‹ ACHIVES DE L'ART FRANCAISChapitre 28 sur 61 · BLANCHARD · texte numérisé non relu

BLANCHARD

Piôoe communiquée par M. le baron de Qirardot.

Blanchard; quel Blanchard? Jacques, ou Jean, ou Gabriel? L'écriiure de la pièce qui nous a ëlé communiquée par M. le baron de Girardot, nous semblerait plutôt appartenir aux quarante dernières, qu'aux quarante premières années du xvii* siècle. Celui des trois vers lequel nous pencherions donc serait Gabriel Blanchard» fils du coloriste Jacques Blanchard, et que Félibien et d'Argenville nomment comme un honorable héritier de son père. Ce Gabriel, peintre d'histoire, ne mourut qu'en 1704, ftgé de soixante-quatre ans.. Son oncle Jean-Baptiste, qui fut reçu de TAcadémie un mois après lui, en 1663, et mourut à deux ans de là, est énuméré dans Félibien parmi les petits peintres d'histoire.

L'immense et splendide hôtel de Soubise, auquel étaient destinés les dix- sept tableaux dont parle notre pièce, et qui contient aujourd'hui nos archives nationales, dut son nom à François de Rohan, prince de Soubise, lequel, en 1697, acheta des héritiers de Marie de Lorraine, duchesse de Guise et de Lorraine, le vaste hôtel des ducs de Guise, qui avait porté leur nom jusque-là. « Dès que ce prince eut acquis cet hôtel, dit Piganiol de la Force, tt il forma le dessein de lui faire changer presque entièrement de « face, mais il fallut pour cela du temps et de grands travaux. On « commença à y travailler en 1706, sous la conduite de La Maire» « excellent architecte. » Ce qu'il y a de certain, c'est que Sauvai parlant de l'hôtel de Guise ne vante que deux choses : les peintures de la chapelle, par Nicole dell' Abbale, fresques et chapelle qui, dans la reconstruction, furent épargnées par miracle; puis les belles tapisseries flamandes. D'autres peintures pas un mot; et dans les descriptions détaillées des magnificences de l'hôtel Soubise, qu'ont données Germain Brice, d'Argenville et Thiéry, parmi les noms des peintres Boucher, Restout, Yanloo, Trémollière,Nattier, Natoire et Lemoine, on ne trouve nulle part celui de Blanchard. Cependant d'Argenville nous dit : «Au premier étage, l'antichambre

« qui précède la chapelle est décorée, dans son pourtour, de douze « portraits en pied de la maison de Soubise, dont Joseph Parrocel a a peint plusieurs fonds. Ils sont placés dans les trumeaux entre a les croisées. » — Or, Joseph Parrocel mourut en 170-4, la môme année que Gabriel Blanchard , et deux ans avant la reconstruction de rhôtel, s'il fallait en croire la date fournie approximativement par Germain Brice et répétée comme positive par Piganiol et par Thiéry. Mais d'autre part l'emplacement indiqué des tableaux n sur a la porte de Tanticbambre, » — « sur la porte de la chapelle, » •ntre toutes ces « croisées, qui ne sont pas faites, » le nombre même des portraits appartenant réellement à la famille de Rohan- Soubise, tout cela se rapporte à merveille à la phrase de d'Argenville, et nous engagerait à penser que la commande, publiée ici, remonterait au plus tôt vers Tannée 1702, et que le duc de Soubise, possesseur depuis 1697 de l'hôtel de Guise, avait déjà à ce moment arrêté les plans et commencé les travaux de Thôtel nouveau qui devait porter son nom. La collaboration de Joseph Parrocel, dans les portraits des Rohan, prouverait d'ailleurs le cas que faisait le prince du talent de Gabriel Blanchard, en lui adjoignant un peintre illustre qui ne paraît guère avoir prêté ses fonds de batailles à d*autres portraits qu'à ceux d'Hyacinthe Rigaud.

PRIX DES TÂBIEADÏ ORDOIÉS A I. BLAUCHABD

Poar l'hôtel de Sonblze A cent livres la plèee» tyVOO llv.

Sur la cheminée • — Le Roy.

Sur la fausse porte a droit du portraict du Roy : — François Premier, Roy de France.

Sur la porte de l'antichambre a gauche du portraict du Roy : — Henry quatre, Roy de France.

Sur la porte de la salle en entrant : — Alain Fergent, duc de Bretagne.

Sur la porte de la chapelle : — François premier, duc de Bretagne.

A la première croizée a la droite du Roy qui n'est pas faicte : — Gonan ancien Roy des Bretons^ du temps que Jules César passa en Angleterre.

A la deuxième croizée qui n*est pas faite : -^ Guethenoe, comte de Porrohet; vivoit en 1008.

A la troisième croizée qui n'est pas faite : — Alain, vicomte de Rohan; vivoit en 1120.

A la quatrième croizée qui n'est pas faite : — Eudon, vicomte de Rohan; vivoit en H 48.

A la cinquième croizée qui n'est pas faite : -!— Alain, vicomte de Rohan; vivoit en 1184.

A la sixième croizée; on y peut travailler incessamment le châssis est chez M. Blanchard : — Geofroy, vicomte de Rohan; vivoit en 1204,

A la septième croizée ; on y peut travailler incessamment, le châssis est chez M. Blanchard : — Jean, vicomte de Rohan; vivoit en 1377.

A la huitième croizée qui n'est pas faite : — Louis, prince de Guémené; vivoit en 1390.

A la neuvième croizée qui n'est pas faite : — Alain» vicomte de Rohan; vivoit en 1407.

A la dixième croizée ; on y peut travailler de même a présent : — Jean, vicomte de Rohan; vivoit en 1461 . — Écrit au crayon à la suite : Comte de Dunois, 1470.

A la onzième croizée ; on y peut travailler de mémo

des a présent : — Pierre Maréchal de Gie, duc de Nemours; vivoit en 1500. — Ecrit au crayon à la 9uite : Le roy Jean.

 la douzième croizée ; on y peut travailler de même des a présent: — René, vicomte de Rohan; vivoit en 1535.

On peut Tebaucher de même, il faut fe. fe. le châssis.

Portrait de Son Altesse a cheval a costé de la cheminée de l'antichambre avec le passage du Rhin en perspective. 600^.

Dans la même antichambre sur les deux portes deux portraicts d*Hercules de Rohan, duc de Monba< zon et d'Henry, duc de Rohan.

MlllIUGE QiiSITIlll DE lA TOUR.

Lettre communiquée par M. Jules Boilly.

Je Tavouerai à nos lecleurs : en empruntant à la coHeotion de M. Jules Boilly la lettre suivante du grand pastelliste, j*ai moins pensé à faire connaître les recettes d'hygiène d'un artiste illustre, systématique en tout, en médecine, en religion, comme en pein* ture, qu'à mettre en demeure M. Fréd. Villot, conservateur de la peinture des Musées nalionaux, de livrer au public la plus curieuse lettre que De la Tour ait certainement écrite sur son art. Je sais que M. Villot réserve cette lettre pour les savants traités qu'il prépare de longue date sur les procédés de la peinture, de la sculpture, de la gravure, de l'orfèvrerie, etc., et ce n'en serait certainement pas l'une des moins piquantes pièces justificatives; mais

M. Villot nous avait laissé espérer qu'il en donnerait la primeur à nos Archives^ et les éclaircissements précieux sur les procédés du pastel dont il serait en mesure de Tannoter, formeraient à coup sûr Tun des traités les plus complets de cet art tout français.

Mon cher Monsieur,

Je suis fort sensible à l'honneur de votre souvenir et de la charmante galanterie que vous me voulez faire de votre nouvelle édition de Londres. J*ay offert à Mons. votre cousin de luy fournir ce que vous souhaitterez de chocolat ; il me fait grand plaisir d'apprendre qu'il vous fait du bien ; je voudrois qu'il vous fit appeler à présent la jeune mine, quoiqu'on soit jeune tant que l'on se porte bien ; je crois que de l'eau à jeun est un bon préservatif contre les maladies, elle nétoye l'estomac, lave les reins et prépare une bonne digestion. En s'y accoutumant peu à peu on peut parvenir à deux pintes par jour, ceux qui suivent mon régime m'appellent leur sauveur. L'intérêt que je prens à votre santé, me fait jouer icy le rôle de médecin d'e^^u douce, on est jamais aussi sûr des autres remèdes que de celuy là, c'estoit l'axiome de M"^ Cochi de Florence.

J'ay l'honneur d'être, mon cher Monsieur, avec la franchise et la cordialité d'un Picard Votre très humble et très obéissant serviteur,

De la Tour.

Aux galeries du Louvre, le 24 avril 1774.

CDMESmiiCOIS POERSON,

Directeur de l'École de France à Rome.

Pièoe oommuniquée par M. Fossé-Daroosse , et annotée

par M. Eud. Soulié.

Nous empruntons encore la lettre suivante à Tinèpuisable collection de M. Fossé-Darcosse. Celte pièce offre peu d'intérêt sous le rapport de Fart, mais elle est curieuse en ce qu'elle montre le rôle diplomatique que remplissait à cette époque le directeur de Fécole de Rome.

Charles-François Poerson, né à Paris vers 1652, était fils de Charles Poerson de Metz, qui avait été admis, en 1651, à TÀcadémie royale de peinture et de sculpture, au moment de la jonction avec le corps des jurés de la Maîtrise. Poerson le fils, peintre d'histoire assez médiocre, entra, en 1677, à TAcadémie comme agréé, et parvint môme au grade de professeur, en 1695. Il était chevalier de Tordre de Notre-Dame-du-Mont-Carmel et de Saint-Lazare, et Ton peut supposer que sa nomination, en 1704, comme directeur de Técole de France à Rome, fut due à Tinfluence de Dangeau, grand-maître de cet ordre. En 1724, Nicolas Vleughels fut choisi pour exercer ces fonctions, conjointement avec Poerson, qui mourut à Rome, le 2 décembre 1725, âgé de soixante-treize ans.

Son tableau de réception, représentant la jonction projetée de FAcadémie royale de Paris avec l'Académie de Saint-Luc de Rome, se trouve au palais du grand Trianon. Lui-môme fut, durant sa Direction de Rome, vice-prince en 1711, puis prince, en 1716, de cette Académie de Saint-Luc.

A Rome, ce 25 octobre 1709.

Monseigneur Les Esleue qui sont, icy, ont commancé, par voir quelques vnes, des choses, des plus considérables qui sont a Rome^ puis je leur ai fait, comancer a des-

signer y dans nostre salle des Antiques» et le maistre des matematiquesy a comancé ces leçons ; ils parois<senty auoir^ bien du zèle, pour Fetude» et sil me tienent, ce quil me promettent je n'aurez que de bonnes choses, a en dire. Le tems me rendra plus sçauant et j'auray Thonneur, Monseigneur, de vous informer exactement du progrez quils feront.

La Cour de Rome, qui est occupée, coup sur coup a escrire aux esueques, d'Espagnes, puis a excomunier, yn liure, qui a vn peu trop découuert, les intrigues, qui regardes les affaires d'Ëspagnes, après cela Finterdiction de Monsig^ Molines, (auditeur de Rotte, et chargé des affaires, d'Ëspagnes) et en dernier lieu, là recconoissance de Tarchiduc, touttes ces grandes, ac« tions, les ayant beaucoup employé, chaqun se repose maintenant, et la plus grande partie des card"" sont a leurs maisons de campagnes, a goutter les délisses de la saison, ainssy, Monseigneur, j'auray peu de nouuelles a vous escrire cette ordinaire. L'on escrit de Naples, quil y estoit ariuée une felouque de Rarcelones, qu'aussitôt l'on auoit enfermée, le patron, afin quil ne parlât à personnes, et quand est que ces depesches furent faittes, l'on le remena, a sa felouque, ce qui faits conjecturer, que les choses, sont, en mauuaises, ettat, puis que Ion ne veut pas que personnes, en soient informée.

La Reine de Pologne se porte beaucoup mieux et l'on dit, que si le prince^ Constantin , son fils espouse

la fille du général Beltz, qu'il pouroit bien auoir des prétention alla couronne de Pologne,

Du depuis la reconoissance de larchiduc. Ton a vendus, dans les rue, de Rome, son portrait graué, auee le tiltre, de roy, catolique, d'Espagne vn Espagnol, en habit Ions, en acheta, vn, puis le déchira, publiquement, ce qui commençât a exciter du bruit, et obligea l'espagnol, a se sauner.

Le bruit se répand icy que son altezze le duc de Sauoye a fait son accomodement avec les deux courrones, la plus part des lettres de Gènes le porte, et celle de Millan, disent, que les trouppes allemandes, retournent, vers le Piedmont et ceux qui pratiquent chez le marq^ de Pries disent que Ion y paroist assez inquiets, pour la Gatalongne, et pour les mouuemens du duc de Sauoye.

Son enf^ M. le card* Ottobon, est a Albano, s'il auoit esté icy, je n'aurois pas manqué, de luy faire compliments, sur la nouuelle que nous auons eue, que M. de Torcy auoit parlez a M. lambassadeur, de Venize de la part de Sa Majesté, d'une manière digne du Roy, et bien honorable et consolante pour ce cardinal, M. le card* de la Tremoille yra je crois demain a Albano, disner auec M. le card* Ottobon.

J'ay l'honneur d'estre auec vn profTond respect, Monseigneur, vostre très humble et très obéissant serviteur, Poerson.

JEAN-BiVTlSTE CIREUZE.

MEIHOIIIE DE «REVZE CONTRE SA VEIHIIIE.

Communiqué par M. Jules Boilly.

On comprendra, en lisant Tinimaginable pièce à laquelle nous donnons ce titre, que nous ne Taurions point publiée si les deux filles, seules héritières du nom de Greuze, n'étaient mortes depuis quelques années déjà. Mis à couvert par cette double mort du côté de la convenance de famille, il nous restait un autre scrupule. Notre recueil ne cherche ni n'aime le scandale, et nous préférerons toujours les témoignages qui élèvent le caractère des artistes à ceux qui les abaissent. Mais le document que M. Jules Boilly voulait bien nous autoriser à copier, et qui est dans ses mains depuis plus d'une dixaine d'années, était à la fois si important et si inattendu, si désespéré et si grotesque, qu'il nous a été impossible de résister à la tentation, et nous croyons fermement que pour nos lecteurs les plus délicats la comédie de la forme sauvera les inconvenances du récit. père de l'Accordée de village! peintre de toutes les scènes douces et tendres que déroule la vie de famille! Dans quels songes extérieurs trouvais-tu tes modèles? Je ne connais que certaines lettres de Prud'hon el la biographie du pauvre Hyacinthe Langlois qui soient aussi grosses de douleurs et de hontes domestiques que ce mémoire. Quant au ridicule, le mémoire de Greuze contre la vertu de sa femme n'est égalé que par celui de J.-B.-P. Lebrun, imprimé en l'an ii, en faveur de la vertu de la sienne.

Le nôtre n'est point écrit de la main de Greuze, mais évidemment sous sa dictée ; c'est pour cette raison que, tout en conservant les singularités de langage qui appartiennent à Greuze, nous n'avons pas cru devoir conserver les singularités de l'orthographe pour laquelle Greuze n'aurait pas d'ailleurs été plus respectueux. Il s'arrête dans l'original sur un point et virgule, qui donnerait à penser qu'il a été interrompu dans ses dernières phrases. — Pour

qui ce mémoire a-l-il été écrit? Nous le croyons rédigé à l'adresse de quelque procureur, dans le but d'atteindre quelque séparation juridique : on remarquera en effet quel rôle important y jouent les intérêts pécuniaires. — Sa date, enfin ; elle nous est indiquée par Tallusion qu'il fait d'une part à un émigré, sorti de France, sans doute comme le plus grand nombre, en 1790 ou 91, et d'autre part aux églises qui ne sont pas encore fermées et qui le furent en 92. Ce serait donc en 1791 ou vers le commencement de 1792 que cette étrange pièce aurait été composée ; à ce moment en effet Greuze demeurait bien à la dernière adresse qu'il indique, porte Saint-Denis, ainsi que le témoignent les Tablettes de renommée ou du vrai mérite de 1791. Le grand peintre avait alors soixante-trois ans. On sait qu'il mourut le 21 mars 1805, dans un logement qui lui avait été accordé sous la galerie du Louvre. Nous avons dit, pages 202-3 du l*^*^ volume àesArchiveSj qu'en 1775 Greuze occupait déjà sous cette galerie, avec les autres peintres du roi, un logement qui lui avait été accordé par brevet du 6 mars 1769.

Citoyen, je vais vous révéler, malgré moi, des choses sur lesquelles j'avais jeté un voile funèbre ; vous verrez que Ton a entassé outrages sur outrages ; mon honneur, ma vie, ma fortune et celle de mes enfants, engloutis par une mère dénaturée.

Peu de jours après être arrivé de Rome (1), je ne sais par quelle fatalité, je passai dans la rue Saint-^

(i) La courte note que l'on trouve sur Greuze, dans VAbecedario de P.-J. Mariette, éclaircit mieux que quoi que, ce soit les premières lignes de notre récit, et lui sert à merveille d'introduction, a Jean-Baptiste Greuze, né à Tournus, en 1728, travaille à Paris et s'y distingue par un excellent goût de couleur. Il a choisi pour son genre celui des bambochades'et lâche d'y mettre de l'intérest, ce qui fait que ses tableaux sont fort goûtés. Les connoisseurs trouvent leur compte dans la façon dont ils sont peints. La multitude est touchée du choix du sujet qui se rapproche de nos mœurs et qui lui sert d'entretien. U a fait le voyage d'Italie en 1756, voyage

Jacques (à Paris) , j'aperçus mademoiselle Babuty dans son comptoir (1 ) ; elle était la fille d'un libraire ; je fus frappé d'admiration, car elle avait une très-belle

qui, en vérité, lui étoit assez inutile, et où la vanité dut avoir la principale part. » Autre citation qui complète celle-là ; elle est

extraite du Nécrologe de 1768, p. 105 : « Avant son retour en

France, et dans le temps même qu'il était encore en Italie, M. Tabbé Gougenot fut élu membre de l'Académie royale de peinture et de sculpture, en qualité d'honoraire associé libre. L'Académie voulut principalement par là lui marquer en quelque sorte sa reconnaissauce de ce qu'il s'était chargé de conduire avec lui en Italie M. Greuze, dont les talents, si connus aujourd'hui, ne faisaient alors que d'éclore, et venaient de lui mériter le titre d'agréé. » — L'Académie avait admis Greuze comme agréé, le 28 juin 1755. L'abbé Louis Gougenot, conseiller au grand conseil, abbé de Chczal-6enoît et prieur de Msrintenay, fut reçu associé libre de l'Académie, le 10 janvier 1756 ; il est donc à penser que l'abbé et Greuze étaient partis dans les tout derniers mois de 1755 (le premier bruit autour de Greuze ne remontant pas au delà de l'exposition de cette anuée-là, qui fut sa première, et qui sans doute, comme à l'ordinaire, s'ouvrit le jour de la Saint-Louis). — Et l'on peut présumer que le voyage ne dura guère qu'un an, puisque l'exposition de Greuze, au Salon de 1757, ne se compose que de sujets italiens. Dupuis a gravé un portrait de Pabbé Gougenot d'après Greuze.

(1) Elle s'appelait Anne-Gabrielle Babuty. L. Cars lui a dédié sous ce nom une gravure de J.-J. Flipart, représentant une jeune fille qui pelotonne de la laine, d'après l'un des nombreux tableaux de Greuze qui appartenaient à M. de La Live de Jully, introducteur des ambassadeurs. — « Je l'ai bien aimée, moi aussi, quand j'étais jeune et qu'elle s'appelait mactemoiselle Babuti. Elle occupait une petite boutique de libraire sur le quai des Augustins ; poupine, blanche et droite comme le lys, vermeille comme la rose. J'entrais avec cet air vif, ardent et fou que j'avais autrefois, et je lui disais : « Mademoiselle, les Contes de La Fontaine, un Pétrone, s'il vous plaît. — Monsieur, les voilà! Ne vous faut-il point d'autres livres? — Pardonnez-moi, Mademoiselle, mais.... — Dites toujours. — La Religieuse en chemise. — Fi donc ! Monsieur, est-ce qu'on lit ces vilenies-là? — Ah ! ah ! ce sont des vilenies. Mademoiselle ! moi, je n'en savais rien... » Et puis un autre jour, quand je repassais, elle souriait et moi aussi. » M. Ch. Blanc, qui cite ces folles lignes de Diderot, dans son Étude sur J.-B. Greuze, Revue de Paris, volume de janvier 1852, ne connaissait point notre Mémoire, quand après avoir répété l'autre mot de Diderot : ce Ce peintre est certainement amoureux de sa femme, d il ajoute : « Femme prëcieusey

figure (1 ) ; je demandai à acheter des livres pour avoir le temps de l'examiner; sa physionomie était sans

qui a doDDé la célébrité au peintre et le bonheur au mari... Les tableaux de Greuze devaient purifier la jeune fille des lectures de Diderot. » — Il paraîtrait, hélas ! qu'après les sept premières années de mariage, les lectures de Diderot avaient effacé de nouveau rimpression purifiante des tableaux de Greuze.

(1) Il s'en souvient encore au plus fort de ses regrets, au plus amer de sa haine, et à défaut de son aveu, tous ses tableaux s'en souviendraient pour lui. Oui, « elle avait une trés-belle figure » la BatnUy^ comme l'appelle la note écrite au crayon sous Feau forte de la Philosophie endormie; elle avait une très-belle taille aussi, et une très-belle main, et il fallut sept ans au pauvre Greuze pour s^apercevoir qu'elle était ce que Diderot appelle « la femme la plus violente. » — Que de portraits Greuze n'avait-il pas peints et dessinés de sa femme, sans parler de tous les tableaux où le masque charmant de la belle Anne-Gabrielle se colle si bien à tous les visages que Diderot appelle portrait de madame Greuze, la tête d'étude pour la Mère bien-aimée: « Vous voyez bien cette belle pois* sarde, avec son gros embonpoint, quia la léte renversée en arrière, dont la couleur blême, le linge de tête étalé en désordre, l'expression mêlée de peine et de plaisir montrent un paroxisme plus doux 5 éprouver qu'honnête à peindre... » Leurs années de bonne intelligence en mariage se comptent par les portraits de la femme que le mari expose au Salon : en 1761, « portrait de madame Greuze, en vestale; » en 1763, « portrait de madame Greuze (ovale); » en 1765, encore un << portrait de madame Greuze; » et peut-être en 1767, si Greuze ei)t exposé, madame Greuze eût-elle reparu encore, mais pour la dernière fois. Voulez-vous savoir ce que cet impudent Diderot en dit à Grimm de tous ces portraits? — 1761 : « le portrait de madame Greuze y en vestale. Gela, une vestale! Greuze, mon cher, vous vous moquez de nous ; avec ses mains croisées sur sa poitrine, ce visage long, cet âge, ces grands yeux tristement tournés vers le ciel, celte draperie ramenée à grands plis sur la tête; c'est une mère de douleurs, mais d'un petit caractère et un peu grimaçante. Ge morceau ferait honneur à Coypel, mais il ne vous en fait pas. » — Salon de 1765 : a II y avait au Salon dernier (celui de 1763] un portiml de madame Greuze, enceinte; l'intérêl de son état arrêtait; la belle couleur et la vérité des détails vous faisaient ensuite tomber les bras. Celui-ci n'est pas aussi beau : cependant l'ensemble en est gracieux ; il est bien posé ; l'attitude en est de volupté ; ses deux mains montrent des finesses de ton qui enchantent... Le chien que la belle main caresse est un épa^neul à longs poils noirs, le museau et les pattes tachetés de feu ; il a les yeux pleins de vie La blonde qui coiffe

caractère et même moutonnière ; je lui fis des compliments tant qu'elle en voulut ; elle me connaissait ; ma

la tête est à faire demander Touvrier...; les passages du front sont trop jaunes : on sait bien qu'il reste aux femmes qui ont eu des enfants de ces taches-là...; ses lèvres sont plates. Cet air pincé de la bouche lui donne un petit air sucré. Cela est tout à fait maniéré. Si ce maniéré est dans la personne, tant pis pour la personne, le peintre et le tableau... Le cou soutient la tête à merveille, il est beau de dessin et de couleur, et va, comme il doit, s'attacher aux épaules ; mais pour cette gorge, je ne saurais la regarder ; et si, même à cinquante ans, je ne hais pas les gorges. Le peintre a penché sa figure en devant, et par cette attitude il semble dire au spectateur : Voyez la gorge de ma femme. Je la vois, M. Greuze. Eh bien! votre femme à la gorge molle et jaune. Si elle ressemble, tant pis encore pour vous, pour elle et pour le tableau. Un jour M. de La Martellière rencontra sur Tescalier un grand garçon qui

montait à Tappartement de Madame Madame Greuze a la tête

aussi fort belle ; et rien n'empêchera M. Greuze de dire aussi quelque jour entre ses dents : « Oui, oui, mais je l'attends à la gorge. Gela n'arrivera pas; car sa femme est sage. La couleur jaune et la mollesse de cette gorge sont de Madame; mais le défaut de transparence et le mat sont de Monsieur. » (Œuvres de Denis Diderot, édit. deBrière. Paris, 1821; t. VIII, p. 256-258.) — Parlons à notre tour du quatrième portrait de madame Greuze auquel nous avons fait allusion, et qui figure dans l'œuvre gravée de Greuze, d'abord à l'état d'eau forte anonyme, très-brillante, très-libre et très-délicate à la fois, et que l'on retrouve ailleurs à l'état de gravure terminée, plus lourde, plus arrondie, moius attrayante, avec cette lettre : » La Philosophie endormie ; dédiée à madame Greuze par son serviteur et ami Aliamet. — Aliamet direxit. » — Le dessin de Greuze devait être charment, et fut sans doute exécuté dans les premiers temps du mariage, car le modèle à coup sur ne porte pas encore ses trente ans. Comme arrangement cela rappelle beaucoup le portrait de 1765. La Babuty est assise dans un fauteuil, le dos soutenu par un oreiller; elle est coiffée d'une cornette de nuit et sommeille, comme ferait une convalescente. Sur ses genoux est son carlin qui veille, et auprès d'elle est une table chargée de livres de philosophie ; la lecture de ce fonds de magasin de son

{>ére a endormi la jeune femme, car sa main droite repose sur 'un de ces grands livres ouverts. Elle ne montre point sa gorge cette fois; sa taille, son cou, la pose de sa tête, rien de plus élégant, rien de plus provoquant. Cette eau forte explique à merveille toutes les folies de Diderot, et celles plus grandes de Greuze, et pourtant il y a dans cette bouche trop fine, dans ce nez un peu pointu el relevé quelque chose qui explique aussi la suite déplo-

réputation était déjà commencée, j'étais reçu de TAcadémie (1). Elle avait déjà près de trente et quelques années , par conséquent menacée de faire la Sainte- Catherine toute sa vie ; elle employa toutes les cajoleries possibles pour m'engager de l'aller revoir, et que je n'avais que faire de prétextes, que l'on me verrait toujours avec plaisir. Je continuai à faire des visites pendant, à peu près, l'espace d'un mois. Un après-midi, je la trouvai plus animée qu'à son ordinaire ; elle tenait une de mes mains et me regardant d'un air très-passionné, elle me dit : « Monsieur Greuze, m'épouseriez-vous si j'y consentais? » Je vous avouerai que je fus confondu de pareille question ; je lui dis : u Mademoiselle, n'est-t'on pas trop heureux de passer sa vie avec une femme aussi aimable que vous? » Je crois que cette manière de répondre était tout à fait insignifiante; cela n'empè-

rable des sept tranquilles premières années. Les belles joues, les formes arrondies des figures de Greuze, ses nez un peu courts, la grâce insouciante de ses coiffures, tout est là; c'est la vision de son propre idéal, qui arrêta Greuze dans ce malheureux jour de la rue Saint-Jacques. Quant à lui-même, un portrait de profil, gravé en médaillon, d'après Tun de ses dessins, « par son ami J.-J. Flipart, en 1763, » nous montre Greuze, peintre du roi, vers le temps de son mariage, plus sec et moins avenant de figure qu'il ne nous apparaît plus tard dans Tautre portrait que nous connaissons tous de lui.

(1) Greuze se trompe de mot; il n'était pas reçu, mais agréé à TAcadémie quand il se maria. Il dit lui-même, plus loin, que sa femme eut part, comme complice de M. d'Azincourt, aux ennuis qui lui furent suscités par TAcadémie, lors de sa réception, laquelle eut lieu le 23 août 1769. Nous avons dit qu'il était agréé à l'Académie depuis le 28 juin 1755, le même jour que son ami, Jean- Jacques Flipart.

cha pas que sur-le-champ elle prit son parti, et dès le lendemain matin elle s'en fut avec sa mère sur le quai des Orfèvres ; elle fit faire, chez M. Strass, des boucles d'oreilles de diamants faux, et dès le lendemain elle n'eut rien de plus pressé que de les mettre à ses oreilles. Comme elle demeurait dans une boutique, toutes les voisines ne manquèrent pas de lui en faire compliment, et de lui demander qu'est-ce qui lui avait donné; et à demi-voix, les yeux baissés, elle disait : « C'est M. Greuse qui m'en a fait présent. » — « Vous êtes donc mariée? » — « Ha, non ! (comme on dit oui, en secret à tout le monde.) » Mes amis ne tardèrent pas à m'en faire compliment ; je les assurai qu'il n'y avait rien de plus faux et que je n'étais pas dans un état de fortune à me marier. Outré d'une pareille effronterie, je n'y retournai plus. Je demeurais alors dans le faubourg Saint-Germain, rue du Petit-Lion, dans un hôtel garni que l'on appelait hôtel des Vignes. Il s'était passé trois jours, sans que j'eusse entendu parler de rien ; je l'avais même déjà oubliée, lorsqu'un beau matin elle vint frapper à ma porte, accompagnée d'une petite cuisinière qu'elle avait ; je ne répondis point; elle savait que j'y étais, elle redouble des pieds, des mains, comme une vraie furie. Alors, voyant qu'elle pouvait se perdre de réputation , j'ouvris ma porte; elle se précipite dans mon appartement tout en larmes; alors elle me dit : « J'ai tort, monsieur Greuze, mais c'est l'amour qui m'a égarée; c'est Tat-

tachement que j'ai pour vous qui m'a fait servir d'un pareil stratagème ; ma vie est dans vos mains, i» — Alors elle se précipite à mes genoux, elle me dit qu'elle ne se relèvera pas que je ne lui aie promis de l'épouser ; elle tenait mes deux mains qu'elle baignait de ses larmes; j'en eus pitié, et je lui promis tout ce qu'elle voulut. Cependant, nous ne fûmes mariés que deux ans après (1), dans la paroisse de Saint-Médard, qui n'était pas la sienne, de crainte des plaisanteries que l'on aurait pu lui faire, atteQda J|u'elle avait dit qu'elle était mariée. J'entrai en ménage avec trentesix livres, le lendemain de mes noces.

Les sept premières années de notre mariage ne furent point accompagnées d'événement extraordinaire ; nous avions eu trois enfants , il nous en restait deux (2), à qui il fallait veiller, les instruire de leur religion, et conduire à la messe au moins une fois le dimanche; mais comme elle n'a aucune espèce de religion, et que pendant vingt-sept ans que nous avons

(1) La date précise, il la faudrait demander aux registres de la paroisse Saint-Médard. Les livrets d'expositions de Tancienne Académie, nous la donneront peut-être à quelques mois prés. Greuze, revenu d'Italie en 1757, donne en 1759 « le portrait de M. Babuli, libraire. » Il est déjà de la famille, mais n'est pas encore marié. Au Salon de 1761, ce ne sont que portraits de famille : nouveau <c portrait de M. Babuti, portrait de M. Greuze, peint par luimôme, portrait de madame Greuze en vestale. » — Évidemment dans ce portrait de vestale, il y a de la lune de miel et de la plus nouvelle. Mettons que le mariage de Greuze se célébra en 1760.

(2) Les deux filles de Greuze lui ont longtemps survécu, conservant la religion du nom de leur père, et s'exerçant assez habilement dans Fart qui en avait fait la gloire.

été ensemble, elle n'a pas été une seule fois à la messe» cette tâche était trop forte pour elle , elle les mit au couvent, où elles ont resté, Tune onze ans et l'autre douze. Là elles furent abandonnées ou visitées rarement ; ma fille ainée me disait un jour que je Tallai voir : <( Il y a un an et sept jours que maman ne nous a pas vues. » Elle en était pénétrée de douleur.

J'avais donné à graver mon Paralytique à M. Philipart (i); il devait le mettre au jour dans le courant de l'année. Madame Greuze crut apercevoir une lueur de fortune , me dit : « Monsieur, il me faut un domestique. » Je lui répondis : « Vous savez que nous n'avons pas de rentes, et que par conséquent ce n'est pas une chose que nous puissions faire, dans ce moment ici surtout, mais si vous voulez attendre après Pâques, je ferai en sorte de vous satisfaire, w Pour toute réponse, elle m'appliqua un soufSét à tour de bras ; je vous avouerai que je fus tout transporté de colère et que je lui rendis.

Revenons k mon commerce d'estampes que compose le corps de mes ouvrages, que j'ai fait graver part quatre graveurs différents : M. Massard, M. Gaillard,

(1) Le tableau du Paralytique^ suivi de ses enfants^ avait, suivant JouUain {Réflexions sur la peinture et la gravure, 178C), élé peint comme pendant de notre Accordée de village du Louvre ; mais ce fut Timpératrice de Russie qui Tacquit. — Tous les deux furent gravés, de môme en pendant, par Flipart; la date de gravure du Paralytique est de 1767.

T. n, il

M. Levasseur et M. Philippart, qui ont été mes asso-* ciés (1).

Madame Greuse avait écarté ses enfants, qui pouvaient devenir ses juges; il fallait jeter du froid entre mes associés et moi , elle le fit fort habilement ; de ce moment, je n'eus aucune part au commerce , tout se faisait sans ma participation ; j'étais d'ailleurs très-peu propre aux affaires ; l'amour que j'ai toujours eu pour mon art, m'a fait oublier mes intérêts et la fortune de mes enfants. Quelques fois je me suis avisé de calcu^ 1er et de dire : « Vos cottiptes ne me paraissent pas clairs. » Elle me répondait : « Monsieur, vous n'y entendez rien, et croyez que je régis vos affaires mieux que vous ne feriez vous-même. » Je rentrais dans mon atelier, mes pinceaux à la main, j'oubliais toute

(1) a Les estampes, *- dit Mariette dans une note, — qni ont été gravées d'après Greuze, ont fait la fortune des graveurs et la siennoi » Les quatre graveurs nommés ici ont exécuté les planches les plus considérables de Tœuvre de Greuze : Massard, la Mère bieth aimée, la Dame bienfaisanle, la Mélancolie^ la Vertu chancelante et la Cruche cassée ; Gaillard, la Malédiction patemeUey le Fils puni, Diane et Calysto et la Volupteuse; Levasseur, la Veuve et son curé, le Testament déchiré, la BeUe-mère, la Jeune studieuse, le Petit po» lisson, la Laitière et Thaïs, ou la Belle pénitente; Flipart, le Paralytique et l'Accordée, le Gâteau des rois, la Dévideuse, la Pleureuse ou la Perte du seinn ; mais, sans sortir du Catalogue Paignon-Dijonval, combien d'autres graveurs ont traduit peur le public ces douces compositions, ces délicieuses figures, qui avaient charmé à la fois le goût bourgeois et le goût des amateurs, suivant Tobservation de Mariette : Aliamet, Le Bas, Beauvarlet, Beljambe, Binet, M.-L.-A. Boisot, Bonnet, de Brea, L. Cars et Jardinier, Charpentier, Danzel, Delaunay le jeune, Dennel, Dévisse, Dupuis, Guttemberg, Henriquez et Moles, Hubert, Janinet, Ingouf, Laurent, madame Lin^ée, De la Live, Macret, Malœuvre, Marais, Marin, Martenasie, Moitte, Moreau le jeune, Porporati, Le Tellier, Voyez, Wattelet.

la nature; une pensée nouvelle, le plaisir de la tracer m'empêchait de voir Fabîme qui était sous mes pas. Toujours avec sa même habileté, elle calcula que je pourrais bien un jour lui demander des comptes, et comme elle avait déjà distrait des sommes considérables de mon commerce et que je pourrais lui en demander compte , elle me dit : a J'ai bien du malheur, j'ai mis sans votre aveu, je m'en repens, trente ou trente-six mille livres sur un vaisseau, croyant faire votre fortune ; les Anglais viennent de le prendre à la sortie du port. » Mais je lui dis : a Gomment avez-vous pu faire pareille chose sans le faire assurer et comment s'appelait le capitaine? )> Jamais elle ne put m'en dire le nom. Gomme le temps de notre séparation s'approchait, qu'il fallait rendre ses comptes et mettre de l'ordre dans nos affaires , elle prit son parti en grand maître et déchira tous les registres ; enfin je ne pus jamais savoir les sommes qu'elle avait reçues. Les comptes furent toujours très-exacts avec mes associés et tout fut réglé comme il convenait. « Mais, Madame, pourquoi avez-vous déchiré les registres? » — « Parce que cela m'a plu, et que je n'ai point de comptes à vous rendre. » Le commerce avait rapporté trois cent mille livres, et il en a manqué cent vingt mille dans la maison, non compris les estampes que je lui avais données à son profit pour la récompense des peines qu'elle se donnait pour le commerce ; elle ne devait faire tirer que cinquante épreuves pour elle et notre

associé; au contraire, c'est qu'elle en faisait tirer cinq cents, qu elle vendait, à son profit, trois à quatre louis pièce. Il y a eu neuf planches de gravées pendant que nous avons vécu ensemble, dont elle a fait son profit.

FIN DE l'article DU COMMERCE.

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