SAGES-FEMMES DE L ANTIQUITE
Dans un volume précédent (1), nous avons, en passant, cité le nom de Phénarète, mère de Socrate (2). Le philosophe, suivant Diogène Laërce, se félicitait d'être le fils d'une matrone et, faisant allusion à ses procédés de discussion, aimait à s'appeler lui-même accoucheur des esprits (3). D'ailleurs il paraîtrait que, dans l'antiquité, les études médicales étaient en honneur même chez les reines. Cléopatre, reine d'Egypte, avait fait un ouvrage sur les maladies des femmes, où elle donnait la description d'un pessaire contrôles fureurs utérines, et Artémise, reine de Carie, est aussi rangée au nombre des femmes qui ont pratiqué l'art obstétrical. C'est du moins ce que raconte Pline, mais ajoutons que Pline manque absolument de critique et que son témoignage isolé peut être contesté.
Nous ne voyons plus à signaler, dans l'antiquité, que la Grecque Philista, sœur du philosophe Pyrrhon. Delacoux cite une certaine Bérécunde, d'après l'autorité d'Aulu-Gelle; celui-ci serait même le seul écrivain qui parlât de cette accoucheuse. Malheureusement, si le nom n'est que dans Aulu-Gelle, il n'est nulle part; caries Nuits attiques n'en font aucune mention. Remarquons d'ailleurs, en passant, que Bérécunde n'est même pas une forme latine. Quoi qu'il en soit, voici ce que raconte Delacoux sur cette problématique matrone ; nous lui laissons la responsabilité de ces détails : « Parmi les dames romaines, elle jouissait d'une grande réputation, et passait pour avoir des connaissances très étendues en médecine. Nous ne savons point précisément en quel temps de Rome elle vivait ; mais tout porte à croire que c'est au temps des empereurs. On trouve encore dans le livre des Femmes illustres de Boccace, édition de 1476, en caractères gothiques, imprimée à Lyon, au chapitre d'Agrippine, femme de Germanicus, le nom de Bérécunde. Ce qui laisse à penser que cette sage-femme aurait bien pu assister Agrippine dans ses nombreuses couches, c'est le
(1) V. notre Histoire des accoucliemeuts chez tous les i^euples, p. 648.
(2) Mauriceau, à ce sujet, s'avise de donner au nom de sage-feinnie une origine honorable pour la corporation, mais malheureusement fantaisiste. (( Ce nom, dit-il, vient de ce que la mère de Socrate, qui avoit la réputation d'estre le plus sage de toute la Grèce, exerçoit l'art des accouchemens. »
(3) Parce que, disait-il, il soutirait i\ ses disciples les conceptions philosophiques, connue sa mère tirait les enfants hors du sein maternel. « A cause de cela, écrit Siebold, lui-même se disait un accoucheur moral, et sa manière de philosopher fut nommée : Ars oistetricia Socratis. Un ouvrage de Lossius qui, sous le titre De art e obstelricia Socratis, commente cet art, a été cité dans le manuel d'un professeur renommé, parmi ceux dans lesquels on peut apprendre A, connaître plus complètement ce qu'était l'art des accouchements chez les grecs... Difficile est sutyram non seribere ».
mot de matrone de.xfre qu'emploie Boccace (1) à l'égard de Bérécunde. Nous ne savons point à quelle source a puisé cette auteur ».
Sages-femmes du moyen-âge. — Quelques historiens parlent d'une Maria qui accoucha la femme deBasilisque, empereur d'Orient ; nous ne savons d'elle que son nom.
Au VHP siècle, Théodore Priscien dédie un de ses ouvrages à une sage-femme nommée Salvina, dans l'édition de Bâle, et Victoria, dans celle de Strasbourg ; elle jouissait probablement d'une certaine réputation sous ce double nom.
Au XIP siècle, paraît un écrit sur les maladies des femmes : Trotulœ curandciïmm. segritudinum muliebrium, ante, in et 2Jost partum qui, bien que signé Éros, un médecin salernitain, sans doute, semble inspiré par une célèbre sage-femme de l'époque, Trotula. On a déplus signalé l'existence d'un manuscrit qui a pour titre : Trotula in utilitatum mulierum et pro decoratione earum, scilicet de facie et de vulva earum. « Ce titre indique, dit Herrgott, les soins que cette femme donnait à ses compagnes pour leur conserver tous les avantages physiques, parmi lesquels, les soins de conservation et de restauration des parties génitales, lésées pendant l'accouchement, sont certes à placer en première ligne ». Aussi Herrgott a-t-il revendiqué pour cette habile praticienne la priorité de la périnéorrhaphie. Avant elle, les médecins se bornaient à conseiller l'emploi de certains cosmétiques pour rétrécir les voies génitales trop relâchées.
Au XIIP siècle, le Livre de la Taille (1294) contient le nom de quelques ventrières., mais aucune n'est autrement connue.
Du XIY" siècle, il ne reste aux archives de l'Assistance publique que des pièces attestant qu'en 1378, il y avait à l'Hôtel-Dieu une ventrière des accouchiez, du nom de Juliette (2).
Au commencement du XV^ siècle, Perette, ventrière jurée de Paris, femme de Thomas de Rouen, fut condamnée par sorcellerie ; grâce à sa renommée d'accoucheuse, elle obtint remise d'une part de sa peine et fut seulement exposée au pilori (fîg. 1). Les lettres de grâce accordées par Charles VI, le 17 mai 1408, sont aux Archives nationales et ont pour titre: Remissio pro Perreta uxore Thome de RotJiomago ; elle portent :
« Charles, etc., savoir faisons à tous présens et avenir, nous
(1) Ou mieux son traducteur.
(2) Henriette Carrier. Les origines de la Matvvnilé de. Parie.
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avoir receu l'umble supplicacion de Perrette, femme de Thomas de Rouen, contenant que comme désia pieça (depuis quelque temps) elle se feust mise et appliquée à estre ventrière, et recevoir enfans
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l'id. 1. — Le pilori des luillcs (1)
(1) Au iniliuu (ks la tuur se trouvait un cercle en fer, mobile et percé de trous où Ton faisait pas^ser la tête et les bras des patients, qui y étaient exposés trois jours de marché consécutifs. De demi-heure en demi-heure, ou leur faisait faire le tour du pilori, pour les mieux montrer au peuple. — La gravure que nous donnons est de l)eaucoup postérieure à l'époque de Perette, la piloriée; mais l'édicule des halles était fort ancien et le mode d'exposition traditionnel.
naissans, pour secourir aux nécessitez de la vie de son dit mary, d'elle et de quinze enfans qu'ils ont eu en leur mariage, dont aucuns sont encore en vie, lequel office icelle suppliante a fait et exercé bien et loyaument, par l'espace de vint ans ou plus, et par long temps a esté ventrière jurée de nostre ville de Paris, sans aucune complainte (plainte), maiz par sa loyauté, diligence et industrie a acquis l'amour et faveur de plusieurs nobles femmes, bourgoises et autres ; et il soit ainsi que dés environ la saint Jehan- Baptiste derrenièrement passée, une femme nommée Jehanne Chantre, dicte la Boudière, que la dicte Perrette congnoissoit à cause de ce qu'elle avoit receu d'elle trois enfans, se trahy (se transporta) par devers la dicte Perrette, et lui distque se (si) elle lui povoit faire finance (procurer) d'un enfant mort né, elle la paieroit de tout ce qu'elle lui devoit pour avoir reçeu ses diz enfans, et si lui feroit donner vint escus : la quelle lui respondi qu'elle n'en pourroit ne sauroit faire finance ; mais la dicte Boudière lui dist lors que un grant seigneur de France estoit devenu si mesel (lépreux) qu'il ne s'osoit veoir en nostre court (cour), et avoit trouvé un mire (médecin) qui avoit promis à le garir, mais que on lui fist finance d'un enfant mort né, et que se la dicte Perrette lui en povoit faire finance elle lui feroit donner lesdiz vint escuz, et se ledit seigneur povoit garir il la feroit si riche femme que jamaiz elle n'aroit mestier de recevoir enfans ; et tant pria de ce la dicte Perrette qu'elle lui accorda. Et ces choses dist la dicte Perrette à une ventrière nommée Katherine la Petionnc (petite), à la quelle la dicte Boudière paravant avoit de ce parlé, en lui disant que se aucun lui en venoit qu'elle lui apportast en sa maison. Et pour celle cause, la dicte Boudière par chascun jour, ou au moins très souvent, et par Pespace de deux moys ou environ, vint devers la dicte Perrette pour savoir se ledit enfant mort né lui estoit venu, dont la dicte Perrette, par annuy (ennui), dist à la dicte Boudière que dudit enfant mort m; elle ne pourroit, ne sauroit faire finance, et s'en descharga (déchargea). Et depuis par l'espace de six sepmaines ou environ, la dicte Katherine vint par devers la dicte Perrette, et en sa bourse (poche), lui apporta un enfant mort né du long d'une palme (main) ou environ, qu'elle bailla à la dicte Perrette, et lui dist qu'elle le gardast tant que la dicte Boudière le venist querre (chercher), et à tant s'en parti. Et assez tost après, la dicte Boudière vint par devers la dicte Perrette, et lui demanda se la dicte Katherine lui avoit apporté ledit enfant mort né : laquelle lui respondi que oil (oui), et le lui monstra; et à tant la
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dicte Boudière se parti, disant qu'elle l'aloit dire à ceulx qui de ce faire Tavoient chargiée. Et le lendemain, la dicte Katherine retourna devers la dicte Perrette, et lui dist qu'elle ne savoit que ses gens vouloient faire dudit enfant mort né, et que par son conseil elles ne leur bailleroient point, mais l'enterreroient : laquelle Perrette respondi que la dicte Katherine disoit bien, et pour ce, elles deux l'alèrent enterrer aux champs, et depuis, ce jour mesmes, la dicte Boudière vint devers la dicte Perrette, et lui demanda ledit enfant mort né : à quoy la dicte Perrette respondi que elle et la dicte Katherine Pavoient enterré aux champs, dont la dicte Boudière fu moult (très) courouciée, disant que la dicte Perrette la feroit tenir pour baveuse (bavarde) et menteresse, et menaça la dicte Perrette, disant qu'elle avoit mal fait, et qu'elle s'en repentiroit ; et néantmoins pria la dicte Perrette qu'elle alast avecques elle par devers ceulx qui de ce faire Tavoient chargée, pour lui aidier à soy excuser devers eulx; laquelle Perrette lui accorda, et ala avecques la dicte Boudière en la rue de Rosiers, en un hostel où elle trouva un grant homme, et gros, vestu de gris, et un autre homme mandre (moins grand), aussi vestu de gris, et un autre vestu de noir, qu'elle ne congnoissoit, auxquels la dicte Boudière dist que la dicte Perrette et Katherine avoient enterré ledit enfant mort né aux champs, dont lesdiz trois hommes furent moult courciez (courroucés), et derechief menacèrent la dicte Perrette de lui faire annuy (peine) et dommage ; et néantmoins ledit grant homme vestu de gris, que depuis la dicte Perrette a oy (entendu) nommer Guiselin de Rebesnes, pria et requist la dicte Perrette qu'elle voulsist (voulut) bailler ledit enfant, et lui jura et afferma (affirma) que ce n'estoit pour aucun mal faire, mais seulement lui mectroit-on un peu d'oignement (d'onguent) en la main, et lui en feroit-on oindre le visage du seigneur qui estoit mesel (lépreux), et, par ce, sa raffle (croûte) lui cherroit (tomberait) de son visage, et tantost après, ilz rendroient et restitueroient à la dicte Perrette ledit enfant pour icellui enterrer. Et pour ce, la dicte Perrette, qui est simple fenime, accompaigniée d'un jeune varlet (valet) dudit hostel, ala déterrer ledit enfant, et l'apporta oudit hostel, et le bailla à l'homme vestu de noir que on disait estre le médecin, prcsens, ledit Guiselin, l'autre homme vestu de gris, et la dicte Boudière qui ala en une des chambres dudit hostel, et apporta une heuque (robe de chambre) fourrée qu'elle bailla en gaige à la dicte Perrette qui ne la voult (voulut) prendre, mais la dicte Boudière dist et aff"erma qu'elle la prendroit, au moins pour mémoire ; et pour ce, la dicte Perrette print la dicte heuque, et l'apporta en
son hostel, et dedens deux ou trois jours après, la dicte Boudière apporta deux frans qu'elle bailla à la dicte Perrette, et d'elle reprint et emporta la dicte heuque. Toutes lesquelles choses furent, et ont esté faictes au desceu dudit Thomas de Rouen, et pour ce qu'il est venu à congnoissance de Justice que ledit Guiselin et ses complices, dudit enfant mort né, ont voulu faire sorcerie (sorcellerie) ou autre maléfice, ledit Guiselin et plusieurs autres ont esté prins (pris) pour ledit cas, et emprisonnés ou chastellet de Paris, et entre les autres, la dicte Perrette de Rouen, par l'espace de six sepmaines, ou environ, pour ledit cas, a esté prisonnière oudit chastellet, à grant poureté et misère; et finalement, par la sentence de nostre prevost de Paris, la dicte Perrette, avecques la dicte Katherine, a esté condempnée à estre tournée ou pillory, et privée dudit office de ventrière : laquelle sentence a esté exécutée en tant que touche le pillory, et, par ce, la dicte Perrette délivrée de prison ; par quoy, elle et son dit mary sont en voye de user le remenant (reste de leur vie) en grant reprouche et deshonneur, et en très grant poureté et misère, et mesmement que ledit Thomas, qui est vieil homme, ménestrel, doresenavant, peut pou ou néant gaignier à son mestier, et, par ce, leur conviendra fouir (fuir), et laissier ce pays dont ilz sont nez, se de nostre grâce et miséricorde, ne leur est sur ce pourveu, en nous humblement requérant que d'icelle nostre grâce leur vueillons pourveoir. Pourquoy nous, ces choses considérées, voulans miséricorde estre, en ceste partie, préférée à rigueur de justice ; et que la dicte Perrette, par tout son temps, a esté preude (honnête) femme, de bonne vie, renommée et honeste conversacion, sans ce que onques mais elle feut, ou ait esté reprinse, blasmée, ou soupeçonnée d'aucun autre blasme ou reprouche, et que elle avoit fait ou commiz les choses dessus dites plus par simplesse et ignorance que par malice ; attendu en oultre, que en ce fait, n'a eu aucune partie bléciée, fors seulement justice, et que la dicte Perrette, tant par détencion de longue prison, comme pour la paine et honte dudit pillory a esté et est grandement pugnie, et que son service, office, ou industrie est bien nécessaire à la chose publique, et mesmement que plusieurs femmes grosses se confient moult (beaucoup) en sa science et diligence, et de jour en jour, la viennent et font requérir (demander) pour leurs enfans recevoir, à icelle Perrette de Rouen, ou cas dessus dit, de nostre grâce espécial et auctorité royal, avons quictié, remis et pardonné, et, par la teneur de ces présentes, quictions, remectons et pardonnons le fait, cas et offense dessus diz, avecques la pugnicion de son
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dit office, et la restituons à sa bonne famé (réputation) et renommée à son dit office ou mestier de ventrière, sans être jurée, et à ses biens non confisquez, satisfaction faicte à partie civilement se aucune en y a et faicte n'est. Si nous donnons en mandement à nostre prevost de Paris, et à tous noz autres justiciers et officiers, ou à leurs lieuxtenants présents et à venir, et à chascun d'eulx, si comme à lui appartiendra, que de nostre présente grâce, rémission, pardon et réhabilitacion, facent, sueffrent (souffrent) et laissent à la dicte Perrette joir et user plainement et paisiblement ; sans lui faire, ne souffrir estre fait, mis, ou donné doresenavant, en corps, en biens, en exercice dudit mestier ou office, ne autrement, aucun destourbier (obstacle) ne empeschement ; laquelle chose se faicte estoit, lui mectent, ou facent mectre tantost, et sans delay, à plaine délivrance, et au premier estât et deu : et imposons sur ce silence perpétuel à nostre procureur. Et affin que ce soit ferme chose et estable à tousiours, nous avons fait mectre nostre seel à ces présentes ; sauf en autres choses nostre droit, et l'autruy en toutes. Donné à Paris, le XVII^ jour de may l'an de grâce, CIO CCCG et huit, et de nostre règne le XXVIP.
« Par le roy à la relacion du conseil. CHARRON. »
Perrette mourut peu de temps après sa réhabilitation, en 1411, rue Aubry-le-Boucher et fut inhumée aux Charniers des Innocents.
A l'étranger, au XV^ siècle, nous n'avons à mentionner que Marguerite CoBBE. Cette sage-femme fut au service d'Elisabeth Woodeville, femme du roi Edouard IV et mère de ces deux princes qui ont fourni à Casimir Delavigne le sujet d'une tragédie célèbre, à Paul Delaroche le sujet d'un beau tableau. L'aîné des Enfants d'Edouard, qui portait le nom de son père, naquit en 1470 « dans le sombre sanctuaire de Westminster (1) «, Marguerite Cobbe étant en charge. C'est elle aussi qui, trois ans après, dut aider à la naissance du cadet, Richard, duc d'York. En effet, les Rôles du Parlement àe 1474 contiennent un document dont nous traduisons le passage suivant, qui donne le montant des gages d'une sagefemme royale à la Cour d'Angleterre :
« ... Etant toujours pourvu que cet acte ou tout autre acte passé ou futur du présent Parlement ne portera atteinte ni préjudice aux
(1) J. H. Aveling, English mldwlvcs [Les sages-femmes auglaiscx).
droits que Marguerite Cobbe, ci-devant épouse de John Cobbe, accoucheuse de notre très chère femme Elisabeth, reine d'Angleterre, a au don de dix livres sterling par an, pour sa vie durant, fait par lettres patentes du i5 avril de la neuvième année de notre règne (1470) ».
Avant de quitter le moyen âge, remarquons qu'à cette époque, les femmes de la plus haute condition consentaient à jouer le rôle de matrones ; Delacoux raconte qu'une princesse de Castille fut souvent consultée pour savoir si les jeunes personnes qu'on destinait au mariage étaient propres à porter des enfants. On sait que ce fut Yolande d'Aragon, belle-mère de Charles VII, qui, assistée des nobles dames de Gaucourt et de Fienes, constata la virginité de Jeanne d'Arc :
a Fut icelle Pucele baillée à la roine de Sicile (Yoland d'Aragon) mère de la roine notre souveraine dame, et à certaines dames étant avec elle, dont étoient les dames de Gaucourt et de Fienes; par lesquelles icelle pucele fut visitée es parties secrètes de son corps. Et après qu'elles eurent vu et regardé tout ce qui requis étoit en ce cas, ladite dame dit au roi, qu'elle et ses dames trouvoient certainement que c'étoit une vraie et entière pucele, en laquele ne paroissoit aucune corruption ou violence ».
Sages-femmes des temps modernes. — Au début des temps modernes, nous rencontrons le nom de la sage -femme d'Anne de Bretagne, Thomine Boudeville, qui reçut de sa royale cliente, comme cadeau de noces, mille livres tournois, somme considérable pour l'époque.
Nous trouvons dans Tintéressante monograpliie de M"" Henriette Carrier (1), le nom des « saiges-femmes » qui se sont succédé à l'Hôtel-Dieu depuis 1512 jusqu'en 1579 (2). Ces sages-
(1) Loc. c!t.
(2) 1512, JAQUELINE GAILLART. — 1521», NiCOLLE Cakandel. — ]5:î1, Sy- MONXE Chrestienxe. — lôiiô. Magdeleine de La Salle. — ]r).3(;, Catherine GouRNAT. — lô3s, Édeline Baerle. — l'AO, Nicole Guérine. — 15i3, Marie Aubery Robert.— Iô4ii. Katherine la Guillemarde et Perrette Lavoyne.— 1547 :\ 1552, Jehanne Glosière et Perrette Lavoyne. — 1552, Margueritte Godeffroy et Barbe Caby. — 1553 à 1550, Perrine Dupuis. — 155G, Anne lîRÉGiL. — 1558, Perrette Coyon. — 1559, Nicole Salle. — 1560, Françoyse Simon. -- 1503, Guillemetïe Melly et Perrette Couronne. — l5C,i, Pasquette Remy. — 15r)5, îIadaline Médot. — 15i!7, Pasquette la Royxe. — 1508, Collecte Faucheure. — 1509, Opportune Dbsta. — 1570, Claude Mérienne. — 1572, Hubarde mère. — 1573, Marie Thibault. — 1579, Perrette DE la Fresche.
femmes avaient la nourriture et le logement à l'hôpital, mais étaient rétribuées à la tâche ; ainsi le 9 mars 1594, il fut payé par le receveur général à Jacqueline Fleury, sage-femme de PHôtel- Dieu, pour trois femmes grosses qu'elle a délivrées, « la somme de vingt-deux solz six deniers tournois». Etant seules à faire tous les accouchements de l'hôpital, elles devaient acquérir au bout de peu de temps une grande expérience ; cependant, nous ne voyons pas que les souveraines se soient jamais adressées aux sages-femmes de l'Hôtel-Dieu pour leurs couches. Catherine de Médicisfut assistée par dame Françoise; Elisabeth d'Autriche eut recours à YsABEAU Beaudoin, comiue en fait foi le registre d'épargne de Charles IX, pour l'année 1578, où se trouve l'acte suivant: « A Ysabeau Beaudoin, sage-femme de la Royne Elisabeth d'Autriche, i25o liv. pour ses services et bon debuoir qu'elle auroit faist à l'endroit de la personne de la dite dame le jour de son accouchement... le surplus de laquelle somme montant pareille somme de i25o 1. lui sera payée en Tannée prochaine ». Nous verrons Marie de Médicis se confier à Loyse Bourgeois et Anne d'Autriche à Peronne Du Moutier. Ni Ysabeau, ni Loyse, ni Peronne n'appartenaient à l'Hôtel-Dieu.
La Dupuis (1) sage-femme jurée du Châtelet (2) et Peronne Boyadan (3), autre jurée de Paris, sont connues pour avoir fait passer l'examen professionnel à la célèbre Loyse Bourgeois. Celle-ci a raconté, dans sa relation des Six couches de Marie de Médicis (4), les incidents de cette épreuve (5) et Topposition que fit dame Dupuis à sa réception. L'examinatrice disait de la candidate • « Puisqu'elle est femme d'un surgean (chirurgien) elle s'entendra avec ces médecins comme coupeurs de bourses en foire. 11 ne nous faut recevoir que des femmes d'artisans qui n'entendent rien à nos affaires ».
La Dupuis était pratique ; elle n'avait d'ailleurs pas tout à fait tort de se défier de Loyse Bourgeois ; celle-ci devait plus tard la
(1) Marguerite Thomas, dite Du Puy, reçue le 3n juillet 157(;.
(2) C'était le prévôt de Paris qui, sur le vu des lettres de provision obtenues du roi, recevait les sages-femmes jurées du Châtelet. Celles-ci, tous les premiers lundis du mois non fêtés, devaient assister au service divin en l'é.iîlise SaintCosme, puis visiter les pauvres femmes ma]a<les i\ qu'il était resté quchiuMncommodité de leiugrossesse. (Lettres de comvi/a.s/nn du liai au j>7'év(>t de l'ttrix, 1371, citées iiar ('h. Desmaze, le Châtelet de Piiri.s.')
(3) Reçue le 20 octobre 1570.
(4) V. Les accouclunnents à la ecur.
(5) Le 12 novembre 1.5it8.
supplanter auprès de Marie de Médicis et, malgré l'avis du premier médecin Dulaurens qui recommandait la Dupuis, l'assister dans toutes ses couches.
LûYSE Bourgeois, dite Bourgier, naquit en 15G3 et mourut en 1636. Elle a raconté sa vie et ses débuts dans une relation que nous avons déjà publiée (1) et à laquelle nous renvoyons. Loyse
FIG 2. — Loj-sc Bourgeois, à 45 ans. Fac-siinilc tire de ses Œuvres.
Bourgeois avait une teinte de littérature; ses mémoires sont intéressants, écrits dans un style simple et attachant. Elle a placé en tête de son livre, suivant l'usage du temps, des pièces de poésie qui lui furent adressées par quelques ronsardisants de l'époque.
(1) V. Les accoticJiementsJi la cour.
En voici plusieurs échantillons :