‹ Accoucheurs et sages-femmes célèbresChapitre 2 sur 42 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Sages-femmes de l'antiquité.— Nous devons tout d'abord une mention aux deux sages-femmes bibliques PnuAet Sgiphra (1), qui eurent le courage de désobéir aux ordres cruels du Pharaon, en alléguant que les femmes des Hébreux étant habituées à se délivrer elles-mêmes , on arrivait toujours trop tard pour leur porter secours.

En Grèce, nous citerons Élépiiantis, qui honore peu la profession (2), la Thébaine Olympias et Aspasie. Qui était cette dernière ? La célèbre Milésienne qu'épousa Périclès ? Aspasie surnommée le Nombril ? Aspasie qui fut la maîtresse de Cyrus le Jeune (3) ? Il est impossible de rien établir à cet égard. Même

(1) V. Hutoii'c des aecoucliements chez tons les 2)eu2)les, p. 442, 64().

(2) En supposant que ce soit le même personnage que la fameuse pornographe dont Tibère, au rapport de Suétone, acheta si cher les ouvrages.

(3) Sue raconte une anecdote relative à celle qui fut la maîtresse de Cyrus :

« Lorsqu'elle était encore jeune, il lui vint au menton une tumeur qui l'enlaidissait beaucoup, et qui la plongeait dans le chagrin ; son père, (jui n'était pas moins affligé qu'elle, la mena chez un médecin qui promit de la guérir pour trois statères (environ 12 à L") francs de notre monnaie) ; mais Ilrrmotinc (c'était le nom de son père) ayant dit qu'il n'avait i)as cette sonune, et le médecin ayant répondu qu'il n'avait pas non plus le remède, le jière et la fille s'en retournèi'ent encore plus chagrins ; cependant l'excès de la douleur ayant endormi Aspasie, un songe vint, dit-on, la consoler : elle vit une colombe, qui, se changeant en femme, lui dit : Aie h<m coiirage, Asjyasie ; prends des roses offertes à Vénus, et déjà fanées, hroye-les dans tes mains, et les apj/lique sur eette tumeur. Ayant regardé ce songe comme un ordre de Vénus elle-même, elle appli(iua le remède, et la tumeur disparut ».

ACCOUCHEURS J.T SAaES-FE.MMK.S CJiL,t;IiUl■;^3. l

incertitude sur la Lais dont parle Pline. Était-ce la fameuse courtisane ? La seule chose certaine, c'est que cette Laïs conseillait sans détour l'avortement, comme Hippocrate d'ailleurs, et qu'elle le pratiquait savamment. Nous avons de meilleurs renseignements sur le compte de Soteira ; sa réputation fut telle qu'elle lui valut le nom qui équivaut au latin Salvatrix, en français Libératrice.

Diodore de Sicile raconte que dans une bataille entre les Lacédémoniens et les Tégéates, à laquelle les femmes prirent une part active, une combattante, Marpessa, vo^^ant son mari tué à ses côtés, fut prise des douleurs de l'enfantement et secourue par Las- THÉNIE. Cette histoire paraît singulièrement invraisemblable.

On trouve, dans le mythographeHyginus, l'historiette suivante, sur une prétendue sage-femme du nom d'AoNODiCE : « Les anciens Athéniens avaient jadis interdit aux femmes la pratique des accouchements. Une jeune fille, nommée Agnodice, désira s'instruire dans cet art. Pour arriver à ce but, elle fit couper sa chevelure, porta des vêtements d'homme et alla étudier auprès d'un certain Hérophile. Après avoir appris son art, elle se rendait chez les femmes qu'elle savait être malades, et lorsque celles-ci ne voulaient pas se confier à elle, pensant que c'était un homme, elle ouvrait sa tunique et donnait des preuves de son ^exe, puis elle soignait la malade. Les médecins, voyant qu'ils n'étaient plus appelés auprès des femmes, commencèrent à accuser Agnodice, en disant qu'il était un débauché, un corrupteur, et que les femmes simulaient des maladies pour avoir occasion de le faire appeler. Lorsqu'elle comparut devant TAréopage, elle fut condamnée, mais relevant sa tunique, elle leur fit voir qu'elle était une femme. Les médecins eurent alors recours à d'autres accusations plus sérieuses ; mais lès femmes les plus influentes se rendirent au tribunal et dirent aux Aréopagites : « Vous n'êtes pas des époux, mais des ennemis ; parce qu'elle a trouvé le moyen de nous sauver, vous la condamnez ». Alors les Athéniens corrigèrent la loi, pour qu'il fut permis aux femmes libres d'apprendre la médecine. »

Sacombe a mis cette anecdote en mauvais vers, dans sa Liiciniade.

Malgré l'autorité d'Hyginus, confirmée par celle de Sacombe, tout ce récit est évidemment apocryphe. Peut-être les médecins d'Athènes firent-ils, à quelque moment, une levée de boucliers contre de redoutables concurrentes ; mais il est faux de prétendre que les Athéniennes n'avaient point recours aux sages-femmes, même dans les temps très anciens. Le contraire plutôt serait vrai.

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