‹ ACHIVES DE L'ART FRANCAISChapitre 27 sur 61 · PEINTRE · texte numérisé non relu

PEINTRE

larché des peiotores pour k maître-autel de Saiot-Germam-des-Prés (janvier 1557).

Communiqué par M. Henri Bordier. et annoté par M. Anatole de Montaiglon.

Aucun édifice de Paris ne pourrait, mieux que Téglise Saint- Germain des-Pr^s, montrer les arts de tous nos siècles, si elle nous était parvenue intacte, avec les détails de sa décoration intérioure et ses hâtim^nts accessoires 11 n>st môme aucun art dont elle n'eût offert des exemples précieux.

Le corps de Tédifice est un des plus anciens morceaux d'architecture conservés à Paris, et d'autant plus remarquable que l'ensemble n'en est pas trop détruit, malgré le remplacement, fait en 1653 par le frère Antoine, du lambris ancien par une voûte de pierre, malgré les chapiteaux grecs mis aux colonnes et les misérables autels de Bullet. C'était par quantité que l'abbaye comptait ses merveilles d'architecture; son chapitre, grande salle gothique, portée sur quatre piliers et pavée en mosaïque; la nef immense de son réfectoire aussi pavé de mosaïque et décoré d'admirables vitraux; sa chapelle de la Vierge, seconde église séparée de la première, ouvrage, comme le réfectoire, de Pierre de tfontreau qui y fut enterré en il66; enfin le commencement de son cloître, bâti en 1557, et qui, h côté de la plus exquise pureté gothique, mettait l'élégance un peu courte et écrasée de la renaissance.

L'orfèvrerie s'y pouvait enorgueillir de la ch&sse de saint Germain, construite en forme d'égiise, et du devant d'autel en cuivre doré, donnés par l'abbé Guillaume, en 1408 et 1409. Dom Bouillard (Histoire de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, 1724, in folio) leur a consacré les planches 7 et 8 (page 166), et le marché de la chÀsse se trouve dans ses preuves (u? CXYIl, page LXXXIV); les

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orfèvres en avaient été Jean de Clichy, Gaulier du Four et Guillaume Boey.

La peinture y avait aussi plus d'un morceau important. Sauvai (I, 340) n*a-t-ii pas d'abord ce passage qui ne manquera pas à la seconde édition des Le Nain, de M. Champfleury : « La voûte de la « chapelle de la Vierge est peinte par les Nains; ces trois frères ce excellaient à faire des têies; aussi ontr-ils réussi merveilleuse^ « ment dans celles des figures qu ils y ont fait entrer, aux figures <c de TAssomption et du Couronnement de la Vierge; toutes ces « têtes, au reste, sont d'après nature, si belles et si proprement a appliquées au sujet qu'il ne se peut pas mieux. » Le clotire avait aussi des peintures, mais du xvie siècle, et Sauvai (1, 432), extrayant les Mémoires du Père Guignard, nous en donne la date précise : « En 1588, le cardinal de Bourbon, abbé, fil commencer en mai à « peindre la vie de saint Beootl dans dos clottrcs, et promit de a donner par mois dix écus jusqu'à la fin de l'année; mais les a guerres civiles survenues en décembre firent tout cesser. « On se souvieni que c'est dans ce mois de décembre que le duc de Guise fut tué et le cardinal de Bourbon arrêté aux Éiats de Blois. Les peintures subsistaient encore du temps de Sauvai, puisqu'on trouve à la page précédente que « le cloître est entouré de l'his* « toire et des miracles de saint Benoii par de mauvais peintres. » Je ne doute pas de la supériorité des Saint-Bruno de Le Sueur, mais il n'est pas certain que ces peintres de 1588 fussent si mauvais que le dit Sauvai.

Ces peintures n'étaient pas les plus anciennes de l'église. Tout le monde connaît, maintenant qu'il est venu au Louvre après avoir passé par Saint-Denis, le tableau du Christ mort, descendu de la croix et adoré par un donateur, qui serait l'abbe Guillaume 111, si Ton en croit dom Bouillard (p. 169) qui avait vu, sur la châsse et le devant d'autel donnés par l'abbé Guillaume, sa figure accompagnée de son nom. Ainsi ce tableau serait des premières années du xv« siècle, ce que le style, bien qu'il puisse être moins ancien, ne contredit pas absolument. Il est certain qu'il a été peint à Paris, puisqu'on y voit à la droite du fond l'abbaye de Saint-Germain-des- Près et, au delà de la Seine, le vieux Louvre et le petit Bour-

bon (i); mais il n'est pas anssi certain qn'il soit d*nne main française. Si elle n*est flamande, et elle en a tous les caractères, elle travaillait au moins tout à fait dans le goût flamand. Quant à Tattribuer, comme l'a fait M. Lenoir, dans Tinventaire des tableaux recueillis par lui (Bulletin du comité des monuments y 1843, t. m, p. 276), à un peintre italien nommé Fabrino, qui serait venu en France sous Charles VU, c'est plus qu'une fantaisie; d'ailleurs Fabbé Guillaume est mort en 1418, quatre ans avant l'avènement âe Charles VII. Les attributions à propos de ce tableau ont toujours été malheureuses ; car de notre temps on a cru y voir une signature donnant le nom nouveau de Nicolas Pion. Cette erreur, qui se trouve dans les Annales archéologiques (II) pour la première fois, je crois, a été depuis souvent répétée. Il y a en effet sur un vase de parfums, posé à terre devant la Magdeleine, quelques lettres; mais elles ne se lisent pas N, Pion. U y a, avant le P, deux lettres, sinon trois, et la lecture des trois lettres PIO, dont le P peut avoir la valeur de R, est la seule partie certaine. Ce n'est pas un mot, mais un fragment de mot, ce qu'en montre la partie visible du vase, et si ces six on sept lettres ont un sens^ il le faudrait retrouver dans un nom de parfum ou de médicament, dans lequel elles figureraient. On sait la façon dont, au xvi^' siècle, sur les vases qu'on a l'habitude d'appeler aiguières de pharmacie, le nom de ce qu'ils devaient renfermer figure comme ornement; notre' peintre aura copié un vase de cette espèce et en aura reproduit ce qu'il voyait. Quoi qu'il en soit de cette supposition, Nicolas Pion est toujours un nom à ajouter au chapitre, qui serait amusant à écrire et plus long qu'on ne croirait, des peintres qui n'ont jamais existé.

A Saintr-Germain-des-Prés, ce tableau était dans l'ancienne sa* cristie; il n'y était pas seul, car en l'indiquant (VU, 64), Piganiol dît qu'il se trouve parmi quelques vieux tableaux d'un assez bon goût de couleur. Lenoir en cite deux : une résurrection qu'il attri-

(1) Dans l'histoire de dom Bouillard, une planche de Hérisset sur le dessin de Ghaufourier donne du tableau cette partie topographique avec un premier plan arrangé.

bue encore à ce Fabrino, dont le nom ne paraît pas être en beau coup d'endroits, à moins que M. Lenoir n*entende parler de Gen* tile da Fabriano, et un portement de croix que M. Lenoir donnait, sans doute avec autant de raison, à Gentil Bellin. Cette sacristie avait peut être aussi recueilli les deux tableaux dont Texistence, inconnue a dom Bouillard, nous est révélée par la pièce que nous publions. Pour ceux-là nous n'avons que le nom de Tauteur, de même que, pour la descente de croix, nous n'avons que le tableau. C'est ainsi que restera peut-être toujours l'histoire de notre ancien art, beaucoup de noms sans œuvres à côté de quelques œuvres sans noms.

C'étaient deux volets peints seulement d'un côté et destinés à recouvrir le retable du mattre-autel , qui était sans doute une sculpture (dom Bouillard, p. 189), sur l'autel qui fut élevé au milieu du xvie siècle ; peut-être l'ouvrage que devaient accompagner et recouvrir les volets de Le Bel était-il le devant d'autel donné en 1408 par l'abbé Guillaume. Toujours est-il qu'il fut employé dans le nouvel autel, car dom Bouillard (p. 193) raconte que le retable fut enlevé avec la châsse et caché pendant trois ans, et qu'il fut replacé dans l'autel, le 7 mars 1565. Sur cet autel dom Bouillard donne des renseignements qui complètent notre pièce :

c( Le nouvel autel ne fut achevé qu'en 1557. On y montait par « (Quatre ou cinq degrés et il était environné de quatre colonnes « de cuivre ; le Saint-Sacrement suspendu par le moyen d'une a crosse de même métal; les ligures de saint Vincent et de saint « Germain de marbre blanc placées aux deux côtés ; son circuit a enfermé d'unbalustre de bois fort bien travaillé ; telle était à peu « près sa structure, dont on n'a laissé aucun dessein. On trouve a par le nombre des dépenses qui y out été faites qu'il avait coûté « deux mille huit cent huit livres quatre sols tournois. Il fut con- « sacré le 21 avril, etc. » Dom Bouillard (page 189), qui écrit en marge comme autorité : Chronic. du Breul.

On remarquera que le dernier payement fait à Le Bel est po6té« rieur seulement de huit jours à la consécration. On remarquera aussi la mention des tableaux de la Sainte-Chapelle, qui étaient peutrétre du même Le Bel. Enfin, j'ajouterai qu*un demÎHsiècle

après, on artiste du même nom, Bernard Le Bel, fit à Abbeville, en 1618, pour la somme de 600 livres, le grand chandelier de cuivre qui était aux Célesiios de Paris (Piganîol, IV, 187, d'après on rx)mpte manuscrit qui lui fut communiqué par le P. Béquet, bib'iothécaire des Célestins de Paris.) Quoique rien ne prouve qu*il soit de la même famille, le rapprochement est bon à faire pour indiquer au moins la possibilité d'une origine provinciale pour le premier.

Honnorable homme Fremyn Lie Bel, maistre paintre a Paris, confesse avoir promis et promect par ces présentes a messieurs les vénérables religieux, prieur et couvent de Teglise et abbaye Monsieur Sainct Germain des Prt- z lez Paris, vénérable et religieuse personne frère Guillaume Paulmier aulmosnier de ladicte église et abbaye a ce présent et acceptant, de faire bien et deuement, au dict d'ouvriers et gens à ce congnoissans, des ouvrages de painture cy après declairez. C'est assavoir paindre, dorer et estoffer Tenchassiceure ou bordure servant a la contretable du grant maistre autel de Teglise dudict Sainct Germain, avec les guichetz dudict maistre autel par dedans seullement. Item dorer entièrement toute la susdite enchasiceure de fin or bruny, sans en riens excepter painct par dessus ledit or, en aucun lieu les plus convenables poinsonner comme il appartient. Item paindre en jaspe ou noir poly, à l'option desdictz religieulx, une corniche ou moulure qui est à l'entour de ladite enchasiceure, a laquelle sontpenduz les guichets; et sera ladicte moulure en jaspe poly ou en huille, comme

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dict est. Item paindre de plate painture deux costez de guichetz, ou seront figurez, en Tun une nativité de Nostre Seigneur, en l'autre l'histoire de Tadoration des trois roys, lesquelz guichetz seront painctz de bonne et fine coulleurs, comme les rouges de fine lacques de Venise et fin asur d'esmail et fin maeicot, et le reste en suyvant de toutes bonnes et loyalles couUeurs, et, après estre seez, les vernir de fin vemy de Flandres. Et sera le bornent dudict guichet doré d'or en huille, et platte bande en jaspe a huille. Et pour ce faire, quérir, fournir et livrer toutes bonnes paintures et estofies convenables, aussi belles, bonnes ou meilleures que celles employées au crucifix et ymaiges de la saincte chappelle du Palais Royal à Paris. Et iceulx ouvraiges rendre, bien et deuement faictz et parfaictz au dict d'ouvriers et gens a ce congnoissans, dedans la mykaresme prochainement v^ nant; tant moyennant la somme de cent cinquante livres tournois, que ledict Paulmyer, pour et au nom desdictz religieulx prieur et convent, sera tenu, promect et gaige bailler et payer audict Le Bel ou au porteur, au feur et ainsi qu'il fera les d. ouvraiges ; comme parmy ce que lesdictz religieulx seront tenuz nourrir honnestement, selon son estât, icelluy Le Bel et ung autre homme avec luy, durant le temps susdict seullement, et excepté lesfestes, et aussi fournir chandelle et autre feu convenable pour iceulx ouvraiges, car ainsi, etc. Et est assavoir qu'ils promettent, obli*

géant es dicts noms chacun en droict soy et ledict Le Bel corps et biens» etc. Faict et passé double cesH tuy par lesdicts religieulx » Tan mil v^ cinquante-six (1557)» le samedi» neufiesme jour de janvier.

Le Gaiius. Denet.

Au revers :

Receu par moy Fremin Le Bel le xxx® de janvier

mil v^ cinquante six (1567) par les mains de frère

Guillaume Paulmier pour le contenu en ce présent

marché la somme de cinquante livres t. Faict soub

mon seing Tan et jour que dessus.

Le Bel.

Plus receu le xiiij^ de mars a cause que dessus la

somme de xxiiij ^ t.

Le Bel.

Item plus receu a cause que dessus le xxviij^ de

mars la somme de xxiiij ^ t.

Le Bel.

Item plus receu la veille de pasques fleuries a cause

que dessus la somme de trentensix livres t.

Le Bel.

Plus receu par moy Fremin Le Bel pour la parpayê

du marché cy dessus contenu la somme de seize * t.

Faict le xxix"" d'apvril mil cinq cents cinquante sept.

Le Bel,

(Archives du Royaume, section L.)

EDSTACHE lE SDEDI.

Lettre oommuniquée et aanotôe par M. P. Hédouin.

M. P. Bédouin, le savant biographe de Watteau, de Pater, de Chardin, de Nattier et d'Hubert Robert, veut bien, lui aussi, contribuer à la richesse des Archives. Il nous a envoyé une lettre de Le Sueur, qui vient à merveille à la suite de la belle étude de M. L. Dussieux. L'année de cette lettre, qu'on dirait écrite d'hier, se rapporte à la pleine maturité du génie de Le Sueur, au lendemain de son Saint-Paul à Éphèse. Quant à la ville d'où elle est datée, et aux œuvres auxquelles elle fait allusion, nous aimons mieux nous en fier aux conjectures de notre cher collaborateur qu'à celles bien vagues dans lesquelles nous pourrions nous jeter nous-mêmes.

A M. Philippe de Chennevière$.

Mon cher ami.

Voici la lettre de Le Sueur, dont je vous ai parlé, et qui me paraît mériter de trouver place dans le travail que vous avez publié 9ur cet ëminent artiste. Cette lettre a été textuellement copiée par moi sur un autographe appartenant à mon ami M. Campenon, membre de l'Académie française. — On ignore à qui elle fut adressée, mais il y a tout lieu de penser que le peintre dont elle parle est Le Ppusain, dont Le Sueur admirait, autant que personne, les compositions sublimes. On sait que de Rome, où il passa la plu9 grande partie de son existence, ce dernier envoyait ses productions à Paris, où elles trouvaient d'empressés acquéreurs et d'enthousiastes admirateurs. Le Sueur seul pouvait alors rivaliser avec lui, mais il y avait entre eux tant d'analogie de talent et de caractère, qu'ils se portèrent une mutuelle affection, une égale estime, et se seraient amicalement partagé le royaume de la peinture. — Le P(mssin, selon l'expression de M. Denon, eût cédé à le Sueur te

Nouveau Testament^ et se serait réservé l'Ancien, — Écrite en 1650, cette lettre précéda de cinq années la mort de Le Sueur, déjà atteint, au moment où il la traça, de la maladie de langueur qui, comme cela était arrivé au grand Raphaël, le fit descendre au tombeau dans Tété de so;i âge. — Elle est remarquable de noble simplicité, de modestie, de sentiment, et donne Tidée la plus avantageuse de Tesprit et de Tâme de ce grand artiste!...

P. HÂDOUIN.

Valenciennes, 22 mai 1852.

Meaux, le 13 août 1650.

Cher camarade et ami.

Le ciel m'a regardé en pitié, depuis quelques jours je ne souffre plus, et je me porte autant bien que possible. — J'ai fait ma première sortie, et tout hier, en me promenant, je suis allé voir l'exposition dont vous m'avez parlé : elle m'a fait le plus grand plaisir !

Sage et élevé dans toutes ses compositions, son style est toujours pur, et d'un goût parfait. — Je ne puis dire ce que j'admire le plus, ou la chaleur du sentiment de ce grand maître, ou sa noble simplicité. — Je vous le répète, c'est le seul beau modèle de la peinture.

J'espère toujours vous voir arriver mardi» avec madame Gasteland à qui je vous prie d'offrir mes amitiés. Adieu, mon ami,

E. Le Sueur.

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