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CHAPITRE VI

La Science est-elle opposée à la Bible? — Notions générales sur la période quaternaire.

Les découvertes de la science sont-elles opposées au récit de Moïse? — Lois de l'apparition des êtres organisés. — Existence de T homme antédiluvien. — Période quaternaire. — Grag de Norwich. — Calcaire de Girgenti. — Blocs erratiques et période glaciaire. — Diluvium gris. — Loess. — Diluvium rouge.

Les découvertes récentes de la géologie prouvent-elles, d'une manière directe et absolue, l'existence du déluge universel, tel qu'il est raconté par Moïse ? Nous n'oserions répondre aflBrmativement à une question posée en ces termes : dans la situation actuelle de la science, et en face des préjugés que certains esprits qui ne connaissent la géologie qu'imparfaitement, ont conservés contre elle, il y aurait peut-être témérité.

Cependant des faits nombreux et certains tendent à démontrer de plus en plus que le récit de

Moïse et les découvertes de la science sont loin d'être en opposition, et le temps n'est pas éloigné, nous l'espérons, où l'accord le plus complet régnera sur cette question.

Il nous suflBra, pour le moment, de constater que la science ne peut objecter rien de sérieux contre la croyance au déluge universel ; que toutes les découvertes modernes qui, depuis quelques années surtout, ont ému le monde savant, loin d'ébranler la foiaux paroles del'auteur inspiré, ne font que la confirmer davantage. De sorte que la question du déluge, dont tous les peuples ont gardé le souvenir, peut être, selon nous, précisée en ces termes : La science a-t-elle découvert et peut-elle apporter des faits en contradiction avec le récit mosaïque ?

Nous répondrons hardiment : Non; et les faits certains et bien constatés appuieront notre affirmation. La solution de cette question, personne ne l'ignore, a été bien des fois tentée, et a donné naissance, dans notre siècle surtout, à une série d'ouvrages qui forment, selon l'expression d'un auteur, toute une littérature à part. Quoi de plus juste? De tout temps, l'Église catholique a considéré la Bible comme l'expression de la vérité. Que le naturaliste reconnaisse le caractère surnaturel de la Bible, ou qu'il la juge un livre purement humain, il ne doit point ignorer les enseignements qu'elle renferme ; et les enseignements de la Bible

ont un tel caractère de précision, de sûreté et en même temps de brièveté, qu'il est forcé de se demander quels rapports existent entre le résultat de ses recherches et les affirmations si positives du livre le plus ancien. Et s'il nous était permis de rapporter le témoignage de plusieurs hommes qui ont fait delà géologie Tétude sérieuse de toute leur vie, nous dirions avec Guvier : « Moïse nous a laissé une cosmogonie dont l'exactitude se vérifie chaque jour d'une manière remarquable ; » avec M. Ampère : « Moïse avait dans les sciences une instruction aussi profonde que celle de notre siècle, ou, il était inspiré, » et enfin avec Marcel de Serres, qui est encore plus explicite : « Les « rapports entre le récit de la Genèse et les décou- « vertes récentes des sciences physiques sont des « plus remarquables ; le génie du législateur « hébreu en reçoit un nouvel éclat, et on ne peut « s'empêcher de reconnaître en lui, ou une révé- « lation venue d'en haut, ou du moins ce coup « d'œil du génie qui devine les mystères de la « nature, perce les ténèbres dont ils sontenvi- « ronnés et constitue la véritable inspiration qui « apporte aux hommes un rayon de Téternelle « vérité. »

Nous allons essayer de reconnaître la vérité de ces paroles. Si le déluge a existé, il en reste des traces : une inondation aussi formidable et qui a détruit tout le genre humain a dû nécessairement

laisser des traces de son passage. Où les retrouverons-nous ? Évidemment dans les couches de formation récente, dans les terrains le plus superficiels de Técorce minérale du globe.

Si Ton découvre sur la terre des traces certaines qu'une catastrophe, une inondation immense a eu lieu à une époque relativement rapprochée de nous ; si dans la couche qui en a été le résultat, nous trouvons des restes d'êtres organisés avec des ossements humains ou des signes de Tindustrie humaine, il nous sera permis de conclure que rhomme vivait antérieurement à cette catastrophe et qu'il en a été la victime.

Mais le peu de durée du déluge et la nature convulsive de son action destructive n'ont pas fourni assez de temps pour la lente opération des dépôts successifs. Le déluge doit avoir laissé des traces d'une puissance de destruction plutôt que de formation. Il faut un agent de dislocation, de dérangement, de transport, tendant en même temps à excaver et à sillonner, plutôt qu'un agent d'agrégation et d'assimilation. Nous devons espérer pouvoir suivre la trace de son cours comme nous suivons en été celle d'un torrent d'hiver. L'action corrosive qu il exerçait sur les flancs des montagnes, l'accumulation des matériaux désagrégés, sur les points où ses tourbillons étaient les plus forts; les dépouilles plus précieuses de plantes, d'animaux qu'il a entraînés

de leur place naturelle, seront des témoins irrécusables de son passage.

L'universalité de Faction du déluge a dû produire une telle uniformité dans ses effets, qu'il sera nécessaire de les retrouver identiques dans des points séparés Tun de l'autre par des distances considérables.

Il est sans contredit très-difficile de fixer l'époque d'un pareil fléau sur des contrées que plusieurs siècles de végétation ont recouvertes du produit annuel de décomposition, que la main de l'homme a labourées et travaillées de toute manière, que l'action corrosive ou destructive du temps a aplanies ou déguisées, ou qu'une série de catastrophes locales ont de temps en temps désagrégées.

« Cependant, dit un auteur * , malgré toutes ces « causes d'altération, il peut y avoir des signes « indicatifs du temps, soit dans l'état des ruines « laissées par la dernière dévastation, soit dans « les effets de forces progressives qui ne peuvent « dater que de ce moment-là, et qui, au moins, « suflBraient pour guider dans un calcul approxi - « matif de l'époque de ces événements. » Ce sont ces recherches que nous allons entreprendre, le flambeau de la science à la main.

* Wiseman, Discours sur les rapports entre la science et la religion révélée. Paris, 4* édition, p. 218.

Pendant longtemps et surtout avant les découvertes modernes de la géologie, lorsque la terre était peu connue, bien des systèmes surgirent pour expliquer le grand fait qui nous occupe. Nous n'avons pas la pensée de les réfuter, ni même de les exposer : fruits de Timagination, appuyés sur des faits imparfaitement explorés, ils durent s*évanouir à la lueur de la véritable science et des progrès de la géologie.

La géologie, en effet, a pour but d'étudier la structure solide du globe, la composition chimique et minéralogique des roches, Tordre de superposition des couches, et les causes qui ont présidé à leur formation.

Si la géologie n'envisageait que la composition chimique des roches afin de déterminer leur ordre d'ancienneté relative, si elle n'en étudiait que le mode de formation ou l'origine, elle serait exposée à l'erreur. Les éléments qui constituent l'écorce solide de notre globe peuvent en général être ramenés à un petit nombre ; la siUce, le carbone et l'alumine, par leurs différentes modifications et combinaisons, forment l'ensemble de tous les terrains sédimentaires que nous connaissons. Ainsi deux roches peuvent avoir la même composition minéralogique élémentaire, et cepen-

dant appartenir à des époques de formation dififérentes. Par quel moyen reconnaître Tâge de chacun des dépôts? Ce sera à Taide des restes organisés, des fossiles qui s'y trouvent enfouis.

La géologie est une science fondée sur Tobservation, elle a dû nécessairement comparer avec les générations actuelles, toutes les créations qui peuplèrent les différentes formations géologiques. De cette observation attentive et minutieuse, est résulté un fait énoncé plus tard sous forme de loi générale*. Les êtres actuellement vivants sont essentiellement différents de ceux qui vécurent dans les créations antérieures.

Une étude de jour en jour plus approfondie des fossiles qui ont vécu dans chacune des périodes géologiques, amena naturellement cette autre conclusion tout aussi évidente que la première. Chaame des grandes formations de terrain avait des espèces de fossiles caractéristiques et distinctes de celles qui les précédèrent ou qui les suivirent ; et s'il se trouve dans les couches plus récentes des espèces identiques ou analogues aux espèces qui vivent au sein de nos mers actuelles, ce nombre est très-restreint. En sorte que les premiers qui habitèrent notre globe n'ont rien de commun avec ceux qui vivent de nos jours.

* Ed. Lambert, Étude géologique sur le terrain tertiaire au nord du bassin de Paris, 1858, p. 132.

Un autre fait non moins remarquable s^oi&e aux regards de tout observateur sérieux, je veux (lire la complication et le perfectionnement progressif que l'on remarque dans la structure des êtres animés qui ont existé dans chacune des formations, en sorte qu'il semblerait que ce ne fut que d'une manière lente et graduée, que les êtres arrivèrent au perfectionnement qu'ils ont de nos jours. Ainsi les premières formations des terrains palaeozoïques ne renferment, d'après les découvertes des géologues, que des végétaux carbonisés, et des Zoophytes, les plus simples des êtres créés, et avec eux des Mollusques et des Crustacés, qui seuls leur disputent l'empire des mers.

Dans les couches supérieures à ces formations, apparaissent les premiers vertébrés, et ce sont encore les genres les plus simples, les Poissons, dont on retrouve des traces nombreuses dans le terrain carbonifère, avec quelques restes de Reptiles.

A Tépoque jurassique et crétacée, ce sont les Reptiles gigantesques, les IcJithyosaurus , les Plesiosaurus, les Ptérodactyles et d'autres grands sauriens dont les nombreux débris présentent une organisation plus parfaite et plus compliquée.

Enfin, ce n'est que vers l'époque tertiaire que l'on trouve, d'une mmficre constante^ des animaux d'un ordre supérieur, les mammifères qui se plaisent sur les terres sèches et émergées. Les

premiers mammifères ont été des Pachydermes, races en quelque sorte aquatiques, vivant ou dans le sein des eaux, ou sur leurs bords: plus tard des Rongeurs, des Ruminants, enfin des Carnassiers.

La même loi se remarque quant aux végétaux . La végétation, d'abord bornée aux Agames, dans les formations les plus anciennes, a été enrichie plus tard des Cryptogames semi-vasculaires qui, à leur tour, ont été accompagnées par des individus rares des plantes monocotylédones et gymnospermes. Pendant les périodes suivantes viennent d'autres espèces ; au lieu des immenses Fougères arborescentes, des Prèles gigantesques des premiers âges, des plantes dicotylédones variées, apparaissent dans des proportions numériques à peu près égales à celle de la flore actuelle : et aux époques les plus récentes des périodes géologiques, plusieurs espèces présentent des analogies assez grandes avec les espèces vivantes.

Cette première loi qui constate Tapparition successive d'êtres plus parfaits et plus compliqués amena la découverte d'une autre loi non moins intéressante, Vimiformité de distribution des êtres organisés. En effet, dès les premières époques de l'apparition de la vie sur le globe, les contrées les plus diverses et les plus éloignées offraient les mêmes animaux et les mêmes végétaux ; et si Ton consulte les entrailles de la terre, partout on

retrouvera, à ces mêmes époques, les contrées polaires nourrissant des espèces semblables à celles qu'on rencontre au sein des mêmes couches dans les régions équatoriales.

Les anciennes créations diffèrent surtout des créations actuelles, non sous le rapport des genres, mais sous le rapport des espèces. En effet, depuis la première apparition de la vie jusqu'aux dépôts tertiaires récents, on ne découvre presque pas d'espèces semblables aux espèces actuelles; les genres seuls ont persisté, mais perfectionnés et plus compliqués. Sous ce rapport, les fossiles ont une plus grande importance pour rhistoire de Tancien monde que les médailles pour rhistoire des peuples, puisqu'ils caractérisent les changements qui ont eu lieu successivement dans l'organisation des végétaux et des animaux : ils sont donc les anneaux perdus qui rattachent les anciennes créations aux nouvelles.

Longtemps les espèces aquatiques ont dominé sur la scène des temps géologiques ; les animaux: marins ont été à peu près les seuls lors des premiers dépôts de sédiment, après eux ont paru les races fluviatiles, et plus tard les espèces terrestres, surtout celles dont les habitudes ont les plus grandes analogies avec les animaux qui habitent les eaux douces.

Ce n'a été que lorsque toutes les créations successives des êtres organisés ont été faites, lorsque

la terre refroidie graduellement, et augmentant en étendue, fut arrivée à Tétat où nous la possédons actuellement, par suite de révolutions et de bouleversements du globe, que Thomme a paru enfin le dernier, en conquérant et en maître de cet univers qu'il domine, et sur lequel il exerce Tempire souverain qui lui a été donné par le Créateur* .

Voilà les faits prouvés par la science, faits irréfragables, admis par tous les géologues instruits,

* Il est inutile de nous arrêter sur la concordance qui existe entre les faits géologiques et le récit de Moïse touchant la création. Ce travail vient d'être fait avec succès par le savant évoque de Châlons. Mé^ Meignan, plaçant en regard, d'un côté les périodes de la création énoncées par Moïse, et de l'autre les découvertes de la géologie, nous fait assister au spectacle le plus grandiose qu'il soit donné à l'homme de contempler. A la lecture de cet ouvrage, Vâme éprouve une véritable jouis- ^ruie en assistant, pour ainsi dire, à chacun des jours de la création. En effet, la géologie et le récit de la Bible s'accordent d'une façon merveilleuse pour nous dévoiler ces trois faits : l" l'existence de plusieurs créations successives ; 2" l'apparition des différents êtres, identiquement la môme dans l'ordre des temps, soit dans les débris du monde ancien, soit dans le récit mosaïque ; 3» enfin h^s diverses périodes séculaires réclamées par les formations géologiques et indiquées par nos livres saints, dans l'espace indéterminé qui sépare chaque période de temps exprimée si probablement par chacun de ces six jours. (Voir le Monde et V Homme primitif selon la Bible, par Mi^ Meignan.)

qui n'ont pas étudié seulement dans des livres plus ou moins sérieux, mais dans le grand livre de la nature ; en sorte que la géologie est assise sur des bases indestructibles, et, si elle a mis du temps à se constituer à l'état de science véritable, elle peut dicter ses lois et ses principes avec plus d'assurance, car ils sont fondés sur les faits les plus positifs et les plus certains, recueillis par l'observation la plus minutieuse et la plus sévère.

C'est pourquoi nous avons d'autant plus lieu de nous étonner de trouver les paroles suivantes, dans un livre publié en 1863, par un homme dont nous honorons le caractère. Nous nous serions abstenu de réfuter des opinions qui nous paraissent hypothétiques, et pourquoi ne le dirions-nous pas, fantastiques; mais les idées et les hypothèses émises dans ce livre font autorité dans un certain monde, et ces opinions résument celles d'une classe de théologiens qui, toujours trop en garde contre la géologie, la traitent en ennemie. De plus, cet ouvrage est signé par un membre de la Société géologique de France, et beaucoup de lecteurs croient y trouver l'expression dernière de la science. Nous lisons donc avec étonnement * : <c Nous ne croyons pas

* Éludes géologiques, philologiques et scripturales sur la cosmogonie de Moïse, par le P. Laurent, provincial des capucins, membre de la Société géologique de France, p. 325.

qu'aucun de nos adversaires ait cherché à bien se rendre compte des efiFets de cette inondation générale (le déluge), en ce qui concerne les phénomènes géologiques, notamment la formation des montagnes sédimentaires et celle des fossiles ; on demeure cependant convaincu qu'elle a joué un grand rôle, quand on étudie dans tous ses détails cet événement unique dans Thistoire. » Remarquons, en passant, que Tauteur suppose que les montagnes sédimentaires ont été formées dans les eaux; ce phénomène serait assez curieux. Certainement les couches sédimentaires ont été déposées horizontalement dans les eaux, avec leurs fossiles, il n'a pu en être autrement; mais ce n'était qu'à l'état de couches sédimentaires stratifiées et nullement à l'état de montagnes; ce n'est qu'après leur déposition, et par un soulèvement subit ou gradué, que ces couches émergées d'abord et plus tard redressées ou inclinées sont passées à l'état de montagnes. Voilà ce que la science constate; mais admettre que les montagnes se sont formées dans les eaux, je ne puis croire que l'auteur ait eu sérieusement cette

pensée.

« Représentons-nous d'abord ces vastes océans sortant de leur lit et se répandant avec violence sur les continents : Vehementer inundaverunt (iquœ. Cette énorme masse des eaux supérieures et inférieures réunies, et tenant en dissolution ou

eu suspension d'innombrables éléments siliceux, calcaires argileux, carboniques, charriant avec ses flots impétueux des cailloux de toutes sortes et de toutes grosseurs, des sables et des coquillages marins et terrestres, des végétaux et les cadavres noyés de tous les habitants de la terre, hommes et animaux ; et cette immense marée de huit à dix kilomètres de hauteur, montant et descendant chargée de cette prodigieuse quantité de matériaux, de roches d'épanchements, de débris de montagnes, de terres délayées, de vieux dépôts formés dans son sein, envahissant le globe en tous sens, euntes et redev/ntes agi^, à travers mille crevasses, pendant plus de deux cents jours ; car elles ne commencèrent à diminuer qu'après cent cinquante jours : et aquœ cœperimt minui post centum et quinquaginta dies, »

L'imagination peut très-bien se figurer ce fatras, ce pêle-mêle, ce tohu-bohu, mais malheureusement la science ne se traite pas avec Timagination, elle prononce sur les faits. Or les faits, les voici. Dans toutes les contrées où il existe, un même terrain se trouve dans la même position avec le même âge géologique, avec les mêmes fossiles caractéristiques, et nous ne découvrons nulle part cette confusion qui devrait exister. Je ne parle pas du ridicule qu'il y aurait à admettre que toute cette immense série de couches sédimentaires, d'une puissance énorme,

se serait déposée dans les eaux diluviennes. Les paroles de cet auteur peuvent être intéressantes au point de vue de Tart oratoire, car elles flattent l'imagination, mais au point de vue de la science, nous avons le regret de le dire, elles n'ont aucune valeur. Et que Ton ne pense pas que nous exagérions à dessein la pensée de Fauteur pour nous donner le plaisir de le réfuter plus facilement, il ajoute page 328 : « Il faut remarquer, en second lieu, la nature des eaux diluviennes et ne pas les assimiler aux eaux des mers actuelles : ce serait une grande erreur. Les convulsions du globe, à cette époque, avaient dû déterminer une multitude de crevasses, par lesquelles des gaz, des acides de tout genre, se sont dégagés avec des solutions de soufre, de magnésie, de silice, etc., qui, en s'identifiant avec les eaux, en élevaient aussi la température. Les eaux du déluge se trouvaient dans la même condition que le$ eaux volcaniques et minérales ; et puisqu'il se forme journellement des roches dans ces eaux, il a dû pareillement s'en former dans les eaux du déluge universel.

<x En étudiant ce grand fait sous ses faces et sous d'autres encore, on sera naturellement amené à le reconnaître comme la cause, non pas unique, mais principale, de la formation des roches sédimentaires, par les dépôts de minéraux, de végétaux et d'animaux que les eaux ont laissés, pendant et

après leur séjour sur le continent. Si Ton objecte la dureté de ces roches que n'auraient pu atteindre les dépôts diluviens, qu'on se rappelle que toutes les formations calcaires, même les plus marneuses et les moins compactes, contiennent de la silice, dont la propriété lapidifiante a été démontrée par Berzelius dans sa belle étude sur ce minéral, et par les architectes qui l'utilisent tous les jours, pour les constructions dans l'eau ; les ciments et divers mortiers ne doivent qu'à la silice cette facilité de se durcir même sous l'eau. En 1828, on a trouvé dans le marbre de Carrare du silicium à l'état natif, qui s'est solidifié instantanément au contact de l'air. »

Les faits, comme on le voit, dans ce système, s'accomplissent avec la plus extrême facilité; pourquoi faut-il qu'il n'en soit pas ainsi dans la nature ? Cet auteur a une manière à lui d'examiner les faits et d'étudier la géologie ; et pour lui, la succession des terrains sédimentaires avec leurs couches distinctes et leurs fossiles propres et spéciaux, n'offre aucune difficulté d'explication dans leur mode de formation. Toutes les découvertes des hommes qui ont passé leur vie à examiner les phénomènes géologiques, les faits les plus évidents et les plus avérés, tout cela n'est rien et ne présente aucune difficulté d'expUcation. Cette façon de traiter la science est propre et spéciale à cet auteur, et sa manière de voir

étant toute autre que celle des géologues, il n'est pas extraordinaire qu'il arrive à des conclusions diamétralement opposées.

Nous n'entreprendrons pas de réfuter ce passage où chaque mol est une erreur scientifique ; pour admettre de pareilles solutions, il faudrait oublier toutes les découvertes et les progrès de la science jusqu'à nos jours, et remonter bien au delà du moyen âge, à ces temps où Tignorance et la confusion régnaient dans les sciences naturelles. Le simple exposé de pareilles erreurs tient lieu de réfutation. Malheureusement cette opinion et cette manière d'expliquer la formation de la terre et des couches sédimentaires par le déluge n'est pas le fait d'un seul homme, elle est au contraire assez commune ; voilà à quelles conséquences absurdes entraîne l'esprit de système préconçu, d'interprétations arbitraires, de serviUté dans les mots. C'est la lettre qui tue, dit l'apôtre, mais l'esprit vivifie. Et en présence d'une telle hypothèse, d'un tel excès d'imagination, nous comprenons que l'auteur ait pu s'écrier dans l'enthousiasme de sa conception : « Taisez -vous donc, messieurs les Physiciens ; ici votre science est nulle , et toutes vos dissertations tombent dans l'eau. »

Pour être juste, nous devons dire que l'auteur avoue dans un endroit que l'on peut opposer à son système des difiicultés sérieuses; malgré

cette précaution, ses opinions n'en subsistent pas moins en opposition directe avec les faits.

On a pu, dans un temps déjà éloigné de nous, appeler la géologie une science nouvelle, lui refuser même le nom de science ; on ne pourrait maintenant, sans injustice, la traiter avec dédain et légèreté. Si elle a mis du temps à se constituer à l'état de science véritable, elle est maintenant assise sur des bases certaines; elle peut dicter ses lois et ses principes avec plus d'assurance, car ils sont positifs, recueillis par l'observation la plus minutieuse.

D'après les lois géologiques que nous avons dû nécessairement rapporter, Thomme a paru le dernier sur la terre ; ce sera donc dans les terrains les plus superficiels que nous devrons rechercher les traces de son existence. Parmi les dépôts les plus récents, la géologie distingue d'une manière spéciale la formation quaternaire. Cette époque est caractérisée par l'apparition d'animaux plus perfectionnés et qui se rapprochent des formes actuelles ; l'homme a existé pendant cette période, et il a laissé des traces de son passage consistant en ossements et en débris d'industrie humaine.

Nous allons étudier la formation quaternaire, et nous avons Tespoir d'y rencontrer les preuves de l'accord de la science et de la Bible sur la question du déluge.

Cette époque géologique a été la moins connue jusqu'ici, et a donné lieu à un très-grand nombre d'hypothèses. Le caractère peu prononcé des sédiments et leur faible épaisseur sur de grandes surfaces, la confusion des matériaux et la succession des dépôts n'offraient que des résultats difficiles à distinguer. L'absence de régularité, de symétrie et de continuité dans leur disposition générale, rendait les comparaisons et les relations qu'on a voulu établir, plus ou moins complètes ou incertaines.

Sous le point de vue organique, on trouve dans quelques couches qui ont été déposées pendant la période quaternaire, des genres d'animaux qui vivent encore de nos jours, mais dont plusieurs espèces ont disparu. On a aussi signalé, dans le diluvium et dans les cavernes à ossements, des restes de l'homme et des traces de son industrie, avec des restes d'animaux appartenant à des espèces actuelles, et avec d'autres qui n'existent plus à notre époque.

On distingue dans le terrain quaternaire, selon Tordre de succession généralement admis par les géologues, plusieurs dépôts, différents d'origine pour la plupart, dont les principaux sont le Grag

de Norwich, le Calcaire de Girgenti, les Blocs erratiques de la période glaciale et le Diluvium proprement dit. Nous ne dirons que quelques mots des trois premiers dépôts, parce qu'ils ont été formés vraisemblablement avant l'apparition de l'homme sur la terre ; le dernier seul devra nous occuper plus spécialement.

Le Crag de Norwich a été déposé après le pliocène ou le terrain tertiaire supérieur ; c'est le plus ancien des dépôts quaternaires ; il se présente sous la forme de couche fluvio-marine, composée de limon, de graviers et de sable renfermant un mélange de coquilles marines, et de coquilles fluviatiles et terrestres, avec des ichthyolithes et (les mammifères [Mastodon angv^tidens) .Ces dépôts se sont accumulés à la manière des deltas àTembouchure d'un fleuve dans la mer; ils ont une épaisseur de 12 mètres, les fossiles qu'ils contiennent sont pour la plupart identiques ou analogues aux espèces qui vivent dans la mer environnante.

Le Calcaire de Girgenti consiste, dans sa partie supérieure, en une pierre d*un blanc jaunâtre semblable au calcaire parisien. Quelquefois c'est une roche aussi compacte que le marbre, et dont

l'épaisseur varie de 200 à 300 mètres. Les coquilles fossiles qui contiennent 70 pour 100 d'espèces récentes, se présentent dans tous les états de conservation, depuis celles qui ont gardé leur couleur, jusqu'à celles qui ne sont plus que de simples moules. Parmi les coquilles que Ton trouve dans les couches de Sicile et qui vivent encore dans la Méditerranée, la plus remarquable par sa grosseur et son abondance est le Pecten Jacobeus. Le calcaire de Girgenti est contemporain du crag de Norwich.

Période glaciaire et Blocs erratiques. Dans certaines contrées, des blocs énormes de roches sont dispersés en grand nombre dans des plaines d'une étendue immense. Ces dépôts sont évidemment le résultat de causes plus puissantes que celles qui agissent aujourd'hui, et tout à fait différentes. En effet, ces blocs erratiques sont quelquefois transportés à une distance considérable de leurgisement primitif et atteignent des dimensions très-grandes. Il est facile de reconnaître l'endroit d'où ils proviennent, car ils ont été déposés à différentes distances dans la même direction. L'Europe septentionale contient beaucoup de ces dépôts; ainsi on les voit dans la Scandinavie, en Russie, au nord-ouest de Saint-Pétersbourg, en Finlande, dans les îles Shetland, sur les côtes de la Grande-Bretagne, dans les plaines de la Hollande, du Hanovre, du Danemark, du Mecklem-

bourg, de la Poméramie, de la Westphalie, de la Prusse, de la Pologne et de TEsthonie. Le dépôt erratique existe aussi dans les Alpes, où il est continué de nos jours par les phénomènes des moraines ; on le retrouve au nord des États-Unis et dans toute TAmérique du Nord, où il couvre des espaces immenses.

Cette formation est assez généralement désignée sous le nom de boue glaciaire, argile à blocs {Boutder-clay des Anglais). Tantôt plus marneuse, tantôt plus argileuse, elle recouvre les plates-formes, garnit les plaines des anciennes vallées, et souvent retient les fleuves dans leur lit et les empêche de les creuser davantage. Dans le Nord, elle renferme de gros blocs erratiques anguleux : dans le voisinage des Alpes et des montagnes Scandinaves au contraire, elle contient des cailloux arrondis, striés et cannelés, nommés cailloux frottés. Là où elle repose sur des rochers solides, ceux-ci sont polis, lissés, cannelés etstriés, comme il arrive ordinairement aux rochers sur lesquels un glacier a passé. On peut dire que Tunanimité la plus complète règne parmi les géologues quant au mode de formation. Cette argile ou boue glaciaire a été produite par le frottement des masses de glace contre le sol ferme, détachant et broyant celui-ci, tandis que les cailloux libres contenus dans cette boue étaient roulés et striés par le mouvement de toute la masse. Là où l'on ne rencontre que des

cailloux frottés, on reconnaît la base du glacier, la nioraine dite de fond. Là où il se présente des blocs erratiques, c'est qu'il y eut un mélange de moraines terminales et de fond, ou bien des blocs ont été flottés par des glaçons et déposés dans la couche par la fonte de ceux-ci.

La période glaciaire est actuellement l'objet de Tétude des géologues. Bien des opinions sont en présence, et il serait téméraire de se prononcer dans un sens ou dans un autre. Plus tard, quand les observations seront confirmées par un plus grand nombre de faits, la science pourra dire son dernier mot. Peut-être devra-t-on admettre deux périodes glaciaires, l'une plus ancienne, relative aux blocs erratiques du Nord ; l'autre plus récente et comprenant les glaciers des Alpes. L'opinion le plus généralement admise et la plus probable plaça la période glaciaire avant la formation du diluvium; elle se fonde sur ce que jusqu'ici, dans le dépôt des blocs erratiques du nord de l'Europe, on n'a pas encore rencontré de fossiles quaternaires et surtout d'ossements humains, ou des restes d'industrie humaine.

Nous faisons à cet égard toutes nos réserves, et nous ne voulons pas, ainsi que nous l'avons déjà dît, nous lancer dans le champ si facile des hypothèses ; nous ne raisonnons que d'après les faits parfaitement établis.

Cependant qu'il nous soit permis de citer le

passage suivant d'un discours prononcé en 1863^ par sir Gh. Lyell, à la réunion de Y Association britannique. Il résume 1 état actuel des connaissances géologiques sur ce sujet. Pour Tintelligence du passage, il est bon de remarquer que les recherches et les découvertes des géologues ont constaté de la manière la plus évidente et la plus certaine, qu'à une époque relativement peu éloignée de nous, et qui, de Taveu de la presque totalité des géologues, a précédé immédiatement le diluvium à ossements d'Eléphants et à silex taillés, un froid intense régna sur la surface du globe ; des glaciers nombreux existèrent et ces glaciers, en s'avançant graduellement, corrodèrent les roches, creusèrent les vallées, et transportèrent, à des distances quelquefois considérables, ces blocs erratiques si noâibreux dont nous venons de parler. Il ne faudrait pas pourtant donner une trop grande extension à la période glaciaire, et tomber dans une certaine exagération, en appliquant cette théorie d'une manière générale. S'il est bien constaté que certaines vallées sont dues aux effets produits par les glaciers, il ne s'ensuit pas que Ton doive attribuer à la même cause la formation de toutes les vallées d'érosion et de dénudation. Il est bien certain que beaucoup ont été formées par de grands cours d'eau, ou par d'autres causes qui peut-être ne sont pas encore bien connues. <( Quelques-uns, dit sir Charles Lyell, ont

considéré la grande force mécanique que la glace déploya dans la période glaciaire, comme démontrant un besoin d'uniformité, dans la somme d'énergie que la même cause naturelle peut déployer à deux époques successives. Mais nous devons avoir soin, quand nous raisonnons de la sorte, de nous rappeler que le pouvoir de la glace est substitué ici à celui de Teau courante. La glace devient un agent puissant en transportant, striant, usant et polissant les énormes blocs erratiques; Teau, au contraire, ne produit pas tous ces effets. Quand, par exemple, Tancien glacier du Rhône transportait ses moraines de la partie supérieure du lac de Genève à la partie la plus basse, il n'existait pas comme aujourd'hui un large fleuve, formant un delta de plusieurs milles d'étendue et de plusieurs pieds de profondeur.

« Plus nous étudions, plus nous comprenons les changements géographiques de la période glaciaire, et les migrations d'animaux et de plantes auxquelles ils donnèrent naissance. Nos opinions se sont formées de la durée et de la subdivision du temps, qui, quoiqu'il paraisse long si on le mesure par la succession des événements qu'il a vus s'accomplir, était bref d'après les règles ordinaires de la classification géologique. La période glaciaire fut, dans le fait, un simple épisode des grandes époques de l'histoire de la terre ; car les habitants de la terre et des mers, après ce grand

développement de neige et de glace, furent presque les mêmes. Nous n'avonspas cependant de preuves satisfaisantes que l'homme existait en Europe, ou ailleurs, durant la période de froid extrême ; nos investigations sur ce point sont encore dans l'enfance. On a constaté que Thomme florissait en Europe dans les premiers temps qui suivirent la période glaciaire, et en suivant la trace des signes de son existence, en remontant des siècles historiques à ceux qui les précèdent jusqu'aux plus anciens, nous approchons graduellement d'un état géographique tout à fait .différent à l'époque où le climat était plus froid et où la configuration de la surface du globe s'écartait considérablement des Umites actuelles * . »

Diluvium. Le diluvium est Tune des parties du terrain quaternaire les plus difficiles à étudier et les moins connues jusqu'ici, non pas précisément à cause des caractères minéralogiques et paléontologiques qui sont constants et évidents dans toutes les contrées où il existe, mais sous le rapport de la contemporanéité des couches et de leur âge comparatif. Il est caractérisé ainsi : Terrain

* Sir Gh. Lyell, Addi^ess., p. 19.

le transport composé de matières arrachées aux touches antérieures et sous-jacentes remaniées 3t brisées par les courants et par les eaux. Il se subdivise en trois assises complètement distinctes, quant à leur âge et quant à leur composition, et que Ton peut considérer comme marquant trois époques successives de la même période : 1* le Diluvium gris ; 2® le Loess ; 3* le Diluvium rouge.

Le Diluvium gris existe habituellement dans les vallées, quelquefois sur le penchant ou au sommet des légères collines ; mais, dans ce cas, son épaisseur est très-faible, elle atteint 1 ou 2 mètres seulement. Dans les vallées, au contraire, il est très-épais et sa puissance moyenne est de 10 à 15 mètres : son altitude au-dessus de la mer est de 35 à 50 mètres aux environs de Paris. Il forme ce que nous appelons le gravier : il est composé, en effet, de graviers, de sables, de fragments de roches arrachées aux collines environnantes. Tous ces éléments sont confondus quelquefois les uns dans les autres sans aucun ordre ; d'autres fois ce sont des espèces de lits séparés par des couches de sable, qui varient de quelques décimètres à un mètre d'épaisseur. Tantôt ces éléments sont très-fins, tantôt ce sont des éléments grossiers de quartz, et les alternances sont nombreuses.

D'autres fois, on rencontre seulement un ou deux lits de sable. Il semblerait que ces terrains

ont été formés dans une période très-longue et tranquille, car ils présentent absolument Taspect des terrains qui, de nos jours, sont formés sur le bord de la mer, ou par le débordement des rivières. Ce qui rend cette opinion probable, pour ne pas dire certaine, c'est que, dans les lits de sable qui forment comme des amandes enclavées dans le gravier, et souvent aussi, dans le gravier luimême, on trouve des coquilles fossiles extrême ment fragiles, des mollusques fluviatiles et d'eau douce, et même terrestres des genres Cyrena Planorbis, Limnaea, Hélix, Succinea, Achatina, Pisidium, Paludina, etc. Souvent ces coquilles sont mélangées avec des débris ligniteux qui auraient été formés de végétaux, qui croissaient soit sur les bords des courants, soit sur les îlots qui furent envahis dans le débordement des eaux. De nouveaux envahissements ont recouvert ces dépôts silicéo-charbonneux, ou simplement siliceux, par des amas plus ou moins considérables de graviers, de galets, etc. ; ce phénomène a eu lieu dans un certain nombre de locahtés.

Ce terrain de transport a été formé évidemment pendant une période, sinon de tranquillité complète, au moins exempte assurément d'une perturbation très-grande , comparativement aux grands phénomènes géologiques. Chose remarquable, et dont il faut ici tenir un grand compte, le même terrain de transport se rencontre dans

toutes les contrées du globe : en Asie, en Afrique, en Amérique et jusque dans TOcéanie, au dire des explorateurs. Les éléments qui les composent, dans tous ces pays, sont naturellement différents, mais le mode de déposition est le même, et on trouve le plus souvent des fossiles, exclusivement propres et spéciaux à cette époque caractéristique de la formation quaternaire.

Ce sont surtout les fossiles, et spécialement les débris de mammifères , qui servent de preuve pour caractériser Tâge de ces terrains et leur contemporanéité entre eux. En effet, dans toute l'épaisseur delà couche diluvienne on trouve assez conamunément et partout, des ossements d'Elephas primigenius , Equus fossilis, Megaceros hibernicVfS, CervUfS tarandus, Ursus,.. ? Hyœna...? Bos primigenitùs, Ovibos moschatus, Rhinocéros tichorhinus, Hippopotamus, etc. ; quelquefois et en certains endroits des restes à'Elephas antiquus. Or la plupart de ces espèces n'existent plus actuellement; elles n'ont pas existé avant la période quaternaire ; ce sont donc de bonnes preuves pour regarder cette époque comme spéciale et distincte des autres.

On trouve aussi dans le diluvium gris et à différents nivaux des silex taillés de main d'homme, et c'est aussi dans ce terrain qu'a été rencontrée la célèbre yiâchoire humaine d'Abbeville. L'homme existait donc avant la formation de cette

couche. Nous reviendrons plus loin, d'une manière spéciale, sur ce sujet.

Loess. Au-dessus de la couche de diluvium gris, on voit une nappe argilo-sableuse, calcaréo-sableuse ou limon calcarifère. Selon les localités et les endroits où on l'examine, c'est un sable à grains très-fins, ou un limon pulvérulent d'une couleur gris jaunâtre, consistant principalement en une matière argileuse, mélangée d'un sixième de sable quartzeux et micacé. Il est quelquefois caractérisé par des concrétions calcaires; sa puissance est souvent très-grande et peut aller jusqu'à une centaine de mètres. On y trouve un trèsgrand nombre de coquilles terrestres et d'eau douce, appartenant à des espèces qui existent encore de nos jours, Succinea elongata, Pupa muscorum, Hélix plebeia, etc.

Le loess repose immédiatement sur le diluvium gris, et suppose une phase nouvelle dans la période quaternaire. En effet, on n'y trouve aucune trace de bouleversement, le dépôt est parfaitement uniforme, on n'y voit ni graviers, ni cailloux roulés, ni rien qui indique une époque tourmentée. C'est une simple argile calcaire ou sableuse, dont le dépôt n'a pu s'effectuer que len-

tement et pendant une période de tranquillité très-grande, d'une manière analogue à la vase qui forme au fond des lacs, des marais, des cours d'eau douce dont la tranquillité et le calme permet un dépôt continu et régulier. Il faut aussi remarquer, dans cette couche, deux assises différentes, minéralogiquement parlant ; le loess des vallées est beaucoup plus épais, plus argileux et contient une plus grande proportion de calcaire; le loess qui recouvre les collines est très-sableux et peu calcarifère; il faudrait probablement en conclure qu'il y aurait eu deux sortes de dépôts successifs, ou au moins, si l'on admet une seule et même formation, qu'elle a dû s'opérer dans des conditions différentes.

Je ne prétends nullement assimiler complète- ' ment ces dépôts ; les géologues sont très-partages sur leur contemporanéité ou sur leur succession. Du reste, cette couche étant évidemment postérieure au diluvium gris, selon l'opinion admise par tout le monde, ce fait ne devient que secondaire. Dans les endroits où le diluvium gris n'existe pas ou a été enlevé, le loess recouvre immédiatement les couches des formations précédentes, mais en général il repose sur le diluvium gris ; il lui est donc évidemment postérieur.

Diluvium rouge. Dans un très-grand nombre de localités, on voit, au-dessus du loess, une formation composée de cailloux anguleux de silex

brisés, de gros graviers empâtés dans Targile rouge ou grossièrement sableuse. Cette couche ne contient aucun débris organique et n'a presque jamais de stratification bien nette. Elle repose soit sur le diluvium gris directement, soit sur le loess ; c'est le diluvium rouge. La couche qu'il surmonte est ordinairement ravinée, et pour le dire avec M. Hébert, tous les géologues connaissent ces poches curieuses, qui passent quelquefois à de véritables puits verticaux de 5, 10 ou 15 mètres de profondeur et qui traversent de la même façon les roches meubles et les roches dures ; c'est encore le produit de phénomènes distincts de la période quaternaire. Le diluvium rouge s'est étendu d'une manière générale sur le fond et sur le flanc des vallées déjà en partie comblées, et s'est élevé jusqu'à une altitude qui atteint au moint 65 mètres aux environs de Paris, mais qui reste inférieure aux plus grandes altitudes du loess.

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