HL PRÉPARATION A LA MAIN OU PAR LA CHALEUR SOLAIRE
Les préparations de ce genre faites en régie par l'Administration des forêts fournissent les semences suivantes :
Les préparations à la main sont employées pour la récolte des graines de sapin, de pin cembro et de cèdre.
Les préparations par la chaleur solaire fournissent les graines de pin d'Alepi de pin maritime, de pin laricio de Saint-Guilhem et une partie de l'approvisionnement en pin laricio de Corse, pin sylvestre et pin à crochets.
Préparation a la main. — Sapin, — Les graines de sapin s'obtiennent sans autre préparation que l'étendage des cônes en couche mince sur des aires bien aérées. Les cônes y sont remués de temps en temps pour empêcher réchauffement et faciliter la dessiccation. Après quelques jours de ce travail, les écailles se détachent naturellement de l'axe, et la récolte
p/çstplws g«'uu fimî^s 4'ép^H^, de gT^m% et. 4'îi?;w 4^ oôpes. S'il fii^^te encore p^lqu^ fruits ejnU^r&, ils s^^^?M^nt ^. la i^m une l^gèçe \Qrsio,n qui les désarticule, Si Jçisi qû^e? çcstfÛÉ^i entie^p^, çift %aritH 0r gvie )a récolte a été prématurée et que la graine sera mauvaise ; il ne faudrait p?^s diminvier ^corf s^ %m\\\éi f|çi fof ç^^^ ]^, (J^^vtiÇBÎf^ttft ^ par des battements s^u Héa.^,
Lç mélçLiige olxtenu p^f ^^. i^aanipuUUQ^ rircJe'Ssu^ ç^t nettoyé w moyen de cribles^ sçulçrp^.nt f^u ix\çimwt âo Vepyoi, çftr il ^ été ^"^ • connu (|ue la graine u^él^^g^^ ^.vec 4^^ écaille^ ^^ çof^sepv^ i^ieux; il faut avoir soii) 4^ revendre ?-n ppi^pbe^ n^ipçesi dan^ 4^^ greniers secs et aérés et de remuer le pi^é^nge 4e tçpaps e;n ten^psi.
L'Admiîiistr^tiQiif préps^rç ^insi 4^8 quotité* rçlativeiftwttaibleg pour les approvisionnements généraux du service domanial ; la simplicité 4e cette manipulatiop per^npt, çn gépérj^l, ç^ni^ ftgPUt^ de yéçQUer 4a°s chaque forêt les quantité^ qyX \q\xx soat uécessaiiiçes. L'cj^ppravisiq^upment centralisé ^nnue^leiup^t ne s'élève guèi;'e aU'46S3usi de \ QQD à 3 QOO ^kilogrammes ; il est deoiandé tantôt w\ Yo^es, tantôt au département de l'Au4e.
Paus les YosgpSa la prépftra,^ioi:\ e^t fçûte pj^r les paysfinii ou les gs^rdes forestiers, qui apportent ^ uu magasin domanis^ déteriniué les graines nettoyées et prêtes à étrç employées ; le prii^ 4e reyient s'est élevé à 63 centin^es par kilogramme de graine ailée en i^gO ; ce chiffre est inférieur au prix du commercçA wais il est supérieur à celui des ^'écoltes ' faites dans VAude, qui a été de 58 centimes en i877 ^\ 4e. 30 centimes en 1879.
Dans ce dernier département, les cônes sont récolté^ dirç.ç,ten\ent par rAdministration, emmagasinés dans les greniers et manipulés par ses soins. A rinfériorité du prix de revient, il faut ajouter un second motif qui fait préférer, en général, les récoltes de l'Aude: la plus grande partie des grf4nes demandées çst ^(nplayé^ dans les départements voisins de cette région, de sorte que Ton obtient de cette façon une essence mien^ ^PPI^ppné^. au sol et. u^e écnnoinici notaire «ur les frais de transport.
yhçciolitre de cônes récoltés a^ donné, çin j8d0, *} )^il€fgf^nîmes de graines désaîlées. Le poids du litre v^rie he^U^oup^ du inoMPAent où la graine sort du çAnç jusqu'î^u momenlj 4«^ VeflftplQi ; 4^ expé?*iewes faites ont 4éniGntré que \ litjre pesn^nt ^% gçftpipies ^u ^|tiy du cône pesf^it, 4eux u[\çis après^ 340 grammes. GeMie perte, en? si peu de temps, de quatre dixièmes de son poids^ tant en eau qu'en buU^ esisentielles, explique Ift ppu d^ d^rée et 1«^ fç^lbJesse 4e la qualité gewinative de cette essence,
Les expérienpes faites ^^r les éelientillons de ees réooltes ^ess<ées aux Barres ont î'évélé un \^m gern^n^tif 4e ift k 2.6 vmx IQP. Ces cl^ffres ne nous pc^raiss^nf B^a reF^sç^ter sa qualité réelle. 1^* essais
ORt pté faî^ géBéra]meg[t suj flapeUft, îls spn.t ^rès 4PçUP.s h exéç^te^ ainsi : beaucoup de graines moisissent avant le développement de la plantule. Ils devraient toujours être faits en terre pour des graines de Tespèce absorbant Thuoiidité aussi facilement qu'elles l'abandonnent ; car, bien que le spl p'ait pas d'action chimique ou pl\y^ique sur la germination proprenfifiat dite, il exerce une action conip^satrice en distribuant à la grai?i§, successivement et au fur et à roeeure des besoins, les éléments nécessaires à la croissance de la plantule.
La deuxième année après la récolte, le taux germinatif est tellement faible que Tensemencement de la graine de sapin de cet âge peut être considéré comme inutile.
Pin cembro, —r Le pin çefni];)ro est récolté principalement dans \es Basses-Alpes, gçi récolte est toujours inçerta-ipe, comme il ^ été déjà expliqué au sujet des acquisitions faites dans le commerce. Les paysans qui soutpçiy^^ à la joizrnée pu au kilogramme, cueillent les cônes et les égrènent soit à la main, soit en les battant avec des bâtons. La dureté du péricarpe rend cette dernière opération possible. Le triage de la graine, des écc^illes et des axes de cône se fait ensuite en mettant le tout daîis un pc^nieripimer^é dans l'eau; par des secousses successives, on fait ren^o^tey les axes et les graines vides au-dessus des bonnes sentences gui restent dçins le fond; puis, en immergeant plus profoqdéiment, les dôchetsi se séps^rent complèteme^t et sortent du panier. La graine est epguite séchée et mise en magasin,
Dès 1j^ fin de septembre, qu les premiers jours d'octobre, la g^:aine est suffisamment formée pour être cueillie ; il faut hâter la récolte, dan^ la crainte des premières neiges qui peuvent rendre la forêt inaccessible, 80\t défîn^^yemçiit pour t,o\it Thiver, ^pit. momentanément. Les écureuils, les oiseaux geais et casse-noix sont très friai^da de cette graine ; au moment des premières neiges, ils se précipitent en masse sur cette nourriture, et n'émigrent qu'après avoir vidé tous les eônes ; de aorte que souvent, si l'on veut continuer la cueillette à la fin d'octobre ou au commencement de novembre, la récolte ne peut se f^iyp ^ans c(e fePJÎ^es conditions. L'ouvrier ne trouve que qnelques cônes pleins ; les autres gisent sur le aolj réduits â leur axe garni de la mojtié çles éîcailles et 4^^ péricarpe, formant up tout assez çur|e^î: et qn'w premier ftborâ on ppurrstit prendre pour v|ne mprille sèche.
L^ grs^ine de cette, essence est de plus en plus demandée par le service du reboisçmept pour les zones supérieures des périmètres; mais rAcJm.inistratidïi n'obtient qçe bien rarement l'approvisionnement qni lui est nécessaire.
Lps récoltes semblent cependant portées à leur maximum dans les BassearAlpes, et elles ne pourraient se déveippper quelque pçu que ^^us les Hantes-Alpes et l'Isère.
Les récoltes faites depuis 1873 ont procuré 35889 kilogrammes,
savoir :
Kilogrammtt.
Pour satisfaire à toutes les demandes, il eût fallu recueillir plus de 80 000 kilogrammes ; les agents doivent donc faire tous leurs efforts pour utiliser avec la plus stricte économie les quantités de semence qu'ils reçoivent.
vu*, u Vvu va^ Lç ppix de revient du kilogramme désailé a été, en 1873, de 45 centimes ; depuis, il a varié entre 64 et 78 centimes, suivant l'abondance de la fructification.
Lorsque TAdministralion paye les ouvriers à la tâche, ils reçoivent, pour Tannée de fructification moyenne, 55 à 58 centimes par kilogramme, y compris la redevance de 10 centimes payée au propriétaire de l'arbre sur lequel les cônes ont été cueillis; les frais de transport et d'emmagasinage viennent augmenter ce prix. Gomme la graine de sapin, celle de pin cembro perd une notable quantité de son eau de < végétation, depuis le moment de la récolte jusqu*à celui de l'emploi.
Ainsi, dans un des magasins de l'Adminisiralion :
En 1876, 8 571 kilogrammes récollés n'ont donné pour l'emploi que. ... 7 850 kilog.
ri" ^
Total... 18 896 kilogrammes. 16979
La perte moyenne esl donc de 1917 kilogrammes ou environ un dixième du premier poids.
La quaJité germinative révélée par les essais des Barres a varié, pendant cette période, de 4 à 19 pour 100; mais ce taux ne représente pas la valeur exacte de cette qualité. Le motif de l'inexactitude du résultat n'est pas ici le même que pour le sapin. Dans un semis de pin cembro, exécuté en pépinière, la plantule ne se développe qu'après dix-huit mois de mise en terre ; pour obtenir une croissance moins lente, il est nécessaire d'immerger la graine pendant une ou deux semaines et de provoquer la germination par des manipulations spéciales. Les expériences faites sur flanelle pendant une période fixée à vingt ou trente jours ne peuvent pas produire un effet physiologique
yj
suffîsant pour développer la plantule. Si Ton réfléchit que Timmerition faite lors de la manipulation sépare toute graine vaine, il est clair que le résidu est entièrement composé de semences lourdes, normalement constituées et) par suite, susceptibles de germination; les chiffres énoncés doivent donc être inexacts. Dans la pratique,pour savoir si la semence est bonne, il suffit de reconnaître, siTamanden^a pas ranci, ce qui est facile en la goûtant. Ce mode d'essai paraît le meilleur pour cette graine.
La facilité avec laquelle cette amande rancit rend très difficile sa con* servation. Le meilleur moyen à employer est la mise en silo ; on peut ainsi lutiliser au bout d'un an. Mais les plus grandes précautions doivent être ; prises pour la mettre à Tabrides rongeurs si friands de cette nourriture. \
L'hectolitre de cônes de pin cembro donne environ I2'^>900de graines nettoyées.
Le poids du litre a été, en 1879, de 645 grammes au moment de la récolte ; il était réduit à environ 550 grammes au moment de remploi.
Cèdre, — La semence de cèdre récolté dans TAtlas par les soins du service forestier algérien est expédiée dans les cônes en France ; rappro-» visionnement est centralisé aux Barres.
Au moment de l'expédition, les cônes sont jetés dans Teau, où, aprèâ vingt-quatre ou trente-six heures d'immersion, on les désarticule facilement à la main en les tordant ; la graine est ensuite séchée et expédiée.
Cent kilogrammes de cônes donnent 14 à 15 kilogrammes de graine<; nettoyées, soit environ7 à 8 kilogrammes par hectolitre. L'approvisionnement utilisé annuellement dépasse rarement 500 kilogrammes de cônes.
Préparation par la chaleur solaire.— Pour toutes ces préparations, nous pourrions nous contenter de décrire la méthode généralement employée, mais^ pour bien montrer les efforts tentés et servir de guide aux essais ultérieurs, il a paru nécessaire d'examiner successivement chaque centre de récolte et de donner quelques renseignements sur le détail de la manipulation faite. Nous diviserons cette étude par essence, et chaque essence formera un article divisé lui-même en deux ou troi$ parties, suivant le nombre des centres producteurs.
Ptn (FAlep. — Le pin d'Alep est préparé sur deux points différents, à Aubagne (Bouches-du-Rhône), où il existe une petite sécherie solaire, et dans la forêt du Luberon (Yaucluse).
La sécherie d'Aubagne a été établie en 18i3 par le département des Bouches-du-Rhône. à la demande des agents forestiers et à l'aide de subventions successives accordées par le ministère de l'agriculture. En 1848, l'Etat supprima ses subventions, et le comice agricole d'Aubagne fut chargé de la gestion ; puis, peu de temps après, le Conseil général la retira à ce comice pour la confier à un employé des ponts et chaussées. En 1855, l'administration départementale demanda que l'agent fo-
en résidence à Aubagne reprit la sarreillaDoe de l'établissement; a direction générale »'y opp<^sK ^^ s'appnyant sarrarticle 4du 'orestier. Lors de la promulgation de la loi sur le reboisemeol du let 1860. r Administration des forêts eut besoin de graines de Uep, ellereprîtdénnitivementrétablissementqu'elle gère depuis Ëlat et le département. Les produits sont répartis annuellement tionnellement aux dépenses faites par chacun d'eux. ]t 1860, la sécherie se composait simplement d'un hangar et aire louée à un propriétaire d'Aubagne. Depuis, elle a été quelju augmentée. Elle comprend actuellement une aire Inrge de res sur 211 mètres de long et un b&timent divisé en trois pièces ; lière sert à remiser le matériel et renferme buit caves en. maie destinées à recevoir les provisions de graines; ces euves acune une capacité de 1 mètre cube et sont recouvertes de >s en ftl de fer qui empècbent les rats d'y pénétrer, tout en pert la circulation de l'air. La deuxième et la troisième chambre mplies par les cônes, vides ou pleins.
;choir est une aire faite avec des carreaux de poterie vernie , il auré d'une clôture en fll de fer.
;6nes de pin d'Alep sont récoltés par les paysans dans les bois naux ou particuliers vers la fin d'avril ou le courant de mai ; ils îuile apportés à la sécherie, vérifiés, pesés et payés suivant l'abondé la récolte et la distance des bois producteurs à la sécherie. lix moyen varie entre 6 francs et 6 fr. 50 par 100 kilogrammes, ennement, à l'époque des fortes chaleurs, en juillet et en août, 3S étaient étendus sur le séchoir, où lis séjournaient deux à trois a plus.
, depuis ces dernières années, ils sont placés sur des claies mé- 18 à maille de 15 millimètres; lorsqu'on agite ces claies, les
sortent des cônes et tombent sur des draps étendus à terre, e ainsi le mélange avec les coi'ps étrangers toujours abondants aires à l'air libre.
;raines obtenues sont mises en sac, puis secouées et battues pour ilement; quelquefois ce désailement est obtenu par une immer-
quatreàcinq minutes dans l'eau. Elles sont ensuite vannées ées dans des tamis à maille de Sa millimètres et demi, séeliées, lieu, puis déposées dans les cuves, oil on les remue fréquemment "évenir la fermentation.
:oduction de cet établissement a été de I4 8t40 kilogrammes de 1881, savoir :
^ Kilojtranmieâ.
Report 1430
Total égal 14 880
Le prix de revient a varié, suivant les années, entre 2 fr. 17 et 2 fr. 99. Pour obtenir le prix moyen, il suffît de diviser la dépense faite pendant la période 1873-1881 par la production totale. La dépense totale étant de 35 439 fr. 13, le prix moyen est de 2 fr. 381 .
La somme de 35439 fr. 13 peut se diviser ainsi :
Achat et manipulation des cdnes et graines 41 210 Tr. 20
Location et réparations de riromeuble 4 384 9:)
Salaire du préposé surveillant 2 700 00
5*8 295 fr. 13 A déduire, prix de vente des cônes vides 2 856 00
35 439 fr. M
Ce détail nous permet de fixer ainsi la répartition de chaque nature de dépense dans le prix de revient :
Dépense pour achat dn cônes et manipulation 1 fr. 91
Location des bâtiments 29
Salaire du préposé 18
2fr.:)8
La qualité germinative a varié ces dernières années entre 61 et 83 pour 100; exceptionnellement, en 1880, elle est tombée à 217 pour 100; les agents ont attribué la faiblesse de ce taux à la rigueur de Thiver, pendant toute la durée duquel la maturité du cône s'acheva.
Voici, en outre, quelques renseignements statistiques recueillis en 1878 : 1^,349 de graines ailées donne 1 kilogramme de graines désailées ; 1 hectolitre de cônes pleins pèse 48 kilogrammes ; il donne 2>^,268 de graines ailées et 1^^680 de graines désailées. Le litre de graines ailées pèse 205 grammes et de graines désailées 492 à 523 grammes.
A la Font de TOrme, dans la forêt domaniale de Lubéron, la préparation n'est pas faite par TAdministration ; l'agent forestier local achète au prix invariable de 2 fr. 50 le kilogramme les graines désailées, récoltées et préparées par les paysans et les gardes forestiers des environs. Ces graines sont ensuite vérifiées et emmagasinées dans le grçnier de la maison forestière jusqu'au jour de l'expédition. Les acquisitions faites de 1873 à 1881 ont produit 5 116 kilogrammes, savoii^ :
Kilogrammes.
Total égal 5116
La qualité germinative a varié entre 76 et 85 pour 100 de 1873 à 1880, En 1881, elle n'a été que de 60 pour 100.
Au prix de 2fr. 50 énoncé ci-dessus, il faudrait ajouter la valeur locative du magasin et le salaire du surveillant ; on ne Fa pas fait jusqu'à ce jour, parce que Temmagasinement se fait dans un grenier inoccupé précédemment et par les soins des préposés locaux, dont le salaire n'a pas été augmenté pour cet objet.
Malgré cela, le prix est supérieur au prix moyen d'Aubagne. Doit-on en conclure que les récoltes doivent cesser sur ce point ? Non, car les quantités de graines demandées à ce magasin ne sont que les appoints destinés à parfaire Tapprovisionnement. Mais les agents locaux pourront très certainement, dès maintenant, faire une réduction sur le prix invariable de 2 fr. 50, lors des bonnes années de fructification.
Ces deux centres de production ont, jusqu'à ce jour, fourni annuellement toutes les quantités de graines demandées ; leurs rayons d'approvisionnement sont suffisants pour produire toutes les quantités nécessaires aux ensemencements exécutés dans la zone française continentale, où la culture du pin d'Alep est possible.
Pm maritime, — L'approvisionnement de graines de pin maritime est réalisé de deux façons difl'érentes :
\^ Par des prélèvements soit gratuits, soit à prix fixe, sur les récoltes faites par les concessionnaires de la cueillette ;
2* Par des récoltes en régie.
Le premier procédé est employé dans le département des Landes et de la Gironde. Le second, dans la Charente-Inférieure et la Vendée^
Dans les deux premiers départements, une décL^iion de M. le conservateur à Bordeaux réglemente ainsi les concessions de l'espèce.
AiiTiCLE !•". Les cônes de pin maritime sont récoltés soit à la main, soit au moyen de serpes ou crochets à long manche.
Le concessionnaire devra, dans Tun ou l'autre cas, prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter de rompre ou couper les branches.
Art. 2. Les cônes pourront être déposés dans les vides désignés par le garde du triage pour y séjourner jusqu'à ce que leurs écailles, s'entr'ouvrant sous l'action du soleil, laissent échapper la graine.
Art. 3. La récolte commencera aux époques fixées parles agents, elle
ne pourra avoir lieu que les jours de la semaine indiqués sur le permis.
Art. 4. En retour de la concession, le vingtième de la récolte sera remis gratuitement à TÂdministration et déposé au domicile du garde du triage ou dans tout autre lieu désigné par lui.
Art. 5 Le surplus sera ensuite livré soit à TAdministration des forêts, soit aux entrepreneurs de semis dans les dunes.
Le prix de cette graine désailée est fixé à 50 centimes par kilogramme rendu à la gare la plus proche.
Les graines dont les entrepreneurs feront la demande, leur seront livrées àprix débattu, sans que ce prix puisse excéder celui fîxé ci-dessus.
Art. 6. Si TAdministration ou les entrepreneurs n'ont pas déclaré avant le 1^' septembre avoir besoin desdites graines, les permissionnaires seront immédiatement autorisés à les enlever et à en disposer comme bon leur semblera.
Art. 7. Toute contravention aux dispositions qui précèdent entraînera à l'égard des contrevenants le retrait de Tautorisation sans préjudice des poursuites judiciaires.
Le vingtième prévu par l'article 4 est presque toujours absorbé par les semis exécutés dans la forêt où la récolte se fait, ou bien dans les dunes voisines. L^Administrjation n'en profite pas pour les approvisionnements généraux qui sont réalisés par l'application de l'article 5. Le stock ainsi disponible est souvent bien supérieur aux besoins du service, il s'est élevé une de ces dernières années à plus de 27 000 kilogrammes.
Le procédé d'extraction employé par les concessionnaires est très simple :
Les cônes cueillis d'octobre à^mars sont entassés dans une clairière et abrités d'une façon^ïréTconque jusqu'aux mois de juin, juillet et parfois même août et septembre. A cette époque, ils sont placés au soleil la pointe en l'air, et autant que possible dans un endroit où le sable blanc est à nu.
Dès qu'ils sont ouverts, ils sont ramassés, et les graines restées dans l'aisselle de Técaille sont versées dans un sac ; parfois les cônes sont mis dans des paniers ou claies pour être secoués jusqu'à ce que les graines soient entièrement sorties.
Le désailement s'obtient en foulant la graine aux pieds dans des baquets, puis en la vannant à l'air libre.
Les approvisionnement^^ réalisés pour les besoins généraux du service n'ont été calculés que depuis J879; ils s'élèvent à 18041 kilogrammes depuis cette époque, savoir :
Kilogrrmmes.
Total égal 18 041
Si Ton tient compte des vingtièmes reçus gratuitement, le prix de revient a varié entre 45 et 28 centimes.
La qualité germinative de cette graine était de 75 à 80 pour iOO.
D'après les expériences faîtes :
i kilogramme de graines ailées donne de 666 à 730 grammes de graines désailées;
I hectolitre de cônes pleins contient de 2^,500 à 2*, 800 de graines désailées ;
Le litre de graines pèse 400 grammes ailées et 580 à 600 grammes désailées.
Dans la Charente-Inférieure et la Vendée, la récolte se fait en régie ; les cônes récoltés sont emmagasinés dans des cabanes auprès desquelles des aires en maçonnerie ou en argile sont établies. Les cônes récoltés en hiver sont étendus eq été sur ces aires et secoués jusqu'à extraction complète des graines. Le désailen^ent est obtenu par une immersion^ dans l'eau, ou un pilonnage exécuté par des fenimes ou des enfants. Les aires principales sont celles de la Coubre, d'Olonne et de Longeville. La plus grande est celle d'Oloqne ; elle a 22 ares de surface et a coûté 2 060 francs.
La quantité de graines récoltées de 1879 à 4881 est de 29247 Ifilograpimes, savoir :
Kilogrammes.
1880 9ue
TotaUg(>|........ 29247
Le prix a varié entre 24 et 57 centimes suivant les années et le lieu de production ; il est en moyenne de 35 centifnes. Les relevés existants ne permettent pas de faire la répartition de ce pris^ en diverses natures dp dépenses et la période étudiée est trop courte pour donner des moyennes satisfaisantes.
La réduction du prix de revient dans certaines contrées tient à la vente des cônes vides, achetés à des pri}( très rémunérateurs par les populations riveraines. Ainsi, un lot ^e 6495 hectolitres de cônes pleins ficheté 5 019 francs, pendant cette période, a été revendu, après extraction de la graine, 2590 fr. 15, réduisant de inoitié le coût du kilogramn^e. Le pri^;; de vente des cônes vides est un élément dont on doit tenir le plus grand compte, lorsqu'il s'agit de choisir un centre d'approvisionnement pour les graines de cette essence.
Le rendement par hectolitre va en s'amoindrissapt au fur et à mesure qu'on s'élève vers le nord ; ainsi, au sud de la Gironde, il est, comme nous Tavons déjà dit, de 2^^400 à 2^,800 de graines désailées ; à la 1^ Coubre, il varie entre 2^,125 et 2'',385 de graines ailées; dans l'île
d'Olcron, il descend à 1\780.
La qualité gerrainative a varié entre 75 et 96 pour 100 pendant ces trois années, restant égale en moyenne à celle des graines de Gascogne.
Nous devons signaler en passant une récolte de peu d'importance faite en Corse, Cette cueillette a été aussi onéreuse qu'une acquisition au commerce ; mais elle a été faite avec grand soin, la graine donnait 85 pour 100 de bonne semence, et sa densité est la plus fbrte de toutes celles que le domaine des Barres a relevées pour les graines résineuses, elle pesait 750 grammes par litre.
En résumé, les récoltes de «emence de pin maritime sont plus avantageuses que les achats au commerce, et elles sont largement suffisantes pour satisfaire à toutes les demandes du service des repeuplements, des reboisements et des dunes qui absorbent annuellement de 15 000 à 20000 kilogrammes de cette graine.
Pin laricio de Saint-Guilhem. — La semence de pinlaricio de Saint- Guilhem ou des Ce venues est récoltée en petite quantité par suite de sa rareté en France. Le massif principal est situé dans la forêt de Saint- Guilhem.
La rusticité du plant de cette essence a décidé le service forestier à faire quelques récoltes, à titre d'expériences.
La cueillette des cônes se fait en novembre et décembre dans les départements de TArdèche et du Gard ; Textraction de la graine s'opère, Tété suivant, par l'exposition des cônes à la chaleur solaire.
Les récoltes faites de 1877 à 1881 ont produit 319 kilogrammes de semences, savoir :
Kilogrammes.
Total 319
Le prix de revient a varié entre 3fr. 20 et 4fr.51 ; la première année, il s'était élevé à 8 fr. 08 ; cette différence tenait surtout au prix beaucoup trop élevé (10 fr. 30) payé pour la récolte de 1 hectolitre de cônes pleins.
La qualité germinative a été généralement très bonne; elle a oscillé entre 70 et 88 pour 100.
Le rendement par hectolitre a varié entre 1^^,419 et 2k,062 de graines ailées.
Cette graine peu connue du service est aussi peu demandée. Les agents de la région la plus voisine de son habitat l'utilisent ; mais les autres lui préfèrent le pin noir ou le pin laricio de Corse dont elle n'est peut-être qu'une variété acclimatée depuis longtemps.
Pin lart'eio de Corse, — Les agents forestiers de Corse préfèrent acheter au commerce les approvisionnements qui leur sont deman^ dés. La difficulté de la surveillance est la cause principale de cette préférence. On pourrait peut-être ajouter que les fournisseurs ordt* naires sont, la plupart du temps, d'anciens préposés pour lesquels ces fournitures sont une source d'aisance.
Depuis 1873, une seule récolte a été faite. Le prix, comme nous l'avon» déjà dit, était avantageux et la qualité bonne ; mais les renseignements qne nous avons, sont insuffisants pour nous permettre d^entrer à ce sujet dans les détails donnés pour les autres récoltes.
Pin sylvestre, — Le pin sylvestre est l'arbre résineux dont Thabitat est le plus grand en France ; il est aussi Tessence la plus employée d^ns les travaux de repeuplement. Sa graine est très chère dans le commerce, et les fournitures faites sont souvent de mauvaise qualité, lorsque TAd* ministration ne s'entoure pas de toutes lés garanties possibles. Il est même arrivé parfois de np pas pouvoir compléter Tapprovisionnement nécessaire aux besoins du service. Il était donc rationnel de chercher à se procurer cette semence par tous les moyens possibles. Les sécheries, dont ri^istoriquQ sera fait, ne pouvaient donner tout rapprovisionne-^ ment nécessa^r^ : TAdministratioi^ tçnta des préparations par Ic^ chaleur solaire dans tous les pays où les. agents locaux espérèrent qbt>efiir un résultat avantageux.
Les centres choisis jusqu'à ce jour spnt au nombre de quatre ; ce sont: la Lqzère, le |>^y-(^e-Dôme, les Hautes-Alpes, les Basse§-Alpey,
Dani les deux derniers départements, la récolte se fait simultanément avec celle de la graine du pin ^ crochets.
4 Mende (Lozère), les récoltes commencées en 1873 ont pris une in^portance suffisante pour justifier Tacquisition d'un terrain et réti^I]|^S7 §ement de magasins.
Les récoltes faites se sont élevées ^ 15 053 hectolitres, sc^voir :
Hectolitres.
1877 Néant(l)
Total égal........ 15 053
Les manipulatioi^s faites pendant les étés qui oi^t suivi, ont produit
(1) Par suite de l'encombreipent des magasins.
13705 kilogrammes, dont 8 443 kilogrammes de graines ailées et 5 32*2 kilogrammes désailées, savoir :
Kilogrammes.
1874 694 de grailles ailées.
1879. .. 249degr. désailées (2).
Total égal 13 765
Dans cette région, les cônes sont achetés dans les centres forestiers, à un prix variable, suivant Tabondance de la fructification; puis ils sont transportés à Mende aux frais de l'État. Ce transport augmente de beaucoup le prix de Theclolitre; il ne peut se faire qu'en voiture. Pour certains cantons, il était tellement onéreux, qu'il doublait le prix d'achat. Par suite de ce fait, le service local a dû renoncer à s'y approvisionner, bien que des quantités de cônes offertes fussent assez considérables. Le stock de Mende a été ainsi réduit ; mais en fait, l'Administration n'a rien perdu : la sécherie de Murât a profité de l'élan donné par le service de la'Lozère, en étendant de ce côté son rayon d'approvisionnement.
Les cônes emmagasinés à Mende dans des greniers loués sont exposés, l'été suivant, pendant trois à huit jours aux rayons solaires sur des aires en toile ou en planche disposées à cet effet.
Le climat de Mende est malheureusement peu favorable à ce travail ; les journées chaudes y sont quelquefois rares pendant l'été, ce qui entrave la production régulière. En 1878, 4 858 hectolitres restaient en magasin à la fin de l'été, et l'extraction de la graine a dû être remise à Tannée suivante.
La dépense faite pendant les cinq années 1876-1881 s'est élevée à 63 112 fr. 83, et se répartit ainsi :
Acquisition de 12 662 hectolitres de cônes pleins 42 538 fr. 25
— de 86 kilogrammes de graines préparées... 357 25
Frais de manipulation et d'emmagasinage. 9 622 78
. Location de magasins et installation provisoire 10 594 55
Total égal 63 112 fr. 88
A déduire le prix de vente de 20 495 hectolitres de cônes
vides 5123 75
Reste 57 989 fr. 08
La production de cette même période a été de 12 285 kilogrammes (le graines ailées, donnant, après désailement, 9 607 kilogrammes.
(i) Y compris 203 kilogrammes achetés tout préparés.
(2) Y compris 86 kilogrammes achetés aux paysans qui les avaitnt préparés.
Le prix de revient a varié, pendant ce temps, entre 4 fr. 55 et H fr. 20 le kilogramme ; il a été, en moyenne, de 4 fr. 72 pour la graine ailée et de 6 francs pour la graine désailée. Ce prix se décompose ainsi pour cette dernière qualité :
Acquisition de cônes. , . * , 4 fr. 49
Frais de manipulation 94
Location, installation et autres frais. ..,.., i 10
6 fr.53 A déduire pour vente de cônes vides 1 53
Reste 6fr. 00
Toutes ces dépenses sont très élevées, quelle que soit leur catégorie; la main-d'œuvre est notablement plus chère que dans les sécheries.
Le rendement par hectolitre a été de 1^,030 de graines ailées, et le kilogramme de cette graine a produit 782 grammes après désailement ; le poids du litre a oscillé entre 420 et 476 grammes.
La qualité germinative a varié entre 20 et 88 pour iOO au moment dQ la manipulation ; mais elle était toujours inférieure à 55 pour 100 au moment de remploi.
Cette infériorité tient essentiellement au mode de préparation. Il a pour la graine de pin sylvestre des inconvénients nombreux et d'autant plus grands que Ton opère sur des quantités plus considérables.
La conservation des cônes, depuis le mois de novembre jusqu'à l'époque de Tétendage, exige la location onéreuse de très grands magasins. Malgré leur étendue, on est forcé, les années de grande récolte, d'entasser les cônes sur une trop grande épaisseur; le stock ainsi emmagasiné s'échauffe légèrement ; sa masse est telle que sa manipula* tion hebdomadaire devient trop onéreuse, pour que les régisseurs de magasins ne soient pas effrayés par la dépense à faire. La graine participe à cet échauffement du cône; elle est donc déjà avariée au moment de l'étendage.
Si la saison est bonne, l'extraction se fait sans pluie, et la graine n'est pas endommagée ; mais, à Mende, ce cas est rare ; les étés non pluvieux ne sont pas fréquents; les aires à l'air libre sont toujours humides; les cônes et graines sont souvent mouillés par les pluies; car la manipulation serait trop onéreuse, s'il fallait rentrer les cônes à chaque averse. Il y a là une nouvelle cause de détérioration tenant à des commencements de germination sur l'aire.
Mais supposons encore que le cône ne s'est pas échauffé en magasin, que la graine a été préparée sans pluie; une cause d'infériorité existe encore : la semence préparée en été ne peut être utilisée qu'au printemps suivant. Pendant ce temps, la qualité germinative diminue d'une quaulité qui ne peut être évaluée à moins de 25 pour 100 en moyenne.
Les préparations solaires de lagraine du pin sylvestre noiit donc condamnées à Mende par ces trois causes :
1" Echauffement des grandes agglomérations de cônes ;
3° Humidité des aires à l'air libre ;
3" Diminution de la qualité germi native par suite du retard dans l'emploi.
Faut-il en conclure que |
toute récolte doive être sus- |
pendue à Mende, on que S'
l'on doive y construire une ^
étuveî Non, h notre avis; J
la récolte est însuflîsante s
pour justifier la construc- 'S
tion d'une étuve; mais le ^
chemin de fer de Mende à J
Neussargues par Marvejols %
permettra bientôt de trans- |
porter k Murât la récolte i
de ces régions, et l'on doit, -
d'ici à cette époque, con- |,
server l'industrie de la |
cueillette des cônes qui s'y 1
est si facilement déve- «
loppée. g
Dans le Puy-de-Dôme, la ^
récolte est faite par les gar- *
des communaux ; chacun d'eux emmagasine les récoltes de cônes faites dans .
les environs de sa demeure, soit dans son grenier, soit dans de petits locaux loués | à cet efTet. En été, chacun d'eus , aidé de quelques ouvriers, extrait la graine en exposant les cônes au soleil. Cette préparation ost
très économique par la raison que les cônes sont livrés en forêt, pour ainsi dire, et sans frais de transport; en outre, le travail d'extraction exécuté sur des petites quantités nécessite seulement remploi de quelques heures d'ouvrier le matin et le soir; même, le plus souvent, il est exécuté par le préposé et sa famille. Si TAdministration voulait étendre ces récoltes, les rayons d'approvisionnement et les frais de main-d'œuvre s'augmenteraient, et avec eux le prix de revient.
il est nécessaire d'entrer ici dans quelques détails sur le mode employé pour la séparation de la graine. Elle s'opère avec des instruments rustiques construits de façon à conserver le cône et à laisser échapper la graine. Le meilleur serait, de l'avis des ouvriers, composé ainsi qu'il suit:
Un tube en forme de tronc de pyramide hexagonale (fig. 1 ) est construit avec six perches grossièrement équarries et solidement réunies à leurs extrémités, demanière à laisser deux ouvertures inégales à chaquebout. Sur ces perches, des lattes distantes d'environ i centimètre sont clouées perpendiculairement; le tout est monté sur un axe central et horizontal terminé par deux tourillons. Les cônes épanouis sont introduits dans le tube par la plus petite ouverture; celui-ci est mis en mouvement au moyen d'une manivelle ; les cônes enlevés par le côté du tube sur lequel ils reposent, retombent les uns sur les autres. La graine libre passe au travers des interstices des lattes au fur et à mesure qu'elle est mise en liberté par les secousses produites au passage de chaque perche. La forme légèrement inclinée du fond sur lequel les cônes retombent, les oblige à avancer petit à petit vers la plus grande ouvei*ture, par laquelle ils s'échappent; ils sont remplacés par d'autres provenant d'un récipient placé en avant de la plus petite ouverture. L'inconvénient principal de cet instrument est d'être encombrant et lourd à manœuvrer, lorsqu'il n'est pas construit avec le plus grand soin.
La graine obtenue est désailée par la méthode humide et nettoyée au moyen du tarare à seigle dont on se sert dans la localité.
Les récoltes commencées en 1873-1874 se sont élevées, jusqu'à ce jour, à 7 101 kilogrammes de graines désailées :
Kilogrammes.
Total égal 7101
La qualité germinalîve a varié entre 24 et 85 pour fOO au moment de la préparation.
Le prix de revient s'est élevé de 2 fr. 83 à 5 fr. 48, suivant Tabondance de Tannée de semence; le prix moyen des cinq dernières années est de 3 fr. 544.
La modicité de ce prix avait fait songer à établir une sécherie à Ambert; mais Tapprovisionnement réalisable, dans ces conditions, n'a pas parn^ jusqu'à ce jour, suffisant pour justifier la construction de cet établissement. L'ouverture d'une ligne ferrée, prolongeant depuis Ârvant jusqu'à Âmbert le chemin de fer passant à Murât, permettra ultérieurement l'expédition, des récoltes vers la sécherie de ce nom.
La dépense faite, pendant les cinq dernières années, s'est élevée à 4364i fr. 45^ savoir:
Acquisition de 4 700 hectolitres de cônes 9 646 Tr. 53
Frais de manipulation 2 676 4 5
Location de magasin et installation provisoire 1818 47
ïolal égal 13641 rr.45
Pour obtenir la dépense effective, il convient de déduire de ce chiffre le prix de venle des cône» vides 950 90
R<-8tb Ii690fr.55
Le nombre de kilogrammes de graine désailée étant de il 581, le prix moyen est de 3 fr. 544 ; il peut se diviser ainsi par nature de dépense :
Acquisition de cônes 2 fr 69
Manipulation 74
Location et divers » .H7
3 fr. 80 A déduire, vente des cônes 26
3 fr. 54
Le rendement de l'hectolitre a varié entre 716 grammes et 1^,^95
de graines désailées; le kilogramme de graine ailée a rendu 623 à
. 695 grammes de graines désailées pesant par litre 440 à 480 grammes.
Pin sylvestre des Alpes et pin à crochets. — Dans les Alpes, la récolte de la graine de pin sylvestre n'est plus actuellement qu'accessoire ; l'essence qu'il importe d'y recueillir, est le pin à crochets.
L'établissement de cette industrie a été et est d'autant plus difficile à établir dans cette région, que tous les hommes valides émigrent en hiver pour faire du colportage soit en France, soit à l'étranger. Ce commerce leur rapporte plus que l'industrie du ramassage des cônes; il est plus
— 3tt —
agréable pour eux, puisqu'il leur permet de fuir les rigueurs de Thiver. Quelques-uns même ont fait ainsi une petite foctene , de sorte que tous espèrent s'y enrichir. Les femmes, les enfants, les infirmes et les vieillards restent seuls. L^accès de la montagne^ pénible et, même dangereux pour les plus valides, les effraye le plus souvent avec juste raison.
Dans de telles conditions, les premières années ont donné des résultats assez faibles ; Taugmentation progressive des produits permet cependant d'espérer dans Tavenir une certaine extension.
Le cône du pin à crochets diffère peu de celui du pin sylvestre pour un œil peu exercé ; de là, dans le principe, un mélange dans les récoltes qui fut accepté pour ne pas rebuter les ouvriers. Depuis, pour favoriser les récoltes de la première de ces essences, l'Administration a augmenté de 50 centimes à i franc le prix de l'hectolitre ; et, au contraire, elle a diminué le prix de la seconde. Elle espère développer ainsi la production en graine de pin à crochets au détriment de celle de pin sylvestre.
Les centres de production dans les Alpes sont actuellement : le Queyras, le Briançonnais, Digne.
Les deux premiers centres font partie du même service local ; nous en parlerons en même temps. Les magasins sont situés à Aiguilles et à Briançon (Hautes-Alpes).
Les cônes emmagasinés en hiver, au fur et à mesure des apports faits par les paysans, sont exposés en été au soleil sur des toiles disposées au-dessus d'une aire en planches; ils y sont remués de temps en temps à Taide d'un grand râteau de 70 centimètres ^e large, armé de dents espacées de 5 centimètres. Lorsque les cônes sont ouverts en partie, on les jette à la pelle sur un crible suspendu à quatre cordes ; on les secoue, ils laissent tomber une portion de leur graine ; on les remet ensuite sur Taire. Cette opération est recommencée trois ou quatre fois, suivant Tardeur du soleil. Ce premier crible a des mailles très allongées de 40 centimètres de long sur 12 millimètres de large; il a lui-même environ 84 centimètres de long sur 55 centimètres de large.
Le désailement s'obtient en mettant la graine dans un nouveau crible à mailles de 7 millimètres ; des femmes Ty prennent ; elles la frottent entre leurs mains et contre le fond du crible pour en détacher et briser les ailes. Le résidu est ensuite nettoyé dans un tamis à mailles de 2 millimètres, puisa l'aide du ventilateur employé pour les céréales. Ce mode de désailement est bon, mais il est onéreux et lent; il ne peut pas être employé pour une opération importante.
La quantité de graines préparées depuis 1875, première année des récolteSy. s'est élevée à 3 316 kilogranmies, dont 1 516 kilogrammes de pin sylvestre et { 800 kilogrammes de pin à crochets, savoir :
Graines Graines
de pin sylvestre, de pin àcrdcbeU.
Kilogrammes. Kilogrammes.
1&7& ol . 8
Totaux égaux 1 516 1 800
Le prix de revient a varié entre 3 fr, il et 5 fr. 47 pour le pin sylvestre et 4 francs et 7 fr. 22 pour le pin à crochets.
La dépense des cinq dernières années s'est élevée à G 539 fr. 70 pour le pin sylvestre et à 11 581 fr. 56 pour le pin à crochets :
La dépense de 6 539 fr. 70 pour les productions de pin sylvestre se répartit ainsi :
Acquisition de 1 548 hectolitres de cônes 4 977 fr. 18
Frais de manipulation desdits 964 52
Location et installation provisoire 598 00
Total égal 6 539 fr. 70
Il n'est pas signalé de vente de cônes vides. La production ayant été de 1 370 kilogrammes de graines désailées, le prix moyen est de 4 fr. 77, il se décompose ainsi :
Pour acquisition de cônes 3 fr. 63
Pour manipulation 70
Pour location, installation, etc 44
4 fr. 77
La dépense de 11 58! fr. 56 faite pour les préparations de graines de pin à crochets se répartit ainsi qu'il suit :
Acquisition de 2 454^^,60 de cônes 9 1 53 fr. 35
Frais de manipulation 1 365 05
Location, installation provisoire, etc 1 06B 1 5
1l581fr.55
La production ayant été de 1 663 kilogrammes de graines désailées, le prix moyen pour cette période est de 6 fr» 95, il se décompose ainsi :
Pour acquisition de cônes 5fr. 49
Manipulation 83
Location et installation, etc 64
6 fr. 95
La qualité germinative de cette graine a varié entre 68 et 93 pour ;! 00
[lour le pin sylvestre et entre 24 el 76 pour 100 pour le pin à crochets. L'hectolitre de cdaes pleins pèse de 40 à 48 kilogrammes suivant l'époqne de la cneillette. Il a rendu suivant les années, de 875 grammes à. 1^,240 de graines ailées pesant I tO à 165 grammes le litre. Chaque kilogramme de graines ailées a donné de 607 à 800 grammes de graines
FitC, î. — ElÉTitioD d'âne ié«ber>a «oUirG. Sjilènie de M. Mirchaad.
désailées pesant de 460 à 540 grammes le litre. Tous ces chiffres s'appliquent aux deux essences.
Depuis (875, celte nouvelle industrie a fait des progrès incontestables dans les Hautes-Alpes, les agents forestiers ont mis beaucoup de zèle pour étudier le mode de préparation le plus économique et amoindrir le transport des cdnes si onéreux en montagne-
Les quelques chiffres qui suivent peuvent donner une idée|des économies réalisables sur les frais de transport, si l'emmagasinage des cônes et l'extraction de la graine pouvaient se faire sur place. En prenant la moyenne des renseignements statistiques consignés à l'alinéa prëcé-
dent, on trouve que la préparation sur place réduit les transports des cônes à - environ des poids et volumes :
En effet, le transport de 100 litres de c6nes pesant 44 kilogrammes, peut être réduit à T,7I de graines ailées pesant l'',057 et même à l',48 de graines désailées pesant 743 grammes.
Soit une réduction de 98, S2 pour 100 en volume, et en poids 98,30 pour 100-
Ces chiffres conduisirent M. Marchand, inspecteur du reboisement à Embrun, à proposer l'établissement, à titre d'essai, d'une petite sécherie à peu près semblable à celles qu'il avait vues en Autriche. Voici en quelques mots le système :
Dans une clairière bien exposée au soleil, et sur un terrain sec, on construit une cabane divisée en deux étages(f1g. 2 et 3). L'étage supérieur, de beaucoup le plus considérable, sert de magasin. La partie inférieure, beaucoup moins élevée, est remplie par un grand tiroir roulant sur des rails qui s'avancent en dehors du bâtiment d'une quantité un peu
supérieure à sa longueur intérieure. Ces rails sont orientés de façon à permettre de profiter le plus longtemps possible des rayons solaires.
Le tiroir est partagé par un double fond à claire-voie.
En hiver, on remplit de cônes la partie supérieure. L'été venu, lorsque l'on désire préparer là graine; on sort le tiroir du dessous du l)âtiment ; on ouvre une trappe disposée dans la paroi de l'étage supérieur en face du tiroir ainsi placée; puis on étend les cônes qui tombent par cette ouverture sur le double fond à claire-voie. Lorsque la chaleur solaire a fait ouvrir les cônes, on les brasse sur le double fond autant de fois qu'il est nécessaire pour leur faire abandonner toutes leurs graines. On enlève les cônes vides, puis la graine tombée dans le fond du tiroir, et Ton recommence une nouvelle opération.
En cas d'averse, le tiroir est repoussé sous le bâtiment, on évite ainsi les commencements de germination des graines.
Une seule sécherie de ce genre a été construite en 4881 dans TEmbrunais, elle a coûté environ 1 000 à i 200 francs ; M. Marchand n'a pas été aussi satisfait du système qu'il l'espérait ; mais un essai d'un an n'est pas suffisant, il faut le continuer encore pendant une ou plusieurs années.
Dans les Basses-Alpes, la récolte des graines de pin sylvestre et de pin à crochets a été jusqu'à ce jour presque sans importance, et sujette à des intermittences. Depuis 1874, époque des premiers essais, la production totale a été de i 595 kilogrammes, dont i 354 kilogrammes en pin sylvestre et 241 kilogrammes en pin à crochets, savoir :
Graines Graines
de pin sylvestre, de pin a crochets.
Kilogrammes. Kilogrammes.
Totaux égaux 1354 239
Le prix du kilogramme a varié entre 2 fr. 63 et 5 fr. 90 pour le pin sylvestre et 3 fr. 93 et 9 fr. 30 pour le pin à crochets.
La qualité germinative de la graine du pin sylvestre a varié entre 82 et 93 pour 100 et celle du pin à crochets entre 62 et 68 pour 100.
La dépense faite pendant les trois dernières années s'est élevée à 2 231 fr. 74 dont 737 fr. 37 pour le pin sylvestre et 1 494 fr, 37 pourje pin à crochets. Voici pour chacune d'elles un détail semblable à celui que nous avons déjà donné pour les autres centres.
La dépense de 737 fr. 37 pour le pin sylvestre se divise ainsi :
Acquisition de 190 hectolitres de cônes 454 fr. 00
Manipulation desdits 159 26
Location, installation, etc. , 124 n
737 fr. 37
Le nombre de kilogrammes de graines désailées préparées ayant été de 141 kilogrammes, le prix moyen est de 5 fr. 23 qui se répartit ainsi :
Pour achat de cônes 3 fp. 22
Pour manipulation \ 13
Pour location et divers 88
5 fr. 23
Pour le pin à crochets la dépense de 1 494 fr, 37 se répartit ainsi :
Acquisition de 323 hectolitres de cônes 799 fp. 42
Manipulation desdits 404 24
Location et divers 290 71
1 494 fr. 37
La quantité de graines désailées préparées ayant été de 235 kilogrammes, le prix moyen du kilogramme serait de 6 fr. 35, il se divise ainsi :
Pour acquisition de cônes , 3 fr. 40
Pour manipulation 1 72
Pour location et divers 1 23^
Ces recolles ont fort peu d*importance ; elle pourrait peut-être être augmentée. La plus intéressante des deux, celle du pin à crochets, devrait être au moins suffisante pour assurer le service du reboisement dans le département.
En résumé : les préparations de graines résineuses sont avantageuses pour le Trésor ; si, sur certains points, nous voyons les prix s'élever pendant les mauvaises années; en moyenne ils sont inférieurs à ceux du commerce ; à la condition cependant que cette industrie soit établie dans le pays depuis quelques années.
Ces récoltes ont, en outre, l'avantage de fournir des essences qu'il est impossible de trouver dans le commerce.
Les graines qui en proviennent, sont de bonne qualité au moment de Textraction ; pour quelques-unes, cette qualité se maintient jusqu'au moment de l'emploi ; mais surtout pour le pin sylvestre et le pin à crochets, il est très désirable de voir ces préparations remplacées par des séchages d'hiver, afin d'éviter autant que possible la déperdition de la vitalité de la graine.
Il résulte, en effet, des expériences minutieuses et savantes, faites
depuis quelques années par M. Gouêt, directeur du domaine des Barres, que la qualité germinative des graines résineuses décroît dans les greniers de ce domaine ainsi qu'il est indiqué ci-dessous :
l** année et i** printemps
après 2* année. 3* année. 4* année. 3* année. 6* année,
la maturité.
Graine de pin maritime. . . 80 o/o <)9 » « 6% «/o 53 «/o 53 «/o 50 «/o
— de pin d'Alep 80 60 H2 55 non encore éprouvée
— de pin à crochets. . 80 45 39 31 30 nonen. épr.
— d*épicéa }<0 55 30 8 1
— de pin sylvestre 80 48 20 9 i o
— de pin d'Auvergne. hO 47 19 5 1 ~ de pin noir 80 46 20 4 I »
— de pin laricio 80 45 14 7 1
— de mélèze 40 15 2
— de pin cembro 80 10
— de sapin 80 5
On voit par les chiffres ci-dessus que tout propriétaire forestier a le plus grand intérêt à utiliser les graines résineuses au premier printemps qui suit leur maturité. S'il peut s'écarter de cette règle pour le pin maritime et le pin d*Alep, il n'en est pas de même pour toutes les autres essences. Toute personne qui s'occupe de la préparation de ces graines, doit donc faire tous ses efforts, pour que l'extraction des graines du cône soit faite pendant le premier hiver et le printemps suivant.
Pour le sapin et le pija cembro, la chaleur solaire n'est pas nécessaire, la simple dessiccation du fruit cueilli suffit; leur préparation est des plus simples, comme nous l'avons déjà dit. Mais pour les autres la dessiccation du cône cueilli ne se produit pas suffisamment dans un grenier pour que la graine sorte de l'aisselle de l'écaillé. Les rayons d'un soleil d'hiver ne suffisent même pas, il faut hâter artificiellement l'épanouissement. Ce résultat ne peut être obtenu que par les sécheries à étuve dont nous allons nous occuper maintenant.
SÉGHERIES A ÉTUVE.
Avant d'entrer dans l'étude détaillée des sécheries à étuve de TAdministration des forêts, nous allons faire un historique rapide de ces établissements.
La première fut construite, en 1824, à Haguenau; elle devint bientôt insuffisante. Vingt ans après, en i844, le gérant responsable de cette sécherie, M. Rich, propriétaire du monopole des fournitures de graines pour tout le service forestier, dut acheter à son compte personnel un immeuble où il construisit une étuve nouvelle. L'étude approfondie des types allemands de l'époque lui permit d'apporter de nombreux perfectionnements dans cette construction.
Pendant ce temps, en 1837, la liste civile faisait à Fontainebleau une toute petite étuve sur le vieux modèle de Haguenau; Fessai réussit, et, en 1843, elle était remplacée par le bâtiment qui existe encore aujourd'hui et sert, depuis cette époque, à préparer de la graine de pin sylvestre.
Presque en même temps, Je département de l'Isère, désireux de voir commencer l'œuvre du reboisement, votait la création d'une sécherie de graines d'épicéa, qui fut établie àFourvoirie, dans la forêt domaniale delà grande Chartreuse.
L'Administration songea à cette époque à établir des sécheries dans les Basses-Alpes et la Lozère; mais ces projets n'aboutirent pas.
En 1848, les établissements de Haguenau et de Fourvoirie furent améliorés; mais aucune création nouvelle ne fut entreprise jusqu'au vote de la loi sur le reboisement en 1860.
Dès l'automne de cette année, l'Administration mit à l'étude l'établissement de nouvelles sécheries destinées à fournir au service les graines difficiles à obtenir du commerce.
M. Sommervogel, sous-inspecteur des forêts à Strasbourg, qui avait acquis des connaissances spéciales dans la matière lors de la restauration de l'étuve de Haguenau, fut invité à faire deux types théoriques de petites étuves.
Ces types, qui faisaient faire un pas dans la voie du progrès, servirent de modèles pour les sécheries de cette époque.
Six propositions de construction furent faites pour les localités don les noms suivent :
i" Falckenstein ;
2"* Gérardraer ;
3** Nantua ;
4° Murât;
5* La Llagonne ;
6* Briançon. ^
Toutes ces propositions furenx approuvées, à l'exception de celle relative à Gérardmer, où il n'était possible de produire que de la graine d'épicéa à un prix supérieur à celui du commerce et à celui de la sécherie de Fourvoirie. Cette dernière fut elle-même fermée quelques années après pour le même motif.
La sécherie de Falckenstein fonctionna jusqu'en 1870. Elle ne donna, pendant ces quelques années d'existence, que 8949 kilogrammes de graines de pin sylvestre et 1 660 kilogrammes de graines d'épicéa. Cet établissement était trop près de celui de Haguenau ; la récolte des cônes dans toutes les forêts domaniales et communales qui l'environnaient, était concédée à M. Rich ; de sorte que le régisseur de Falckenstein ne pouvait réaliser ses approvisionnements que dans les forêts particulières.
Cette situation aurait nui à son développement. Le prix de la graine
ailée produite varia entre 3 francs et 3 fr. 77 pour le pin sylvestre et fut de 96 centimes pour l'épicéa.
La sécherie de Nantua fut établie dans une maison louée en 486î2. Son -rendement fut presque toujours insignifiant; aussi, en i869, le bail ne fut pas renouvelé.
La sécherie de Briançon fut établie sur un terrain acheté à cet effet. Sa construction très simple et très suffisante, à notre avis, pour la contrée, ne coûta que 4284 francs, y compris le prix d'acquisition du terrain. Elle ne possédait pas de grenier à cônes.
De 1862 à 1866, elle fournit 1 140 kilogrammes de graines désaîlées, de pin sylvestre et de pin à crochets, qui coûtèrent 9909 fr. 33, y compris rintérèt, Tamortissement du capital engagé et le traitement du garde chargé de la régir.
Cette dépense se divise ainsi :
Achat de 1 197»> ,29 de cônes 3 079 fp. 29
Manipulatioiv desdits 710 95
Location du grenier 86 00 /4 1 43 fr. 78
Divers et réparations 230 90
Assurance 36 64
Traitement du garde 3 150 00
Amortissement du capital Idlâ 55
9 209 fr. 33
Le prix du kilogramme serait ainsi, d'après le rapport qui proposa la fermeture de l'établissement, de 8 fr. 07; tandis que, dans le pays, le même kilogramme valait 4 fr. 25, lorsqu'on Tachetait aux paysans.
Ce raisonnement, de prime abord exact, est susceptible d'objections» On doit remarquer d'abord qu'à l'article Traitement figure le traitement intégral du préposé employé pendant huit mois de l'année à un autre service, et qui, pendant les quatre autres mois, serait resté chez lui sans rien faire, s'il n'avait pas été occupé »la sécherie. L'imputation de cette somme au passif des récoltes paraît d'autant plus exagérée que, pendant les quatre années de fonctionnement, les récoltes se répartissent ainsi :
Année 1862-1863, 9 hectolitres de pin sylvestre, 18\20 de cônes de pin à crochets ;
Année 1863-1864,363 hectolitres de cônes de pin sylvestre, 33! hectolitres de cônes de pin à crochets ;
Année 1864-1865, 9 hectolitres de cônes de pin sylvestre, 8^,50 de 3Ônes de pin à crochets ;
Année 1865-1866, 66 hectolitres de cônes de pin sylvestre, 393 hectolitres de cônes de pin à crochets.
C'est-à-dire que, pendant deux ans, le préposé aurait eu à préparer
une fois '29 hectolitres, et l'autre fois i7%50 de cônes, opération qui lui a pris au plus quinze jours de travail efTectif.
Si Ton considère la dépense réelle faite pendant ces quatre années; les graines en question n'ont coûté que 3 fr. 63 le kilogramme, prix très admissible. Ces mêmes graines achetées au commerce auraient coûté, au minimum, de 4500 à 5 000 francs. On trouve que le bénéfice de l'Administration, pour cette période, est de 500 à 850 francs, amortissement et intérêt très suffisants si Ton considère quePon procédait à ces récoites pour la première fois dans le pays.
L'argument du rapport disant que Ton pouvait acheter la graine 4fr. 25 le kilogramme était hypothétique : attendu que, aussitôt la sécherie fermée, il ne fut pas possible au service local d'acheter un seul hectogramme de graines.
La fermeture de rétablissement de Briançon tarit ainsi une source de graines de pin à crochets et retarda l'œuvre du reboisement. La nécessité de se procurer partout où elle pouvait la graine de cette essence força, en 1874, l'Administration à faire de nouvelles tentatives dans cette région. Nous en avons déjà parlé plus haut à l'article des préparations solaires.
Les sécheries de la Llagonne et de Murât fondées, comme les précédentes, en 4861, feront l'objet d'un article spécial; nous ne nous y arrêterons donc pas ici.
En 1866, les agents forestiers du département du Var proposèrent d'établir une sécherie, mais ce projet n'aboutit pas.
En 1872, à la suite de Tinsuccès de la mise en adjudication de la fourniture de graines résineuses, l'Administration fit un nouvel effort pour augmenter la production des récoltes; mais elle agit avec prudence. Il fut décidé qu'avant d'établir des sécheries à étuve entourées de greniers pour l'emmagasinage des cônes, les récoltes logées dans des bâtiments loués seraient préparées par la chaleur solaire.
On devait éviter ainsi des dépenses inutiles.
Au vu des propositions des conservateurs, cinq nouveaux centres furent choisis :
!• Le Puy-de-Dôme ;
2* La Lozère ;
3*" Les Hautes-Alpes ;
4° Les Basses-Alpes.
5* La Savoie.
Dans le Puy-de-Dôme, les agents proposèrent, dès 1875, l'établissement d'une sécherie domaniale; l'expérience faite leur paraissait concluante, et la ville d'Ambert offrait de céder gratuitement les terrains nécessaires. Le projet fut rejeté avec d'autant plus de raison qu'incessamment une nouvelle voie ferrée va permettre de centraliser à Murât les récoltes faites dans ce département.
Dans la Lozère, un terrain fut acheté. Un très beau projet de sécherie solaire a été préparé ; mais, pour des motifs déjà énoncés, il ne nous paraît pas susceptible d'être approuvé. Ces récoltes pourront aussi être bientôt dirigées vers Murât par la ligne de Neussargues à Marvejols. En Savoie, les bâtiments domaniaux des Fourneaux furent affectés à rétablissement d'une sécherie. Mais la situation était mauvaise, dès 1878, Iç magasin fut fermé.
Dans les Basses-Alpes, la récplte n'est pas encore assez importante pour nécessiter la construction d'un établissement ; mais si les préparations chez les paysans ne se développent pas; un jour ou l'autre, on peut être amené à construire une petite étuve. Pour les Hautes-Alpes, la question a ^té étudiée ci-dessus. Tel est l'historique général des sécheries de l'Administration; il résume la situation de cette industrie en France, puisque les particuliers ne possèdent pas d'établissements de ce genre.
IQntrons maintenant dans quelques détails sur les dispositions intérieures et les manipulations des graines préparées par la chaleur artificielle.
Cette étude sera divisée en quatre parties, savoir : V Sécherie de Haguenau ; 2*» Sécherie de Fontainebleau ; 3* Sécherie de la Llagonne ; A° Sécherie de Murât;
Sécherie de Haguenau, — En i824, l'Administration fut amenée à construire la sécherie de Haguenau par la nécessité de mettre un terme aux prétentions sans cesse plus élevées des fournisseurs et de remédier aux nombreuses fraudes commises par eux, tant sur la qualité que sur la nature de la graine de pin sylvestre.
Haguenau était bien choisi comme centre de récolte : l'importante forêt de ce nom contenait environ 7 000 hectares de pins en massif pur ; les bois et forêts des arrondissements voisins de Bitche et de Wissem- . bourg et même de la Bavière rhénane peuplés en grande partie de cette même essence pouvaient envoyer les cônes à cet établissement, sans frais de transport trop considérables.
Le premier établissement consistait en un magasin pour renfermer les cônes après la récolte et un séchoir (fig. 4 et 5).
Les graines préparées étaient placées dans des chambres attenant au logement du gérant.
La source de chaleur très primitivement construite était un four à garance en poterie placé au rez-de-chaussée du séchoir. Pour utiliser le plus possible la chaleur produite, on avait adopté la disposition suiva,nte : les tuyaux de fumée traversaient deux étages avant de sortir de Tétuve; d'autres tuyaux en poterie traversaient l'intérieur du four sans communiquer avec lui ; ils aspiraient l'air de la chambre
d'accès auprès de la gueule des fours ; puis, après l'avoir chauffé^ ils le conduisaient par des tuyaux en tôle dans les divers étages, comme le plan ci-joint Tindique.
La chaleur était fournie par trois sources :
i" Le rayonnement du four atténué par un écran de tôle fixé au plafond du rez-de-chaussée ; 2** Le rayonnement des tuyaux de fumée;
3" L'air chauffé dans les tuyaux de poterie placés à l'intérieur du four. Ce système de chauffage, tout primitif, était fort bien disposé pour utiliser le plus complètement possible la chaleur du foyer. Un second four était placé symétriquement au premier. Le séchoir, situé au-dessus du rez de-chaussée, était formé par trois planchers mobiles à claire -voie, disposés à 1",50 les uns au-dessus des autres. Au-dessous de chaque plancher, des toiles tendues recueillaient les graines sorties des cônes ; celles qui passaient entre les joints des toiles, tombaient sur le sol du rez-de-chaussée à droite et à gauche des fours.
Deux conduits en bois de 40 centimètres carrés de section, placés dans les angles et munis d'une petite trappe à chaque étage, permettaient d'établir un petit courant de renouvellement d'air chaud, et en même temps de faire parvenir au rez-de-chaussée les graines ramassées à chaque étage.
Ce bâtiment avait coûté 3 500 francs, il pouvait donner 8000 kilogrammes par an en cinq mois d'activité.
La manipulation se faisait de la manière suivante, d'après une description donnée par M. Rich lui-même, dans les Annales forestières de 1843:
Les cônes purgés de matières étrangères étaient montés à l'aide d'une poulie à l'étage supérieur ; de là, au fur et à mesure de la dessiccation, ils étaient descendus d'étage en étage par des trappes ménagées dansles planchers. Le chargement total était de 80 hectolitres ; ce nombre fut augmenté plus tard par la construction d'étagères autour des murs.
Le feu, allumé pour la première fois après un chômage, était entretenu pendant trente-six heures; à ce moment, les cônes commençaient à s'ouvrir; la température avait été entretenue douce et uniforme. On entrait alors dans le séchoir ; et non sans peine, par suite du peu de hauteur des étages, on brisait les cônes et Ton humectait ceux du premier plancher pour faciliter l'épanouissement des écailles. La température était, à ce moment, portée à 33 ou 36 degrés centigrades. Au bout de quelques heures, si Ton remarquait, ce qui arrivait par les grands vents et les temps de pluie, que les cônes s'ouvraient mal le long des murs, on les changeait de place; on les humectait de nouveau. Lorsque les cônes du premier étage étaient tous ouverts, ils étaient
jetés au dehors et remplacés par ceux du second. Les cônes du troisième, descendus au second, étaient remplacés eux-mêmes par des cônes nouveaux pris dans le magasin.
Une fois la marche du séchoir réglée, la descente des cônes du troisième étage au premier se faisait en vingt-quatre ou quarante-huit heures suivant la saison et Tétat de Tatmosphère.
Le nettoyage de la graine ailée s'opérait au moyen de trois cribles; mais, par suite de la présence des ailes delà semence, jamais il n'était complet. Le premier crible servait à séparer la graine des cônes tombés avec elle. Le deuxième retenait les débris ligneux et les feuilles, et le troisième la débarrassait du sable et de la poussière.
Enfin, avant d'employer les cônes au chauffage des fours, on les étendait sur une aire dallée, on les battait avec une sorte de dame de paveur, puis on les repassait dans la série des cribles ; cette manipulation donnait encore une certaine quantité de graines.
Tout le travail était exécuté par trois ouvriers.
Le désailement de la graine était fait à la main, lorsqu'il s'agissait de petites quantités; mais le plus souvent pour les quantités importantes, il s'opérait au fléau de la manière suivante. La graine était disposée sur une aire en couche épaisse de 20 à 25 centimètres pour éviter l'écrasement, puis battue comme des céréales ; lorsque le désailement était jugé suffisant, le battage était arrêté, et le résidu était nettoyé an ventilateur. Trois hommes désailaient et nettoyaient par ce procédé environ 600 kilogrammes par jour.
La gestion de la sécherie de Haguenau était confiée à M. Rich, qui préparait la graine à ses risques et périls pour la céder à l'Administration à un prix déterminé à l'avance. La sécherie fonctionna en 1824 et IS-îo avec peu d'activité. Le prix de cession fixé à 1 fr. 25 pour la graine ailée mettait en perte le gérant; il réclama. Le bien fondé de sa demande fut reconnu, et le prix fut porté à 1 fr. 65 pour les deux années écoulées.
Depuis cette époque jusqu'en i853, l'Administration paya la graine ailée 2 fr. 05 en moyenne par an.
Le rendement fut quelquefois insuffisant pour satisfaire à toutes les demandes du service forestier. Dans ce cas, M. Rich était obligé de se procurer dans le commerce la graine demandée, et l'Administration lui en tenait compte à un prix débattu annuellement; d'après les relevés faits de 1850 à 1853, ces derniers prix, supérieurs à ceux des graines préparées à Haguenau, étaient encore inférieurs de 15 à 20 pour 100 à ceux énoncés dans les ofîres faites par le commerce.
L'importance croissante des demandes, auxquelles des commandes pour le service forestier communal étaient venues se joindre, avait forcé plusieurs fois M. Rich à augmenter sa production en louant des fours à garance aux particuliers. Vers 1845, il trouva plus avantageux
pour lui de construire à ses frais une nouvelle sécherie qui lui coûta 32000 francs.
Bien que cet établissement n'appartînt pas à l'Etat ; il est nécessaire d'en dire quelques mots à cause de son agencement nouveau pour l'époque, qui fut un pas important fait dans la voie du progrès.
Le système présentait de tels avantages sur l'ancien, que dès i 846 M. Rich abandonna la sécherie domaniale. Elle ne servit plus que dans les années de grande abondance.
Les avantages se résumaient en une grande économie de temps, une manutention plus facile, une qualité supérieure de la graine.
Dans l'ancienne sécherie, une grande partie de la main-d'œuvre était employée à monter et à descendre les cônes, à les manipuler difficilement dans des étages surbaissés. Le cube d'air à chauffer était considérable. Le chauffage se produisait à la partie inférieure par rayonnement direct, tandis qu'à la partie supérieure il n'était produit que par l'air circulant avec peine au travers des planchers garnis de toile : de là une grande inégalité dans le séchage des cônes et la nécessité de les faire descendre d'étage en étage. La masse de murs en contact avec l'air de l'étuve entraînait une déperdition considérable de calorique. Le séjour prolongé dans l'étuve altérait la qualité • enfin le passage sur le premier plancher exposait à des coups de feu. Les ouvriers étaient sujets à des refroidissements ; la marche pénible sur des planchers à claire -voie dans des étages de i/^jBO de haut amenait de nombreuses maladies aux pieds et aux jambes des hommes employés.
Dans la nouvelle sécherie, ces inconvénients étaient en partie ou totalement supprimés.
La source de chaleur était un calorifère qui distribuait par des bouches l'air surchauffé ; les coups de feu provenant du rayonnement du foyer étaient supprimés. Ceux provenant d'un courant d'air à une température trop élevée étaient faciles à éviter avec un chauffeur expérimenté. L'exposition des cônes à la chaleur artificielle se faisait dans une sorte d'armoire à tiroirs contenant des claies en bois et toile métallique disposées à 20 ou 25 centimètres les unes des autres (fîg. 6 et 7).
Les claies garnies de cônes étaient introduites dans l'armoire, qui se refermait sur elles au moyen d'une trappe verticale fixée par un loquet. La température de l'armoire était portée à 30 ou 45 degrés centigrades par un courant d*air chaud arrivant à la partie inférieure et se dégageant à la partie supérieure. Les dimensions de l'étuve étaient ainsi bien réduites, et par conséquent le chauffage plus facile à régulariser dans toutes les parties. Pour faire sortir la graine du cône, Touvriern^était plus dans une atmosphère malsaine ; il soulevait successivement chaque trappe, tirait la claie, brassait les cônes dont la graine tombait à ses pieds en dehors de l'étuve ; lorsqu'il jugeait les cônes complètement ouverts, il les remplaçait par d'autres. La graine ne restait quelquefois que
huit à douze heures exposée à la chaleur. Nous n'avons pu avoir les dimensions de cet établissement, mais nous avons retrouvé un croquis de l'agencement des tiroirs donné ci-contre (fîg. 6 et 7). IJ résulterait des documents consultés que le rendement, dans un temps donné, était deux fois plus considérable sans augmentation de main-d'œuvre.
Le succès de cet établisssment, qui n'était que la copie de ceux construits en Allemagne, fut tel, que, dès d847, les agents locaux proposèrent d'agencer la vieille sécherie domaniale sur ce modèle. Ce projet très controversé par l'inspection des finances, n'était pas encore approuvé en 1853. M. Becquet, alors conservateur à Paris, reçut l'ordre d'examiner; l'affaire; il conclut comme les agents locaux, et la restauration eut lieu quelques années après.
Il résulte du rapport de cet agent supérieur que, de 1831 à 1834, la fourniture de 22 817 kilogrammes de graines faite par M. Rich avait coûté 45100 francs au lieu de 6^746 fr. 75, prix basé sur les offres minimum du commerce, et qu'en moyenne Tensemble des marchés passés avec M. Rich de 1824 à 1853 avait donné à l'Etat un bénéfice de 20 pour 100 sur les prix commerciaux. En 1845, une adjudication faite pour satisfaire l'inspection des finances ne donna aucun résultat, et l'on fut obligé de reprendre la soumission présentée par M. Rich et écartée par l'inspecteur général des finances ; elle était de 20 à 25 pour 100 inférieure aux offres les plus basses de ses concurrents.
La sécherie de Haguenau servit toujours de type aux constructions de l'espèce. Celle de Fontainebleau, construite en 1842 avant que M. Rich ait étudié son nouveau type, fut, comme nous le verrons plus lard, un perfectionnement de l'ancien four à garance de 1824.
C'est encore l'ancienne et la nouvelle sécherie qui servirent à M. Sommervogel pour dresser en 1861 les deux types qui lui furent demandés.
Destinés à des pays de montagnes, ces types devaient être aussi simples et peu coûteux que possible, pour que l'on puisse multiplier les constructions ; aussi l'un d'eux était évalué 1800 francs et l'autre 3 000 francs. Nous allons en dire quelques mots ; car leur étude est encore aujourd'hui intéressante.
La première, que nous désignerons sous le titre de sécherie à étaghe (fig. 8 et 9), peut s'installer presque partout à peu de frais; il suffît d'établir autour d'une chambre des montants avec des traverses, disposées de 25 en 25 centimètres ; en faisant déborder les traverses, elles servent de supports à des claies que l'on dispose tout autour de la chambre. Un calorifère dont les tuyaux de fumée font le tour de la pièce en passant en'dessous des étagères, sert au chauffage. Des regards garnis de thermomètres permettent de surveiller les variations de température. La production de ce petit établissement est de 2000 kilogrammes en cinq ou six mois d'hiver; la surface d'étendage est de 79 mètres carrés. Ce
type, comme on le voit, rappelle l'ancien séchoir de Hagucnau qui avait été garni d'étagères pendant les dernières années de fonctionnement. Le devis joint â ce modèle évainaitladépense de construction à 1 800 francs
en 1861 : elle serait peut-être maintenant de 2 500 francs au plus. L'ai ciennesécheiie de Briançon a^ait été construite sur ce type.
La seconde, que nous désignerons sous le titre de sécherie à tiroirs (fig. 10 et 1 1) était exactement semblable à l'étuve appartenant àM.Rich. Le chauffage était obtenu au moyen de l'air chauffé par un calorifère situé en dehors de l'étuve, on écartait ainsi les chances d'incendie. La disposition générale convenait fort bien aux pays en pente. Le devis estimatif fait en 1861 s'élevait à 3000 francs, actuellement la dépense serait d'environ S 000 francs. La prodiiclion de ce type, dont la surface d'étcn-
dage brute est de 154 mètres carrés, était évaluée à 7 000 kilogrammes; il servit de base aux installations faites à la Ltagonne él à Mnrat.
r. (Sytlème d« M Somi
Dans la pensée de l'auteur, les cônes devaient être entassés à l'exti'rieur ou emmagasinés dans les greniers loués.
La sécberie domaniale de Haguenau n'est plus à la France depuis 1870, et celle de M. Rich ne fonctionne plus depuis la même époque.
Sécherie de Fontainebleau, — Cette sécherie, située au clos de la Faisanderie, fut bâtie en 1842 sous la direction de M. Mar}^r de Bois d'Hyver, inspecteur des forêts à Fontainebleau ; son établissement était motivé par la difficulté que Ton éprouvait à réaliser les approvisionnements de graines résineuses nécessaires aux repeuplements considérables entrepris dans les forêts de la liste civile. Elle remplaçait
Fig. 12. —> Plan da res-de-ohanssée de la sécherie de Fontainebleau.
une petite étuve bâtie en 1838 à titre d'essai, auprès du pavillon du Grand-Parquet.
Le bâtiment n'a pas été modifié depuis 1843, il est encore en très bon état. Il se compose d'un corps principal flanqué de deux annexes (fîg. 12 à 15).
Le corps principal comprend :
1® Un grenier sous les combles, servant à emmagasiner l'approvisionnement nécessaire à deux ou trois jours de séchage ;
2" Un rez-de-chaussée renfermant deux calorifères recouverts d'un écran pour éloigner les graines des parties trop chaudes ;
3** Entre ces deux parties, trois étages distants de l",88 supportant des planchers à claire-voie; la surface d'étendage est augmentée à chaque étage par trente claies retenues le long des murs au moyen de
deux charnières. Une échelle de meuaier met en communicalion les différents étages. Des trappes pratiquées dans les planchers servent à la descente des cônef.
Le chauffage est obtenu par l'air chaud qui se dégage de deux calorifères jumeaux, et par le rayonnement des tuyaus de fumée qui traversent trois étages avant de s'engager dans la cheminée en maçonnerie.
Les annexes comprennent ; d'un côté, la chambre des ouvriers chauffeurs et la salle d'accès an calorifère qui est utilisée en même temps comme dépôt de cAnes vides ; de l'autre ctlé, les deux pièces sont employées à la manipulation des cAnes et des graines et à lenr emmagasinage provisoire.
Les graines sont conservées dans des bâtiments voisins dépendant de la Faisanderie.
Les cônes sont entassés dehors ou sous des abris volants.
Anciennement, la récolte était réalisée d'une façon aussi économique que possible par la délivrance gratuite d'autorisations de cueillette à tous les pauvres de la région. Une fois munis de cette pièce, les ouvriers étaient libres de cueillir en forêt les quantités qu'ils désiraient ; mais ils devaient apporter le produit intégral de leur travail à la Faisanderie, où il leur était payé 1 fr. 73 par hectolitre de cônes de pin sylvestre.
— SI — !:! fraacâ pur heclulitre do pin laricio et 1 franc par heclolitre do pin marUicne.
Depuis quelques années, ce procédé a été restreitit ou abandonné, et les apports ne peuvent plus venir en masse que des bois particuliers.
La manipulatioii s'opère d'une façon analogue à celle employée dane le vieux séchoir de Haguenau. L'agencement général comprend trois perfectionnements : le four à garance est remplacé par des calorifères construits avec soin; les loties tendues au-dessous de chaque
étage ont été supprimées pour permettre à la chalenr de mieux circuler; et enfin, la hauteur des étages, hien qu'encore insuffisante, a été augmentée.
Les cônes à traiter sont pris dans le grenier supérieur, où un séjour de quarante-huit à cinquante-deux heures les a déjà préparés iiu séchage ; ils sont descendus au troisième étage à l'aide d'un conduit garni de cribles qui les séparent des corps étrangers ; ils sont étalés en couchée de S à 6 centimètres d'épaisseur sur le plancher et sur les claies suspendues au mur. Le lendemain, les claies sont décrochées, les cônes tombent sur le plancher oii ils sont brassés à l'aide de râteaux. Ils perdent ainsi une partie de leurs urnines qui tonibentd'étage en élagejusqu'au rez-de-chaus»ée passant au travers
des planchers à clairG-voie; puis ces cAnes sont desceadns au second étage. Vingt-quatre heures après ils sont de nouveau traités comme il vient d'être dit, puis descendus au premier. Le troisième jour enfin, les cônes fortement secoués pour leur faire abandonner toute la graine qu'ils contiennent, sont jetés dans l'annexe par] une trappe ; là, avant d'être portés au tas des cAnes vides, ils sont mis dans une claie et brassés avec force. Cette dernière opération permet de reconnaître si l'extraclion est complète ; elle ne rend presque rien lorsque la manipulation préalable a été bien menée.
La lenteur du séchage tient surtout à l'interruption du chauffage pendant la nuit. Durant le jour, la chaleur est maintenue entre 35 et 40 degrés centigrades ; mais vers sept heures du soir, l'étuve est hermétiquement close et les feux éteints. Grâce ans bonnes fermetures, la température ne s'abaisse pendant toute la nuit que de f degrés environ ; cet abtdssement entraîne avec lui des dépôts de vapeur d'eau nuisibles au prompt épanouissement des écailles etfait perdre une partie delà dessiccation acquise. Cette condensation est d'autant plus considérable que l'étuve est hermétiquement fermée. Pour la diminuer, on a l'habitude, à Fontainebleau, de ne pas humecter les cônes, comme M. Rich le faisait à Haguenau.
La graine ramassée au rez-de-chaussée est emmagasinée. Elle est désailée au moment de l'envoi par un battage fait à l'aide d'un fléau sur lequel une toile d'emballage est fixée par une grosse ficelle. Le nettoyage est obtenu au moyen d'un ventilateur à céréales acheté à Moret, dont la forme est particulièrement bonne pour cet usage.
Avant 1870 on préparait à Fontainebleau de la graine de pin maritime; Tétuve que nous venons de décrire ne servait pas dans ce cas. Tout autour du bâtiment et desjmurs du clos de la Faisanderie, on avait disposé des pavages sur lesquels on exposait les cônes aux rayons solaires ; lorsqu'ils étaient ouverts, on les ramassait, et Ton versait la graine dans des sacs. Les massifs de pin maritime de la région n'existent plus depuis l'année ISTQ, ces récoltes ne sauraient donc être continuées.
Voici maintenant quelques renseignements sur les dépenses et prix de revient :
La construction de la sécherie, en 4842 et i843, coûta 14437 francs, et l'outillage, lors du premier établissement, fut payé i 335 fr. 84.
De 1843 à 1848, époque de la première réunion de la sécherie au domaine de l'État, les. dépenses faites se sont élevées à 34133 fr. 06, qui se répartissent ainsi :
Ppaia de récolte 26 308 fr. 07
Manipulation '. 6 784 16
Entretien des bâtiments , 408 Oi
— de l'outillage .. 632 82
Total égal 34 138 fr. 06
A déduire pour le produit de la vente des cônes vides. . 8 527 10
Reste âSUOSfr. 96
Le produit a été de 21 684 kilogrammes de graines évaluées d'après les prix minimum du commerce à 32 646 francs^ savoir :
8 183 kilogrammes de pin sylvestre à 3 francs 24 549 fr. 00
13 322 kilogrammes de pin maritime à fr. 50 « 6 661 00
179^,5 de pins divers à 8 francs 1 436 00
32 646 fr. 00
Le bénéfice réalisé pour cette période fut donc de 7 040 fr. 04 au minimum.
Les renseignements sur les prix de revient nous font défaut jusqu'en 18G4. Mais nous savons que de 1864 à 1870, si Ton en déduit Tannée 1867, qui ne donna pas de récolte, et l'année 1866, pour laquelle le relevé des comptes n'a pu être fait, la sécherie produisit 23 740 kilogrammes de graines diverses, savoir :
Ktlogramnicc'.
G rain«H d« pin sylvestre 17 010
- d'épicéa 569
— de pin laricio 432
-— de pin marilime 5129
La dépense correspondaaie s'éleva à 40 852 fr. 52, non compris ren-* t retien des bâtiments payé sur les fonds des bâtiments de la liste civile^ Si nous évaluons ces frais à 2 000 francs et à 2 500 francs le temps employé par le brigadier sécheur, nous arrivons à un total de 46 352 fr. 52. Pendant cette période, les cônes vides n'ont pas été vendus, ils étaient distribués aux préposés pour leur chauffage.
Si Ton veut faire le même calcul que précédemment et appliquer les poix du commerce aux quantités préparées^ on trouve qu'elles auraient coûté 70 178 fp. 60, savoir :
1 7 610 kilogrammes de graines de pin sylvestre 64 886 fr. 10
569 kilogrammes de graines d'épieéa 764 00
439 kilogrammes de graines de pin laricio 1 964 00
5 129 kilogrammes de graines de pin maritime i 564 50
Le bénéfice, pour cette période, serait de 23826 francs.
Le bénéfice total pour les deux périodes étudiées comprenant douze ans est 30 866 francs., c'est-à-diré qu'il est égal à deux fois la somme dépensée pour les frais de premier établissement. Pour avoir le bénér fice totale il fai^drait ajputer celui qui a été réalisé par les préparations faites de 1 848 à 1863, mai3 nous avons déjà dit que ces renseignements nous font défaut.
Il en est de même pour les trois années 1870-1872. En 1873, la récolte a été nulle.
Pendant les huit années 1874-1881, la production limitée à la graine de pin sylvestre a notoirement diminué sans que la cause de cette diminution puisse être nettement définie ; il est certain, toutefois, que le roulement a été plus irrégulier que ne le comporte Tirrégularité des années de fructification ; le releva ci-dessousi indique les quantités récoltées annuellement :
Grftines désailécs.
Kilogrammes.
Tohil ROr.6
Cette quantité est moitié moindre que celle préparée de 1864 à 1870; I e prix de revient s'en est ressenti, la dépense totale a été de48 036 fr. 30.
Frais de récolte et de manipulation 42 584 fr. 20
Traitement du préposé sécheur 3 500 00
Frais divers 518 60
Entretien des b&timenls 1433 50
Total égal 48 036 30~"
 déduire pour la vente des cônes vides, faite seulement
en 1 878 561 25
Reste 4 7 475 fr. 05
Lejprix de revient serait ainsi de 5 fr. 86, prix le plus élevé de tous ceux obtenus dans les sécheries domaniales.
Si'J'on tient compte de la valeur des cônes vides distribués aux gardes, on trouve que la dépense faite pendant ces dernières années est précisément égale au déboursé que le Trésor aurait eu à faire pour acheter au commerce la même quantité de graines ; l'Etat n'a fait de bénéfice que sur la qualité. Mais si Ton se souvient des chiffres précédemment relevés, on doit en conclure que la production a subi une crise qui peut cesser d*un moment à Tautre. En 1882, la prj|duction doit s'élever à ^000 kilogrammes, le bénéfice réalis^ sera donc très vraisemblablement de nature à rassurer sur l'avenir de cet établissement, situé en somme au centre même d'une zone d'approvisionnement très suffisante pour l'alimenter.
La graine produite a été de qualité supérieure à celle du commerce : depuis 1873 le taux germinatif a toujours varié entre- 74 et 94 pour iOO, nulle autre source de production n'a atteint ce chiffre.
Terminons par quelques chiffres statistiques : l'hectolitre de cônes pèse environ 45 kilogrammes, il donne 800 grammes à 1^,400 de graines ailées brutes au sortir de l'étuve ; 1 kilogramme de ces graines donne de 570 à 720 grammes de graines désailées, qui pèse en moyenne 485 grammes par litre.
Sécherie de la Llagonne, — Cette sécherie a été établie, en 1861, à la Llagonne près de Mont-Louis (Pyrénées-Orientales), dans un immeuble acheté à un particulier et servant anciennement de caserne aux douaniers. L'étuve a été installée parles soins de M. Mazières, sous-inspecteur des forêts, qui s'est inspiré du deuxième type étudié en 1861 par M. Sommervogel, c'est-à-dire du modèle à tiroir.
Aucun essai n'avait été fait dans le pays ; les habitants et les gardes étaient complètement étrangers à cette industrie. L'entreprise était hasardée; mais elle était nécessaire. L'Administration ne pouvait s'approvisionner de graines de pin à crochets dans le commerce. Si des offres lui étaient faites, la plupart du temps cette soi-disant graine de pin à crochets n'était autre que de la graine de pin sylvestre tirée d'un pays de montagne ou même d'un pays de plaine.
La sécherie n'a pas été modifiée depuis 1860. Elle se compose de plusieurs corps de b&timent reliés entre eux par deux cours.
Ffg t« — PlsD àa 1 Han de lu léchMie de la Llagoone
Au nord et à l'est, se trouvent l'habitation du brigadier sécheur et es magasins de graines ; Au sud, l'étuve; A l'ouesl, les hangars pour emmagasiner les cônes pleins.
FlR. II. -CoiipelongilurtiiialedelaséchMie'îeliiLlOKOnne.
Ces bâtiments, déjà vieux au moment de l'acquisition, sont aujourd'hui en assez mauvais état.
Lp bâtiment dç l'étuve, dont le plan est ci-joint (fîg. 16, 17 et IK), eomprend :
Un grenier où Ton emmagasine, comme à Fontainebleau, l'approvisionnement nécessaire à deux ou trois journées de séchage ;
Trois chambres de manipulation;
Une chambre pour le triage des cônes ;
Une étuve qui occupe deux chambres anciennes situées Tune audessus de l'autre;
Un calorifère.
Le grenier, situé au-dessus de Tétuve, est garni en partie d'un plancher à claire-voie, de sorte qu'il profite de l'air chaud qui se dégage lors de l'ouverture des tiroirs.
L'étuve proprement dite a 5 mètres de haut sur 4" ,95 de profondeur et A mètres de large ; 104 claies mobiles y sont placées par étage et disposées deux par deux, bout à bout, dans des rainures sur lesquelles elles glissent. Chaque claie a 1"^,9(> delongsurl,04delarge;la surface totale d'étendage de 90 mètres carrés peut contenir 46 hectolitres de cônes.
Le calorifère est situé en dehors de l'éluve et ne la chauffe que par l'air chaud débouchant dans une chambre de chaleur occupant toute la partie du bâtiment située au-dessous des étages de claies.
Cette disposition régularise la chaleur et permet de la distribuer aussi également que possible dans toutes les parties de Tétuve. Elle constitue le seul perfectionnement
Fig. 18.— Coupe transversale de la sécherie de la Llagonne.
apporté au type de M. Sommervogel; mais ce perfectionnement a une très grande importance dans la pratique, puisqu'il diminue les chances de coup de feu et assure ainsila qualité de la graine.
Chaque année, une publication faite par l'agent régisseur annonce l'ouverture des magasins. La réception des cônes, commencée vers le 15 octobre, continue jusqu'en décembre. La cueillette est faite à la main, par les paysans dans toutes les forêts domaniales ou communales des environs de Mont-Louis, contenant environ 10000 hectares peuplés en pins à crochets ou sylvestre. Les ramasseurs transportent eux-mêmes leurs récoltes soit à la sécherie, soit pendant les années de grande abondance, dans des magasins provisoires loués à proximité des bois les plus éloignés. La qualité et la quantité des cônes sont vérifiées avec le plus grand soin par les préposés sécheurs ou collecteurs, puis par }'agent régisseur.
L'extraction de la graine commence généralement dans les pjremiers
jours de décembre; l'opération continue ensnite jour et nuit, sans interruption, jusqu'à l'entier éppisemcnt de l'apprcmsiomieraent.
Les cônes, pris dans le grenier situé au-dessus de l'étuve où ils out été exposés, pendant quarante-liuit à soixante-donie heures, à une température de ÏO degrés et plus, restent qnarante-huit heures en moyenne dans l'étuve avant de s'épaoouir complètement. Rsysont esposésà une température de 35 à 42 degrés centigrades. Des ouvriers placés devantles tiroirs sont employés toute la journée à lessecouerr ce qu'ils font en sortant les claies de l'étuve. La nuit, le travail est arrêté. Les feux sont éteints à dix heures du soir.
F'ig. 13. — ElétiUon de la oiiuhine « désailer (sytiBins Murquiar).
Par suite de la fermeture hermétique de l'étuve, la chaleur se conserve pendant la nuit d'une façon très suffisante ; car la température ne s'abaisse que de 3 à 6 degrés de dis heures du soir à six heures du matin. Les condensations de vapeur nocturnes sont ici moins à craindre qu'à Fontainebleau; car, bien que l'étuve n'ait pas de dégagement d'air chaud et de vapeur, le travail de jour supplée en partie ftcet inconvénient. Pendant toute sadurée, la trappe de l'un des tiroirs est ouverte, de sorte que le renouvellement d'air se produit par cette ouverture et entraîne aveo lui les excédents de vapeur.
Quelques cônes, appelés n^/j-acia^i-es parles ouvriers, ne s'ouvrent pas au bout de quarante-huit heures : on les met de côté pour les exposer au soleil en été; on obtient encore ainsi de petites quantités de graines qui ont été, en 1 876, de 63 kilogrammes, et en 1 877, de 35 kilogrammes.
Lii graiiiu est nettoyée par un simple criblage au sortir de l'étuve;
— ;iî) —
puis elle est désailée et vannée au moment de Tenvoi par une machine construite d'après les plans du garde Marquier.
Cette machine fonctionne bien ; nous croyons utile de la décrire ici et d*en donner un croquis (fîg. 19 et 20).
Elle se compose de deux appareils renfermés dans une caisse de bois, l'un est destiné à opérer le désailement, l'autre à séparer les graines des débris d'ailes et de la poussière. Le mouvement est transmis simultanément aux deux parties au moyen d'une grande roue dentée et d'un pignon apparents à l'extérieur.
Sur Taxe de la grande) roue est fixé un gros cylindre de bois, dont la surface est couverte par une brosse garnie de crins durs disposés en rangs hélicoïdaux. Cette brosse est entourée par une tôle bosselée
Fig. 20. — Coupe transversale de la machine à désailec (systènje Marquier).
de l'extérieur à l'intérieur. La partie supérieure de cette tôle est ou-r verte et correspond à un entonnoir muni d'une trémie ; la partie inférieure est percée de trous d'un diamètre suffisant pour laisser passe;? la graine. Un ventilateur est fixé sur Taxe du pignon.
Les graines ailées versées dans l'entonnoir supérieur muni de la trémie, passent au travers d'un crible horizontal qui retient les débris de cônes. Elles tombent dans le conduit vertical qui les répartit dans toute la longueur de la brosse. Dans sion mouvement de rotation, jcelle-ci les frotte contre la tôle bosselée ; ce frottement sépare la graine de l'aile ; puis la force centrifuge précipite le tout au travers des trous percés h la partie inférieure de la tôle. A ce moment, le courant produit par le ventilateur agit [vsur le mélange }et fait remonter dans un
conduit les ailes, poussières et graines vaines, tandis que la pesantei entr^ne les bonnes semences d'un autre côté.
Fig. ii. — Conpe du projst ds.muhiue ■ déisUar (système Deui dénis n).
M. Deuxdeniers, inspecteur des forêts, qui a fait une étude parlicit- Jière de cette machine, lui reproche :
i' D'être lourde à manœuvrer: il faut trois hommes pour la servir, deux la mettent en mouvement, le troisième verse la graine dans la trémie et la ramasse à terre après le désailement et le nettoyage ;
2" De travailler irrégulièrement; le cylindre et la brosse sont fixes, de sorte qu'avec des brosses neuves, le frottement est éne^ique et mutile la graine; si, au contraire, eUes commencent à j.J^'1-";7.''m'"'.*''?™'"- ''"'"'J'^'' s'user, le frottement estinsuffisant pour briser 1 aile.
Pour remédier ;à ces défauts, cet agent propose une nouvelle disposition. La machine (Bg. âl et 22) se composerait de deux brosses plates de forme circulaire, placées verticalement et parallèlement l'une à l'autre; l'une d'elles serait fixe et traversée au centre par une vis d'Archimèdeiaboutissant à une ti-émie dans laquelle on verserait la graine ; la seconde sérail mobile autour d'un axe horizontal
prolongeant celai de la vis précitée. Ces brosses, composées d'un assemblage de brosses plus petites seraient disposées, comme il est indiqué ci-contre. Leur écartement se réglerait à Taide d'une forte vis, de sorte que Ton pourrait obtenir le frottement voulu, et le maintenir au fur et à mesure de l'usure des crins.
La graine ailée, amenée de la trémie par la vis d'Archimède, tomberait entre les deux brosses ; la brosse tournante l'entraînerait en la frottant. Par suite de la force centrifuge, elle serait rejetée à la circonférence ; d'oii elle tomberait dans un conduit, oîi la graine et les ailes se sépareraient sous l'action du courant d'air créé par le ventilateur.
Ce modèle pourrait être essayé. D'après l'inventeur, il coulerait 500 francs ; mais le devis fait était relatif à une machine mise en mouvement par une roue hydraulique.
Le modèle du garde Marquier coûte 300 francs.
Les frais de premier établissement de la sécherie de la Llagonne et les grosses réparations s'élèvent jusqu'à ce jour à 28 567 fr, î25, savoir :
Acquisition de l'immeuble.. 5 500 fr. 00
Appropriation des bâtiments et constiMictions neuves. .. 15 7i1 il Grosses réparations 7 546 13
28 767 fr. 25
Depuis 1862, première année de fonctionnement, jusqu'en 1881, la sécherie de la Llagonne a produit 63 810 kilogrammes de graines de pin à crochets et de pin sylvestre. Celte préparation a donné lieu à une dépense de 190382 fr. 18, qui se répartit ainsi :
Frais de récolte et manipulation 4613j5fr.26
Traitement du préposé séclieup 20 2H 66
Assurance i ihh 84
Entretien des bftùments 8 323 52
Total 191 124 fr. 78
A déduire le prix de vente des cônes vides (la vente de ces cônes est peu fructueuse et parfois difficile à la Llagonne ,. 742 50
Reste 190 382 fr. 18"
Le prix moyen serait pour cette période de 3 fr. 14; il est certainement de beaucoup inférieur à celui du commerce pour le pin sylvestre ; pour le pin à crochets, les offres rarement faites se sont toujours élevées à plus de 5 francs. Le bénéfice fait peut être évalué à plus de 90 000 francs, si Ton veut bien observer que les huit dixièmes au moins de la graine préparée étaient de la graine de pin à crochets. Les frais de premier établissement sont donc actuellement largement amortis.
La qualité germinative a varié, depuis 1875, entre 68 et 94 pour 100 ; elle a été, en moyenne, de 75 pour iOO.
Le rendement de Thectolitre a été de 1*^,235 de graines ailées, et le
kilogramme de graines ailées a donné 750 grammes <le graines di^suilées. En résumé, cette sécheric a renda Jusqu'à ce jour de grands services, et si son état de délabrement actuel nécessite des réparations importantes, nous ne pensons pas qu'on doive hésitera les entreprendre.
Sécherie de Mural. — La première sëcherie de Murât (Cantal) avait été construite en 1861, d'après les plans de M. Morin, sous-inspecteur des forêts, qui s'était inspiré du deuxième type & tiroir étudié par M. Sommervogel, et de la disposition adoptée à Fontainebleau.
Murât avait été choisi comme le centre des forcis de pins de l'arrondissement de ce nom et de celui île Saint-Plour. Dans le principe, la
FiK. 13. — Ciiupe rie l'i.nclenDS accherie de Mural
cueillette des cônes rencontra de nombreux obstacles. Les habitants refusaient de (ravailler ; il fallut avoir recours à des brigades d'ouvriers amenés de loin. En présence de cette concurrence et du prix très avantageux payé par hectolitre : 2 fr. 50 à 3 francs, l'opposilion cessa; bientôt il fallut louer des magasins provisoires à Chalinargues et Maillargues. Depuis, le rayon d'approvisionnement s'esl agrandi ; il s'est étendu dans la Haute-Loire, la Lozère et le Puy-de-Dôme; il se développera encore lors de l'ouverture des hgnes ferrées d'Ambert el de Marvejols, Pour donner une idée de son importance, il suffit de signaler ce qui est arrivé en 1880 ; après quatre jours d'ouverture, les magasins étaient remplis par 12500 hectolitres; l'approvisionnement était complet ; les paysans, avertis par voie d'afïîches, furent invités à ne plus faire d'apports des cônes. Les réclamations nombreuses entrain iTent une
enquête administrative de laquelle il ressorlit que plus de 18000 hectolitres restaient chez les paysans.
La première sécherle se composait d'an bâtiment principal flanqui^ (le deux annexes, comme à Fontainebleau, et de deux magasins pour les cônes.
Le bâtiment principal (flg. 23 et 24), ou sécherie proprement dite, comprenait, au rez-de-chaussée, un calorifère au-dessus duquel étaient trois ctage espacés de 2 mètres sous poutre. Un des grands côtés de chaque
étage étaitgarnide tiroirsdumêmemodèleque ceux deUaguenauetne contenant chacunqu'uneclaie. Les troisétages contenaient quatre-vingtdix tiroirs représentant une surface d'élendage de 100 mètres carrés. Au premier, on avait ménagé, en dessous du premier rang de tiroirs, un espace dans lequel l'air chauffé par le calorifère débouchait et se répartissait en dessous de chaque rang, pour s'élever ensuite jusqu'au troisième étage, en traversant les couches de cônes étendus sur les claies. Le surplus des étages était occupé par un escalier, un tube pour rejeter
les cAnes vides dans l'annexe et un espace vide servant anx manipolations et an dép&t d'approvisionnement de cônes pleins.
L'annexe de droite servût d'accès au foyer du calorifère et an dép6l de cônes vides destinés .an chauffage.
L'annexe de gauche servait de salle de manipulation des graines et de logement pour le sécheur et sa famille.
Les manipaiatioDS s'opéraient ainsi :
Les cônes, débarrassés des aiguilles et corps étrangers par des jets de pelle à grande distance, étaient entreposés surle plancher des étages pendant plusieurs jours avant d'être mis en tiroir. Ils perdaient ainsi une partie de leur humidité; car la température était toujours très élevée en cet endroit. Ils étaient ensuite placés sur des claies et exposés dans l'étuve à une température constante de 43 degrés. Les cbauffeure étaient passibles d'une amende de 5 centimes par heure toutes les fois que la température s'abaissait au-dessous de ce chiffre. Les
cônes n'étaient pas changés de tiroir ni d'étage ; mais deux fois' par jour, à une heure et à six heures, chaque claie était sortie et secouée violemment pour fiùre tomber la graine. Le temps que les cônes mettaient pour s'épanouir complètement variait suivant l'endroit dans lequel la claie se trouvait. Les cônes du premier étage s'épanouissaient en huit ou douze heures, tandis que ceux des autres étiges mettaient seiae à vingt-quatre heures. A nn même étage, il n'était pas rare de voir renouveler les cônes d'une claie toutes les huit heures, tandis que ceux de ta voisine restaient seize à vingt heures en tiroir. Ces inégalités tenfûent à la hauteur de l'étuve, au refroidissement causé parles murs, à la direction des courants d'air chaud, à la fermeture hermétique de l'étuve. Nous avons déjà expliqué quelques-unes de ces causes au sujet de la sécherie de Fontainebleau, les autres le seront ultérieurement.
Au sortir de l'étuve, les cônes étaient secoués, puis fortement piétines avant d'être employés au chauffage ; ce piétinemenl rendait beaucoup plus qu'à Fontainebleau ; parce que le brassage était beaucoup
moins violent ^pendant la manipulation dans Tétuve. Il . se faisait au moyen d'une claie montée sur roulette à laquelle on imprimait un mouvement saccadé de va-et-vient sur un cadre armé de rails et supporté par quatre pieds. (Pig. 28 et 29.)
Le désailement était obtenu au moyen d'un battage au fléau ; le nettoyage se faisait par un triple criblage. Ce mode est bien moins avantageux que le ventilateur ; il est plus onéreux et moins efficace.
Le chargement de Tétuve était de 36 hectolitres. Chaque journée de manipulation fournissait 41 kilogrammes de graines ailées, par suite du renouvellement partiel d'une partie des cônes situés le [plus près des bouches d'arrivée d'air chaud. Le rendement annuel de la sécherie pouvait donc être évalué à 41x30012300 kilogrammes; il atteint .12125 kilogrammes en 1881^ chiffre bien près du maximum indiqué ci-dessus ; pour Tatteindre, il fallait chauffer jour et nuit.
Donnons maintenant quelques renseignements sur les prix de revient. Les frais de premier établissement se sont élevés à 13 097 fr. 42, savoir :
Acquisition de terrains. 1015fr. 73
Construction du b&timent principal 4 493 77
Aménagement et outillage . de Tétuve 8 298 85
Magasins 4 289 07
13 097 fr. 42
Depuis 1862, première année de fonctionnement, jusqu'en i 869, la sécherie a produit 39 300 kilogrammes de graines résineuses et6 703 kilogrammes de graines feuillues, savoir :
Kilogrammes. ,
Graines de pin sylvestre 12 871
— de sapin ^^ ^^^
— dehêtre ^378
— de frêne ^^^
La dépense faite a été de 48398 francs.
Comme on le voit, pendant cette période, la récolte de graines de pin sylvestre n'ajpas encore d'importance, la principale préparation est le sapin, dont il existe de grands massifs aux alentours de la sécherie.
Le fonctionnement de rétablissement a été néanmoins avantageux ; car racquisition de ces graines au commerce eût coûté 69 355 fr. 90, savoir :
12 371 kilogrammes de graines ailées de pin sylvestre à 3 fr. 30. . 40 824 fr. 30
26929 kilogrammes de graines de sapin à 1 franc 26 929 00
6370 kilogrammes de faînes à 20 francs les 100 kilogrammes. . . 1 277 60 325 kilogrammes de graines de frêne à 1 franc le kilogramme.. 325 00
69 355 fr. 90 ' 5 - '
Le bénéfiee réalisé est dooe, poar oette période, de
69355 fr. 90—48398 fr. =2095Tfr. 96.
Nous n'avons pas de renseignements pour les quelques années suivantes; de 1873 à 1881 la production a été de 63 455 kilogrammes de graines ailées de pin sylvestre, soit 44122 kilogrammes en graines désailées. La récolte des autres essences a été complètement abandonnée. La dépense s'est élevée à 192653 fr. 81. savoir :
Frais de récolte et manipalation . • r 179 05t fr. 13
Salaire du sécheoc..., 7»74 76
Assurance 584 04
Réparations au bàtimenl 6 135 88
Total égal 192 653 fr. 81
A déduire pour la vente des cônes vides.... 5 665 70
Reste 186 988 fr. 11
Le prix moyen a donc été de 2 fr. 94 pour la graine aitÔe et de 4 fr. 23 pour la graine désailée.
L'acquisition de ces essences au commerce aurait coûté 2M 306 francs, en appliquant à chaque récolte la moyenne amiiMUe eûtreap^idante au prix du commerce, valeur minimum évidemment; ear, poHr compléter les approvisionnements, rAdminîstration aurait été entraînée à approuver des offres plus élevées que celles déjà acceptées. Il conviendrait encore d'ajouter au bénéfice les redevances payées par les particuliers pour les délivranees à prix réduit qui se sont élevées à 5 7$& trttncs
depuis 1878 :
221 306 — 186 988+ S 735 £r.=ï;4007a fr.
Il résulte de ces calculs que, depuis sa construction, ladite sécherie a fait bénéficier rÉtat, sans compter les années 1870 à 1872, de 6* 080 francs au minimum, chiffre supérieur à l'amortissement des frais de premier établissement.
La sécherie a été brûlée par la foudre en juin 1881; elle était encore en bon état. Nous allons étudier maintenant le projet de restauration; mais, auparavant, nous relevons les chiffres statistiques similaires à ceux donnés pour les autres établissements.
Le rendement moyen parhectolitreaété, del875àt88f, de l*,219de graines désailées, donnant 842 grammes de graines désailées ; le Htre de graines pesait 460 à 480 grammes et donnait 65 à 96 pour f 00 de semences susceptibles de germination.
L'hectolitre de cônes pleins pèse, au mois de décembre, 56 kilogrammes ; au mais de juin, il pèse encore 47 kikigramiaes. ;; au* bûui de deux ans d'emmagasinage, il ne pèse plus que 3^ kitogramo^asv
Il est encore nécessaire de résumer ici quelques chiffres qui diftnontrent l'utilité des sécheries pour les préparations des graines de pin sjlvestre et de pin à crochets. Pour chaque sécherie, nous avons
prouté que les frais de premier établisdemeût étaieftt amortis, et même que cette dépende avait été productive d'un certain intérêt. ' Ld tableau suivant, donnant les moyennes de la période 4873-1881^ démontrera que la production d'une sécherie est plus économique et de meSleure qualité que celle des préparations solaires.
Rendement Prix de l'hecto-
dtt kilogr. Qaaliié. litre en graines
désailées.
Pin sylvestre de la sécherie de Murât 4 fr. 23 65 à 96 «/o 0^,841
— de la sécherie de Fontainebleau. 6 86 74 à 94 ,780
— au Puy-de-Dôme 3 54 24 à 85 ,640
-* dfts Hautes-Alpes 4 77 68 à W 0,710
— de la Lozère 6 00 20 à 88 ,803
Pin à crochets de la sécherie de la Llagûnne. 3 14 68 à 94 0,822
Pin à crochets des Basses-Alpes 6 35 62 à 68 ,746
Pin à crochets des Hautes-Alpes 6 95 24 à 76 0,793
En ce qui concerne le prix de revient, il est inférieur dans les sécherles; nous n'avons d'exception que pour Fontainebleau et Je Puy-de- Dôme ; nous avons déjà donné des renseignements sur ^élévation momentanée, à notre avis, du prix de Fontainebleau, et nous avons dit que Je prix du Puy-de-Dôme est peu élevé en raison même de la faiblesse des récoltes difficilement extensibles dans les mêmes conditions.
La qualité est partout supérieure dans les sécheries, et il en est de ftiême du rendement par hectolitre. Si le rendement de Fontainebleau est inférieur à celui de la Lozère, cela tient à la jeunesse des pineraies, probablement à la différence de climat et à ce que le pin n*est pas indigène à Fontainebleau. Mais lorsque Ton considère une même région, le tableau démontre que les cônes du centre de la France, par exemple, préparés à Murât donnent 5 pour 100 et AO pour 400 en plus que lorsqu'ils sont préparés par la chaleur solaire dans le Puy-de-Dôme et la Lozère.
Les sécheries sont, à notre avis, des établissements utiles et économiques; mais il faut savoir calculer leur importance d'après la production locale et construire en montagne de petits appareils du genre de ceux proposés par M. Sommervogel et dans les centres plus importants des établissements susceptibles d'une plus grande production.
Le développement de la cueillette des cônes dans la région de Murât faisait un devoir à l'État de profiter des efforts faits par le service forestier et de reconstruire Vétuve brûlée par la foudre.
Pendant ces dernières années de roulement, l'ancien appareil était déjà insuffisant pour préparer des récoltes proportionnées au besoin du service ; de plus, pour obtenir le rendement de 12000 kilogrammes ailés, soit 7 500 kilogrammes désailés, il fallait travailler toute Tannée. La moitié de l'approvisionnement n'était employée qu'au deuxième prin-
temps, après avoir perdu une grande partie de sa valeur germinative.
L'ancien bâtiment, dont il ne restait que quatre murs, ne pouvait être aménagé de façon à donner une plus grande production, il fut, dès le printemps, converti en magasin pour les graines et en logement pour le sécheur, qui habitait un galetas malsain. Il fut décidé que la nouvelle étuve serait construite sur un terrain voisin déjà acheté par l'État, pour la construction de nouveaux magasins. La nouvelle sécherie devait pouvoir fournir, pour les travaux du printemps, 12000 kilogrammes de graines provenant des cônes de Tannée.
Quel système fallait-il employer pour obtenir ce résultat ?
Les étuves dont nous venons de parler, avaient de graves inconvénients qui se seraient encore augmentés avec les dimensions à donner à la nouvelle construction.
Dans les sécheries anciennes, le cube de l'air à chauffer et la perte de chaleur sont considérables. La surface d'étendage étagée le long des murs exposés d!un côté aux intempéries atmosphériques subit de ce fait un refroidissement d'autant plus nuisible qu'il entraîne en cet endroit une condensation presque continuelle de la vapeur d'eau suspendue dans Tair des étuves, et ralentit l'épanouissement des écailles sur ce point.
La grande hauteur et la fermeture hermétique permettent la formation de courants d'air chaud et refroidi, nuisant à la bonne répartition de la chaleur; l'atmosphère non renouvelée, bientôt saturée d'humi-» dite, nuit à la prompte dessiccation; le moindre refroidissement entraîne des condensations qui rendent aux cônes l'humidité perdue.
L'ouverture des tiroirs dans les sécheries de l'espèce diminue bien ces inconvénients ; elle dévie les courants et permet à la vapeur de se dégager dans les salles de manipulation ; mais elle en a un autre : l'air chaud, arrivant du calorifère, se dirige vers le tiroir ouvert et s'échappe sans profiter aux rangs situés au-dessus, où un refroidissement et de nouvelles condensations se produisent. L'exactitude de ce fait se vérifie à Fontainebleau, où il a même été utilisé par les constructeurs. Lorsque le sécheur s'aperçoit que la température s'élève trop dans l'étuve, il ouvre une petite trappe de iO à 12 centimètres, placée audessus du calorifère sous le dôme qui sert d'écran ; aussitôt un courant rapide se forme vers cette trappe ; la température cesse de s'élever à l'intérieur de Tétuve, et bientôt même elle est redescendue de 3 à 4 degrés.
Le dernier vice des étuves françaises est le travail des ouvriers au milieu d'une atmosphère surchauffée; dans les sécheries à tiroir la chaleur est moindre dans les chambres de manipulation, mais elle est encore considérable; l'ouvrier ouvre sans cesse les trappes, recevant ainsi à chaque instant des bouffées d'air chaud dans la figure. Ce travail fatigant et pénible devrait être écarté, s'il était possible.
Une étade des systèmes allemands permit de reconnaître que des essais avaient été faits dans ce pays pour parer à ces désavantages.' Trois types principaux semblent supérieurs à ceux décrits précédemment :
i" L'étuve en forme d'armoire;
2» L'étuve de MM. Noback et Pritze ;
3' L'étuve à wagonnet.
Us sont peu connus des forestiers français. Nous en dirons quelques mots, grâce aux renseignements qui ont été fournis par MM. Stainer et Hoffmann, de Wiener-Neustadt, soit à l'Administration centrale, soit par l'intermédiaire de M, Lemercier, jeune ingénieur distingué, qui visita Ieurs,établissements l'été dernier.
l'ig. S7. — Coape IraDBiarsale de l'étui'e ea srmoire.
L'étuve en forme d'armoire (flg. 27-28) est maintenant très connue en Allemagne. Bile est placée au milieu d'une grande salle, pour éviter le refroidissement des murs extérieurs. Elle peut se construire très facilement de la façon suivante : quatre rangées de fer méplat sont alignées au milieu de la pièce, à 1 mètre les uns des autres en tous sens. Us sont percés, de 25 en 25 centimètres, par des trous ronds au travers desquels passent des tringles de fer rond, encastrées dans les murs aux deux extrémités ; deux rangs de claies sont placés sur chaque étage formé par ces tringles. Les deux faces sont garnies de fortes portes en fer ou en fer et bois ; la partie inférieure est fermée par un plancber à jour an-dessous duquel se trouve le générateur de chaleur.
«- 70 — Le plafond est percé de cheipinées d'sppel pour renouveler l'iùr constamment ; deux fois par jour, les portes sont ouvertes simDltanémeDt des deux cAtés à la fois, et l'on procède à )a manipulation. Lorsque ]'étuve a une grande longueur, elle est partagée Terticulement en compartiments. La hauteur est, autant que possible, maintenue entre 3 mètres et 5 mètres ; une échelle mobile sert pour le chargement des rangs supérieurs.
Ce modèle a encore l'inconvénient de laisser l'étuve improductive pendant un certain nombre d'heures et d'obliger les ouvriers à travailler dans uni; atmosphère encore bien chaude. De plus, la construction des portes est chère et leur agencement assez délicat. Cette disposition nous paraît toutefois plus avantageuse que celle des sécheries à tiroirs, surtout si l'on divise l'étuve en compartiments verticaux. Elle peut être employée pour de petites étuves.
Les étuves Noback et Pritze, de Prague, sont complètement différentes. Leur disposition est fort ingénieuse (flg. 29).
L'étuve est formée d'une tour carrée, haute de 8 à 10 mètres. Klle est fermée, à la partie supérieure, par une calotte en maçonnerie percée d'une cheminée de ventilation. Un des côtés de la calotte est muni d'une porte par laquelle on peut introduire un wagonnet de chargement.
En dessous, dans toute la hauteur de la tour, on diepou des étages
formés de coratères mobiles sur un axe. Tous les axes tiaversent le mur de la tour et sont montés extériflurement sur un mécanisme qui permet de tourner à la fois toutes les cornières dn mémo étage.
Au-dessous de l'étage le plus bas et tout autour de la tour, l'air chaud arrive par des bouches le lAOçant horizontalement.
Fig. Ï9. — Coupe de l'^Wto (système Nobatli el Frit»).
Ls fond de la tour est formé par un grand entonnoir aboutissant à un oondnit, pats k un tarare.
Lorsque les cornières sont maintenues dans la première position de la figure 30, elles forment une grïlle au travers de laquelle les cdaes ne peuFent pas passer ; mais si l'on tourna toutes celles d'un étage de 00 ou 120 degrés, les cônes tombent auEsltàt à l'étage inférieur. Une fois l'étuve chargée et mise en train, la préparation cantioue sang interruption ; l'air chand sorti des bouches iaférieures
s'élève au travers des couches de cônes et vient s'échapper par la cheminée d'appel. Les étages inférieurs sont les plus exposés ' à l'air chaud ; les cônes y sont séchés par l'air le plus sec ; ils sont depuis le plus longtemps dans l'étuve. Si, donc, l'on considère les différents étages, les cônes y sont d'autant plus épanouis qu'ils sont plus près du bas de la tour. Lorsque l'on juge les cônes du rang inférieur suffisamment secs, on fait virer les cornières, leur charge tombe aussitôt dans l'entonnoir allant au tarare qui sépare les graines des cônes. On remet dans la première position les cornières déplacées; puis l'on fait la même opération à tous les étages. A la fin de la manœuvre, le rang su-
^ ouvert
Fig. 30 • '— Positions exlrômes des cornières dans rétnve (système Nobaok et Fritze).
périeur reste vide; on décharge dessus le wagonnet, et l'étuve continue à fonctionner.
Un appareil de ce genre, de 8 mètres de haut sur 4 mètres de large en tous sens, supporte un chargement de 24 hectolitres que Ton peut renouveler toutes les huit ou seize heures suivant la saison. Il coûte 22 000 francs environ en Autriche. Un seul homme suffit pour le manœuvrer.
Ce système très ingénieux peut être très économique dans un centre industriel ; mais il n'en est pas de même dans les pays où l'Administration établit des sécheries. Le mécanisme, quoique très simple, est cependant trop délicat pour être mis entre les mains de paysans. Avant de l'employer, il faudrait s'assurer le concours d'un sécheur ayant quelques notions de mécanique.
Le dernier système signalé consiste en une grande pièce, au milieu de laquelle est une étuve ; deux wagonnets, installés de chaque côté, peuvent y entrer tour à tour ; de sorte que l'on ne perd pas de temps pour le chauffage. Aussitôt qu'un wagonnet de cônes épanouis sort de l'étuve, il est remplacé par un autre ; les ouvriers travaillent, en outre, dans une atmosphère tiède. Ce système a été adopté pour Murât. Il nous suffira de décrire cette dernière sécherie pour le faire comprendre.
Le projet a été fait par M. d'Anthonay, ingénieur, sous la direction
des agents forestiers de l'Administration centrale (3° service, l" section) qui se sont inspirés d'une étude adressée, il y a quelques années, par M. Staioer.
La nouvelle sécherie se compose d'une grande balle flanquée de trois pavillons sur la façade; le bâtiment a un rez-de-cbausséeet un grenier; dans la partie centrale, il existe un sous-sol (flg. 31-32).
Figt ai. — Canp« traniTsnile de la lieheria d« MnraL
Une voie ferrée, solidement installée, traverse toute la balle ; le passage au-dessns du sous-sol est soutenu par de fortes solives de fer encastrées dans la maçonnerie.
Sur cette vole, deux .wagons de 6 mètres de long, 2 mètres de large et i mètres de haut peuvent circuler; cbacun d'eux contient S88 claies de 7S centimètres sur 1",50 pouvant servir à l'éteodage de 100 hectolitres de cAnes. Ces claies débordent du wagon de 0,50 de chaque côté.
L'étuve, située an milieu de la balle et traversée par la voie ferrée, a la largeur et lalonguear du wagon chargé ; mais elle a 50 à 60 centimètres de plus de hauteur. Parallèlement à ta voie ferrée, elle est
fermée par deax murs en briques munis de regards vitrés, dans le sens opposé, par deux grandes portes en fer et tôle.
L'air chaud y arrive, à là partie inférieure, par quatre séries de bouches crénelées, distribuées, dans toute la longueur, parallèlement aux rails. Il en sort de deux façons différentes, suivant les besoins du moment, soit pçir quatre départs inférieurs, soit par cinq départs supérieurs. Pour activer le courant de renouvellement continu, cette double ventilation se réunit dans un cofPre correspondant à la double enveloppe de la cheminée. La colonne de fumée, en s'élevant dans le tuyau de tôle, produit une surélévation de température dans la double enveloppe ; Tair surchauffé s'élève alors, aspirant à sa suite celui de Tétuve.
Le calorifère, situé dans le sous-sol, a été construit pour la combustion des cônes vides, excellent combustible dont la puissance calorique est telle que les cendres sont fondues par l'ardeur du foyer; il se compose d'une grande cloche en fonte munie d'une grille percée, seulement en son milieu, de trous destinés à amener une grande quantité d'air dans le foyer ; car il convient, pour le bon fonctionnement du système, de répartir la grande quantité de calorique sur le plus grand cube d'air possible. Les gaz du foyer se rendent dans un coffre situé au-dessus de la cloche; de là, ils se dirigent dans deux spirales qui font le tour d'une chambre dite de chaleur, située sous Tétuve ; puis ils reviennent se réchauffer dans un coffre situé audessus du foyer avant de s'élever dans la cheminée. Des clefs disposées sur ce trajet permettent de régler le tirage.
Le rayonnement de la cloche, des coffres, des spirales chauffe l'air de la chambre de chaleur et le porte à une température de 80 à 100 degrés ; cet air entre dans les conduits des bouches, qui se développent dans une seconde pièce, isolant l'étuve du calorifère et la mettant à l'abri du rayonnement du foyer. L'air chaud arrive dans les bouches crénelées, s'y mélange avec l'air refroidi du fond de Tétuve, et sort par les créneaux à une température de 50 & 60 degrés. Les courants horizontaux formés se chicanent en dessous du wagon, l'air se mélange encore, et il s'élève de cette partie une colonne d'air chauffé h 45 ou 50 degrés, qui traverse toutes les couches de cônes, et a encore 40 à 48 degrés à la sortie par la ventilation supérieure.
Ces températures ont été obtenues en réglant le nombre des prises d'air chaud arrivant dans les bouches crénelées ; elles peuvent être diminuées en réglant le chauffage dans le foyer et en fermant plus ou moins les soupapes d'arrivée d'air chaud.
La manipulation a été faite de la façon suivante lors des expériences pour les réceptions des appareils : un des wagons préalablement chargé de cônes était introduit dans l'étuve; les portes étaient fermées; laventii-
lation inférieure ouverte ; puis, toutes les heures, pour enlever les buées formées dans la partie supérieure de Tétude, la ventilation supérieure était ouverte pendant le temps nécessaire pour que toute trace d'humidité ait disparu à Fintérieur de l'étuve. Le wagon restait ainsi de vingt-quatre à trente-six heures. Pendant ce temps, des ouvriers transportaient des cônes dans les dépôts situés de chaque côté de la halle ; ils garnissaient le deuxième wagon et criblaient les graines déjà préparées. Aussitôt que la charge du premier wagon était suffisamment épanouie, il était sorti et remplacé par le deuxième ; le séchage continuait ainsi sans interruption. Les claies du premier wagon étaient alors déchargées et regarnies avec de nouveaux cônes : si la chai'ge de quelques claies était suffisamment ouverte dans les parties traversées par les courants de la ventilation inférieure, elles étaient déplacées. Des pesées faites, il résulte que i hectolitre de cônes récemment cueilli pesait 50 kilogrammes à son entrée dans Fétuve et 28^,300 à la sortie avant l'extraction de la graine ; la perte en eau volatilisée est donc de 21^,700, soit 2 170 kilogrammes pour le chargement complet du wagon. Le produit d'un wagon était de 75 à 80 kilogrammes de graines ailées par manipulation, il a atteint depuis 95 à 100 kilogrammes.
Les cônes épanouis sont restés deux jours dans les halles par un temps pluvieux, sans que les écailles se soient refermées d'une façon sensible; la manipulation a pu être faite sans difficulté au bout de ce temps.
L'expérience peut conduire à faire des économies dans la maind'œuvre ; mais, tel que nous venons delà décrire, la manipulation était faite par le même nombre d'ouvriers que dans l'ancienne sécherie qui donnait 41 kilogrammes par jour.
Pour éviter les surchauffes, des avertisseurs électriques ont été placés aux quatre coins de l'étuve.
Les magasins actuels sont insuffisants pour loger l'âpprovisionnement de cônes nécessaire ; on devait en construire un nouveau en 1883. Nous ne pensons pas qu'on doive en étabir d'autres, attendu que les cônes peuvent être déposés en plein air et abrités d'une façon quelconque sans aucun inconvénient pour la graine pendant la saison d'hiver ; l'action de la gelée est plutôt favorable au prompt épanouissement dans l'étuve.
L'installation de cette nouvelle étuve a été chère par suite de l'obligation où l'on a été de faire exécuter les appareils divers en dehors de Murât, et même en majeure paille à Paris même. Elle a coûté environ 70 000 francs, dont 30 000 pour le bâtiment, et le surplus pour les appareils et l'outillage. Nous sommes persuadé que cette somme sera promptement amortie, si TAdministration demande à cet établissement les approvisionnements importants qu'il est susceptible de fournir.
Ici se termine notre étude, nous devons déclarer que notre seule pré* tention a été de fournir quelques points de repère aux personnes qui s'occupent des récoltes de graines résineuses. Elle est le résultat de recherches faites pendant notre séjour à TAdministration centrale. Tous nos camarades, tous nos prédécesseurs qui se sont occupés de la question ou de l'un de ces détails^ peuvent reconnaître, dans les lignes qui précèdent, leur dire ou leur œuvre ; les ayant reconnus bons, notre désir a été de les vulgariser pour rendre service aux forestiers et tâcher de conserver à la France une partie du lourd impôt qu'elle paye à l'étranger sous forme d'acquisition de graines résineuses.