‹ Accoucheurs et sages-femmes célèbresChapitre 11 sur 42 · FIG. 4G · texte numérisé non relu

FIG. 4G

ACCOUCIIEUnS ET SAGES-FEMilES CÉLÈBRES.

Fia. 47.

Via. 50.

exemple et publie un volume sur la génération de l'homme, avec planches semblables à celles de Roesslin. Rueff se contenta

d'ajouter au travail de son prédécesseur des figures tératologiques d'une rare fantaisie (1) (fig. 55, 56). En tête de son ouvrage, se

trouve une gravure (fig. 60), représentant l'intérieur d'une accouchée suisse au XVP siècle ; on y voit la position élevée de l'accouchée dans son lit, le premier lavage de l'enfant et la forme du berceau de l'époque.

(1) Liceti a reproduit toutes ces figures et ea a agrémenté quelques-unes de fioritures d'un goût douteux ; on voit, par exemple, des chimères se livrer à des incongruités qui n'ont aucun rapport avec la tératologie (fig. 57 à 511).

FlG. 56.

FiG. 57 ;i £9. — Monstres de Licetl.

Ambroise Paré (1), né à Bourg-Hersent, près Laval, vers 1517, mort en 1590, à Paris, fut le véritable restaurateur de l'obstétrique (2) en France. On sait qu'il fut plus célèbre encore comme

FiG. CO. — L'accouclic.'e, en Suisse, au XVP sibcle.

chirurgien que comme accoucheur ; il rendit à Charles IX les mouvements d'un bras qui était resté longtemps fléchi, à la suite

(1) Sa mère a présenté un exemple curieux de déviation des règles : avant son mariage, (( au lieu d'avoir ses Heurs par le lieu destiné de nature, elle les rendit par le nez l'espace d'un an entier ».

(2) Chéreau lui marchande ce titre. Il le mérite cependant sans conteste; on en trouverait une preuve suffisante dans la renonnnée que sut acquérir son élève Guillemeau. Henri III reconnaissait les capacités d'accoucheur d' A. Paré, en l'envoyant à Nancy, auprès de sa sœur, Claude de Valois, duchesse de Lorraine, qui, après avoir mis an monde deux jumelles, fut atteinte d'une affection dont elle mourut, quatre mois après. Pour son voyage et ses soins, Paré reçut 12.5 livres ; les temps sont bien changés et nos tocologues modernes ne se déplaceraient pas pour si peu.

d'une saignée malheureuse faite par Portai. Huguenot, c'est, dit-on, à ce service qu'il dut la vie pendant les massacres de la Saint-Barthélémy (1). Paré pubha, en 1573, son livre de la génération de Vhomme et manière d'extraire les enfants du ventre de leur mère, où il prouva que l'accouchement par les pieds n'est pas dangereux et conseille, dans les mauvaises présentations, de saisir l'enfant par cette extrémité, au lieu d'aller chercher la

FiG. 61. — A. Pare. Portrait attribué à Jean Cousin. Gravure sur bols au verso du titre de la Méthode curative des playes, 1561.

tête (2). Ce livre lui valut des ennuis. La Faculté accusa cette pubhcation d'immoralité et, plus tard, Pierre Franco, dont le traité de chirurgie porte cette épigraphe curieuse : « Il faut endurer pour durer », disputa à Paré l'honneur d'avoir pratiqué le premier la version podahque. Cependant, on peut dire qu'en général, les contemporains rendirent au grand chirurgien l'hommage qui lui

(1) (( Cliarles IX, dit Brantôme, ne voulut sauver aucun calviniste, sinon Ambroise Paré, son premier chirurgien et le premier de la chrétienté ; il l'envoya quérir et venir le soir dans sa chambre et garde-robe, lui commandant de n'en bouger, disant (X qu'il n'estoH raisoyuiahle qu'un qui pouvait servir à tout un jfetit monde fût ainsi viassacré ». Il est d'ailleurs probable que Paré se fit catholique avant de mourir car il fut enterré dans l'église Saint- André-des-Arcs, au bas de la nef. Quoi qu'il en soit, le trait distinctif de son caractère est une piété profonde ; quand il avait terminé le pansement d'un blessé, il ne manquait jamais de dire : « Je lepamay, Dieu le guarist ».

(2) Dans un écrit de 1550, Paré décrit déjà cette opération et dit l'avoir vu pratiquer plusieurs fois par Thierry de Nery et Nicole Lambert, chirurgiens de Paris.

était dû. Ronsard, ayant récuses œuvres, composa en son honneur le sonnet suivant, où il s'enorgueillit d'être né dans le Vendômois, province voisine de celle qui avait donné le jour à Paré :

Tout cela que peut faire eu quarante ans d'espace Le labeur, l'artifice et le docte savoir. Tout cela que la main, l'usage et le devoir, La raison et l'esprit commandent que l'on face.

Tu le peux voir. Lecteur, comprins en peu de place En ce livre qu'on doit pour divin recevoir, Car c'est imiter Dieu que guarir et pouvoir Soulager les malheurs de nostre humaine race.

Si jadis Apollon, pour aider aux mortels, Receut en divers lieux et temples'et autels, Notre France devroit (si la maligne Envie

Ne lui silloit (1) les yeux) célébrer ton bonheur. Poète et voisin, j'aurois ma part en ton honneur, D'autant que ton Laval est près de ma patrie.

Le poète ajouta ce quatrain flatteur :

L'un lit ce livre pour apprendre, L'autre le lit comme envieux ; II est aisé de le reprendre.

Mais malaisé de faire mieux.

Un contemporain de Paré, François Rousset, fut un accoucheur sagace, mais trop audacieux et trop optimiste. Le premier, il fit une étude sérieuse sur l'opération césarienne, et même le premier employa ce terme en français. C'est dans un ouvrage paru en 1581 :

Le Traité de riiistérotomachie ou enfantement cœsarien, qui est extraction de l'enfaiit par incision latérale du ventre et de la matrice de la femme grosse, ne pouvant autrement accoucher, et ce sans préjudicier à la vie de Vun et de l'autre, ni empêcher la fécondité maternelle par après. L'auteur commence par adresser ce sonnet au « lecteur chirurgien )> :

Qui le nœud Gordien jadis eust pu delTairc Le dénouant tout beau, l'Oracle l'assuroit Que de toute l'Asie aisément jouyroit, Mais qu'autrement jamais n'esperast de le faire.

(Ij Fermait.

Alexandre voyant (resveux sur cette affaire) Qu'à plus y essayer en vain travailleroit, Quoy qu'il en dûst venir, résolut qu'il feroit Son desseing au Couteau (présage sanguinaire).

Amy, l'enfantement, qui se présente icy,

Est un nœud Gordien : sois Alexandre aussi.

En secours plus humain, point cruel, hors d'envie.

A ce grand n'apporta l'Asie ouc tant d'honneur, Qu'au monde t'en donnera des Césars le bon heur, Que leurs mères et eux, tiendront de toy la vie.

L'enthousiasme de Rousset pour cette pratique périlleuse n'a pas de bornes. Une de ses observations est curieuse : « Jean Lucas, le barbier, fit l'opération sur une femme et il étoit dans ce moment peu à lui-même, parce qu'il avoit assez bu. Si dans cet état de non sobriété il n'a pas mal réussi, que ne doit-on pas se promettre quand il opérera selon les principes de l'art et dans un état de sobriété oîi il aura l'esprit présent ». Une histoire plus extraordinaire encore est celle de Gillette Barbier qui, dans six couches différentes, fit six fois l'opération césarienne à la même femme; celle-ci mourut au septième accouchement, parce qu'elle ne trouva pas d'opérateur qui consentit à la délivrer de la même façor.. En 1590, ce Cêsarianomane composa un poème dialogué, intitulé Dialogus apologeticus pro cœsareo partit in malevoli cujusdam pseudo-protei dicteriaj c'est une apologie un peu longue, dans laquelle il fait un éloge outré de sa personne et combat avec violence les objections de ses adversaires ; il conclut nécessairement que rien n'est meilleur dans le meilleur des mondes que l'opération césarienne. Mais il trouva un contradicteur redoutable dans Marchant, chirurgien réputé, quoique latiniste médiocre. Marchant répondit au dialogue de Rousset par ses Declamationes in ajoologiam Francisai Rosseti (1), diatribe virulente, complétée par plusieurs poèmes satiriques à l'adresse du césarien. Nous citerons le Tombeau de César :

Quis jacet hic ? Cœsar. Num qui sibi subdidit orbem ?

Nil minus, at iristi cœsus ab arte puer. Heu ! Puer infelix, mairis defunere natus,

Cui vitam, infaustam, dat moritura parens.

(!) Paris, 1598.

« Qui repose ici ? César. Celui qui a soumis le monde à- ses lois? Non pas, mais un enfant massacré [cœsus) par un art abominable. Malheureux enfant, né de la mort de sa mère ; sa mère va expirer pour lui transmettre une misérable vie. »

Marchant n'a pas la dent bien redoutable : « Dans le cours de votre vie, dit-il à Rousset, vous n'avez inventé que deux choses, l'opération césarienne et la taille hypogastrique, qui rappellent les funérailles et la triste image de la mort ». Et là-dessus, il traite Rousset de vieillard décrépit. Un des reproches les plus graves faits par Marchant à son adversaire, c'est d'avoir osé attaquer le collège des chirurgiens et d'exercer sans titres. Cette dernière allégation est fausse : Rousset était docteur en médecine de la Faculté de Montpellier avant 1581. Voici néanmoins l'épigramme de Marchant :

Pro regio 2:>£irisiensium Chirurgorum Collegio.

Ordinis es cujus, rogo, die, Rossète, vel artis ;

Si Medicorum inguis, te suus ordo rogat : Nec tu donatiis lauro, titulove medentimi,

Et furtim exerces, qiiod titulo ipso nequis: Sed tu dùm scindis miseras per frusta parentes,

Artis eris cujus, die rogo? Carnificis (1).

Cette polémique passionnée eut un heureux résultat pour l'humanité : l'engouement produit par les exhortations enthousiastes de Rousset tomba peu à peu; les insuccès aidant, les chirurgiens n'osèrent plus avoir recours à l'opération césarienne. A. Paré, qui avait d'abord approuvé cette pratique, la désavoua ; et Guillemeau, dont nous parlons plus bas, Guillemeau, beau-père de Marchant, écrivit une lettre amicale à Rousset pour l'engager à

(1) Le second vers de l'épigramme de Marchant pourrait bien être altéré. Il n'est pas clair et suvt>; en tout cas, semble être un solécisme; voici néanmoins la traduction probable:

J^our le collège des chirurgiens de Paris.

« Dis-nou?, Rousset, je te prie, à quel corps appartiens-tu, à quel métier? Si tu te dis appartenir au corps des médecins, c'est ce corps qui t'interroge; tu n'as reçu ni la branche de laurier (le baccalauréat) ni le grade de médecin, et c'est frauduleusement que tu exerces une profession que tu ne pourrais exercer par ton titre. Mais

Ol) LES ACCOUCHEURS CÉLÈBRES

cesser de lui donner son appui. Elle fut définitivement condamnée par la Faculté et le collège des chirurgiens jurés.

A la fin du XV P siècle, l'accoucheur en renom était Jacques GuiLLEMEAU (1550-1609) ; il fut l'élève d'A. Paré, dont il traduisit les ouvrages en latin, et de Courtin, le premier qui ait fait des leçons sur les accouchements. Guillemeau, qui fut successivement chirurgien ordinaire de Charles IX, de Henri 111 et de Henri IV, semble avoir joui d'une haute estime, ainsi que le prouve le sonnet suivant, qui fut mis sur son tombeau, dans l'égUse Saint-Jean en Grève :

Passant, tu vois ici sous cette froide lame, Sans pouls, sans mouvement le corps de Guillemeau. Son nom & ses vertus, de même que son âme, Par rimmortalité l'exemptent du tombeau.

Son corps qui git ici, reluisoit par la flame De son esprit divin qui lui sert de flambeau; La Parque ne tient pas dans les fils de sa trame, Sa vie & ses vertus dans un même fuseau.

Après que Guillemeau, par secrets admirables, Eut guéri tant de maux qu'on croyoit incurables, Enfin il éprouva l'inclémence du sort.

quand tu couj^es en morceaux les malheureuses mères, quel est ton métier? celui de bourreau. »

D'ailleurs, dans une autre épigramme, Marchant accorde à Rousset d'avoir suivi les leçons de maîtres célèbres :

Franc . Itosscius snh honis jyi't^cej'torihu.'i malc ^n-ofecit.

Non ego diffiteor célèbres teaudisse medendi

Arte viros, îctas quos tua i)risca tulit. Sylvius auditus forte et Rondeletius, et qui

Tune Phœbi insignes arte fnere viri.

Sed tu aliéna suis doceas cum dogmata, bellmu

Hic infers, et qu;e tu docuere negas.

François Eou.sfict, .sovs rlc bons maîtres, n\t pas jivoptê de leurs leçons.

a Tu as pu, je l'avoue, entendre les leçons que donnaient, il y a longtemps, les médecins célèbres de ton âge. Peut-être as-tu entendu Sylvius et Rondelet et ceux qui alors étaient illustres dans l'art de Phébus. Mais tu enseignes une doctrine contraire à la leur : tu apportes ici la guerre et tu nies ce qu'ils t'ont appris. »

Non plus que ses écrits, d'éternelle mémoire, Son corps ne seroit pas sous cette tombe noire, Si l'Art eût ]ju trouver du remède à la mort.

Guillemeau fit faire de grands progrès à la science obstétricale et prépara la A^oie aux praticiens du XVIP siècle. Tout en reconnaissant l'utilité des sages-femmes, il voulait que les chirurgiens s'adonnassent avec plus de soin à l'étude des accouchements. Voici comment il les apostrophe à ce sujet : « 0 race d'hommes ! que vous employez mal votre temps et votre loisir ! Las ! nous ne mourons pas ; mais Ton nous bourelle ; car ceux qui sont réputés pour les plus experts parmi vous, ne nous traitent pas comme il appartient. Vous qui remplissez des volumes, et chargez les bibliothèques de vos écrits sur des choses légères et sur la moindre de vos maladies, tandis que nous sommes accablés de durs et insupportables tournions et de grieves angoisses, sans que vos écrits fassent mention de nous aucunement ».

Guillaume prêcha d'ailleurs d'exemple et sut, avec Honoré (1), triompher d'un préjugé profondément enraciné depuis plusieurs siècles, en intervenant dans les accouchements ordinaires.

Il eut le bonheur, dans une insertion vicieuse du placenta, de sauvegarder la vie à la fille de son maître A. Paré, par une intervention prompte et hardie: « L'an 1599, M"« Simon, à présent vivante, fille de M. A. Paré, conseiller et premier chirurgien du Roy, estant preste d'accoucher, fut surprise d'un grand flux de sang, ayant près d'elle M'"« La Charonne pour sage-femme, estant pareillement assistée de M. Hautin (2), médecin ordinaire du Roy et docteur en médecine à Paris, et M. Rigault, aussi médecin à Paris, à raison des grandes sincopes qui lui prenoient de quart d'heure en quart d'heure, pour la perte de sang qu'elle faisoit. M. Marchant, mon gendre et moy, fusmes mandez; mais la considérant presque sans poulx, ayant la voix foible, les lesvres blesmes, je fis prognostic k la mère et à son mary, qu'elle estoit en grand danger de sa vie, et qu'il n'y avoit qu'un seul moyen pour la sauver de ce mal, qui estoit de la deslivrer promptement : ce que j'avois vu faire à feu M. Paré, son père, me l'ayant faict faire

(1) Henri IV l'appelait u le chii-niM;i(;n ([ui accouche les femmes )) et Loyse Bourgeois constate, avec aigreur, qu' m une infinité de coquettes ayment beaucoupmieux qu'aux accouchemens ou l'enfant se présente bien, (lue M. Honoré les accouche qu'une femme. Cela est àpréseiit il la mode».

(2) Le même que celui dont Loyse Bourgeois écrit le nom Jfautain.

à une demoiselle deM""=de Seneterre. Lors ladicte mère et mary nous conjurèrent de la secourir, et qu'ils la mettoient entre nos mains pour en disposer : ainsi promptement, suivant l'avis de MM. les médecins, fut heureusement accouchée d'un enfant plein dévie (1). » Cet extrait prouve bien que ce n'est pas à Guillemeau, comme le veut Chereau, que revient le mérite d'avoir appliqué l'accouchemeet prématuré aux cas d'hémorragies vers la fin de la grossesse ; il l'attribue lui-même à son maître Paré. Il est vrai que Loyse Bourgeois est la première qui l'indique dans ses écrits (2) ; c'est pourquoi plusieurs auteurs ont revendiqué pour elle l'honneur de la découverte ; mais en disant « je mis cette pratique en avant, laquelle j'ai congnue trop tard, à mon gré, pour la conservation de M'"* d'Aubray, etc. », elle semble l'avoir apprise d'un autre et non l'avoir trouvée elle-même. Il nous parait donc juste de laisser ce titre de gloire à Ambroise Paré.

Par exemple, l'idée erronée de l'élargissement de la symphyse pubienne, au moment de l'accouchement, appartient en propre à Guillemeau et il la défend avec conviction : « J'ai entendu, dit-il, craquer et entr'ouvrir les dits os, ayant mis, entre les deux os barrés, le doigt, y trouvant séparation manifeste ». Nous ne le féliciterons pas davantage de conseiller l'application d'une peau de mouton, nouvellement écorché, sur le ventre des accouchées. Clément, dont nous parlerons plus loin, se servit de ce moyen répugnant et barbare aux couches de la dauphine, Anne-Marie- Victoire de Bavière (3), et n'eut pas à s'en louer. Il paraît même que le mouton, écorché et tout sanglant, suivit le boucher qui portait sa peau jusqu'au lit de la princesse (fig. G2).

XV 11^ siècle. — Nous citerons tout d'abord, par ordre de mérite, sinon par ordre chronologique, François Maurigeau (1637-1709). Sa naissance fut marquée par un curieux incident : il

(1) J. Guillemeau. Llieureux accouchement des femmes. Paris, 1606,

(2) « Quand une femme, dit-elle, a une perte de sang démesurée sur sa grossesse dont elle tombe en défaillance, il faut venir à l'extraction de l'enfant avec les mains. Cela fut fait en la femme d'un conseiller de la cour du parlement, laquelle étoit grosse de six mois. Son enfant vécut deux jours. Elle a porté d'autres enfants depuis ; les médecins recongnureut que, si on eût différé une heures la mère et l'enfant étoient morts ; moi, congnoissant que le flux de sang n'est entretenu que par la grossesse, l'ayant vu cesser aussitôt que la femme a été accouchée, je mis cette pratique en avant, laquelle j'ai congnue troj) tard, il mon gré, pour la conservation de M'"'^ la duchesse de Montbazon, etc. »

(.3) V. Les acconchcmeiits à la conr, p. 220

XVir SIECLE

raconte lui-même qu'il fut affecté de variole pendant la vie intrautérine, alors que sa mère fut indemne et que son frère, dont il avait vraisemblablement contracté la maladie, en mourut. Plus tard, il perdit aussi sa sœur, emportée par une hémorragie, résultant d'une insertion vicieuse du placenta ; les chirurgiens appelés

FIG. 63. — Mauriceau.

près d'elle n'osèrent pas pratiquer la version, comme Guillemeau l'avait fait pour la fille d'A. Paré ; abandonné par tous ses confrères, il se vit obhgé de l'accoucher lui-môme, mais son intervention fut trop tardive.

Le premier, Mauriceau publia sur la grossesse et les accouchements des ouvrages méthodiques et pratiques. En tète de son Traité des maladies des femmes grosses, souvent réimprimé, nous trouvons ce quatrain de Fr. Dulaurens :

Lucinam ausiliis iuopern jam absistite, Matres, Partubus ut prsesit, voce vocare Deam :

Nam vos, ô gravidae, melius liber iste, juvabit ; Et proli, et vobis, hoc duce, parta salus.

Fi(i. 64. — Denis Fouruier.

« Mères, cessez d'appeler l'impuissante Lucine, de demander à la déesse son assistance dans vos accouchements. Femmes enceintes, voici un livre qui vous aidera mieux ; suivez-le, c'est le salut pour la mère et l'enfant. »

Dans certaines éditions, on voit Mauriceau montrant, d'une main, le soleil et tenant, de l'autre, un livre sur lequel est écrit : Me sol non umbra régit, Cest le soleil qui me guide et non pas Vombre, devise quelque peu prétentieuse, il faut en convenir. « Épigraphe ridicule, dit Alph. Leroy (1), que quelque plaisantent pu tourner contre lui en renversant l'ordre des mots » (2).

Malgré son soleil, Mauriceau a quelquefois le mot pour rire : « J'ay connu autrefois, raconte-t-il, un nommé M. Hébert, couvreur des bâtimens du Roy, qui estoit si bon couvreur, que sa femme accoucha, il y a environ quarante-trois ans, de quatre enfans tous vivans en une seule fois ; ce que sçachant Monseigneur le duc d'Orléans défunt, auprès duquel il estoit assez bien venu pour son humeur joviale, il luy demanda, en présence de quantité de personnes de qualité, s'il étoit vray qu'il fust si bon compagnon, que d'avoir fait à sa femme ces quatre enfans tout d'un coup ; il répondit qu'ouy et qu'assurément il luy en eust fait une demi-douzaine, si le pied ne luy eust point glissé, ce qui fit rire un chacun de la bonne façon ».

A propos de la décollation du fœtus, il se permet une plaisanterie que le digne Sacombe ne manque pas de relever : « Il ne faut pas, dit Mauriceau, tirer sur la tête avec trop de violence, de peur qu'il n'arrive ce que j'ai vu faire devant moi en cette rencontj-e,

(1) Nous dirons plus bas un mot de ce personnage.

(2) Cette haute estime de soi-même, cette hypertrophie du moi n'était point particulière à Mauriceau. Un de ses confrères, Denis Fournies, se fit représenter, en tête de ses ouvrages, non seulement par un soleil dans le dos, mais en tenue d'empereur romain (fig. ()4).

Virât î^itrneri/x, mc'(I/co7'i/in ivipcvdtor !

L'index de sa main droite montre le soleil et semble soutenir Tinscription sui- A^ante : Iloe ego, Voilà ce que je suis, je suis un astre médical, l'égal d'Apollon, dieu des plantes salutaires. Vers sa main gauche, on lit cette autre inscription : Et liac ago, Et c'c-st avec cette main que j opère, ce qui indiquerait qu'il était gaucher. Audessous du portrait sont gravés ces méchants vers :

Furnerun insjjicias quiftdget ApoUiniin artc, At que vt C'Iiiro ratas 2}>'(cl^(it iihique iiianus

Régie ad cccni'jjlum vitœ et necix arhiter, (cgris [Dicino fretus 7ittmintj 2}>''cstat opem.

(( Voyez Fournier, brillant dans l'art d'Apollon, Fournier qui, comme C'hiron, prête partout la science de ses mains. Comme un roi, il est l'arbitre de la vie et de la mort ; avec l'aide de Dieu, il donne ses secours aux malades. »

Ce rival du quadrupède Chiron prétendait opérer, selon la méthode séduisante d'Asclépiade : sârenient, i)romi)tcment, agrcahlement. De ces trois adverbes^ le dernier, au moin'', nous s'inble hasardé. Voici du reste le titre de son ouvrage : L'accoucheur méthodique, qui enseigne la manière d'ojjérer dans tons les accouchements naturels et artificiels, tôt, sûrement et sans douleur. Paris, 1677, in-12.

où d'un enfant roturier, ainsi pris au passage, on fit sur le champ un gentilhomme, en lui arrachant et séparant la tête du cou, à force de tirer. » On sait que, sous l'ancienne monarchie, un gentilhomme avait seul le privilège d'être décollé.

Ailleurs, il critique la sage-femme qui, interrogée sur le sexe de l'enfant à venir, s'enquiert d'abord du désir de la mère et répond en conséquence. « Si cela réussit, à la Lonne heure ; elle ne manquera pas de dire qu'elle le sçavoit bien. Mais quand la chance tourne au contraire de la prédiction, elle se fait réputer pour ignorante et présomptueuse. Pour moy, je voudrois agir tout autrement et reconnoistre, avant que d'en rien dire, l'inclination des personnes, et donner toujours, en une chose si douteuse, mon

avis contraire au souhait qu'on fait ; car s'il arrive que, par cette voye, la sage-femme rencontre bien (quoique ce soit par hazard), on dira que c'est une habile femme et qu'elle l'avoit bien dit ; et s'il vient d'autre façon (ce qui de deux fois arrive une), la femme et son mari ayant ce qu'ils ont souhaité, n'y prendront pas de si près garde ; d'autant qu'on reçoit toujours de bon cojur le bien qui arrive, quoy qu'on ne l'ait pas espéré » (I). Malgré son incontestable valeur, Mauriceau a commis et pro-

(1) Pajot donne le même conseil : « Si vous tombez juste, dit-il dans ses cours, vous passez pour un prophète ; autrement on dit : ce méchant docteur, il savait bien qu'il me trompait ; c'était pour me contrarier )).

ACCOUCHEURS ET SAGES-FEMMKS CELIiBUiS.

page de graves erreurs : ainsi il conteste l'existence de la vésicule de de Graaf, dont la découverte devait révolutionner l'embryologie ; il croit, d'autre part, à la culbute du fœtus (fig. 65, 66), vers le huitième mois de la grossesse, et l'explique en disant qu'à cette époque « la teste estant devenue fort grosse, est portée par son poids en bas, contre l'orifice interne de la matrice, en lui faisant faire une culbute en devant, au moyen de laquelle ses pieds se trouvent après en haut, et sa face regarde alors le cul de sa mère » . On doit encore lui reprocher une prévention injustifiable contre les instruments... des autres et surtout contre le forceps ; son horreur de l'intervention chirurgicale dans les accouchements fut même cause de l'époque tardive à laquelle cet utile instrument fut connu en France. Son inventeur, Chamberlen, vint à Paris, en 1676, pour vendre son secret, suivant la coutume du temps ; il en voulait dix mille écus, se faisant fort de terminer, par ce moyen, les accouchements les plus laborieux. Il demanda à Mauriceau l'occasion de faire ses preuves. Malheureusement celui-ci lui présenta une femme atteinte d'un rétrécissement tel que le forceps devait nécessairement échouer. Chamberlen s'engagea cependant à terminer l'accouchement en moins d'un demi-quart d'heure. « 11 se mit aussitôt en besogne, dit malicieusement Mauriceau, et au lieu d'un demi-quart d'heure, il travailla durant plus de trois heures entières, sans discontinuer que pour reprendre haleine. « A bout de forces, il fut contraint d'y renoncer et Mauriceau lui fit entendre « qu'il s'était bien trompé en croyant trouver autant de facilité à accoucher les femmes à Paris, comme il avait pu trouver à Londres, où il s'en retourna. « La femme mourut bientôt après. La plaisanterie était mauvaise ; mais Chamberlen n'eut pas de rancune, car il traduisit en anglais le Traité de Mauriceau. Sacombe qui, lui aussi, était ennemi des instruments, met dans la bouche de Mauriceau le récit de cette histoire :

J'ai commis le forfait

Le plus lâche à la fois, le plus abominable. Dont jamais accoucheur se soit rendu coupable. D'une femme eu travail, sciemment, à dessein, Je devins, par orgueil, le bourreau, l'assassin. Écoute le récit de cette affreuse histoire.

Fier de ma renommée, enivré de ma gloire, Je tenais dans Paris le sceptre de mou art, Quand aux bords de la Seine, un faquin, un bavard, Chamberleync accourut, dans la folle espérance

De vendre au poids de l'or, au Monarque de France, Le secret d'accoucher, toujours impunément. Les femmes en trava.il, avec un instrument. Je dévorai l'affront, et cependant je jure, De venger au plus tôt cette sanglante injure.

Au risque de les voir meurtris, estropiés. Des enfants Chamberleyne allait chercher les pieds, Et du mot de forceps, voilait une méthode Que depuis peu, lui-même, avait mis à la mode.

Cependant nuit et jour, à mon renard anglais Dans Paris en secret je tendais des filets. Enfin, sans se douter de mon noir stratagème. Un beau matin, au piège, il vint tomber lui-même.

Déjà, depuis sept jours, un de ces vils sujets, Qu'au besoin nous prenons pour faire des essais, Une femme du peuple, à son sixième étage. De la maternité faisait l'apprentissage.

L'enfant, par mes efforts, était mort dans son sein ; Ma main pouvait à peine entrer dans son bassin. Tandis que Chamberleyne, autant qu'il m'en souvienne. Avait sa main énorme et double de la mienne. A son divin forceps, contraint d'avoir recours, Des jours de cette femme il termina le cours. Sa réputation, par ce fait compromise, Fit revoler notre homme aux bords de la Tamise, Honteux comme un renard qu'une poule aurait pris. Mais trop heureux encor de pouvoir, à ce prix. Obtenir son pardon, acheter mon silence, Et l'oubli passager d'une telle insolence ; Mais cinq lustres après, infidèle au traité, Dans mon gros in-quarto, je l'ai bien maltraité ; Et quoiqu'il eût traduit mes immortelles œuvres. Je publiai le fait et ses doctes manœuvres.

Quel excès de noirceur ! et qu'elle atrocité I Le tigre eut-il jamais plus de férocité ?

On pourrait plus justement reprocher à Mauriceau d'avoir été violent et passionné ; il eut souvent maille à partir avec ses confrères. Il disait de Laguisse, un de ses contemporains, « qu'il avait la coutume de s'endormir près de la femme en travail, pour ne se réveiller qu'après la rupture de la poche des eaux ». Il fut aussi en querelle avec Viardel, De La Motte et surtout avec Peu, qui avait eu l'audace de critiquer son tire-tête (fig. 67 à 70),

CosME Viardel fut accusé par Mauriceau « d'ignorance

crasse ». L'irascible accoucheur reproche encore à son adversaire de faire placarder au coin des rues son livre « qui mériteroit estre envoyé aux beurrières et aux espiciers de la halle, pour servir d'enveloppe à leurs marchandises », Et tout cela à propos d'une erreur, assez grosse, il est vrai : Viardel avait avancé que la sortie

FiG. 67 à 70. — Tire-tête et perce-crâne de Mauriceau.

du méconium est l'indice de la mort du fœtus « en quelque position qu'il soit », tandis que ce signe est fréquent, surtout dans les présentations du siège, sans qu'on en puisse tirer cette conclusion. Il faut dire que Viardel, n'étant ni médecin ni chirurgien, s'était aliéné toute la corporation chirurgicale qui s'attribuait le monopole des accouchements ; aussi ses membres ne perdaient-ils aucune occasion de tomber à bras raccourcis sur cet intrus. Peu ne s'en fit pas faute à propos du méconium. D'ailleurs, les sottises médicothéologiques de Viardel concernant la position de l'enfant à sa naissance, son premier cri, celui de la mère dans la dernière douleur, ainsi que son étonnante théorie de la chasteté chez les fœtus, fournissaient une belle occasion à ses ennemis.

Ainsi; il prétend gravement que l'enfant porte, le plus souvent, en naissant le visage tourné vers la terre, parce qu'il se sent coupable de la faute d'Adam et que son premier cri est OA qui veut dire : « O Adam ! pourquoi avez-vous péché ? » Tandis que le cri de la mère

à la dernière douleur de raccoucliement est OE, ce qui signifie : « O Eve ! pourquoi avez-vous induit en erreur notre premier père?» Cet accoucheur, ami des bonnes mœurs prétend, en outre, que les jumeaux du même sexe sont renfermés dans une poche

FiG. 71. — Viardel.

unique, et que celle-ci est double quand les fœtus sont de sexe différent ; et pourquoi ? « Afin, dit-il, d'inspirer aux hommes, dès le premier moment de leur formation, des lois et des règles pour la chasteté » . C'est, selon lui, dans la matrice comme à l'église du village : côté des filles, côté des garçons (1). Le vertueux

(1) De même Fernel,par respect pour la pudeur, faisait naître les garçons la face tournée du côté de l'anus delà mère et les filles regardant le côté opposé ; il faut d'ailleurs reconnaître, î\ l'honnenr des accoucheurs, qu'il fut le seul à soutenir cette niais(!rie.

Les balivernes de ce genre sont, paraît-il, de toutes les époques. Au livre XVI d'Aulu Gelle nous trouvons que la divinité, présidant aux premières articulations de la voix humaine, a été nommée Vatican, i)arce que les enfants, en venant au monde, feraient entendre, dans leur premier cri, la. première syllabe de ce mot. Viardel aurait peut-être vu l!\ un hommage anticipé au saint Père. Il est vrai (ju'en ce cas jNipa par suite 2Mjfc aurait été plus naturel.

Viardel paraît ignorer que les jumeaux, même quand la nature, suivant son habitude commune, les a faits d'un sexe unique, sont le plus souvent isolés chacun dans une cavité distincte. La Providence aurait- elle voulu mettre le fœtus en garde contre les aberrations amoureuses que la tradition reproche à Socrate ou à Sapho ? Nous autres, gens de morale terre à terre, nous aimons mieux penser, qu'en empêchant toute promiscuité, elle voulait éviter des enchevêtrements de membres ou de cordons qui eussent été nuisibles à la mère et aux enfants. Newman a, en effet, publié un cas de grossesse gémellaire, où les fœtus étaient dans une seule poche. Or, le cordon de l'un des enfants passait à travers un nœud du cordon de l'autre et l'étranglement était tel que le premier est venu mort et le second vivant.

Guillaume Mauquest De La Motte (1665-1737), moins respectueux de la tradition, osa traiter de chimère la théorie de la culbute hippocratique. Lui aussi s'éleva contre l'abus des instruments, mais, plus logique que Mauriceau, il n'en inventa aucun : « Que l'enfant présente tête, bras ou jambe, écrit-il, qu'il soit vivant ou mort, un jour ou deux de travail est plus qu'il n'en faut pour justifier l'emploi de leurs crochets ». C'était le type de l'accoucheur naturiste: « la patience et le tems » étaient ses seuls auxiliaires ; deux fois seulement, dans sa longue pratique, il eut recours aux crochets. Cependant, son mépris des instruments le rendit aussi injuste que le fut Mauriceau, dans son appréciation sur le forceps des Chamberlen. Jean Palfyn, de Gand, cinquante ans après la mésaventure de Hugh Chamberlen, vint à Paris, comme ce dernier, soumettre à l'académie des sciences un forceps de son invention. Voici ce qu'en pense De La Motte : « Je rendray un bon et fidèle compte du secours des tenettes, si par malheur l'occasion se présente de mettre cet instrument en pratique, ce que je crains autant que je le souhaite peu par la raison que je suis loin de me faire un secret de ces instruments, de la manière que fit un certain chirurgien de Gand, qui vint il y a quelques années à Paris proposer au chef de l'académie des sciences certain instrument en fer, au moyen duquel il se vantait d'accoucher toutes les femmes, auxquelles la tête de leur enfant serait arrêtée, prise ou enclavée au passage, sans leur causer aucun préjudice. L'un de MM. les maîtres chirurgiens, qui avait été chargé d'examiner cet instrument, afin de donner son avis, me fit l'honneur de me demander ce que j'en pensais, sans me dire autre chose sur l'instrument, parce que c'était à condition qu'il ne donnerait à

XVIl^ SIÈCLE 103

personne la connaissance de sa structure ; je ne balançay pas à assurer cet ami, que la chose proposée à l'égard d'un instrument de quelque structure qu'il pût être, était autant impossible que celle de faire passer un câble parle trou d'une aiguille ». Cet arrêt fut heureusement cassé par la postérité.

Pour ne pas rester sur cette mauvaise impression, rappelons à l'honneur de De La Motte, que le premier, il signale les rétrécissements du bassin comme une cause fréquente d'obstacle à l'accouchement: « J'ai tant de fois fréquenté ce détroit, dit-il, et il m'a fait souffrir tant de peines, que j'en puis parler avec une vraie connaissance ».

FlG. 72. — Seringue à baptême.

Nous avons déjà fait allusion aux querelles de Mauriceau avec Philippe Peu (1). Mauriceau, non content de se donner le facile plaisir de jouer sur son nom (2), l'accusa d'avoir falsifié la plupart des observations qu'il rapporte dans sa Pratique des accouchemenls. De son coté, Peu tourne Mauriceau en ridicule pour avoir conseillé de baptiser les enfants avec une seringue (fig. 72) ; « il est vrai, comme observe Velpeau, que Peu croit, qu'une femme qui venait souvent prier à l'Hotel-Dieu, près de l'autel de la Vierge, où il y avait un diable effrayant, accoucha d'un enfant qui ressemblait à ce suppôt des enfers ». Ailleurs, il raconte sérieusement qiie l'enfant d'une femme qui s'était heurtée contre une table, avait la tête fendue comme avec un couteau et les deux moitiés du crâne pendaient sur les épaules ! L'éternelle histoire de la poutre et de la paille ! 11 n'était pas plus tendre avec ses autres confrères : il prend à partie l'un d'eux qui avait jugé à propos de couper les

(1) Mort le 10 février 1707.

(2) Qu'eût-il (lit de cet accoucheur alleniaTid du commencement de notre siècle qui s'appelait CREVE.

bras de l'enfant pour faciliter sa sortie et qui vécut huit jours « chez son assassin ». De son côté, il est vrai, il reconnaît avoir ouvert une femme qu'il croyait morte. Décidément, Mauriceau pourrait bien avoir eu raison. Toutefois, remarquons que Peu a formulé un précepte de la pratique expectante, lequel a son mérite, si l'on n'en abuse pas: Plus fait douceur que violence (1). Il

if

FlG. 73. — Philippe Peu.

pensait que « les boiteuses déhanchées sont, en état de grossesse, plus en danger que les bossues (2) et leur enfant aussi » et comme exemple, il rapporte l'observation suivante qui lui est personnelle : « Je me souviens, dit-il, qu'étant nouvellement établi, on

(1) En tête de son livre se trouve cet aphorisme : Sat eito, si x/H hcnc. Anscz rite .si. (-'cit bien.

(2) De même, Loj'se Bourgeois assurait que « les femmes contrefaites accouchent plus facilement que les autres ».

me proposa d'épouser une jeune personne, belle, riche, fort spirituelle, fille d'un père que j'honorois beaucoup, mais petite et qui boitoit tout bas d'un côté. Les suites que j'en appréhendois contribuèrent à m'empêcher de conclure ce mariage. Un de nos aspirants en chirurgie, plus hardi que moi et peut-être plus infortuné, en devint amoureux et la prit pour femme. Elle devint grosse par malheur et si incommodée qu'elle ne pouvoit sortir. Pour peu qu'elle le fit, son ventre touchoit à terre, et elle tombait dessus au moindre faux pas. Ses fréquentes chutes la firent aliter. Les accidents survinrent, son enfant mourut et elle aussi, enceinte d'environ huit mois ».

De La Motte combat ainsi les opinions pessimistes de Peu sur la claudication des femmes : « Quoique la demoiselle qu'on lui destinait pour femme, et qu'un autre épousa, fût boiteuse, et qu'elle eût eu un accouchement des plus mauvais, est-ce une raison convaincante pour inférer que toutes les boiteuses soient sujettes à un tel malheur? Il est à craindre qu'un dépit amoureux n'ait porté cet auteur à répandre ce trait malin sur toutes celles qui souffrent de cette incommodité ».

Paul PoRTAL (1) fut un observateur judicieux. Dans sa Prah'que des accouchements, il émet des préceptes fort sages. Le premier. Portai enseigna que, dans la version, quand on tient un pied, il est inutile d'aller chercher l'autre ; le premier aussi, il avance que la présentation de la face évolue, le plus souvent, spontanément.

Un de ses confrères, Jean Lestorcel, mit en tète de son ouvrage, qu'il dédie à son maitre René Moreau, ces quatre vers obscurs renfermant une allusion au nom de l'auteur:

Qui factis scriptisque micas, fers nominis omen,

Portus tuti aura, aut porta salutis, ovas. Talem te dicunt Superi, te facta célébrant,

Scripta canunt. Quid ego plus? Tibi cuncta parent.

« Toi qui brilles par tes actes et tes écrits, ton nom est un présage : tu es soit le souffle qui mène à l'abri sûr du port, soit la jiorte triomphante du salut; tel est le nom que te donne le ciel, la gloire que t'assurent tes actions, que chantent tes écrits. Qu'ajouterai-je ? Tout t'obéit. »

(1) Mort en 1703.

Avec de tels calembours, dont rougirait un écolier de sixième, on passait au grand siècle pour un homme d'esprit!

riG. 74. -- Paul Portai.

Pierre Dionis (I) fut chirurgien de la reine et des princes du sang, sous Louis XI V^ Vaniteux, il se plaisait à parler de ses rapports avec les grands; Portai lui en faisait le reproche, mais Portai avait le même travers. Son Traité (racconchementa est conçu d'après les idées de Mauriceau, son parent ; mais ces liens de famille n'empêchent pas Dionis de lui adresser les plus vives critiques : « Mauriceau, écrit-il, nous dit qu'il a imaginé une manière de tirer commodément une tête restée dans la matrice, sans se servir du crochet. Il conseille de prendre une bande de toile forte, large de quatre travers de doigt, de la passer par derrière la tête

(1) Mort en 1718.

XVIl^ SIECLE

et de faire en sorte qu'elle l'embrasse comme une fronde, puis tirant les deux bouts de la bande, on l'amènera ainsi dehors sans faire beaucoup de violence. S'il nous disoit qu'il s'en fût servi et que cela eût réussi, nous conclurions qu'il auroit pensé juste : ce qu'on peut dire là-dessus, c'est que l'invention en est belle, mais que l'exécution en est impossible ».

Et plus loin : « Mauriceau, qui a été marié pendant quarante-

Flcî. 75. ■ - Dionis.

six ans sans avoir eu des enfants, dit dans son livre qu'il ne pardonne la passion d'être père qu'à ceux qui sont de la famille des Césars et des Bourlions; qu'il s'étonne comment des gens du commun peuvent souhaiter ce qui n'est permis qu'aux monarques et aux hommes illustres. Tous ceux qui n'ont point d'enfans et qui ont perdu l'espérance d'en avoir, parlent comme Mauriceau : ils croyent faire les esprits forts et se distinguer des autres hom-

mes, en témoignant de l'indifférence d'avoir des successeurs; mais dans le fond de l'âme, ils pensent autrement; et il n'y en a pas un qui ne donnât la moitié de son bien pour avoir un enfant : je l'ai ouï dire à Mauriceau lui-môme plus d'une fois, et jamais homme ne l'a tant souhaité».

Pour finir, un coup d'assommoir : « Une jeune dame de qualité, grosse de son premier enfant, aussitôt qu'elle sentit des douleurs, envoya chercher Mauriceau, qui étoit pour lors à Versailles pour M""^ la duchesse du Maine ; les douleurs ayant continué jusqu'au lendemain, les eaux percèrent et s'écoulèrent; on crut que la tête suivroit comme il arrive à toutes les autres ; mais elle demeura en la même place, sans faire aucun chemin. On promena la m.ère, on la saigna et on lui donna des lavemens très forts, pour exciter des épreintes qui l'obligeassent de pousser en embas; rien ne put la faire avancer. Le second jour étant passé, les parens firent appeler Dionis, le fils, en qui ils avoient de la confiance: ces deux accoucheurs, pendant le troisième jour, furent spectateurs des douleurs qu'elle souffroit sans aucun progrès : enfin après le quatrième jour, le poulx devenant mauvais, les forces diminuant et les douleurs n'étant plus suffisantes et craignant qu'elle ne mourut, son enfant dans le corps, ils résolurent de l'accoucher de force. La femme ayant été mise dans une situation commode, c'est-àdire assise sur le bord du lit, le corps panché sur des oreilliers et ses deux jambes, tenues par deux femmes assurées, on commença par ondoyer l'enfant sous condition, en portant dans une petite cuiUière de l'eau jusques sur la tête de l'enfant qu'on pouvoit toucher. Mauriceau, comme le plus ancien, voulut travailler, mais ayant mis le crochet au sommet de la tète, et le cuir chevelu s'étant déchiré, il voulut le mettre dans un des pariétaux, comme il l'ordonne dans son livre et, n'ayant pas pu y réussir, après beaucoup d'efforts inutiles, il donna l'instrument à Dionis, en lui disant : — Vous êtes jeune et fort, vous réussirez mieux que moi». Mauriceau s'étant ôté, Dionis prit sa place et se mit en devoir de travailler. Pendant qu'il cherchoit où placer son crochet, Mauriceau voulut, en prenant un ton de maître, lui donner quelques conseils, mais le père delà dame, qui luitenoitune de ses mains, lui imposa silence en lui disant de laisser faire Dionis, parce qu'il lui paroissoit qu'il s'y prenoit avec toute la prudence possible. En effet, il s'y prit si bien, qu'ayant planté le crocheta la nuque du col, vers la base de l'os occipital, et ayant senti un point d'appui très solide, il tira de toute sa force et, faisant avancer la tête peu à peu, il l'amena au

dehors en très peu de temps ; il débarrassa ensuite les épaules qui répondoient à la grosseur de la tète : Tenfant étant sorti, il la délivra heureusement.

« En même tems que Dionis étoit content d'avoir aussi bien réussi, Mauriceau étoit mortifié par trois endroits : le premier, d'avoir été obligé de quitter le travail, après avoir voulu l'entreprendre et le second, d'avoir vu que Dionis avoit sçu accrocher l'enfant par la base de l'os occipital, après qu'il a avancé dans son livre qu'il était impossible de le faire à cause des os pubis, et le troisième, d'avoir vu que l'enfant n'étoit pas encore mort, après avoir assuré dans ses écrits qu'il ne pouvoit pas être vivant, après avoir été quatre jours dans cette disposition. »

Ailleurs, il donne la figure d'une grossesse tubaire qu'il observa à l'Hôtel-Dieu, et il raille, avec raison, Mauriceau qui, au lieu d'accepter la théorie de de Graaf, en est encore aux mélanges

FIG. 7C. — Enfant trouve dans une des trompes où il avait été formé.

des semences mâle et femelle et nie la possibilité de cette grossesse extra-utérine. C'est à la date de 1683, que Dionis a publié cette observation, sous le titre : Histoire anatomique d'une matrice extraordinaire. La femme atteinte de cette anomalie est morte au cinquième mois, de la rupture du kyste. « Il n'a garde, écritChéreau, de dire que, par deux fois, la reine de France, Marie- Thérèse d'Autriche, se fit apporter la préparation qui en avait été faite, la même reine « n'ayant pas les mêmes répugnances qu'ont

110 LES ACGOUCHEUnS CÉLÈBRES

toutes les autres femmes pour les démonstrations anatomiques ».

Le livre de Dionis est fort attrayant ; une plaisanterie agréable, de fines railleries assaisonnent des préceptes dogmatiques clairement formulés. Dionis peut être considéré comme le premier vulgarisateur des sciences médicales, car son ouvrage s'adresse aussi bien au public instruit qu'aux praticiens. Nous en ferons plusieurs extraits. Le premier, il propose l'impôt sur les célibataires: « Tout homme qui auroit atteint l'âge de vingt-cinq ans payroit un impôt à l'État, que l'on augmenteroit tous les ans jusques à ce qu'il se mariât ».

Une observation de physiologie intime : « Toutes les femmes de bonne foi avouent que le clitoris est une partie tellement sensible que, pour peu qu'on leur touche avec le doigt seulement, elles entrent dans une passion ardente de recevoir le mari ; et il y en a même de si emportées sur cet article, qu'elles en abusent ellesmêmes : ce qui fait que quelques auteurs ont appelé le chtoris, le mépris des liormnes ».

Il expHque d'une singulière façon les grossesses multiples : « En voulant faire tomber une poire d'un arbre, si vous secouez trop fortement lepoirié, il en tombera deux ou trois au Heu d'une; de même si le mari travaille avec trop d'ardeur à faire tomber un œuf, au lieu d'un il en tombera deux ou trois, principalement quand il a une femme féconde, aussi sensible au plaisir et aussi emportée que lui. » N'est ce pas le cas de dire, avec la sagesse des nations : comparaison n'est pas raison.

Il fait, au sujet de la membrane hymen, un aveu qui ne donne pas une haute idée de la vertu des jeunes filles de son temps. « Quelque dihgence que j'aye faite, dit-il, pour chercher cette membrane, je ne l'ai point encore vue, quoique j'aye ouvert des filles de tout âge, c'est pourquoi je ne puis pas en convenir. » Et il traite d'imaginaire cette membrane, qui est considérée comme le sceau de la virginité.

Il proteste contre la défense faite par Mauriceau aux femmes enceintes de s'abstenir de coït au début et à la fin de la grossesse : « Mauriceau ne peut avoir fait ces observations par lui-même, n'ayant jamais pu avoir un seul enfant en quarante six années de mariage. Pour moi, qui ai une femme qui a été grosse vingt fois et qui m'a donné vingt enfans, dont elle est accouchée à terme et heureusement, je suis persuadé que les caresses du mari ne gâtent rien » .

Pour éviter encore la superfétation, Mauriceau conseille encore

aux femmes la continence, pendant les premiers mois de la grossesse. Dionis lui répond : « Puisqu'il leur donne un conseil aussi difficile à suivre que celui-là, c'est une marque qu'il croit une seconde conception possible et qu'il est persuadé qu'elles doivent se priver de ce qui leur fait le plus de plaisir pour l'éviter ; mais on peut l'assurer qu'il n'y aura pas une femme qui suive son conseil ; qu'elles ne refuseront point les caresses de leur mari, et qu'il n'arrivera point de superfétation pour cela ».

Dans ses préceptes hygiéniques relatifs cà l'accouchée, il s'occupe aussi de l'opérateur. Ainsi il reconnaît que la tisane ou l'eau simple conviennent fort bien pour humecter la gorge de la parturiente. « Mais, ajoute-t-il, afm que les vins d'Espagne ou de Canarie, dont on a fait provision, ne soient pas perdus, il faut les faire boire aux assistans, fatiguez par quelque partie de la nuit qu'ils auront passée sans dormir et à qui ils feront plus de bien qu'à l'accouchée. »

Relevons une réflexion un peu leste mais assez juste : « On ne voit point les animaux se cacher pour s'accoupler; ils le font dans tous les endroits où ils se rencontrent : l'homme seul se dérobe aux yeux des autres, et il semble qu'il soit honteux de produire son semblable. Il n'en était pas de même dans l'antiquité, puisqu'en demandant à un philosophe ce qu'il faisait, il répondit fièrement, je plante un homme. En effet, y a-t-il plus de mal à planter un homme, qu'à planter un chou ? »

Autre réflexion à noter au sujet des femmes qui accouchent sans se plaindre : « C^est signe que la nature a traité celles-là favorablement, en disposant ces parties de manière que l'enfant en pouvoit sortir sans peine : c'est ce qui faisoit dire à une dame de la première qualité, que quand cela lui arrivoit, c'étoit tant mieux pour la femme et tant pis pour le mari. »

Une anecdote pour finir : « Madame d'Arnoton, femme d'un maître des requêtes, demeurant rue de Richelieu, accoucha, il y a huit ou dix ans, de trois filles. Monsieur d'Arnoton était à jouer dans son voisinage lorsqu'un laquais lui vint dire que madame était accouchée d'une fille; un quart d'heure après, il en vint un autre lui annoncer qu'elle était accouchée d'une seconde fille ; et un autre quart d'heure ensuite, il vint un troisième laquais qui lui dit que madame venait d'accoucher d'une troisième fille ; aussitôt en se levant brusquement, il pria les dames avec qui il jouait, de lui permettre d'aller chez lui pour empêcher sa femme d'en faire davantage ».

Faro Des Forges fut un des plus habiles opérateurs du XVII® siècle. «. Il étoit aveugle, écrit Dionis, ce qui prouve qu'on ne se sert point de ses yeux pour accoucher. »

François Boucher ou Bouchet, gendre de La Cuisse, fut aussi en réputation. Il se tenait dans une garde-robe à côté de la chambre où Marie-Thérèse d'Autriche accouchait, pour la secourir en cas de nécessité, « et même, dit Dionis, à la naissance de Monseigneur, il examina en quel état étoit l'enfant, sans que la Reine s'en aperçut ». Fléchier, dans ses Mémoires sur les grands jours cVAuvergne, lui a consacré quelques lignes malignement spirituelles, alors que le président de Novion l'avait mandé pour les couches de M"'^ Ribeyre, sa fille : « Toutes les dames faisaient leur cour en ces occasions et à M. le président et à l'accouchée, et même à M. Boucher, qui reçut ici des honneurs extraordinaires. La ville le visita et lui fit des présents, comme on fait aux personnes qu'une grande dignité ou quelque grand emploi rendent considérables aux provinces. Tout le monde le regardoit comme une personne vénérable et la pauvre petite faculté de médecine et de chirurgie de Clermont lui rendoit ses très-humbles hommages. On l'appela par honneur à plusieurs consultations, et M. de Novion le traita toujours avec toute la civilité qu'il croyoit devoir à un homme qui venoit de Paris pour son service, et qui quittoit des pratiques qui pouvoient lui être fort importantes. Il fut défrayé de ses voyages, il eut 1,800 francs ; il remporta plu-, sieurs présents, et tout cela n'empêcha pas qu'il se plaignit un peu de son voyage. M'"* de Fleury, sœur de M. Talon, qui était accouchée depuis un mois, n'eut aucun regret de n'avoir employé qu'une bonne femme, qui passe pour très habile en son métier et qui n'est point du tout difficile à contenter ».

Nous ne reviendrons pas sur l'erreur (1) commise par Astruc, à propos de Julien Clément (2) et que, depuis, tous les biographes ont répétée. Notons seulement que Louis XIV, pour le récompenser de ses services, lui accorda, entre autres gratifications honorifiques, la charge de premier valet de chambre de Madame la Dauphine. L'honneur paraîtrait maigre à nos accoucheurs actuels. D'ailleurs Clément acquit aussi une fortune considérable dans la pratique de son art ; on a fait sur lui le distique suivant :

(1) V. 1108 Accouchp.mentis à la covr.

(2; Né à Arles en 1650, mort à Paris en 1729.

XVJI^ SIÈCLE li;

Quas bona pars hominum mulieri condit in antro. Ex illa Clemens eruit unus opes.

« Ces richesses, que la plupart des hommes enfouissent dans le... sein de la femme, Clément les en retire pour lui seul. » Sacombe a paraphrasé ce distique dans ce quatrain :

Clément dut au hasard sa vogue et son crédit, Il enrichit moins l'art que l'art ne l'enrichit. Accoucheur des Laïs, en dépit de Lucine, Clément fit fortune où maint amant se ruine.

Il débuta comme serviteur chez Jacques Lefevre, accoucheur en renom, dont il épousa la fille. Ce fut Fagon qui l'introduisit à la cour.

En 1704, Jean Ruleau, maitre chirurgien juré à Saintes, tenta la réhabilitation de l'opération césarienne dans son Traité des accouchements difficiles et laborieux^ mais il eut peu de succès.

Il fut attaqué sans merci par Mauriceau qui déclarait « cette opération cruelle, barbare, tout à fait inutile et que ceux qui l'ont pratiquée n'en ont jamais veu une bonne fin ». Dans VAvis au lecteur, Ruleau s'appuie sur l'autorité, si contestable, de Rousset: « Quelques personnes, écrit-il, diront que je devois demeurer dans le silence après que tant de sçavans hommes ont écrit sur cette matière, il est vray que nous leurs sommes bien redevables des belles connoissances qu'ils nous ont données, mais comme on dit, le géant voit bien loin, toutes fois l'enfant qui est sur ses épaules voit quelque chose de plus ». En tête du volume, suivant la coutume de l'époque, il publie une pièce de vers ; elle est d'un J. Micou:

A MONSIEUR RULEAU

Sur V opération césarienne.

Que Ruleau s'est acquis de gloire, 11 mérite que, dans l'Histoire, Son nom soit à jamais gravé, Puisqu'il fait voir par sa science, Et par sa belle expérience, Qu'il est chirurgien acliové.

ACCOUlllliUIiS liT SAUKS-FliM.Mt.S CÉLÈBRr.S.

Il sçait avec la théori(iue, Si bien ménager la pratique, Qu'il ravit tous les beaux esprits.

Et nos neveux tiendront pour fable, Ce qu'il marque dans ses écrits, Bien que le tout soit véritable.

Ce Ruleau, qui mérite que « son nom soit gravé dans l'histoire », termine son traité par des remèdes de bonne femme, comme les suivants : « Si la femme est travaillée de tranchées ou douleurs au ventre, on luy donnera un verre de lait de femme qui nourrit un enfant mâle, dans lequel on adjoutera une demie once d'huile d'amandes tirée sans feu. Que si cela ne suffit pas, et que mesme il survienne quelque suffocation, le remède suivant conviendra : prenez l'arrière-faix ou le délivre d'un enfant mâle premier né, coupez-le par morceaux et le séchez doucement au four à plusieurs fois, après qu'on aura tiré le pain, prenant garde qu'il ne brûle pas. Cela fait, réduisez-le en poudre. Préparez une mie de pain de froment de la grosseur d'un œuf de poule d'Inde, faitesla bien bouillir dans un demi septier d'eau commune, puis passez l'eau au travers d'un linge blanc en exprimant bien cette mie. Prenez ensuite de cette eau la quantité environ d'un bouillon, dissoudez dedans deux dragmes de la poudre, dont je viens de parler, que vous ferez prendre un peu chaude à la malade et vous, la couvrirez bien... La poudre de testicule de sanglier, 'desséchée au four, le poids de dix grains, mêlée avec une égale portion d'eau d'armoise et de vin blanc, est aussi un excellent remède, toutefois il n'égale pas le précédent ».

A l'étranger, nous parlerons, tout d'abord et avec détails, de la famille Chamiîerlen, d'origine française, à laquelle on doit l'invention du forceps. Le D"" Aveling a publié sur cette dynastie d'accoucheurs une intéressante étude, dont le D' Saenger, de Leipzig, a fait un résumé, que nous reproduisons en grande partie (1) :

(1) Traduction du D' F. Herrgott.

William

Pierre aîné I Pierre cadet II

Pierre fils III HuGH I Paul John

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