INTRODUCTION
« Il n'est pas un homme doué de raison, dit le docteur W. Buckland \ qui ne rapporte à Dieu, comme à leur origine première, l'ensemble tout entier des phénomènes naturels ; et, si Ton croit en la Bible comme à la parole même de ce Dieu, craindre de voir se contredire un jour ce que nous pouvons arriver à connaître de ses œuvres, et ce qu'il lui a plu de nous en révéler , n'est-ce pas commettre une inconséquence manifeste? Mais les premiers pas d'une science sont toujours timides et embarrassés ; l'esprit humain s'en effraye et s'arme de circonspection et de doute toutes les fois qu'une conclusion nou-
* La géologie et la minéralogie dans leurs rapports avec la théologie naturelleft. f. p. 8. Paris, 1838.
velle demande à prendre place dans le domaine de ses connaissances. S'il y eut des hommes à préj ugés qui persécutèrent Galilée, c'est qu'ils crurent la religion menacée par les progrès d'une science sur laquelle s'appuyèrent plus tard les Kepler et les Newton, pour démontrer les plus glorieux et les plus sublimes attributs du Créateur. Herschell a déclaré : « Que la géologie, par la grandeur et la sublimité des objets dont elle s'occupe, prend son rang dans l'échelle des sciences à côté de l'astronomie, y> et l'histoire de notre planète , dès qu'elle sera bien comprise, conduira l'humanité aux grands résultats moraux qu'elle a déjà obtenus de l'étude des mécanismes célestes. La géologie a déjà établi sur des preuves physiques que la surface du globe n'a pas existé de toute éternité dans les conditions qu'elle présente de nos jours, mais qu'elle y est arrivée par une série de créations distinctes qui se sont succédé durant des périodes consécutives d'une étendue considérable, mais parfaitement limitées entre elles ; que toutes les combinaisons actuelles de la matière avaient été précédées par d'autres combinaisons, et que ses derniers atomes, dans toutes les trans-
vu
formations qu'ils ont subies, ont été régis par des lois tout aussi invariables et tout aussi régulières que celles qui tracent aux planètes leur route dans l'espace. Et combien tous ces résultats sont en harmonie avec nos sentiments les plus élevés, avec la conviction où nous sommes de la grandeur et de la bonté du Créateur de cet univers ! Si donc des sources de certitude aussi imposantes pour la théologie naturelle n'ont été admises qu'avec répugnance par des hommes animés d'un zèle sincère pour les intérêts de la religion, c'est que, faute d'avoir pénétré assez avant dans les sciences physiques, et de les avoir sainement appréciées, ils avaient craint les contradictions entre les phénomènes naturels et l'histoire de la création telle que la Genèse nous la raconte. j>
Ces paroles écrites, il y a déjà près de quarante ans, résument de la manière la plus complète la situation de la science et de la théologie. En effet, depuis longtemps l'accord de la Genèse avec les découvertes modernes préoccupe beaucoup les esprits ; c'est donc un devoir sérieux pour un chrétien de former sa conviction, et de défendre les livres saints contre les attaques directes ou
indirectes de leurs ennemis. Il arrive quelquefois que des esprits trop défiants, impressionnés par les conclusions prématurées que certains auteurs déduisent de faits mal étudiés ou trop peu connus, se retranchent dans une prudence systématique et exagérée, et repoussent les faits les plus évidents. Cette timidité ou cette réserve, quelque sage qu'elle soit, peut souvent conduire à Terreur. Ne serait-il pas plus juste et plus rationnel d'admettre les découvertes de la science lorsqu'elles sont bien prouvées, et de chercher loyalement leur accord avec la parole divine? La révélation, en effet, peut-elle être jamais en contradiction avec la science ?
a: La Bible et la nature étant toutes deux la parole de Dieu, dit un auteur *, doivent s'accorder, et lorsque cet accord semble ne pas exister, c'est que l'exégèse du théologien ou celle du naturaliste sont en défaut.
« La Bible montre son caractère religieux, en ce que jamais et nulle part elle n'anticipe sur la science humaine, et que jamais et nulle part elle n'agite un problème dont la solution appartient de droit à l'investigation
1 Kurtz, Bibel und astronomie.
empirique. C'est pourquoi aucun résultat obtenu par cette dernière ne peut jamais être en contradiction avec la Bible, ni donner conflit entre la science et la vérité révélée. »
La Bible, regardée avec raison comme le plus ancien livre du monde, a été écrite sous l'inspiration divine, et rapporte les faits qui se sont passés dès l'origine de la terre. Ce livre a été l'objet de la vénération de tous les siècles, les pères le transmettaient à leurs enfants comme le plus précieux héritage ; les incrédules eux-mêmes et les indifférents conservent pour lui un certain respect, parce qu'ils ne peuvent ne pas y reconnaître un cachet d'antiquité et de véracité qui les étonne et les confond.
Cependant, malgré ce respect involontaire qu'ils ressentent pour ce livre, il n'en est pas qui ait reçu autant d'attaques. Chacune de ses parties, chacun des faits qu'il rapporte, chacun des dogmes qu'il nous révèle, je dirai même chacune des phrases qu'il contient, ont été l'objet de plaisanteries, de moqueries et de blasphèmes de la part des ennemis de la religion. Mais leurs efforts furent vains, et ils seront toujours stériles.
11 fut un temps, dont un siècle à peine nous sépare, où toutes les passions étaient déchaînées contre la foi ; toutes les connaissances humaines furent appelées en témoignage contre nos croyances : la philosophie, l'histoire, les antiquités, l'astronomie et les sciences naturelles. La plupart des philosophes de cette époque, comme les Titans de la Fable, cherchaient à escalader les montagnes, pour porter la guerre au ciel, ou à s'enfoncer dans les entrailles de la terre, pour y trouver des arguments contre le récit inspiré de la création. Ils se hâtaient à l'envi d'inventer des systèmes et des théories, où ils ne trouvaient pas même l'occasion de parler de la Divinité.
Aujourd'hui, bien qu'il reste encore quelques esprits malades, qui suivent, en la modifiant dans un sens rationaliste, la doctrine dont le mot d^ordre part de l'école matérialiste ou panthéiste ; aujourd'hui, la science véritable n'a plus en général cette allure, elle
est plus noble, plus loyale ; elle étudie les faits en eux-mêmes, sans système préconçu et sans aucune arrière-pensée d'hostilité. Il existe, et nous sommes heureux de le constater, parmi les savants, une réaction heureuse. Un grand nombre d'intelligences d'élite, de géologues sérieux, laborieux pionniers de la science, la cultivent pour elle-même sans discuter les opinions religieuses. Ils amassent chaque jour une multitude de faits, destinés par leur réunion à élever l'édifice de la science. A ceux-là nos sympathies sont acquises, nous aimons à leur rendre cet hommage ; nous ne redoutons pas leurs découvertes consciencieuses, nous en sommes heureux, au contraire, persuadé que ces découvertes et les immortels travaux de leurs auteurs ne pourront que confirmer la vérité de la parole de Dieu, et sa manifestation dans les œuvres de la création.
Mais aussi, nous ne sommes pas effrayé des efforts de l'esprit du mal. Nous n'ignorons pas qu'il existe une certaine classe d'hommes ardents à recueillir les plus petits faits, que souvent ils ne comprennent pas, pour en tirer des conclusions prématurées et téméraires, a: C'est une chose curieuse, dit
Guvier *, de voir les auteurs des systèmes à l'affût des découvertes que font les observateurs, prompts à s'en emparer, à les arrangera leurs idées. Heureusement ces châteaux aériens s'évaporent comme de vaines apparences. 5) Semblable à ces antiques monuments de l'Egypte, dont l'Arabe vagabond qui plante le soir à l'abri de leur masse immobile la tente qu'il enlèvera le matin, essaye de détacher en passant quelques pierres, et bientôt, fatigué d'un travail sans fruit, s'enfonce et disparaît dans des solitudes inconnues, la religion résiste à tous les coups, et continue en souriant sa marche triomphante à travers les siècles. La science, que ces auteurs avaient invoquée, vient confirmer tôt ou tard les vérités contenues dans le dépôt des livres saints.
Cependant ces écrivains qui traitaient avec esprit des sujets où il fallait beaucoup de savoir, ayant ainsi donné à entendre à ceux qui n'étudiaient que dans leurs livres, que les sciences compromettaient les fondements de la foi aux livres de Moïse, ces sciences devinrent, pour ainsi dire, suspectes à la
1 Rapport de Cuvier à rAcadémie des sciences sur le livre intitulé : Structure de la terre, par André de Gy, 1806.
foi de plusieurs. L'examen fut presque considéré par eux comme hostile à la religion. Et, ce qu'il y eut de plus fâcheux en cela, ce fut qu'un assez grand nombre, ne sachant comment concilier les prétendues découvertes de la science avec le récit de l'auteur inspiré, en vinrent jusqu'à croire que la vérité scientifique pouvait différer de la vérité religieuse. Ce singulier préjugé est loin d'être effacé de nos jours, s'il en faut croire un des plus célèbres évêques de notre temps. « Pendant des siècles, dit M«' Wiseman, plusieurs personnages ont regardé comme inutile et presque profane de chercher une alliance entre la théologie et les autres sciences. Plusieurs savants dans leurs écrits, et beaucoup d'autres dans leurs discours, vont jusqu'à supposer qu^ils peuvent se permettre un dualisme d'opinions ; ils en forment une catégorie qu'ils croient comme chrétiens, et une autre dont ils sont convaincus comme philosophes. L'un dira qu'il admet les livres saints et tout ce qu'ils contiennent, mais cependant il soutiendra quelque système de chronologie et d'histoire qui ne peut en aucune manière se conciHer avec eux. Celui-ci ne voit pas comment il est possible de faire
accorder la création mosaïque avec les découvertes de Guvier; un autre pense que Thistoire de la dispersion est incompatible avec le nombre de langages qui existent maintenant; un dernier, enfin, croit qu'il est extrêmement difficile d'expliquer l'origine de toute l'espèce humaine provenant d'une seule famille. Ainsi donc, loin de considérer la religion, ou sa science la théologie, comme ayant droit de fraterniser avec les autres sciences, on suppose qu^elle se meut dans un plan séparé, et conserve avec elles un parallélisme perpétuel qui les empêche de se rapprocher et les prive ainsi d'un mutuel support *. y>
Nous allons donc étudier les rapports de la science avec la théologie et essayer de démontrer qu'elles se donnent la main, et qu'il n'y a rien d'hostile entre elles. Par la science, nous entendons la véritable science qui agit sans préjugés préalablement conçus, et ne prononce que d'après des faits avérés et certains, qui sait attendre avec patience les découvertes, et ne se hâte pas de tirer des conclusions de simples hypothèses, de faits
1 Wiseman, Discours sur les rapports entre la science et la religion révélée, Paris, ¥ édition, l^r discours, p. 2.
mal entrevus, mal compris, ou dont l'origine et la cause sont encore enveloppées de ténèbres.
Dans un ouvrage * très-apprécié, qui a paru il y a quelques mois sur les origines du monde, M^^ Meignan, évêque de Ghâlons, développe avec une science profonde et le remarquable talent d'exposition dont il possède le secret, Tœuvre des six jours de la création au point de vue de la science géologique, l'unité de l'espèce humaine, l'origine du langage et la chronologie biblique. Le but de ce livre est de montrer l'alliance qui existe entre la science et la révélation, et de prouver que tous les faits naturels, loin de contredire ou d'affaiblir le récit de Moïse, confirment, au contraire, la vérité des paroles du législateur des Hébreux. Le naturaliste aimera à y retrouver tous les grands faits de la nature qu'il étudie, et le théologien y verra avec bonheur, dans l'accord des faits révélés et des faits naturels, la preuve la plus évidente de l'inspiration de Dieu dans les livres de Moïse.
* Le monde et ïhomme primitif, par Mk»" Meignan, évêque de Châlons. Victor Palmé, éditeur, rue de Grenelle-Saint-Germain, 25, Paris.
Notre pensée n'est donc pas d'expliquer Toeuvre de la création, nous renvoyons à l'ouvrage du savant prélat, mais nous voulons prendre un seul fait pour en faire le sujet de notre travail, le déluge noachique, et montrer que, sur ce point si controversé de nos joui*s, le récit mosaïque est encore empreint du cachet de la vérité ; nous nous efforcerons de montrer, d'une part, que l'histoire et la Bible sont d'accord sur la réalité de ce fait ; de l'autre, que la géologie, dont on a voulu opposer les découvertes, ne peut non-seulement apporter aucune preuve contre la véracité de la narration inspirée, mais au contraire qu'elle pourrait, au besoin, servir à la défendre et à la prouver.
Y a-t-il eu réellement une grande inondation à laquelle on a donné le nom de déluge, et qui aurait englouti toute la race humaine, à l'exception de Noé? Retrouve-t-on dans l'histoire et dans les faits naturels, des preuves et des témoignages de cette révolution ? en d'autres termes, la science et la Genèse sont-elles d'accord sur l'existence du déluge? Voilà la question à laquelle nous nous efforcerons de répondre dans le cours de cet ouvrage.
Dieu a livré le monde aux disputes des hommes : Mundum tradidit disputationi eorum {EccL, m, v. 8). Que de discussions, en effet, au sein des académies et des sociétés savantes, que d'articles dans les journaux, dans les revues, etc. ; combien d'hypothèses, d'incohérences quelquefois, disons mieux, que d'absurdités n'a-t-on pas écrites ; que d'annonces de faits nouveaux, imprévus et inattendus, d'aspirations à de nouvelles découvertes. Dans ce labyrinthe inextricable, on voit clairement l'application de ces paroles de l'Écriture sainte. Le chrétien seul sait conserver son calme au milieu des controverses et des erreurs. Il possède la vérité dans le livre que Dieu a dicté à Moïse, il demeure ferme et inébranlable dans sa conviction appuyée sur la parole du Créateur. Dieu n'est-il pas la vérité même, le maître, le Verbe par qui tout a été créé, sans lequel rien de ce qui existe n'aurait pas été fait?
lui seul peut nous apprendre comment, dès l'origine, il a créé*, coordonné et disposé toutes choses. Lui seul peut éclairer notre esprit dans sa marche incertaine, c'est ce qu'il a fait par le flambeau de la révélation. Il nous a, pour ainsi dire, initiés aux mystères de la création, soulevé un coin du voile qui le cache à nos regards ; et, dans une certaine mesure, il nous a dévoilé les secrets de sa sagesse éternelle.
Mais, dira-t-on peut-être, pourquoi Moïse n'a-t-il pas été plus explicite dans sa narratien? Pourquoi ne nous a-t-il pas donné sur la création et sur le déluge des détails plus circonstanciés des faits physiques, dont la connaissance serait nécessaire pour la suite de rhistoire qu'il nous raconte?
Nous pourrions d'abord répondre que Dieu l'a voulu ainsi ; qui osera ôter à Dieu sa liberté? Il est parfaitement libre de ne nous révéler qu'une partie de ses œuvres; l'écrivain inspiré sera-t-il obligé de nous donner la révélation intime de toutes choses, et ne pourra-t-il passer sous silence celles
1 Iiiitio tu, Domine, terram fundasti, et opéra manuura tuarum sunt cœli. (Ps. lOl, v. 26.)
que notre expérience et nos études pourront un jour nous faire découvrir?
Il est donc important de préciser la nature du livre que Moïse nous a laissé touchant rorigine du monde. Ce livre n'est pas celui d'un naturaliste ou d'un philosophe; et vouloir en extraire un système scientifique et le présenter comme garanti par la révélation^ ce serait une entreprise vaine et blâmable.
Quel était donc le but de Moïse en écrivant
la Genèse? C'était d'apprendre à l'homme
son origine, sa création par Dieu lui-même
qui le façonna, le pétrit de ses mains et
lui donna une âme faite à son image et à
sa ressemblance. Il voulut dire à l'homme
les bienfaits de son Créateur, sa providence,
c'est-à-dire le soin qu'il prend de lui ; en un
mol, l'action paternelle de la divinité, afin
d'exciter en nos cœurs les sentiments de
la reconnaissance. Il voulait aussi révéler
au peuple, dont il était le législateur, les
devoirs d'adoration, de soumission, la loi
qu'il faudrait suivre, les préceptes moraux
qui devraient guider l'homme au milieu
des dangers et des embarras de la vie;
enfin le prémunir contre la concupiscence
toujours prête à égarer quand on cède à son influence.
C'est pourquoi l'auteur inspiré peint à grands traits la création et l'apparition des êtres sur la terre selon l'ordre suivi par Dieu ; et, quand la demeure de l'homme est disposée, il l'amène lui-même à son tour sur la scène du monde. Il raconte l'histoire des premiers hommes, parle d'une catastrophe dans laquelle le genre humain disparaît, à l'exception d'une seule famille, et s'attache ensuite à des souches particulières qu'il conduit de générations en générations jusqu'au peuple choisi de Dieu auquel surtout il s'adresse. Tout est lié dans ce récit; les événements se succèdent dans un ordre régulier qui les fait naître les uns des autres de la manière la plus harmonisante ; et cette succession embrasse les temps où l'histoire naturelle et celle des hommes peuvent la certifier ou la contredire.
Moïse a écrit avant que les hommes connussent l'histoire des faits naturels, c'est-àdire la collection des phénomènes observés à la surface de la terre par la succession des hommes. La Genèse n'est point un système de cosmologie, une généralisation des phé-
nomènes observés ou attribués à certaines causes; c'est un simple récit d'événements. Si la science humaine ne nous indique point ces faits, les événements sont incertains; si elle nous en découvre d'autres qui les contredisent, ils peuvent être inventés; mais si, au contraire, elle les prouve et les confirme, le récit entier est certifié par le seul moyen qu'aient les hommes de découvrir la vérité.
L'auteur sacré ne parle du déluge que pour apprendre aux hommes qu'à une époque de la vie de Noé, les eaux envahirent tout le globe. Tous les hommes qui l'habitaient périrent, à l'exception de Noé et de sa famille, qui se réfugièrent dans une arche; tel est l'objet unique qu'il présente et les faits qu'il voulait raconter.
Moïse était surtout législateur; il devait arracher le peuple hébreu de l'Egypte, lui donner des lois et l'établir dans la terre de promission. Ce grand homme ne viendra donc pas se poser en savant, en académicien du XIX® siècle, et donner un cours de sciences au peuple. Demanderez-vous à l'historien politique qu'il vous fasse un cours d'astronomie ou de physique? Non, assuré-
ment ; mais vous exigerez de lui qu'il vous raconte fidèlement ce qui s'est passé dans les temps antérieurs, afin que la suite des faits bien étudiés puisse servir à l'instruction de tous. L'histoire est la grande expérience des peuples. Au législateur vous ne demanderez pas non plus les recherches et les profondeurs des mathématiques, mais vous attendrez de lui des lois sages, rédigées avec clarté, qui puissent être utiles aux peuples. Or, tel a été le rôle de Moïse en dehors de la révélation, de la religion et de la morale. Il suffit qu'il ait rempli sa mission, accompli les ordres et la volonté de Dieu qui le guidait, et, dès lors qu'on ne peut le convaincre de fausseté, de mensonge ou d'erreur, il faut croire à sa parole, quand surtout elle se présente avec les caractères d'authenticité et d'inspiration.
Selon la remarque de saint Augustin, Moïse ne s'est pas proposé de faire des Hébreux un peuple de savants. En exposant
les preuves de la grandeur et de la puissance infinie de Dieu manifestées par la création, il veut prémunir son peuple contre le polythéisme et l'idolâtrie. Il veut lui apprendre que Tunivers n'est pas éternel, et qu'il a été Tœuvre de la toute-puissance et de la bonté d'un Dieu infini dans ses perfections^ et qui seul a droit à ses hommages.
La Bible nous donne un système d'enseignements dogmatiques et moraux; et l'homme qui voudrait établir un système purement scientifique, est renvoyé à la nature et aux forces naturelles de son esprit.
La science ne doit donc pas demander, à Fauteur inspiré, raison de tout ce qu'elle découvre, ou de ce qu'elle croit découvrir dans l'univers matériel qu'elle étudie. Tout ce qu'on peut raisonnablement exiger de lui, c'est que les faits avérés par la science ne soient pas en contradiction avec son récit. Ainsi, il n'est pas nécessaire de démontrer rigoureusement leur accord avec le texte sacré ; il suffit de prouver que l'opposion et l'incompatibilité entre les faits et la parole divine n^existent pas ; qu'il n'y a rien dans le récit de contraire à la vérité scientifique ou à la raison ; et que les découvertes de la
science peuvent se placer sans danger dans les vides de la narration mosaïque.
« A cette première vérité, que le but principal de la Bible n'est pas de nous instruire sur la science de la nature, mais sur la science de la religion, il faut, dit le docteur Reusch \ en rattacher une seconde.
Dieu a donné aux écrivains bibliques une lumière surnaturelle; mais cette lumière surnaturelle n'avait pour but, comme la révélation en général, que la manifestation des vérités religieuses, et non la communication d'une science profane; et nous pouvons, sans violer les droits que les écrivains sacrés ont à notre vénération, et sans affaiblir le dogme de l'inspiration, accorder franchement que dans les sciences profanes, et conséquemment aussi dans les sciences physiques, ils ne se sont point élevés au-dessus de leurs contemporains, que même ils ont partagé les erreurs de leur époque et de leur nation. Donc, les éloges donnés par quelques savants français au génie et aux connaissances du législateur hébreu dans la pensée que la Genèse avait devancé les con-
* La Bible et la nature, p. 27.
quêtes scientifiques de notre époque, ne sont point fondés. Par la révélation, Moïse ne fut point élevé, pour ce qui regarde la science profane, au-dessus du niveau intellectuel de son époque ; de plus, rien ne nous prouve qu'il n'ait pu s'y élever par l'étude et ses réflexions personnelles. i>
Ces prémisses posées, nous allons aborder directement notre sujet, et indiquer l'ordre et la succession des questions que nous nous proposons de traiter. Il est un fait très-controversé , et dont tout le monde se préoccupe vivement en présence des découvertes scientifiques que chaque jour amène. Nous voulons parler du déluge mosaïque. C'est ce fait que nous avons choisi pour en faire le sujet de notre travail.
Nous nous efforcerons de montrer, d'une part, que l'histoire et la Bible sont d'accord sur la réalité de ce fait; de l'autre, que la géologie, dont on a voulu opposer les découvertes à cette assertion, ne peut non-seule-
ment apporter aucune preuve contre la véracité de la narration inspirée, mais au contraire qu'elle pourrait, au besoin, servir à la défendre et à la prouver.
Nous diviserons notre travail en deux parties. Dans la première, tout historique, nous rapporterons les traditions que les peuples ont conservées de ce grand événement, et nous montrerons leur parfaite concordance avec le récit de Moïse. Dans la seconde partie, ou la partie géologique, nous interrogerons scrupuleusement les couches les plus récentes de la formation du globe, celles qui ont précédé l'époque actuelle, pour chercher à découvrir s'il ne reste pas des traces évidentes de ce grand événement. Nous dirons la composition et le mode de déposition des terrains de la période quaternaire, car c'est surtout dans les couches qui la composent et dans les cavernes à ossements que nous pouvons espérer de trouver des preuves à l'appui de notre thèse.
Nous examinerons ensuite l'apparition de l'homme sur la terre. Et traçant l'historique de la découverte des fossiles humains, et des traces de l'industrie de l'homme disséminées dans le diluvium et dans les caver-
nés, nous prouverons la contemporanéité de l'homme avec les espèces d'animaux perdus. Nous constaterons ensuite l'universalité du déluge, en exposant le sens dans lequel avec la science on peut entendre cette universalité.
L'HISTOIRE ET LA GÉOLOGIE