‹ Accoucheurs et sages-femmes célèbresChapitre 10 sur 42 · MOYEN AGE · texte numérisé non relu

MOYEN AGE

à 37) : « Si nombreux que soient les instruments, dit-il, le praticien doit les avoir sous la main ; il sera de la sorte plus prêt à agir et cette exhibition le mettra plus en réputation auprès des

Fk;. 29. — Spéculum d'Albucasis

rN

FiG. 30. à 32. — Crochets employés par les Arabes.

FlG. 33 à 37. — Ill^tl•llnleIlts pour inciser le fœtus, d'aprfes Albucasis.

hommes. Que l'on n'en néglige donc aucun; tous sont nécessaires », La médecine du savoir-faire, comme on le voit, remonte loin.

Parmi les Arabes qui se sont encore occupés de gynécologie, nous citerons Abou-Walid-Ibn-Rochd, dit Averroès, surtout à cause de la singularité de ses idées : il avance que les ovaires de la femme sont aussi inutiles pour la génération que les mamelles des hommes et rapporte comme vraie l'anecdote, souvent répétée depuis, d'une femme devenue enceinte après s'être baignée dans l'eau qu'un homme venait de souiller (1).

Au XV* siècle, nous n'avons à signaler que l'italien Jean Michel Savonarole. Dans sa Practica major, il s'occupe quelpeu d'obstétrique. Nous y voyons la figure d'un tabouret à trois pieds (fîg. 38), qui servait alors pour les accouchements et avait au moins le mérite de la simplicité : l'aide servait de dossier à la patiente; à côté de quelques conseils judicieux, nous relevons de

FlG. 38, — f baise obstétricale au XV sifecle.

singulières pratiques pour accélérer le travail : porter des amulettes bénies dont il indique la confection ; dire des prières dans l'oreille droite de la patiente ; lui faire pousser des cris aigus; lui conseiller de sauter à cloche-pied; la placer sur les coudes et les genoux pendant toute la durée de l'accouchement. Il est vrai que ces excentricités ont été de beaucoup dépassées par ses successeurs. Ainsi SciPiONE Mercurio, dans sa Comare o raccoglitrice

(1) De même les commentateurs juifs racontent que la fille du prophète Jérémie conçut Eensyra dans un bain que son père avait i)ollué. Tout récemment, M. Pecquet, professeur de clinique chirurgicale à la Faculté de Lille, a rapporté sérieusement un cas analogue d'une jeune fille, fécondée par l'intermédiaire de l'eau d'une piscine située en aval de celle réservée aux hommes !

Xye SIÈCLK

(La commère ou la sage-femme) (I) fait de ses patientes de véritables acrobates (fîg. 39, 40). Deux siècles plus tard, nous retrou-

B ^i^if^SJ^ ,^^

Fk;. 39. — Tiisturo italienne sur le lit, au W" siècle.

vons les mêmes folies dans la Comare levatrice (2) de Sehastiano Melli.

(1) Cet ouvrage fut traduit en allemand, vers le milieu du XVII« siècle, par GoTT- FUIED Welsch ; il supprima les gravures que nous reproduisons et les remplaça par un fauteuil-lit de son invention.

(2j Ce titre a la même signification que celui du livre de Mercurio.

XVI« siècle. — A l'époque de la Renaissance, la science obstétricale se réveille ; on abandonne les commentaires obscurs rédigés sur des livres grecs par des Arabes plus rêveurs que savants. On cherche le progrès.

L'allemand Roesslin, en latin Eugharius Rhodion, fait de l'art obstétrical un corps de doctrine et, le premier, expose, dans un livre imprimé en 1513, tous les préceptes connus sur les accou-

FiG. 40. — Posture sur le sol, pour faciliter l'accouchement d'une femme obèse.

chements. Cet ouvrage fut écrit à la prière de Catherine, princesse de Saxe, ainsi que l'indique ce passage de la dédicace : « Comme il y a quelques années vous m'avez prié de publier une instruction pour les femmes enceintes et les sages-femmes, je me suis empressé de remplir ce devoir, de noter ce qu'il est nécessaire qu'elles connaissent, de colliger ce que les docteurs savants ont écrit et nous ont appris : ce qui était absolument indispensable, car le bon sens seul ne suffit pas. Il y a beaucoup de jeunes femmes honorables et de sages-femmes qui n'ont que peu d'instruction et auxquelles le manque de ces connaissances ferait grandement tort ; elles comprendront cependant ce qu'il y a dans ce livre » (1). En tête de l'ouvrage, une gravure (fig. 41) représente Roesslin offrant son livre à la princesse, h' Ave7'tissement aux femmes enceintes et aux sages-femmes, morceau en vers, qui sert d'avant-propos à cet ouvrage, donne une idée exacte de l'ignorance dans laquelle se trouvaient les sages- femmes de l'époque. Nous en reproduisons quelques passages, d'après la traduction d'Herrgott :

(1) SiEBOLD. LOC. cit.

FiG. 41. — Rocsslin présente son livre îi la iiriuccssc Catherine de Saxe.

« Je veux parler des sages-femmes en général

Qui n'ont absolument aucune connaissance,

Et qui, par leur négligence.

Laissent périr l'enfant de toute part

Et qui ont si mal employé leur zèle.

Que, par leur état, elles ont commis des meurtres.

En ce temps, il se produit tant de négligences,

Que je dois en faire mention ;

Je suis tout attristé dans mon cœur,

De voir que leurs connaissances sont si peti tes,

Qu'elles ont si peu d'intelligence

De ce qu'une pareille fonction exige,

Et que, dans les grandes circonstances,

Maint être humain est privé de la vie éternelle.

C'est pour cela que j'ai pris la chose à cœur,

Pour la gloire de Dieu et pour notre propre intérêt,

Et aussi pour le salut des âmes

Qui seront ainsi sauvées.

Et afin qu'il ne se commette plus tant de meurtres.

Comme je l'ai vu si souvent, etc.

Ce livre est destiné « à celles qui ont du zèle »

Afin qu^elles fassent attention à toutes choses

Et qu'elles tiennent à cœur

D'amoindrir les douleurs qui sont à subir pendant le travail,

Et de diminuer les soucis et les angoisses.

Vous serez ainsi mieux préparées Pour que des malheurs soient évités.

C'est pourquoi ce livre est appelé Le Jardin des roses des femmes » ( i ) .

Le livre de Roesslin, avons-nous dit, marque un progrès ; toutefois, nous retrouvons quelques-unes des pratiques singulières conseillées par ses prédécesseurs pour activer le travail, depuis les sternutatoires d'Hippocrate jusqu'aux cris de Savonarole ; il

(1) L'auteur fait un jeu de mots avec son nom qui veut <Mve lietite ruse. .

recommande, en outre, à la patiente de monter et de descendre les escaliers, ce qui devait rapidement lui enlever ses forces. Roesslin représente le fauteuil obstétrical en usage dans les pays allemands et français (fîg. 42) ; il est plus confortable que le trépied de Savonarole. Son ouvrage renferme encore un certain nombre de

FiG. 42. — Chaise obstétricale au XVI« siècle.

figures indiquant les diverses positions, quelque peu fantaisistes, du fœtus. « Regardez, dit Siebold, les gravures qui y sont jointes et qui sont relatives aux présentations et aux positions du fœtus ; vous n'y trouverez rien de naturel. On a figuré là des choses vraiment extravagantes : on voit des jumeaux les bras entrelacés (fig. 44), suspendus dans une vaste matrice ; un autre jumeau empoigne, d'une main ferme, le pied de son frère et tient celui-ci suspendu en l'air (fig. 45) ; plusieurs enfants semblent s'exercer à courir (fig. 46), à sauter (fig. 47), à faire des tours d'équilibriste (fig. 48, 49, 50); un autre est représenté agenouillé (fig. 51) et parait attendre, en toute humilité, ce que le destin lui réserve. » Relevons, de notre côté, une grave erreur commise par Roesslin : il avance, avec figure à l'appui, que la position occipito-sacrée est la plus fréquente ; c'est le contraire qui est la vérité. D'ailleurs, ces planches plus soignées, semblent avoir été copiées sur celles qu'on joint au livre de Soranus ; les successeurs de Roesslin les ont souvent reproduites, en négligeant, tout comme lui, d'en indiquer l'origine.

Dans l'édition latine de 1532, nous trouvons quelques nouvelles figures qui nous montrent l'enfant au berceau (fig. 53) et poussant

son chariot (fig. 52). D'autres le représentent en train de vider son biberon ou de prendre sa soupe. Enfin, la même édition nous donne un nouveau modèle de chaise obstétricale (fig. 54).

Fia. 43. — Scbnc cVaccouelicmcnt ;ui XVI" siècle.

En 1545, un chirurgien de Strasbourg, Waltiier Keiff, copie Roesslin et donne h son ouvrage le titre de: Nouveau jardin des roses. Neuf ans après, le Zurichois Jacques Rueff, pensant, sans doute, qu'il «y a double plaisir à voler un voleur «, imite son

XVr SIECLE

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