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Achat du cheval, ou Choix raisonné des chevaux d'après leur conformation et leurs aptitudes

Le cheval est un moteur vivant, c'est-à-dire une machine organisée qui puise se*^ forces dans son origine et dans sa structure, que ses renouvelle par l'alimentation, et dont les aptitudes sont appliquées à la satisfaction de divers besoins de l'homme.

L'effet utile d'un moteur dépend des conditions qui lui sont propres, en d'autres termes, de la nature des matériaux qui le constituent et de leur mode particuher d'agencement. Celles qui appartiennent au cheval appellent une étude spéciale de laquelle doit ressortir l'appréciation assez exacte de ses mérites, de sa valeur.

Acheter un cheval est chose vulgaire ; le bien choisir est souvent malaisé. De prime abord, on se montre volontiers facile. Par lui-même, lors surtout qu'i est présenté avec quelque habileté, l'animal plaît vite si le vendeur a su lui donner un peu d'apparence, si l'acheteur n'est pas, faute d'expérience, à l'abri d'un m d'enthousiasme. Mais combien ont j*egretté , le

lendemain, les entraînements de la veille! Ce chenal qui avait paru si brillant, si beau, si allant, si complet, comme le voilà changé! On ne le reconnaît pas. C'est qu'en effet il est méconnaissable. On ne voit plus rien de ce qu'on avait si fort admiré, il y a quelques heures à peine ; en retour on voit toutes sortes d'imperfections qu'on n'avait point aperçues.

C'est une école; on en conservera le souvenir.

L'occasion ne se fait pas attendre. On se remet ea quête, et Ton espère bien n'être plus dupe ni du beau langage, ni des finesses du vendeur.

On est donc sur ses gardes , on examine de près ; mais on agit sous l'influence d'une telle prévention et d'une appréhension si grande, qu'après avoir vu tout en beau, maintenant on voit tout en noir. C'est l'histoire bien commune du chat échaudé. On est devenu timide, timide à l'excès, et le meilleur paraît mauvais. La peur du mal a donné le mal de la peur ; on n'ose plus se décider; plus difficile ou plus sévère que de raison, on aspire à l'impossible. On va de l'un à l'autre sans s'arrêter à aucun, et l'on se brouille et s'embrouille tant et si bien, qu'on finit souvent par prendre moins bon que la première fois.

D'où vient cela? Nous pouvons le dire sans courir le risque d'offenser personne, car nul ne s'apphquera personnellement la remarque : cela vient tout simplement de ce qu'on n'a pas la science infuse. On a cru pouvoir juger le cheval avant d'avoir appris à le connaître, avant d'avoir cherché à l'apprécier dans les éléments même de sa valeur.

Nous allons rechercher quels ils sont, et. nous ferons un petit cours, très-élémentaire, â l'usage de ceux qui veulent devenir aptes à bien choisir le cheval de leurs besoins.

Les principales sources de la valeur du cheval, nous venons de le dire, émanent tout à la fois de son origine et de sa structure, soutenues Tune et Tautre, fortifiées ou affaiblies par le mode de nourriture et d'élevage.

Aux yeux de celui qui achète, tout s'efface, tout, hormis la forme : c'est par elle qu'on juge la machine. Pour si importante néanmoins qu'on tienne la conformation, on ne lui accorde guère, en général, qu'une importance irréfléchie. On ne sait pas assez qu'il y a dans la construction de tous les êtres une inviolable subordination d'organes. L'enveloppe extérieure, ce qu'en terme de métier on appelle le modèle, n'est qu'un reflet des dispositions intérieures bonnes ou mauvaises, heureuses ou défavorables de l'organisation profonde; elle donne à l'organisme entier un corps percevable, tangible, appréciable.

Aussi la pratique devient-elle chose très-essentielle dans le choix du cheval; on ne l'acquiert vite qu'on s'aidant des lumières que porte avec elle la connaissance raisonnée de V extérieur.

Il ne s'agit pas ici d'une élude de détails, en quelque sorte didactique, mais d'un examen ou d'une étude d'ensemble qui élague tout ce qui n'a qu'un mince intérêt ou se montre tout-à-fait secondaire, pour s'attacher cciilcîTient aux points fondamentaux sur lesquels

s'appuie la machine, pour s'en tenir aux larges questions de vitalité d'où naissent les qualités, les aptitudes, l'utilité effective.

Tous les yeux, écrivait Bourgelat, n'ont pas le droit de bien voir. Ceux-là seuls, en effet, outrepassent la superficie, pénètrent au-delà de la peau, qui savent ce que recouvre Tenveloppe. Gomment appréciera-t-on la valeur des signes extérieurs s'ils n'expriment pas, s'ils ne traduisent pas aux yeux les résultats que doit produire la conformation interne, qui n'est pas une, mais diverse, qui est bonne ou mauvaise.

Nous n'exigeons pas de l'homme appelé à posséder des chevaux des connaissances illimitées, mais nous l'assurons d'un fait, c'est qu'il ne saura jamais ni les bien acheter ni en tirer bon parti, s'il n'acquiert tout au moins un peu de théorie, et si, par esprit d'observation, il n'arrive pas à un certain degré d'expérience pratique.

On dit et non sans raison : lorsqu'il s'agit de che- "Vaux, l'Anglais regarde, l'Allemand médite, le Français pense à autre chose. N'est-ce pas à cause de cela que nous utilisons si mal le cheval que nous n'achetons pas bien? Il en résulte pour nous des pertes énormes et qui se renouvellent sans cesse.

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