une hauteur considérable di^ns le comté de Wayne et dans la partie orientale de celui deMonroe*; partout ailleurs, du Genessee au Niagara, le sol est également couvert de débris erratiques souvent mélangés de blocs étrangers au pays. En creusant le canal de la vallée du Genessee, au point où il traverse la rue Sophia à Rochester, on a découvert des débris de Mammouth associés à des coquilles lacustres ^ qui vivent encore dans le pays. Des dents et des défenses du même Elephas primigenius rencontrées sur les bords de Tlrondiquot-Creek, dans la ville de Perinton, non loin du lac Ontario, étaient ensevelies dans la masse de sable diluvien mêlé de cailloux et de blocs de roches primaires venues du nord. La surface du sol est, en outre, couverte de nombreux blocs erratiques. Des os de Mastodonte avaient été observés en 1785 dans la vallée de Montgomery, comté d'Orange, et des dents du même animal avec des débris de mammifères furent recueillis au débouché du lac Ghautauque, à 7 milles au-dessus de Buffalo.
En remontant le golfe du Mexique vers la partie orientale du Texas, on parcourt une vaste plaine basse, unie, récemment émergée, sablonneuse, dont le sol est analogue à celui de la côte
' Staie ofNew-Yorky etc., p. 279.
« Amer. Journ., voL XLIV, p. 146, 1843.
actuelle et des bas-fonds du golfe. Au nord-ouest, des collines de 30 à 100 mètres d'élévation sont composées de sables et de cailloux roulés plus anciens, reposant sur des grés en bancs réguliers; d'après M. F. Rœmer, des amas de bois dicotylédones, sorte de lignite imparfait, s'y présentent sur beaucoup de points.
Les argiles et les blocs qui constituent les bords du Brazos et de la plupart des autres rivières du pays sont quaternaires, ainsi que les couches de graviers et de sables, qui forment une large bande ou zone aride dirigée E.-O., sur une portion considérable du Texas. M. W. Hough a découvert sur les rives du Brazos, près de San-Filippe, une grande quantité d'ossements de mammifères (Bœuf, Mastodonte, Eléphant, Milodon), parmi lesquels ceux d'Eléphant dominent.
Toute la vallée du Mississipi est bornée à Test par un plateau qui se termine brusquement, à Natchez, par une ligne de falaises perpendiculaires, dont le fleuve mine la base ; toute la coupe de cet endroit est composée de dépôts quaternaires ; les vingt mètres supérieurs constituent un Lehm argileux analogue à celui de la vallée du Rhin, et renferment des coquilles récentes. Hélix, Helicina, Papa, Succinea, accompagnées de Limnxa, Physa, Cyclas; la base est composée de sables et de graviers sans fossiles. Dans le limon ou dans l'argile qui est au bas il existe de nombreux ossements
de Megatherium, à*Equus, de.Bos, etc.; on y a découvert un os humain * .
Au Mexique, le terrain quaternaire existe sur plusieurs milles ; dans la Floride, la Géorgie, on le retrouve avec ossements d*Elephas, à!Equu$, de Bos, etc. A l'ouest des montagnes Rocheuses, sur les limites du Nouveau-Mexique et de la Californie , dans rimmense bassin du Rio-Golorado et de ses affluents, on a découvert les mêmes dépôts très-développés ; leur épaisseur est d'environ 50 mètres, et une dent d'Éléphant a été extraite du lit de gravier et de blocs qui constituent la base même de la colline.
Les Mammifères dont on retrouve les restes fossiles dans les terrains de l'Amérique du Nord sont tous bien caractérisés, comme étant de la période quaternaire, c'est-à-dire n'ayant pas vécu dans les terrains antérieurs, et ayant disparu dès le commencement de la période actuelle pour la plus grande partie. Dans cette partie du monde, la plupart des genres, sinon des espèces fossiles, sont les mêmes que nous rencontrons dans le quaternaire de la France et de l'Europe. Ce sont VElephas primigenius dont les défenses donnent lieu à un commerce actif, VEquus fossilis, le Cervus ^loes, le C. Tarandus, YOvlbos, les genres Ursus, Pelis; puis d'autres espèces inconnues dans nos
* D'Archiac, Ilisl. des progrès delà géologie y t. II, p. 345.
contrées, mais qui sont propres et spéciales à TAmérique ; ce sont : Elephas columbi, espèce intermédiaire entre V Elephas antlquus fossile en Europe et V Elephas indiens, vivant encore actuellement. Le Tapir ILS americanus , Bos latifrons, le Megatherium, le Mylodon, une espèce propre do Mastodon, etc., etc., et sur quelques points des ossements humains.
L'Amérique méridionale présente le même terrain quaternaire, la même disposition des couches et les mêmes fossiles. M. d'Archiac expose ainsi les principaux terrains que Ton y rencontre * : i'* dépôts erratiques de la Terre-de-feu, de la Patagonie et des îles voisines ; 2** dépôts marins ou plages anciennes soulevées de la côte occidentale; 3** dépôts ou limon des Pampas.
1° Les îles Falkand ou Malouines, formées par le terrain de transition, sont couvertes d'une immense quantité de fragments de roches accumulées en forme de traînées, de courants ou de nappes principalement vers le fond des vallées. Ces amas énormes, qui remontent jusqu'au sommet des montagnes, sont composés de quartzites ; on n'y a pas signalé de Mammifères fossiles. Dans la partie orientale de la Terre-de-feu, les couches tertiaires sont bordées de dépôts récents de 30 à 40 mètres d'épaisseur. Ces plaines basses émer-
A D'Archiac, Leçons iii-r la faune quaternaire, p. 215
gées dans la période quaternaire, sont composées (le grès fins, terreux ou argileux, en lits minces et quelquefois inclinés, souvent associés à des lits de graviers ondulés et contournés * .
Le gravier erratique de la Patagonie est composé de terre, de sables avec de petits cailloux de quartz et de divers porphyres. Il recouvre la plaine basse sur la rive nord du Rio-Colorado, sa limite extrême, de ce côté où vient finir le limon des Pampas. M. Darwin pense qu'il pourrait représenter la partie supérieure du dépôt des Pampas. Du Rio-Golorado au détroit de Magellan, les graviers quaternaires occupent une surface de 800 milles \
En remontant la côte occidentale le long du Pacifique, M. Darwin a observé deux terrasses de graviers sur diverses pentes des îles Ghonas ; les blocs erratiques s'observent encore autour de Valdivia, de la Conception, et sur plusieurs points du centre du Chili, mais sans y être accompagnés comme au sud de dépôts argileux
ou un.
2"* Sur toute la ligne de côtes qui bordent TOcéau pacifique, on rencontre souvent, outre les restes organiques, beaucoup de traces d'érosions, des cavernes, d'anciennes plages, des dunes et des
* Darwin, On the distribution of tkeerratic Boulders, etc., p. 415.
' Geological observations on soulh America, p. 19.
terrains successifs de graviers, au-dessus du niveau actuel de la mer.
3** Le dépôt des Pampas, d'après MM. Ch. Darwin et Aie. d'Orbigny * , est une terre argileuse d'un rouge brun foncé, légèrement endurcie, renfermant parfois des lits horizontaux de concrétions marneuses, qui passent souvent à une roche tantôt compacte, tantôt caverneuse, ou bien à un tuf calcaire appelé Tosca ; roche différente du tuf ponceux qui porte le même nom à Ténériffe. Il est très-riche en fossiles. Au mont Hermoso, la côte de Bahia-Blanca, présente, sur une hauteur de 30 mètres, quatre couches presque horizontales, qui sont de haut en bas : 1° grès de six mètres d'épaisseur avec des cailloux de quartz, divisés en lits obliques et désagrégés à la surface; 2*" banc de grès dur foncé peu épais ; 3* argile des Pampas d'une teinte pâle ; 4° roche semblable plus foncée avec des lits de Tosca concrétionnée, mouchetée et peu compacte.
La coupe de Punta-alta, dans la baie de Bahia- Blanca, présente de haut en bas ou dans un ordre inverse de la précédente : 1° un gravier stratifié, cimenté par une substance calcaréo-sableuse et renfermant beaucoup d'ossements de grands mammifères et des coquilles. 2° Limon rouge
» Alcide d'Orbigny, Voyage dans l Amérique méridionale, 4 vol. HT Géologie. Paris, 1842. — Darwin, Geological observalions oii sotilli America. Itondon, 1846. p. 70.
argileux veiné avec quelques cailloux et des os de mammifères dasypoïdes : cette couche ressemble au limon des Pampas. 3° Gravier stratifié pareil au précédent, se mélangeant insensiblement avec le limon argileux rouge. Vers le haut, le gravier domine; les coquilles sont abondantes, et Ton trouve des débris de Mégatherium. Le tout est recouvert transgressivement par une terre sablonneuse avec des cailloux de quartz, de pumite, de phonolithe et des coquilles terrestres et marines. Les restes des mammifères appartiennent aux espèces suivantes : Mégatherium Cuvieri, Mégalonys Jeffersonii, Mylodon Darivini, M. robustus, un autre grand édenté, Scelidotherlum leptocephalum, Toxodon Platensis, Mastodon Humboldtii, M. Andium, Glyptodon clavipes, un Ursus presque aussi grand que Y Ursus Spelœus, U, Bonariensis, un grand Felis intermédiaire entre le Jaguar et le Lion, mais d'une taille un peu inférieure au Felis smlodon des cavernes du Brésil, plusieurs espèces du genre Equus, E. curvidens, etc. , Ma^rocheira patagonica et un grand Dasypoïde. Parmi ces ossements, il y en a de roulés et de brisés ; d'autres, parfaitement conservés, prouvent que les animaux avaient été transportés entiers à la place même où nous trouvons leurs débris. Le terrain des Pampas s'étend sur une vaste étendue. Il est bien certain que ce terrain est quaternaire, mais quel est son âge dans la série de cette formation ?
212 I^ DÉLUGE MOSAÏQTTE.
il serait prématuré de le fixer. Cependant on admet généralement qu'il est Tun des premiers de cette période, postérieur probablement aux blocs erratiques, contemporain ou peut-être antérieur à notre diluvium gris.
La formation quaternaire existe donc en Amérique, résultat d'un phénomène ou d'une série de phénomènes généraux, puissants, qui ont lieu pendant la même période, comme le prouvent l'ordre de succession, le mode de déposition des couches et les espèces fossiles de Mammifères qui toutes sont diflférentes de celle des terrains tertiaires et de l'époque actuelle.
Terrain quaternaire en Australie.
Les phénomènes physiques de l'époque quaternaire se retrouvent en Australie, mais peut-être pas d'une manière aussi évidente ; cela tient au peu de travaux et d'observations qui ont été faits jusqu'ici dans ces contrées. Cependant ce que nous en connaissons est suffisant pour déterminer et appuyer notre opinion.
On observe les blocs des phénomènes erratiques, plus ou moins semblables à ceux du nord et de la pointe méridionale de l'Amérique, sur les
flancs et au pied des hautes chaînes centrales de la Nouvelle-Zélande ; puis des dépôts de matières meubles au fond des vallées: des plages soulevées, des brèches osseuses et des cavernes dans lesquelles les ossements ont été accumulés. Cependant nous devons faire remarquer que, 1* jusqu'ici Ton n'a pas trouvé d'ossements humains, soit dans les terrains de transport, soit dans les brèches osseuses ou dans les cavernes à ossements ; 2** les restes des animaux quaternaires signalés dans l'Australie appartiennent à une faune toute spéciale et qui n'a nul rapport avec la faune de l'ancien et du nouveau continent. On trouva, il est vrai, en 1843, un fémur de grande dimension provenant de Darling-Dovnis, au sudest de la baie de Mortron, et que M. Owen compara à un fémur de Mastodon giganteum; et en 1844, une véritable dent de Mastodonte rapportée de l'Australie par le comte de Strzelecki et désignée sous le nom de M, Australis; mais depuis vingtcinq ans que cette découverte a été faite, aucun débris n'a pu être rapporté au Mastodonte. M. Falconer en a conclu, avec raison, que l'authenticité de cette espèce, en AustraHe, était plus que douteuse. Et remarquons en passant avec quelle prudence la géologie s'abstient de se prononcer quand les faits ne sont pas évidents ; un seul fait est réputé comme nul ou douteux; ce n'est que sur des preuves certaines, évidentes et multipliées,
que la science appuie ses conclusions ; il est donc permis et bien légitime de les admettre, sans encourir la note de témérité et de crédulité.
Les animaux fossiles que Ton trouve dans le terrain quaternaire de l'Australie, en caractérisent parfaitement Tépoque, et sont, avons -nous dit, propres à ce pays. Selon M. d'Archiac *, «cette faune a un intérêt spécial par Tensemble de ses caractères, qui ne se trouvent que sur ce seul continent, pour les Mammifères comme pour les Oiseaux. Les Marsupiaux ou animaux à poches (Didelphes), qui constituent une division si naturelle, y représentent tous les ordres de Mammifères des autres pays, ou sous-divisions des mammifères placentaires (Monodelphes) ; ainsi : les Dasyures y jouent le rôle des Carnassiers ; les Ornithorhynques et les Echidnés celui des Édentés ou des Insectivores, les Phalangers celui des Quadrumanes, les Wombats (Phascolomys) celui des Rongeurs, les Kanguroos, à un degré plus éloigné, celui des Ruminants; mais ici comme partout, chez ces marsupiaux comme chez les placentaires, nous voyons les Carnassiers et les Rongeurs, les Insectivores et les Herbivores se faisant équilibre, car la loi du balancement des êtres s'applique avec la même rigueur dans tous les temps et dans tous les Heux. »
* D'Archiac, opefe citaio, p. 205.
Les principales espèces propres et spéciales au terrain quaternaire de cette contrée sont : le DasyurUfS Umiaris, le Thylacinus spelxus, Thylacoleo camifex, Macropus affinis, M. major, etc., un grand Lacertien qui- se rapproche des Monitors de TAustralie et des Lézards, et que M. Owen a décrit sous le nom de Megalania prisca * .
Dans la Nouvelle-Zélande, le terrain quaternaire est caractérisé par des dépôts de graviers dans lesquels on trouve de nombreux ossements d'un oiseau gigantesque, le Dinornis, dont les restes gisent dans des couches détritiques. On en compte six espèces dififérentes. Ce dépôt ossifère, suivant M. Taylor, est partout surmonté de dépôts marins et lacustres; en outre, des terrasses de Umon et de gravier de 15 à 20 mètres de hauteur, prouveraient un soulèvement des côtes à une époque relativement très-peu ancienne, et le Ut des rivières coupant les dépôts ossifères, établirait que ce changement de niveau est postérieur à Tenfouissement des ossements de Dinornis et des autres oiseaux leurs contemporains.
En résumé, bien que Ton ne rencontre dans ces terrains aucun ossement humain, aucune trace d'industrie humaine, il était bon de mentionner dans ces contrées des traces du terrain
* Quart, journ. geol. soc. of London^ février 1859, p. 176. pi. vil, VIII et IX,
quaternaire, des dépôts de transport et de couches remaniées contemporains des autres dépôts quaternaires de Tancien et du nouveau continent. Ce fait prouve que le phénomène qui a produit cette formation a été général. Au-dessus de ce terrain de transport ancien, sont les couches récentes et alluviales de la période actuelle.
Terrain cpiaternaire de 1* Afrique.
L'Afrique nous est peu connue encore, il n'y a guère que le littoral méditerranéen, sur lequel les explorations scientifiques aient eu lieu: cependant, nous constatons encore, dans cette contrée si peu explorée, des traces du terrain quaternaire, difficiles sans doute à préciser, quant à Tâge de la formation, mais évidentes quant au phénomène.
Sur le littoral de la mer Rouge, M. Russeger * a observé des accumulations de cailloux diluviens, qui occupent le fond des dépressions le long de la mer Rouge, du golfe de Suez et de la basse Egypte. M. Nev^bold ^ comprend sous le
* Reisen in Europa, etc. Voyage en Europe, en Asie, en Afrique. Carte géogn. de l'Egypte, 1842. 2 ProcccL geol. soc, of London, vol. III, p. 782.
nom de drift: 1* les sables et les graviers du désert provenant en grande partie des grès avec leurs fossiles ; 2** les lits de graviers qui recouvrent les plages élevées de coraux de Coséir et les falaises calcaires des bords de la mer Rouge ; 3° les détritus qui recouvrent le plateau du désert de la Lybie près de Denderah, et qui sont composés des diverses roches sédimentaires ou ignées des pays environnants.
On rencontre des dépôts de transport très-considérables dans la province de Gonstantine *. Ainsi les collines de Gondent-aty sont formées par une accumulation de près de 300 mètres d*épaisseur de sables, de graviers et de galets, avec quelques blocs de plusieurs mètres cubes de puissance. Mais, selon M. Boblaye ^, ce serait le résultat d'une alluvion immense, et non pas le produit d'un phénomène analogue au transport des blocs erratiques
A six kilomètres d'Alger, à Test du village de Birmandreis et à une altitude de 132 mètres, on a découvert une grotte ouverte dans le terrain tertiaire ; le sol était recouvert d'une couche de stalagmite, enveloppant des os de Cheval, de Bœuf et d'un jeune Carnassier indéterminé. Aux environs de Guelma, on a trouvé des ossements
* HisL des progrès de la géologie, t. II, p. 338. ' Comptes rendus de V Académie des sciences, vol. VIII, p. 239, 1838.
d!Elephas africanm; Guvier a cité, mais sans aucune authenticité, YE. primigenius. Dans les états Barbaresques, d'autres naturalistes ont nommé un Rhinocéros indéterminé, le Bubalus antiquus de Sétif, quelques os du Bos primigenius. Dans une grotte près de Bougie, une Antilope, un Chien et une Hyène, non déterminés spécifiquement «.
Entre Oran et Mers-el-Kabir, on voit des brèches osseuses qui offrent les mêmes caractères que celles du midi de la France : ce serait un point de corrélation bon à signaler, et qui rattacherait le phénomène quaternaire de TAfrique à celui de TEurope. M. Milne Edwards a reconnu, dans les fossiles qui en provenaient, des débris de Cheval, de Bœuf, d'Ours, etc., et les espèces sont les mêmes que celles de nos cavernes ^. On a trouvé près du fort de Beaufort, à la colonie du (]ap, sur la frontière orientale, un squelette probablement de Buffle ; il était enfoui dans un dépôt détritique très-puissant ^
Il n'est pas possible de tirer de ces explorations et de ces faits des conclusions rigoureuses,
ï D'Archiac, Leçons sur la faune quaternaire, p. 152.
* Annales de la Société p/iilomatiqiie, 15 avril 1837. — Coquand, Bull, de la Société géoL, 2^ série, vol. I, p. 417, 1844: — id„ vol. IV, p. 1238, 1847.
' And. C. Bain, Quart, journ. geolog. soc, of London, vol. I. p. 315, 1845. — Transact., id., 2^ série, vol. VU, p. 53, 1845,
parce que les observations ne sont pas assez nombreuses, et peut-être pas assez complètes ; cependant, nous ne saurions refuser d'admettre que la période quaternaire a eu aussi, sur l'Afrique, son influence et ses résultats, et par le peu que Ton connaît, on peut très-bien présumer, sans témérité, qu'elle se présente dans les mêmes conditions que dans les autres parties du monde.
Terrain quaternaire de TAsie.
Nous n'avons aussi, sur les contrées de l'Asie, que bien peu de renseignements ; les documents ne sont pas assez complets, les faits ne sont pas assez connus, et les géologues n'ont pas recueilli assez d'observations sur cette contrée, la plus curieuse cependant à examiner et à étudier. Il semblerait que ce dût être de ce côté qu'aurait pu se concentrer toute l'attention des naturalistes, car, d'après la tradition, l'Asie est regardée comme le berceau du genre humain. Cependant, il n'en est pas ainsi.
« Le caractère le plus remarquable du nord de l'Asie, dit M. d'Archiac \ de ces immenses sur-
» Leçons sur la faune quaternaire, p. 164.
faces comprises entre l'Oural à Touest, TAltaï au sud et la mer Glaciale au nord : ce qui, depuis près de deux siècles, a toujours attiré Tattention des naturalistes, c'est la présence, sur une infinité de points, de débris de grands mammifères pachydermes, particulièrement d'Eléphants et de Rhinocéros, enfouis dans les dépôts superficiels des vallées et dans le sol glacé des côtes. »
Les dépôts que Ton peut rapporter au terrain quaternaire sont les alluvions aurifères de l'Oural. Elles occupent les dépressions voisines de la chaîne, et y forment des couches où l'or est mélangé mécaniquement avec des débris de roches et d'argile, auxquels se joignent presque toujours du sable magnétique, des minerais en grand nombre et des minéraux non métalliques, tels que le cristal de roche, la cornaline , la calcédoine, le grenat, la serpentine, le corindon, etc., et rarement le diamant, si ce n'est dans trois localités. Ces alluvions reposent directement sur toutes les espèces de rochers, mais plus rarement sur le granit et la syénite que sur les autres. Outre les fragments de roches environnantes, les sables en contiennent d'autres apportés. Il existe aussi des blocs dont les surfaces sont polies ; mais point de coquilles fossiles ni de débris d'animaux de l'époque moderne, au moins d'une manière certaine ; c'est seulement dans les couches qui recouvrent les alluvions proprement dites que l'on
a trouvé des objets d'industrie humaine, des bois de Cerf, mais dans une couche de formation plus récente et probablement de T époque actuelle.
MM. Murchison, de Verneuil et de Keyserling ont mentionné dans leurs explorations scientifiques sur les deux versants de l'Oural, des dépôts diluviens où Ton a recueilli des ossements d'Eléphant et de Rhinocéros, mais presque exclusivement sur le versant oriental de la chaîne.
Dans le voisinage de la mine de Berezofsk, M. Murchison a trouvé, dans Talluvion aurifère, des os et des défenses d'Eléphant dans le sable et le gravier, et ce dépôt en cet endroit est recouvert d'une couche d'argile, au-dessus un lit de tourbe imparfaite, et le sol superficiel stérile.
M. Pierre de Tchihatcheff * signale des dépôts dilu\îens de la période quaternaire sur le versant nord de la chaîne de l'Altaï ; ce sont des fragments triturés des roches qui constituent la chaîne.
Ils occupent vers son pied des espèces de golfes ou bassins dont les plus remarquables sont celui de Barnaoul, formant au delà de cette ville une bande étroite le long de la Biga jusqu'aux environs du fort Sandypskoï, et celui qui sépare rienisseïdela crête de l'Alataou; on y a trouvé (les ossements fossiles de la période quaternaire,
* Voyage scientifique dans l'Altaï oriental, p. 197 et 285. iii-4' avec atlas in-f*. Paris, 1845.
Elephas prlmigenius, Rhinocéros tichorhinus, Bos primigenius, Bos urus, Bos priscus, etc., mélangés aux Spirifer et Productus des terrains anciens, aux dépens desquels ces allu viens ont été formées.
Les mêmes fossiles ont été trouvés dans les cavernes à ossements de Tcharitsch. Ces cavernes ont été ouvertes dans les calcaires anciens du Khankhara et de la Tcharitsch, dans le gouvernement de Tomsk; on y trouve associés aux fossiles signalés plus haut, des ossements de Megaceros hibernicus, de Cheval, à'Arctomys spelœus, de Myoxus fossilis, ùHJrsus spelaeus, de Lagomys, de Glouton (G. Spelœus), de Putois (l'espèce vivante), de Fells spelœa, de Canis spelœus, de Chauve-Souris, etc.
Sur les confins de l'Europe et de l'Asie, on voit le nombre des ossements augmenter à mesure que l'on s'avance dans la Sibérie, et que l'on descend les affluents et les vallées de l'Ohio et du Tobol. Cette contrée, comme on le sait, est depuis longtemps renommée pour l'immense quantité d'ossements fossiles, surtout d'Éléphants qu'on y trouve.
if Si nous prolongeons maintenant nos regards au nord du système montagneux de l'Altaï, dit M. d'Archiac ', dans cette vaste étendue de pays
* D'Archiac, opère cilato, p. 170.
comprise entre TOural et la chaîne d'Okhotsk, et sillonnée par les immenses cours d'eau de TOb, de rienisseï et de la Lena, avec leurs innombrables affluents, nous remarquerons que des végétaux ligneux à tige droite vivent encore au delà du cercle polaire sous le 71® de latitude, comme Ta constaté Tintrépide voyageur M. Middendorf, et cela, très-peu au sud de Tespace dans lequel on a découvert la plus grande quantité d'ossements d'Éléphants. Si l'on ajoute que de grandes accumulations de bois à demi fossile ou de lignite imparfait s'observent sur une multitude de points, engagés dans les dépôts les plus superficiels de la Sibérie, et semblent annoncer l'existence d'immenses forêts, couvrant le sol pendant l'époque quaternaire, il ne paraîtra pas hors de vraisemblance que les grands Pachydermes aient pu vivre, sinon sur les lieux mêmes où on les trouve enfouis dans une terre glacée, du moins à une distance peu considérable.
« Les longs poils dont les Éléphants étaient couverts, la structure des dents révélée par les recherches de M. Owen, les observations de M. Brandt, qui a reconnu par les restes de nourriture retrouvés dans les cavités des dents, que ces animaux se nourrissaient de végétaux essentiellement du nord, conduisent à la même conclusion. Si ce dernier savant a pu réellement distinguer aussi par l'état des vaisseaux sanguins de la
tête d'un Rhinocéros tichorhinus de Viloui, que ranimai avait dû périr des suites d'une asphyxie résultant d'une immersion, et que les matières terreuses adhérentes aux os sont des vases d'eau douce, on pourra penser que ces cadavres ont été saisis presque subitement dans un sol gelé et non dans des blocs de glace.
(c A 300 kilomètres de la mer Glaciale, M. Middendorf a recueilli des débris d'Éléphants, et comme l'avait dit Pallas, des coquilles marines, dont les espèces vivent encore le long des côtes. Cette autre circonstance, que les squelettes ont été rencontrés plusieurs fois debout sur leurs pieds, fait aussi supposer que ces grands Pachydermes se sont enfoncés dans la vase, et que, dans cette position, ils auront été ensevelis dans les dépôts successifs de matières terreuses. »
Dans l'Asie occidentale, l'île de Gos présente, au-dessus des couches terrestes ou lacustres, un dépôt marin coquillier de l'époque quaternaire, parallèle aux eaux de Rhodes et de Sicile ' . Dans la province d'Erzeroum, au sud du Mourad-Chaï, de Scharwoon près de Khanos, des restes d'Eléphants ont été trouvés dans un dépôt de sable et d'argile, associés avec des Dreissena, M. Falconer en a examiné les molaires et a donné à l'espèce
* Ed. Forbes et T. A. B. Spratt, Travels in Lycia, Mylias, and the Cibyvalis, *2 vol. Londou, 184G.
le nom d'Elephas armeniacus, intermédiaire entre E, primigenius et E. indiens. M. Russegger* représente le fond de la vallée de Balbek, entre le Liban et TAnti-Liban, occupé par un dépôt de transport diluvien bordé de chaque côté par les affleurements des couches tertiaires.
Le bassin de TEuphrate ^, celui du Tigre et la plaine de Babylone, jusqu'au golfe Persique, sont recouverts par une formation erratique très-développée, qui s'étend d'une manière discontinue et avec une largeur variable suivant le cours de Someïsat à Félujah. Elle est composée de gravier, de cailloux et de blocs, et constitue le dernier dépôt qui s'est accumulé dans cette dépression avant Tépoque actuelle. Ce dépôt est formé des diverses roches ignées ou sédimentaires, qui constituent le versant sud du Taurus et les collines qui bordent le bassin.
Aux environs de Bir et de Port-William *, on observe une brèche osseuse recouverte d'une argile rouge de plus de 10 mètres d'épaisseur, et qui s'élève jusqu'à 70 mètres au-dessus de la rivière. Entre Balkis et Bir, où la brèche très-développée est également surmontée d'argile rouge, cette dernière supporte des amas de fragments calcaires semi-cristallins, provenant d'une chaîne
* Reisen in Europa, etc., 1842.
* D'Archiac, Histoire des progrès de la géologie, t. II, p. 320. ^ Ainsworth, Researches in Assyria, etc. London, 1838, p. 93.
de collines qui se continue jusqu'à 7 ou 8 milles au nord de ce point.
Les sommets les plus élevés des collines tertiaires des chaînes persanes supérieures (chaînes d'Hamerun, d'Hamerius ou d'Hamerin), qui s'étendent du nord-ouest au sud-est, à Test du Tigre, sont recouverts de cailloux roulés en couches horizontales.
Malheureusement, les observations faites dans ces pays, le berceau du monde, ne sont pas assez complètes, et ne nous permettent pas de tirer des conclusions rigoureuses. C'est surtout sur ce point que les recherches seraient fructueuses, et c'est là que pourraient se porter les investigations de la science. Mais ce que nous en connaissons ne suflBt-il pas pour concourir à là conclusion, c'est-à-dire l'existence d'un terrain de transport avec ossements d'Éléphant, qui doit évidemment se rapporter au terrain quaternaire ?
De la Babylonie, transportons-nous dans l'Inde: nous y trouvons encore d'immenses dépôts de transport occupant le fond des vallées ou recouvrant les plateaux depuis les pentes de l'Hymalaya jusqu'à la mer. Ils doivent renfermer des débris de Mammifères sur lesquels nous possédons peu de détails ; les accumulations si riches en ossements de ce pays, dit M. d'Archiac, ayant été rapportées pour la plupart à l'époque tertiaire supérieure ou moyenne. Des os de Cheval et de
Daim ont été recueillis sur le versant nord de la chfidne neigeuse de Kilas, dans THymalaya, par 32 degrés de latitude, à une élévation de 4,864 mètres. D'immenses dépôts de sable, d'argile, de graviers et de blocs, situés à 4,200 et 4, 800 mètres d'altitude, dit M. Strachey % vers la ligne de partage supérieure des eaux du Setledge et du Gange, sont remplis d'une multitude d'ossements de grands mammifères (Cheval, Bœuf, Cerf, Rhinocéros, Éléphant, etc.). Ces accumulations sontelles quaternaires ou de l'âge des collines Sewalik î C'est ce qu'un nouvel examen de ces débris, d'ailleurs dans un très-mauvais état de conservation, pourrait seul indiquer ^.
Des dépôts marins régnent également le long de la côte de Pondichéry à Madras et au delà , recouverts par les sables modernes; ils s'étendent jusqu a une certaine distance dans les terres, et leurs fossiles ont leurs identiques vivant presque tous dans les mers voisines. Ce sont peut-être des dépôts plus récents, probablement de l'époque actuelle, ou tout au plus de la fin de la période quaternaire.
Deux dépôts particuliers, fort étendus dans rinde et sans doute quaternaires, sont le Kunker, sorte de tuf calcaire concrétionné. semblable au
* Quart, joum, geoL soc. ofLondon, vol. VIII, p. 292, 1851.
* P'Archiac, opère citato, p. 175.
travertin de Rome, observé jusqu'à 1,200 mètres d'altitude, particulièrement dans les districts que traversent les basaltes ou les roches trappéennes; puis le Regn/r ou terre noire à coton, analogue au Tschomoïzem de la Russie, d'une origine tout aussi énigmatique et occupant un tiers au moins de rinde méridionale, les plateaux élevés, les pays THygrabad, de Nagpour et le sud des Mahrattes.
Dans les vallées de la presqu'île orientale, comme dans les îles voisines où les alluvions aurifères et stannifères sont exploitées de temps immémorial, on ne sait pas si elles ont présenté ces accumulations d'ossements de Mammifères si constantes sur les pentes de l'Oural et de l'Altaï.
M. Callery a découvert des traces des phénomènes diluviens sur toutes les montagnes qui dominent les côtes autour de Macax) ; on y remarque des blocs erratiques sur les sommets les plus élevés. Les renseignements obtenus sur l'intérieur du pays constatent le même phénomène, et presque toute la Chine et la Tartarie offriraient aussi des blocs semblables. Mais les données que l'on possède sont très-vagues, elles ne peuvent tout au plus qu'être signalées.
Tel est le résumé des renseignements que nous possédons sur l'Asie ; ils sont incomplets, il est vrai, mais cependant ils nous permettent de con-
dure, sans trop de témérité, que Ton retrouve également en Asie des formations plus récentes que les terrains tertiaires supérieurs, et plus anciennes que les couches modernes ou de Tépoque actuelle. En efifet, nous avons signalé des formations identiques aux terrains de transport de nos contrées, des blocs erratiques également dus probablement à la période glaciaire, puis des couches diluviennes renfermant des fossiles d'animaux propres et spéciaux à la période quaternaire, tels que Éléphant, Rhinocéros, Bœuf, Cheval, Cerf, etc. Si nous ne pouvons être fixé sur rage de chacun de ces dépôts et sur leur ordre absolu de superposition, nous y reconnaissons, du moins, les preuves certaines d'un terrain de transport, graviers, sables, silex roulés quaternaires, dans les mêmes conditions et avec les mêmes caractères que présentent ces mêmes dépôts quaternaires dans les autres parties de la terre.