‹ Accord de la Science et de la religionChapitre 5 sur 29 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Récit de Moïse. — Objections : 1° c'est une tradition poétique et fabuleuse ; 2° ce récit est formé de fragments de relations distinctes, qui ont été réunis entre eux, de manière à former un tout ; mais ce raccordement est si malheureux, qu'il est impossible d'y ajouter foi.

Dieu * , voyant que la malice des hommes qui vivaient sur la terre était extrême, et que toutes les pensées de leur cœur étaient sans cesse appliquées au mal, se repentit de les avoir créés ; il dit : J'exterminerai Thomme et les animaux depuis tout ce qui rampe sur la terre jusqu'aux oiseaux du ciel, car je regrette de les avoir faits. Noé cependant trouva grâce devant le Seigneur, car au milieu des hommes de son temps, seul il resta juste et parfait, et marcha avec Dieu. Il avait trois fils : Sem, Gham et Japhet. Or, Dieu voyant la terre si corrompue, dit à Noé : J'ai

' Cette traduction a été faite sur l'hébreu.

résolu de faire périr les hommes; ils se sont livrés à toutes les iniquités, je les exterminerai. Faistoi une arche en bois de Gopher ; tu la disposeras en compartiments et la couvriras en dedans et en dehors. Et voici comment tu construiras cette arche : elle aura trois cents coudées de long, cinquante de large et trente de haut ; tu lui donneras du jour ; tu la termineras par le haut en la réduisant à une coudée, et tu v feras sur le côté une porte d'entrée ; tu la diviseras en étages inférieurs, seconds et troisièmes. Quant à moi, je vais amener le déluge d'eau sur la terre, pour détruire toute créature douée d'un souffle de vie qui se trouve sous les cieux; en un mot, tout ce qui tient à la terre périra. Mais je ferai alliance avec toi ; tu entreras dans l'arche toi et tes fils, ta femme et les femmes de tes fils. Et de tous les êtres vivants, d'entre toute chair, tu feras entrer dans l'arche deux de chaque espèce, mâle et femelle, pour leur conserver la vie auprès de toi. Puis tu prendras de tous les aliments qui servent de nourriture et tu les déposeras auprès de toi pour servir à tous. EiHioé le fit comme Dieu lui avait ordonné.

Le Seigneur dit ensuite à Noé : Entre dans Tarche avec ta famille, parce que, entre tous ceux qui vivent aujourd'hui sur la terre, j'ai reconnu que tu étais seul juste devant moi. Prends sept mâles et sept femelles de tous les animaux purs, et deux

mâles et deux femelles des animaux impurs. Prends aussi sept mâles et sept femelles de tous les oiseaux du ciel afin d'en conserver la race, car je n'attendrai plus que sept jours, et après cela, je ferai pleuvoir sur la terre, di^mn^ quarante jours et quarante nuits, afin d'exterminer toutes les créatures quej'ai faites. Noé exécuta les ordres du Seigneur. Il avait six cents ans quand les eaux du déluge commencèrent à tomber.

Noé entra dans Tarche avec sa femme, ses fils et les femmes de ces derniers ; les animaux purs et impurs, deux à deux, mâle et femelle, y trouvèrent aussi leur place comme Dieu l'avait commandé, et après que les sept jours furent écoulés, les eaux du déluge se répandirent sur la terre.

Ce fut en Tan 600 de la vie de Noé, au second mois et le dix- septième jour du mois, que la source des grandes eaux fut rompue, et que s'ouvrirent toutes les cataractes du ciel. Alors commença à tomber une pluie qui dura quarante jours et quarante nuits ; l'Eternel ferma lui-même l'entrée de l'arche et les eaux s'accrurent en peu de temps, au point de la 'soulever bien au-dessus de la terre ; les plus hautes montagnes disparurent à l'horizon, et l'arche flotta à quinze coudées de leurs sommets les plus élevés. Dans ce déluge périrent tous les hommes ainsi que les volatiles, les animaux domestiques , les bêtes sauvages, les insectes, en un mot, tout ce qui respirait sur

18 LE DÉLUGE MUSAÏyL'Ë.

terre auparavant; le déluge n'épargna nen dans ses ravages, et ses eauxdenieurêronl pendant cent cinquante juurs.

Dieu se souvînt enfin de Noé; il fit passer sur la terre un vent impétueux, la pluie cessa et les eaux diminuêi'ent. L'arche se reposa sur le mont Ararat, le dix-seplièmc pux du septième mois de t'minêe; et le premier jour dû dixième mois, on aperçut le sommet des montagnes. Quarante jours après, Noé ouvrit la fenêtre de l'arche et chassa le corbeau; mais celui-ci sortait et revenait toujours jusqu'à ce que les eaux eurent un peu disparu, Noé envoya ensuite la colombe, qui, elle aussi, revint à l'arche, n'ayant pas trouvé où reposer son pied. Sept jours après, elle sortit de nouveau et rentra vers le soir rapportant dans son bec un rameau d'olivier verdoyant. Noé reconnut par là que les eaux étaient basses ; il attendit encore sept jours, puis donna la liberté à la colombe qui cette fois ne revint plus. Ce fut en l'an 601, le premier jour du premier mois, que les eaux furent tout à fait desséchées. Noé ôta alors la couvertm-e de l'arche et vit la surface de la terre, qui se trouva ferme et sohde le vingtseptième jour du second mois. Dieu dit ensuite à Noé : Sors de l'arche, toi, ta femme, tes fils et les femmes de tes fils. Fais sortir avec toi les animaux de toute espèce : volatiles, animaux domestiques, reptiles, iusectes renfermés jusqu'à ce

jour; qu'ils fourmillent sur la terre et que tous soient féconds et se multiplient. Noé sortit donc de Tarche avec sa famille et tous les animaux, puis prenant parmi ces derniers, de ceux qui étaient purs, ainsi que des oiseaux également purs, il les offrit en holocauste sur un autel qu'il avait élevé.

Voilà la narration du déluge dans son admirable simplicité. Cependant ce récit, quelque complet qu'il nous paraisse, a été de tout temps attaqué par les ennemis de la révélation, qui ne voulurent voir dans toutes les paroles de la Bible, qu'un enchaînement de mythes ou de fables. Un auteur célèbre résume ainsi toutes les objections : « D'abord il est aisé de se convaincre que le récit de l'auteur juif offre au plus haut point tous les caractères qui constituent la tradition poétique et fabuleuse. Rien n'y manque : l'intervention directe de la Divinité, dont les divers entretiens avec Noé sont fidèlement rapportés ; l'emploi continuel des périodes exactes ; les eaux tombant précisément pendant quarante jours ; lès sommets des montagnes apparaissant précisément le premier jour du premier mois, de la première année du sixième siècle de Noé ; la fausseté évidente

20 LE ItÊr,UGE MOSAÏytE.

des circonstances secondaires. 11 suffit de citer rembarquement de tous les animaux à respiration aérienne, dont il yaaumoinsun million d'espèces. y compris leur nourriture, pour une navigation de six mois. Eniin l'invraisemblance générale de l'événement : la longue durée de la période orale, la confusion apparente en plusieurs points de plusieurs textes différents. A la rigueur, rien de tout cela ne démontre que le fait fondamental du déluge ne puisse être vrai, car la tradition d'un lait vrai peut fort bien, en passant de bouche en bouche, s'obscurcir et se charger d'accessoires merveilleux ou mensongers. Mais en voyant l'imagination du narrateur antique jouer un si grand rôle dans l'ensemble du récit, on est naturellement porté à soupçonner que cette imaginalion a dû s'étendre jusque sur le fait fondamental, sinon pour l'inventer de toutes pièces, du moins pour le rendre plus frappant et plus mémorable en lui donnant plus de grandeur ' , »

Pour que cette accusation fût fondée, il faudrait supposer que Moïse a voulu nous tromper, ou que son imagination exaltée lui fit prendre des fantômes pour la réalité. Cette accusation ne peut se soutenir. Si nous consultons l'histoire, nous voyons que Moïse était regardé partout, comme un législateur aimé de Dieu, un savant d'une

' Arliclo DfcLL'uÉ, encyclopédie nouvelle. •

vertu éprouvée, et considéré comme tel, nonseulement par ses contemporains, mais encore par la tradition unanime de tous les peuples et de tous les âges. Rien dans ses actes ne permet de motiver cette accusation. Au contraire , des preuves certaines nous démontrent que le législateur des Hébreux n'a pu se tromper, ni nous tromper, et que son récit est réellement et véritablement inspiré de Dieu. Ce n'est pas la parole d'un homme qu'il nous annonce, ce n'est pas en son nom qu'il parle, mais au nom de Dieu, par son ordre, et il a confirmé sa mission par ses œuvres éclatantes. Moïse, de l'aveu de tous les historiens, était regardé comme un homme honorable, d'un grand mérite ; dans ses écrits, il n'y a rien qui puisse exciter le soupçon de la fraude. Au contraire, le caractère du personnage, toute sa manière d'écrire ou d'agir, prouvent un témoin sincère, très-éloigné de toute ruse et de toute tromperie.

11 ne flatte nulle part les vices des hommes, et ne court point après la faveur populaire ; mais il impose des lois très-pesantes à des hommes impatients du joug, et leur reproche souvent et sans ménagements leur révolte et leur impiété. Il n'emploie aucuns témoins disposés à la fraude, mais il invoque la foi publique et le témoignage du peuple entier.

Il est si loin de se laisser dominer par l'intérêt

22 LE DÉl.t:GE MOSAÏQL'E.

personnel, que, laissant ses fils confondus dans les ranps des simples lévites, c'est Aaron qu'il établit prélro, c'est Josué, de la tribu d'Ephraïm, qu'il donne pour chef au peuple. Partout dans sa vie, dans ses discours, on aperçoit les traits d'un homme excellent : une candeur de mœurs admirable, un caractère qui n'a pas l'idée de la fraude et de la fausseté, une grande piété envera Dieu, un zèle constant pour la vertu, une ingénuité admirable à avouer ses erreurs et celles des siens, une charité, et une patience extrême à supporter les contradictions d'un peuple ingrat. Le style lui-même, simple et plein de modestie, montre assez la candeur et la véracité de l'auteur et repousse tout soupçon de fraude ; Moïse était donc incapable de nous tromper.

Dire aussi que le récit de Moïse n'est qu'un tissu de fictions poétiques, c'est, en vérité, faire bon marché de l'intelligence du lecteur, de son jugement et des lois les plus simples et les plus ordinaires de la critique. Dans un récit poétique, on rencontre du vague dansles faits, des fictions, des ornements de style qui embellissent la narration, des détails plus ou moins logiques et nécessaires ; rien de tout cela ne peut être appliqué à la narration de Moïse. En effet, qu'y voyonsnous ? Le récit simple, clairet méthodique, d'un fait qui est annoncé et qui arrive avec sa cause, la corruption générale du genre humain provo-

quant la colère de Dieu. Quant aux détails de l'événement, ils sont liés, enchaînés, coordonnés logiquement, circonstanciés de la manière la plus positive ; rien n'est livré à Timagination ; le fait une fois annoncé devait se passer comme Moïse le décrit, et Thistorien ne s'embarrasse pas de la mise en scène. Tout est simple dans la narration et dans le style. C'est le même homme qui parle, et Ton ne sent qu'une chose en le lisant, c'est l'accent de vérité qui l'anime. Le fait qu'il raconte est assurément merveilleux, il y a quelque chose qui surpasse, l'esprit humain, c'est l'intervention de la Divinité ; mais c'est aussi ce que repoussent les rationalistes.

N'est-il pas évident pour tout homme qui veut y réfléchir, que le monde actuel est régi par les lois physiques, et que Dieu est l'auteur de ce monde et de ces lois? L'homme a des rapports nécessaires avec les autres êtres créés, pourquoi n'en aurait-il pas aussi avec son Créateur? La nature de Dieu et celle de l'homme n'exigent-elles pas, comme conséquence nécessaire, l'intervention de la Divinité dans les affaires et le gouvernement de rhumanité ? Et cette intervention de Dieu n'est-elle pas le point important de l'histoire, de l'existence et de l'avenir de l'homme? Qu'y a-t-il d'absurde dans cette doctrine ? Moïse se place à ce point de vue, le seul raisonnable : il raconte l'histoire de l'humanité sous la conduite de son

24 LE nÉt-VGE mosaïQi:e.

Créateur et de son Dieu; il montre, parles faits historiques, que Dieu iotervient dans les événements de ce monde ; rhumanité tout entière le raconte aussi ; qu'y a-t-il là de fabuleux ï

Nous devons croire au récit de Moïse, car il a tous les caractères possibles de véracité. Premièrement, le grand fait du déluge s'appuie sur un auteur bien connu. Moïse. Tout y est raconté avec la plus grande simplicité, et c'est précisément ce qui fait la force de notre preuve ; on ne voit dans le récit, aucune des circonstances monstrueuses que l'on retrouve dans les traditions des anciens peuples. Toute chair avait corrompu sa v-.ie, et la terre était entièrement livrée à l'injustice et à la violence, .\Ior.s Dieu se repent d'avoir fait l'homme, il veut frapper d'un châtiment terrible. Jéhovah fera donc éclater sa colère ; mais il est père, et conserve pour ses enfants un cœur rempli de tendresse. Sa justice étant satisfaite, il sj hâte de sourire à l'homme, il se rappelle Noê, il lui tend une main secourable et le fait échapper au naufrage du genre humain. Tel est à peu prés et en résumé, le récit de l'écrivain sacré ; certes, il n'y a rien là que de vraisemblable et de naturel.

Comment ne pourrait-on ne pas croire à Moïse ; lui, qui s'entretenait avec le Dieu Jéhovah. comme un ami avec son ami ; qui gouvernait un grand peuple, dont les yeux étaient habituellement

fixés sur lui. Si nous crovons à Homère, à Hérodote, à Alexandre, à César, à Cicéron, pourquoi ne croirions-nous pas à Moïse? Qui nous assurera plutôt la véracité de celui-ci, que l'existence de celui-là ?

Ce grand homme en nous éclairant sur l'origine de Tunivers, sur Torigine de Thomme, sur notre destination et nos devoirs, ne prend point le ton de la philosophie qui enseigne, mais celui de la révélation qui dévoile. C'est là un caractère qui nous frappe, quand on compare le législateur des Hébreux aux philosophes, qui, bien longtemps après lui, ont entrepris d'instruire les nations.

SiMoïse avait inventé le fait d'un déluge universel, les Hébreux l' auraient-ils admis si facilement, et n'aurait-on pas découvert des monuments, des inscriptions, des livres même qui auraient attesté aux yeux de l'univers entier la fausseté du récit ? Tous les Juifs assurément l'auraient démenti, et les anciens peuples n'auraient pas consigné ce fait dans leurs- annales. Si Moïse eût voulu tromper, il n'aurait pas indiqué d'une manière si claire et si précise, le nom des ancêtres dii peuple chéri de Dieu ; car, il ne devait pas prétendre en être seul instruit, et les vieillards qui avaient appris aussi de leurs aïeux un événement si tragique, auraient réclamé contre le fait et soulevé la nation pour condamner Timposleur.

"3fi 1.E DÊI.

n Ne fallait-il pas, fût bien asstipû qu'il vestige d'industrie h que cette inondation mes à l'exception de indt-pendummcnt de d'après les lois de la Moïse tel qu'il est. «

■IT.E MOSAÏOI'K.

, comme le dit Bergier. qu'il n'y a\-ait sur la terre aucun umaine, pour oser affirmer ovaiL fait périr tous les bon- Noé et de sa famille. Donc, la révélation, nous devons critique, accepter le récit de

« Si l'on compare les divers passages contenus dans le texte hébreu, dit un rationaliste bien connu, M. Alfred Maury', on verra facilement que le récit est formé de fragments de relations distinctes, qui ont été réunis entre eux de manière à former un tout ; mais ce raccordement n'a pas été assez habilement fait, pour qiie la trace de la compilation se soit complètement effacée. Les relations transmises, probablement oralement chez le peuple hébreu, sont loin d'être toujours parfaitement d'accord enire elles, quoique Moïse, ou l'auteur quel qu'il soit de la Genèse, ait dû s'attacher à faire disparaître [es contradictions les plus choquantes. »

Sur quelles preuves cet auleur appuie-t-il son

' En-j/clopéJir moderne. ariii?le Délige.

objection? Le récit de Moïse est une compilation, dit-il, parce que « dans un fragment intercalé au chapitre vi du verset 5 au verset 9, il est écrit que Jéhovah, voyant que la malice des hommes était devenue grande sur la terre, et que toutes les directions de leur cœur tendaient constamment vers le mal, se repentit d'avoir fait Thomme et en fut profondément affecté ; il prit la résolution d'exterminer toutes les créatures; mais le seul Noé (en hébreu Noach) trouva grâce à ses yeux. Dans un second fragment inséré à la suite de celui-ci, et qui va du verset 10 au verset 22, on rapporte que Noé engendra trois fils, Sem (Schem), Cham et Japhet, génération déjà donnée au chapitre v, verset 31 ; puis on raconte, ainsi que Ta déjà appris le premier fragment, ^ue la terre était corrompue devant Dieu et pleine de violence. »

Voilà donc Moïse accusé de compilation maladroite, parce que Jéhovah se trouve deux fois avoir remarqué que la terre était corrompue, et que deux fois aussi, les trois fils de Noé sont nommés. Si l'auteur avait cité le passage en entier, le lecteur aurait vu, comme nous, que la malice des hommes étant extrême. Dieu se repent de les avoir créés et forme le dessein de les détruire ; mais que jetant les yeux sur la terre il y trouve un juste, Noé et ses enfants, Sem, Cham et Japhet. Il dit à Noé : J*ai résolu de faire périr tous les

28 I.E t)EI,lT,E MOSAÏQrE.

hommes, mais je veux vous sauver; faites uue arche, etc. , et dans le chapitre vir il est rapporté que nulle autre pei^onne que Noé et sa famille ne fut sauvée, et que les ordres de Dieu furent exécutés avec précision.

Il n'y a pas répôtiLion dans la pensée, mais seulement dans les mots, parce qu'il se trouve deux circonstances qu'il fallait nécessairement distinguer ; d'abord, colle qui détermine Dieu à agir; ensuite, la connaissance qu'il donne à Noé des raisons qui amènent la destruction du genre humain. M- Maury a bien compris la faiblesse de sou argument, puisque aussitOit, il en trouve un autre, selon lui plus décisif. — ii Ici ce n'est plus le nom de Jéhovah, mais celui d'Elohim, qui appartient à l'ancieine religion des tribus Israélites, à l'époque où elles adoraient les forces de la nature personnifiées. » Vient ensuite la tradition, ou plutôt le récit de Moïse, à jieu près exact, du moins dans ce qu'il a d'essentiel, « .\u chapitre vu. ajoute encore cet auteur, reprend le fragment interrompu par ce nouveau fragment, et dans lequel sont rapportées derechef les circonstances exposées dans celui-ci; mais ce n'est plus un couple de chaque espèce qu'Elohim prescrit à Noé de faire entrer dans l'arche, c'est sept de chaque espèce pure et sept de chaque espèce impure ; et ce fragment place ces paroles dans la bouche du dieu Elobim : '< Car sept jours encore et je ferai pleuvoir sur la

« terre pendant quarante jours et quarante nuits, (( je détruirai toute substance que j'ai faite de « dessus la terre. » Noé avait six cents ans, et la confusion était sur la terre. Et ce fragment se termine en disant que Noé vint avec sa femme et les femmes de ses fils avec lui dans Tarche, à cause des eaux du déluge. Au verset 8 du chap. vu reprend la rubrique des Elohim. Celle-ci répète les mêmes choses que le précédent. Mais ce fragment, qui ne va que jusqu'au verset 10, ne semble être qu'une redite de la tradition liée à la croyance des Elohim, qui n'est véritablement développée qu'au verset il, où recommence la suite du fragment contenu au chapitre vu, v. 9-12. — Dans cette suite du récit des faits d' Elohim, qui se termine au chapitre vni, v. 19, est rapportée toute l'histoire de Noé dans l'arche. Du verset 20 au verset 22 est intercalé un court fragment de la tradition qu'on peut appeler Jéhovienne, intercalation si maladroite, qu'elle frappe tout de suite par la manière tranchée dont elle coupe le récit élohimien. De plus, on reconnaît que la promesse faite par Jéhovah dans ce court passage interpolé, est rapportée avec plus de détails et en son lieu, mais comme émanant d'Elohim, quand le fragment caractérisé par ce nom reprend pour clore enfin l'histoire du déluge. Toutefois, au verset 17, on remarque encore une redite des versets 1 1 et suivants, chapitre ix. Toutes ces répétitions annoncent

30 IX DÉLUGE MOSAÏQIE.

assez le triivail de compilation d'où est sortie cette partie (le la Genèse, aussi bien que plusieurs autres dont nous n'avons pas à nous occuper ici.

« Ainsi la manière seule dont est conçu le rétàl biblique, manière qui a été constatée par un grand □ombre de savants théologiens allemands, lui enlève une partie de son aotorilé, puisqu'elle ne nous annonce qu'un assemblage de traditions mal assorties que Moïse, ou le pseudo-Mo'ise. n'avait fait que coudre ensemble, et que leur autiquitâ ne permettait pis de soumettre à la critique que nous réclamons aujourd'hui. On a fait disparaître cerlainemeut de ces traditions, le plus grand noml)re des fables qui devaient les accompagner dans les imaginations israélites : mais on y a laissé subsister des dèlails qu'il n'est pas encore possible d'admettre. Oui sait, d'ailleurs, si des intentions politiques n'ont pas fait ajouter à cette tradition des traits qui rendissent visible la protection de Dieu envers Noêî 11 est au moins évident, que certaines circonstances ont été suggérées dans le but d'imprimer le sceau de la sanction divine à différentes lois juives, (elles que la distinction des animaux purs et impurs, et la prétendue alliance conclue entre Dieu et ta race de Noé. »

Ainsi, la preuve àes interpolations serait celleci : dans un endroit Jébo^'ab parle, dans un autre c'est Elobim . ou plutôt ce sont les Elohim : et l'auteur en conclut en|)assanl que les Juifs mvessoire-

mmi d'abord, adoraient les forces de la nature personnl/iées,et par conséquent étaient polythéistes ou panthéistes. Or, voyons à quoi tient la force de cette objection. Chacun sait que, de Tavis de tous les Juifs, de tous les hébraïsants et de tous les commentateurs, Jéhovah, îr]^';, le grand nom de Dieu, celui qui en exprime le sens, était tellement révéré des Hébreux, qu'ils ne le prononçaient pas par respect, et qu'il ne leur était pas permis de s'en servir. Il exprimait plus complètement l'être incommunicable. Dieu comme être infini, en lui-même, sans aucune manifestation au dehors ; il désigne donc plus spécialement l'essence et la nature divines, c'est le commencement et la fin de toutes choses, l'alpha et l'oméga *. Quand Dieu au con-

* Les Juifs lisaient à la place celui d'Adonaï (^3"T^^), et pour

celte raison les Massorètes ont mis, sous les consonnances de ce nom, les points voyelles d'Adonaï. C'est ce nom d'Adonaï, qui signifie en hébreu Dominus, Seigneur, que les Septante et l'auteur de la Vulgate ont lu à l'exemple des Juifs ; et c'est pour cela qu'ils ont constamment traduit Jéhovah, les Septante par Kuptoç, et la Vulgate par Dominus ; mais la traduction de la Genèse faite sur Thébreu a lu Jéhovah, et a traduit ce nom par celui de l'Éternel, qui en exprime assez exactement la valeur.

Quelquefois le nom de Jéhovah se trouve joint à celui d'Adonaï, et alors les Juifs, pour éviter la répétition du même mot, ne prononçaient point Adonaï au lieu de Jéhovah, mais Elohira ; et pour en avertir ils mettaient les points voyelles d'Elohim sous les lettres des Jéhovah et lisaient Elohim Adonaï ; de là vient que les Septante traduisent ces mots par ceux de 0eoç Kupioç, la Vulgate par ceux de Dominus Deus, et

35 IX UÊLIGE MOSAÏOfE,

traire, se manifeste aux hommes par les œuvres de sa création ou par son action directe sur eux, alors on lui donne le nom d'Eloliim, qui signifiera la puissance supérieure absolue.

Ici se préseule une difficulté ; pourquoi le mol Eiobiin (n'nS») se trouve-t-il employé au pluriel quand Moïse aurait pu se servir du mot Eloàh Inibu) au singulier? L'auteur de la Bible entendait-il parler de plusieurs dieux ? A cela nous répondrons avec Corneille de Lapierre : 1° quand les Juifs voulaient rendre honneur à de grands personnages, ou qu'ils voulaient parler de grandes choses, ils faisaient usage du pluriel. Ainsi Job (XI, 10), parlant de l'Éléphant, l'appelle Behemot (mona), {es Botes, au pluriel, c'est-à-dire qu'à cause de la masse énorme, gigantesque do cet animal, il le compare à plusieurs animaux réunis. Nous-mêmes, et de nos jours encore, n'avonsnous pas conservé celte formule, ne la mettonsnous pas dans la bouche des princes : Nous, par la grâce de Dieu, etc. ; 2° le pluriel Elobim signifie la force et la puissance infinies de Dieu, qui crée, gouverne et juge ; 3" le pluriel Elobim désigne en Dieu la pluralité de personnes qui ne font qu'un

I rraaçaises IbitBS sur la Vulgate par ceux de Suigneur Dieu ; au lieu que le texte de Genève suivant le texte hébreu, traduit par ceux de l'Éternel Dieu, en Uaatil comme il est écrit Jéhovah Adouaï.

seul Dieu, c'est pourquoi Moïse dit au commencement de la Genèse : Elohim bara (D^nSN Nia) :

Elohim créa; le mot bara est au singulier tandis que son sujet est au pluriel.

Quand Dieu se sert des anges qui sont ses serviteurs et ses ambassadeurs, on leur donne aussi le nom d'Elohim; ce n'est pas qu'on les reconnaisse pour des dieux, mais, puisqu'ils sont chargés de nous transmettre les ordres de la Divinité, notre pensée se rapporte, non au messager, mais à celui qui l'envoie. En sorte que, ce n'est pas l'être intermédiaire que nous écoutons, que nous adorons et auquel nous obéissons, c'est celui de qui seul part l'ordre. Ce n'est donc pas aux anges, créatures secondaires et intermédiaires que nous appUquons le nom d'Elohim, c'est à Dieu qu'ils nous manifestent et qu'ils nous représentent. 11 suffit d'un simple raisonnement de l'esprit pour appUquer ce sens, le seul vrai, au passage qui nous occupe. Jéhovah, l'éternel, a résolu de détruire l'homme; il communique sa résolution à Noé, et se manifestant à lui comme Elohim, c'est-à-dire par son action directe, il lui donne des instructions plus précises. Ce sens est tellement vrai que, lorsque Dieu apparut à Abraham dans la vallée de Mambré, c'est sous la forme de trois hommes que les anges avaient prise, et Abraham reconnaissant la manifestation de Dieu, adore non les anges, mais la Divinité qui parlait par leur bouche et dit :

34 I,K ilÉLLGE HOSAÏ(fL'E.

" Si j'ai trouvé grâce de\-ant les yeox. Seigneur, ae paHse pas la maison de Loq seniteur. 5i mt-^ni graliain inoculis tuis. ne traiiseasservum tuum. ■> Et quand il s'agit d'offrir l'hospitalilé à ces trois homnies qui lui commuDiquent la parole de Dieu, Abraham fait alors une distinction, il parle au pluriel : « Je vais vous apporter ua peu d'eau, lavez vos pieds et reposez-vous sous l'arbre : Sed offèrain paucillmn aqux et tavale pedes vestros et requiescite sub arbore ' . n [Gen., cap. xvin, 4.)

M. Maury lui-même comprend très-bien ce sens, Ciir dans son article Ange {Encyclopédie moderne. t. III, p. 7G), il écrit ces mots : « Les anges ne disent jamais : Je viens t'annoncer au nom de l'Éternel, etc.. mais ils parlent comme l'Éternel lui-même. L'ange dit à Hagar : Je multiplierai ta postérité, elle ne pourra pas être comptée tant elle sera considérable ; et Hagar répond à l'ange : Tu es un Dieu visible : El ralii, ou, un Dieu qui voit tout;

• Dana le réeil du Bacrifica d'Isonc iGenèse, chap, xxn, vi. 19), Dieu est nommé EloMm aux liix premiora versets et Jékovuh aux aont derniers. Or, est-il vraisemblable que le récit de ce seul et même Ml soit composé de deus fragments disparates, dont l'un ne contient que lu première partie du fa.lt. «l l'autre la seconde? N'est-il pas plus naturel d'admettre que ces deux mots s'emploient également pour siguiQer la Divinité? que Mo'isa a pu lus employer aiusi alln de varier son style; qu'ils su sont rencontrés sous sa piume. sans dessein, par un pur hasard? onlln, qu'il a eu quelrjue raison part iculiôro qui

réponse importanteà remarquer puisqu'elle montre que, pour Hagar, Fange n'était que Dieu manifesté. » Nous dirons, non pas comme M. Maury, que tout cela prouve évidemment que chez les Hébreux « les . anges furent un dernier lambeau du polythéisme, un vestige du culte des divinités sidérales et des génies bons ou mauvais introduits dansla théologie du zoroastérisme. » Nous dirons : ces passages prouvent, au contraire, que Dieu se manifestait aux hommes par les anges; et les premiers Hébreux avant Moïse comprenaient tellement cette action de la Providence, qu'ils ne s'y laissaient pas tromper et n'adoraient jamais qu'un seul Dieu, Jéhovah. Il est donc souverainement injuste de les accuser de polythéisme sans autre preuve.

Dans le récit du déluge où Jéhovah et Elohim parlent à Noé, je ne trouve pas deux personnes différentes : c'est* Dieu, l'Éternel, décidant dans son conseil la destruction des hommes, puis se manifestant à l'homme pour lui révéler le déluge. Par cette appréciation, je suis daccord avec la tradition universelle.

Le second point de l'objection qui, selou cet auteur, prouve delà manière la plus évidente que

3fj I,Ë UËI.tGE MÛBAIQIE.

le récit de Moïse est une misérable rapsodie, est celui-ci : Dans un endroit Dieu dit à Noé de rassembler les animaux par paires ; et plus loin, il lui ordonne d'en réunir sept de cbaque espèce pure et sept de chaque espèce impure ; donc il y a contradiction.

La conclusion nous semble uu peu hardie. Lorsque Dieu fait connaître pour la première fois ù Noé qu'il va détruire le monde, il lui indique d'une manière générale les moyens qu'il devra prendre pour se sauver : il fera une arche de telles dimensions, il prendra un couple de tous les animaux afin d'en cOQser\-er l'espèce pour repeupler la terre. Dans le chapitre suivant, lorsque le déluge est arrivé., les instructions deviennent plus précises et plus circonstanciées; Noé prendra sept ' paires des animaux purs et deux paires des animaux impurs, les uns seront réservés pour la reproduction, les autres serviront soit à la nourriture, soit pour les sacrifices à offrir à Dieu pendant

* La \ulgale {ben \ii !| parle do sept couplei des aoitiinux purs et de dau\ couples des animaux impurs seplena. el sepiena duo et duo mais I hfbivu et le samaritain portent seulbinent que Noô eut ordre de faire entrer dans 1 arche les animaux impurs par couple, duo, mascutum el femxnam et les ammaux purs par sept sepiena, c est a-dire par sept individus dont trois Louples de chaque espèce et un septième individu pour âtre offert en sai^nflLC Ainsi 1 ont entendu tous lis SS Pôrea et presque tous leurs (Godcrroi losmog de lu i eielal p i9.

le déluge, car les sacrifices ne devaient pas être interrompus. En effet, Noé offrira plus tard un sacrifice, en sortant de Tarche, pour remercier Dieu de sa conservation miraculeuse.

Quelles contradictions peut-on voir dans ce passage? Il n'y a rien que de très-logique, ce n'est qu'une explication de la parole de Dieu et un développement plus précis de ses ordres. Quant aux mots mundis et immwndis, quelques commentateurs pensent que les animaux sont appelés purs et impurs, par anticipation de la loi que Moïse devait donner aux Juifs. D'autres croient que, dès l'origine du monde (et comme par inspiration divine transmise par la tradition), sous la loi naturelle, on distinguait les animaux purs, c'est-àdire réservés spécialement aux sacrifices et servant à la nourriture, et les animaux impurs, qui étaient employés à tous les usages.

Quoi qu'il en soit de cette interprétation, il reste toujours évident qu'il n'y a aucune contradiction entre les deux textes ; et, quand bien même nous ne comprendrions pas le sens véritable de cette distinction, rien ne peut infirmer la véracité et l'authenticité du récit.

On accuse Moïse de compilation parce qu'il a pu se servir des traditions anciennes. Quand le fait serait vrai, devons-nous en conclure que son récit est une fiction ? Il est certain que le souvenir du déluge avec ses circonstances principales de-

38 LE DÉLLGE MOSAÏQL'E.

vait être gravé dans la mémoire des enfants do Noé; ceux-ci le transmirent assurément à leurs descendants. Or, si nous nous en rapportons au texte de la Bible, nous voyons que Moïse n'était pas si éloigné de Noé, pour que cette tradition eût déjà revêtu les caractères du mythe. Que Moïse ait appris le déluge par la tradition, et qu'il l'ait consigné dans les annales des Hébreux, qu'ya-t-il là qui puisse taire douter de la véracité de son récit? J'y vois au contraire la preuve la plus certaine de la vérité de ce fait, puisqu'il y aurait eu un accord entre les diiférentes versions.

« Moïse, dit Astruc, ne parle que comme historien. Il ne dit dans nul endroit que les faits qu'il raconte lui aient été inspirés. Quand, au contraire, dans les autres livres du Pentateuque, il y a quelque révélation à communiquer au peuple de Dieu, ou quelqu'ordre à lui intimer, il le dit formellement, et il parle au nom de Dieu, comme pariaient les prophètes. Or, dans les choses historiques, dans ces faits qui ne touchent de près ni de loin au dogme ou à la morale, le secours de la révélation n'est nullement indispensable ; et l'on peut très-bien admettre que Moïse s'est servi de la tradition, et qu'il n'a écrit que sur la connaissance qu'il a eue de ses ancêtres qui avaient été exclusivement les témoins. Mais, il faut convenir en même temps, qu'il a été éclairé d'une manière particulière et par inspiration, dans le choix des faits qu'il

tenait de ses ancêtres et des circonstances de ces faits ; et c'est là le fondement de la foi divine que nous devons à Thistoire qu'il nous a laissée.

c( Il est très-probable que récriture avait été inventée avant le déluge, et que Moïse se sera servi des mémoires laissés par ses ancêtres ; en effet, nous constatons par la Genèse, que les arts et la civilisation dès avant le déluge étaient très-avancés: ainsi, Tubalcaïn perfectionne Tart des métaux et arrive à un degré très-élevé ; Jubal invente les instruments de musique. Qui se refusera à croire que récriture qui, avec la parole, est un des plus grands besoins de l'humanité, n ait pu être inventée ? C'est, du reste, l'avis de l'abbé Fleury dans les Mœurs des Israélites et des Chrétiens : « Je ne « vois pas ici, dit-il, la nécessité de recourir au « miracle et à la révélation ; il est plus vraisem- « blable que l'écriture était trouvée dès avant le « déluge, aussi bien que les instruments de mu- « sique. »

« M. Le François * examine les sources où Moïse a pu puiser son histoire, et, après avoir rappelé les traditions orales, il en vient à la seule source probable qui devait fournir à ce grand homme les connaissances suffisantes.

« Il est plus que vraisemblable, i> dit-il à

* Le François, Preuves de la religion chrétienne, tome I®', part. III, chap. III, art. If .

40 LE UKLtTrE MOSAl'Ot'E.

la page 461, n que dans la lignée oii s'est conser\-ée la parole de Dieu, on conservait aussi. « par écrit, des mémoires des anciens temps ; « car, ajoulii-t-il. les hommes n'ont jamais été 11 sans ce soin. » Si maintenant on veut en conclure que Moïse s'est ser\n des traditions, je dirai que Moïse avait peut-être entre les mains des mémoires anciens contenant l'histoire de ses ancêtres depuis la création du monde ; que, pour ne rien perdre de ces mémoires, il les a partagés par morceaux suivant les faits qui y étaient racontés ; qu'il a inséré ces morceaux en entier, les uns à la suite des autres, et que c'est de cet assemblage que la freoése a été formée ' . »

On le voit, le sentiment d'Astruc est tout différent de celui de M. Maury, puisqu'en admettant que Moïse a pu se servir de la tradition de ses ancêtres, il reconnaît la nécessité de l'inspiration dans le choix de ces traditions ; et ce sentiment qui peut se soutenir puisqu'il n'infirme en rien l'authenticité, l'inspiration et la révélation, n'est nullement contraire à la foi. Si Moïse s'est servi des traditions antiques. Dieu l'a guidé dans le choix des faits, en sorte qu'il ne put commettre aucune erreur dans une matière qui intéresse à un si haut degré la religion.

Le récit de Moïse, tel qu'il nous est conservé,

1 Aslnic, Conjeclur''!! i"r la G'nê.'C, p. lî.

n'est donc pas un mythe ; on doit le considérer au contraire comme une action, un drame complet, avec son commencement, son développement et sa fin. La seule conclusion qu'il soit permis de tirer logiquement, c'est qu'il n'y a rien dans ce récit qui puisse faire douter de la bonne foi et de la moralité de l'écrivain ; rien qui permette de dire que c'est une fiction, une fable, un mythe ou une allégorie poétique. On doit accorder à Moïse, en dehors de l'inspiration divine que nous lui reconnaissons, la croyance que nous accordons aux auteurs profanes.

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