GUÉRIN
Dites-moi donc de nouvelles de notre cher Alexandre, et s'il a ajouté une broderie de plus sur son collet. Je suis bien dans mon tort aussi avec lui. Mais le panaris!... Dans votre prochaine lettre, rappelez-moi à son souvenir et préparez-moi une rentrée dans son cœur.
Faites mille amitiés à tous nos amis» >à ce bon Barbier, à Ghénard, Isabey, Vandael, etc., etc., et donnez une poignée de pouce à Redouté. Ce faisant, mon cher confrère, je prie Dieu qu'il vous ait en sa saincte et sauve-garde.
A Rome, en notre Palais Médici, le 20 thermidor an xii.
FRANÇOIS GtRJlRD.
Nous devons la communication des deux pièces qui suivent à l'obligeance amicale de M. Henry Gérard, neveu de Tillustre peintre de la Psyché et de l'Entrée d* Henri IV à Paris, Toutes deux se rapportent à la plus brillante époque de ce célèbre artiste, et à deux œuvres popularisées, la Bataille d'Austerlitz^ par la gravure de Godefroy ; le Portrait du roi de Rome, par les deux tableaux que MWf. Horace Vernet et Hipp. Bellanger ont peint de Tétrange exposition qui en fut faite au camp de Mozaisk.
Paris, le 27 mars an 1806»
Vivant-Denon^ membre de l'Institut national, de la Légion d'honneur, Directeur Général du Musée Napoléon, de la Monnoie des Médailles, etc.
A M. Gérard, peintre.
Un décret impérial ordonne. Monsieur, que plusieurs faits mémorables de la dernière campagne et autres événements glorieux de la carrière militaire et du règne de Sa Majesté seront peints.
L'Empereur vous a choisi pour peindre celui représentant la Charge des Gardes Impériales; le Général Bapp présentant à V Empereur les drapeaux ^ les car nonSy le prince Repnin et plus de huit cents prisonniers nobles de la Garde Russe.
Le prix affecté à cet ouvrage qui doit être exécuté
dans la proportion de trois mètres trois décimètres de haut sur quatre ou cinq mètres de large est de dou%e mille francsy dont moitié sera payée sur le budget de cette année et l'autre moitié sur celui de Tannée 1807.
L'intention de Sa Majesté, Monsieur, est que ce tableau» destiné à la Galerie des Thuileries, soit fait pour l'Exposition du salon fixée au 15 aoust de l'an 1808(1). Elle a décrété que les artistes qui a cette époque et sans motifs plausibles n'auroient point terminé leur ouvrage seroient considérés comme inhabiles aux travaux que le Gouvernement pourroit ordonner dans la suite.
J'espère, Monsieur, que vous me mettrez dans le cas de lui faire un rapport aussi favorable sur votre zèle à remplir ses ordres suprêmes que j'ai éprouvé de satisfaction à lui faire l'éloge de vos talents.
Agréez, Monsieur, Tassurance de ma parfaite considération,
Denon.
V adresse de cette lettre est : À Monsieur Gérard, Peintre, aux Quatre nations.
(i) La BataiLle d'Austeriitz figure en effet au Salon de 1808, sous le n^ â39 : « Ce tableau, dit le Livret, doit décorer la salle du conseil d'État au palais des Tuileries. Il n*a pu être terminé pour Tépoque du Salon, à cause des portraits que Tauteur a faits par ordre supérieur. » La BataiUe d'Austerlitz ne fut achevée par Gérard qu en 1810; elle fut réexposée cette année là et fait aujourd'hui partie du Musée de Versailles. Voir sur la destination de ce tableau et les figures qui devaient le sQutenir en plafond, le bel Essai de biographie et de critique sur Fr. Gcrardy peintre d'histoire^ par IL Ch. Lenormaiii. Paris, René, 1847.
Du camp de Mozaisk, ce 10 septembre an 1819.
Le Préfet du Palais, Baron de TEmpire, membre de la Légion d'Honneur, chevalier de Tordre Royal des Deux-Siciles^ et Grand'Groix de Tordre Royal de Wurtemberg.
Mandés à Gérard qu'il a fait un chef-d'œuvre. Voilà, mon cher Appelles, les expressions de S. M. l'Empereur en contemplant les traits augustes du roi de Rome. Ces mots disent plus que je ne pourrois vous en dire, et seront votre plus belle recompense. Je suis arrivé à la tente de S. M. la veille de la grande et mémorable bataille du 7. S. M. n'a pu se refuser au plaisir de faire admirer votre portrait du plus bel enfant de Tempire par les officiers généraux de sa cour et de son état major. Il a été présenté à leur admiration pendant quelques minutes devant la tente de S. M. C'etoit préluder de la manière la plus aimable à la victoire du jour suivant. .
Recevez, mon cher Appelles, les assurances de ma reconnoissance particulière et des sentiments véritables avec lesquels j'ai Thonneur d'être, etc.
Fr. de Bausset.
Il est midi. Le canon gronde aux avants postes, et probablement dans quelques jours hous serons à Moscou, dont nous ne sommes plus qu'à 20 lieues.
Uadresse de cette lettre est : Mozaisk. à Monsieur, Monsieur Gérard, rue Bonaparte, n® 6. Faubourg Saint-Germain à Paris.
Nous renvoyons au Catalogue de Tex position de 1846, dans lequel M. Hippolyte Bellangé, comme explication de son tableau {Veille de la bataille de la Moskowa^ 6 sept. 1812), a transcrit Tintéressant récit qu'a laissé ailleurs M. de Beausset de la scène dont il rend compte à Gérard. Le portrait du roi de Rome avait paru à Texposition de 1812, et fut gravé par Desnoyers.
LETTRE DE TH. GERUilllLT.
Communiquée par M. Jules Boilly.
A M. Horace Vernet, rue des Martyrs ^ n® 11 . Paris.
Londres, 6 mai (1).
Mon cher Horace, j'ai reçu enfin un petit mot de vous; j'ai eu bien de la peine à l'arracher, mais enfin je suis content de mes efforts : vous ne m'avez pas oublié entièrement, c'est tout ce que je désirais le plus de savoir. Le bon Pugeol est venu me voir avec Jemmevillé ; ils m'ont remis plusieurs lettres que je n'ai point voulu lire avant que j'eusse arraché d'eux tout ce qu'ils pouvaient me dire de vous et de vos travaux. Vous ne douterez pas du plaisir que j'ai ressenti du succès de votre dernier ouvrage, mais cependant je remettrai à vous faire mon compliment quand j'aurai vu; il me semble que c'est la seule manière entre artistes et amis; vous n'avez que trop déjà de ces louangeurs insipides qui répètent plus qu'ils ne peuvent sentir, et qui dégoûteraient presque de faire bien par leur incapacité à le découvrir.
Je disais, il y a quelques jours, à mon père qu'il ne manquait qu'une chose à votre talent, c'était d'être
(i) Cette lettre porte le timbre de mai 1821.
trempé à l'école anglaise, et je vous le répète parce que je sais que vous avez estimé le peu que vous avez vu d'eux. L'Exposition qui vient de s'ouvrir, m'a plus confirmé encore qu'ici seulement on connaît ou l'on sent la couleur et l'effet. Vous ne pouvez pas vous faire une idée des beaux portraits de cette année et d'un grand nombre de paysages et de tableaux de genre , des animaux peints par Ward et par Landseer, âgé de dix-huit ans : les maîtres n'ont rien produit de mieux en ce genre ; il ne faut point rougir de retourner à l'école ; on ne peut arriver au beau dans les arts que par des comparaisons. Chaque école a son caractère. Si l'on pouvait parvenir à la réunion de toutes les qualités, n'aurait-on pas atteint^la perfection? Cela demande de continuels efforts et un grand amour. Je les vois ici se plaindre de n'avoir pas un bon caractère de dessin et envier l'école française comme beaucoup plus habile : que ne nous plaignons-nous aussi de nos défauts? Quelle est cette sotte orgueil qui nous porte à fermer les yeux dessus, et est-ce en refusant de voir le bien où il est, et en répétant follement que nous sommes ce qu'il y a de mieux que nous pensons honorer notre patrie? Serons-nous toujours nos juges, et nos ouvrages un jour mêlés dans les galeries ne porteront-ils pas témoignage, de notre vanité et de notre présomption? Je faisais à l'Exposition le vœu de voir placés dans notre Musée une quantité des tableaux que j'avais sous les yeux. Je désirais cela
comme une leçon qui serait plus utile que de penser longtemps. Que je voudrais pouvoir montrer aux plus habiles mêmes plusieurs portraits qui ressemblent tant à la nature, dont les poses faciles ne laissent rien à désirer, et dont on peut vraiment dire qu'il ne leur manque qvs la parole. Combien aussi seraient utiles à voir les expressions touchantes de Wilky {sic). Dans un petit tableau, et d'un sujet le plus simple, il a su tirer un parti admirable. La scène se passe aux Invalides; il suppose qu'à la nouvelle d'une victoire, ces vétérans se réunissent pour lire le Bulletin et se réjouir. Il a varié tous ses caractères avec bien du sentiment. Je ne vous parlerai que d'une seule figure qui m'a paru la plus parfaite et dont la pose et l'expression arrachent les larmes quelque bon que l'on tienne. C'est une femme d'un soldat qui, tout occupée de son mari, parcourt d'un œil inquiet et hagard la liste des morts.... Votre imagination vous dira tout ce que son visage décomposé exprime. Il n'y a ni crêpes, ni deuil; le vin au contraire coule à toutes les tables, et le ciel n'est point sillonné d'éclairs d'un présage funeste. Il arrive cependant au dernier pathétique, comme la nature elle-même. Je ne crains pas que vous me taxiez d'anglomanie ; vous savez comme moi ce que nous avons de bon et ce qui nous manque.
Tout à vous,
Géricault.
Cette belle lettre n'a besoin ni de notes ni de commentaires. Elle montre ce grand génie, si puissant de sa propre énergie, se laissant impressionner à Londres par les brillantes qualités de Técole anglaise, comme il le fut en Italie par les chefs-d'œuvre de Michel-Ange et de son siècle.
Il est certain qu'en 1821, Fécole anglaise avait beaucoup à enseigner à la nôtre, et il suffit d'entendre ce que racontent nos atnés, les contemporains de Géricault, de la sensation inouïe, de la révélation produite dans notre jeune école, qui se cherchait elle-même alors, notamment dans l'auteur du Massacre de SciOy l'un des amis de Géricault lui aussi, par la vue des paysages de Gonstable qui parurent à la vente Coutan. Devant la longue et glorieuse carrière de M. Horace Yernel, nous n'osons pas dire que le conseil de Géricault eût ajouté à la popularité contemporaine de son illustre ami, en admettant qu'il eût pu être suivi par le peintre le moins préoccupé qui ait jamais été des écoles et de leurs inquiétudes; mais pour ce temps dont parle l'auteur de la Méduse et du Cuiras^ sier blessé, pour ce temps où les ouvrages de nos artistes populaires seront mêlés dans les galeries, peut-être nous est-il permis de penser que les études conseillées par Géricault eussent assuré des racines plus vivaces à la renommée européenne du dernier des Vernet.
BERMRD PALISSY.
Lettre de I. B. FiUOX an directeur des ilCliTl8 n L'ilT rtAIÇilS.
Fontenay-Vendée, 35 juiUet 18îiâ.
Monsieur et cher Directeur,
La pièce que je vous envoie n'est pas complètement inédite, car elle a ètè publiée par moi, en 1S48, dans le feuilleton de L'Indica^ ieur de Fontenay; mais, comme ce petit journal ne sort guère de la Vendée et s'adresse à des abonnés fort peu amis en général des questions artistiques, vous pouvez la donner dans Votre recueil, sa première exhumation ayant eu lieu dans Fombre. Et puis le nom qu^elle rappelle ne raérite-t-il pas de faire une exception en aa faveur?
« Âujourdhui hault et pujssant Jehan Girard, chevalier, seigneur de Bazoges, Moricq et la Guignardière, pannetier ordinayre du Roy nostre Syre, demeurant audict lieu de la Guignardière, paroisse d'Apvrillé, a vendu et vend par ces présentes à honorable homme maistre Bernard Palissy^ peindre^ de^ meurant en la ville de Sainctes, sçavoir est le nombre et quantité de trois milliers de mayrain, bon marchand et recepvable au compte de la Rochelle, et rendable en icelle ville, et ce moyennant la somme de cinquante-quatre livres tournois, que ledict Bernard Palissy a baillé et compté audict seigneur de Bazoges,
eu escus, testons et douzaines du poids de Tordonnance.
« Faict et passé en la maison de noble homme monsieur maistre Michel Tiraqueau, escuyer, seneschal de Fontenay-le-Comte, par-devant nous N. Misère et Marchandeau. notaires rovaux en la court du scel estably aux contracts audict Fontenay-le-Comte, pour le Roy nostre Syre, le vingt-deux février mil et cincq cens soixante? {La fin de la date a été altérée par r humidité.)
Jehan Girard. B. Palisst.
N. Misère. Marghandeau, n^.
Quoique ce document offre peu d'intérêt au premier abord, il vient cependant jeter de la lumière sur certains faits se rattachant à Tart et à Thistoire de la vie de Bernard Palissy. Il nous apprend que des relations existaient entre ce gramd homme et Michel Tiraqueau, fils du célèbre jurisconsulte, André Tiraqueau, ami de Rabelais. Michel, magistrat d'une vaste érudition, tenait de son père le ^oùi des tableaux, des statues, des émaux (ceci est à noter), des objets antiques et des curiosités naturelles, dont il avait formé ime ooUection remarquable dans sa demeure de Belesbat, située aux portes de Fontenay, collection décrite par son neveu André de Ritaudeau, à la suite de sa curieuse tragédie d'Aman. L^llustre potier trouvait donc là ample matière h ses études favorites, et le cabinet du sénéchal du bas Poitou dut contribuer à développer son génie.
Ce n*était pas d*aîlleurs la première fois que Bernard Palissy véttait à Fontenay. Une quittance du 33 juin 1555, dans laquelle il figttre en qualité de pleige et caution pour un de ses compatriotes» nommé Pierre Régnaud, marchand de Saintes, témoigne encore de «on passage dans notre ville à Tépoque de la grande foire de la
Saint-Jean, mentionnée par Rabelais, et qui était alors fréquentée par les marchands de tout le royaume, de TAragon, de la Catalogne et des bords du Rbin.
Le nom de Tun des notaires par-devant lesquels Tacte fut passé mérite également attention. Ce N. Hisère était frère atné de François Misère ou Miziére, le médecin poitevin cité par Palissy au nombre del auditeurs du cours de géologie qu'il fit à Paris en 1575. Calviniste comme ce dernier, c'est à lui que Ton doit la jolie édition des œuvres de Cl. Marot, imprimée à Niort en 1506. Il fut aussi grand amateur de livres, d'objets d'art, de médailles et d'histoire naturelle. Son inventaire fait foi du profit qu'il avait tiré des leçons de son mattre.
Telles sont, mon cher Directeur, les observations que me suggère cette pièce, qui nous montre Bernard Palissy achetant du bois pour faire des barriques, destinées sans doute à contenir du viB de Saintonge, et recherchant en même temps avec soin toute occasion de satisfaire son insatiable besoin d'apprendre. Les moindres traces d'un pareil homme sont donc précieuses à recueillir pour l'histoire.
Croyez-moi votre tout dévoué.
LE PRIHATICE ET LODIS LERAMBERT.
Pièce communicpiée par M. Jules Boilly.
M® Guillaume Le Jars, commis par le Roy à tenir le compte et faire le payement des œuvres, édifices et bastimens de Sa Majesté, payez, baillez et deslivrez comptant, des deniers à vous ordonnez pour comectre et employer au fait de votre commission, à Louys Lezambert le jeune, tailleur de pierres, la somme de quarante-cinq livres tournois, que nous luy avons ordonné et ordonnons par ces présentes, pour son payement d*avoir, de nostre ordonnance, vacqfué et taillé plussieurs colonnes, bases, chapiteaux et aultres pièces de marbre, pour servir à la sépulture du feu roy Henry, dernier décédé, pendant les moys de décembre, janvier et febvrier dernier passez, à raison de quinze livres tournois par moy. Prenez quittance dudit Lezambert le jeune, rapportant laquelle et cette présente nostre ordonnance seullement, ladicte somme de XLV liv. tourn. sera allouée en la despence de voz comptes par tout où il appartiendra, sans difficulté. Faict le cinquième jour du moys de décembre Tan
mil cinq cens soixante sept.
Bologne.
Ce D'est plus dans les historiens de Tabbaye de Saint-Denis quMl faut chercher Thistoire du merveilleux tombeau d'Henri U, mais dans ces comptes des magnificences royales que M. de Laborde a publié pour notre continuelle uiiliië à tous, la Renaissance des arts à la cour de France, Voilà un Louis Lerambert, par exemple, que les comptes des bâtiments royaux nous montrent occupé, dés le
mois d^avril et les mois suivants de Tannée 1536, à des ouvrages de stuc, à raison de IS liv. par mois, en la chambre de la Reine» au ch&teau de Fontainebleau. Son nom se trouve mêlé à ceux des peintres qui Tannée suivante, 1537, « ont besogné en la chambre de la Reyne, première chambre de dessus le portail et entrée dudit cb&teau. » Puis ce Louis Lerambert reparaît comme imager, à 16 liv. par mois, travaillant, à la même date, sous la conduite de maistre Rousse de Roux, peintre, et à côté d'un François Lerambert, imager, un peu moins rétribué que lui, a aux ouvrages de stucq et peinture de la grande galerie. » Il travaille encore comme imager, après 1540, aux salles, chambres et galeries de Fontainebleau, au milieu et Tun des premiers de celte abondante légion d^artistes que dirige c< maistre Francisque Primadicis, dit de Boul-> longne, paintre ordinaire du Roy, » qui délivrera plus tard à Louis Lerambcri le jeune des ordonnances de payement, — et je Ty trouve mentionné jusque vers 1550, comme appliqué en bonne compagnie à d'étranges travaux : « à Laurens Regnauldin, Pierre Bontemps, Louis Lerambert, Guillaume Durant et Claude Luxembourg, imagers, pour avoir vacqué à réparer et mastiquer plusieurs branches et petites figures de corrail que le Roy a fait mettre dans ses cabinets, audit lieu de Fontainebleau, à raison de 12 liv. 10 s. par mois. » — 11 est vrai que dans la pièce qui m*a été communiquée par M. J. Boilly, Louis Lerambert est toujours qualifié des mots le jeune, et c'est encore le livre de M. de Laborde qui m'aidera à reconnaître dans ce tailleur de pierres le frère de Tanclen imager de Fontainebleau, quoique M. de Laborde lui-même ait dans sa table attribué par mégarde tous les travaux au même sculpteur. Les comptes qu'il publiait, relatifs à la sépulture du Roi Henri II, distinguaient eux aussi comme notre pièce, par les mots Louis Leram-' bert le jeune, Tartisle secondaire, employé à tailler les colonnes et chapiteaux de marbre du monument que devait immortaliser le ciseau de Germain Pilon : a à Jean Poinclart, tailleur de pierre, et Louis Lerambert, Jean le Mercillon, Ânihoine Jacques, Louis Bergeron. Marin le Moyne et Pierre Manibreux, pour avoir par eux yacqué à tailler des colonnes basses, chappiteaux corniches, et autres pièces de marbre, pour servir à la sépulture du feu Roy Henry, dernier décédé, de l'ordonnance du sieur abbé de Saint- Martin. » Et je trouve là jusqu'à la somme elle-même dont notre pièce est l'ordre de payement : « A Louis Lerambert, 1« jeune, la
somme de4S liv., pour ses vacations d*avoir taillé collonnes, basses et chapiteaux de marbre, pour servir à la sépulture du feu Roy Henry. » Enfin plus loin, voici les deux paragraphes qui font la lumière : (c à Louis Leramberl, Taisné, conducteur de ladite sépulture, sous ledit commissaire (Fabbé de St-Martin], pour avoir vacqué à tailler plusieurs collonnes, basses, chapiteaux, corniches et autres pièces de pierre de marbre, pour servir à ladite sépulture, à raison de 20 liv. 16 s. 8 d. par mois. — Â Louis Lerambert le jeune, pour lesdits ouvrages, à raison de 15 liv. par mois. » — Le résumé des dépenses faites pour le tombeau d'Henri II, constate qu'en Tannée 1567, il fut payé a à Loys Lerambert et autres marbriers sculpteurs, 8,762 liv. »
Ces Louis Lerambert, stucateurs marbriers, avaient encore des artistes ou artisans de leur nom, occupés aux travaux des palais royaux ; et tous ces Lerambert, Jean et Henri Lerambert, peintres, François Lerambert, imager et maçon, me paraissent avoir formé une de ces nombreuses familles d'artistes comme il s'en trouve tant dans l'histoire de notre art; la nature même de leurs travaux et la faveur avec laquelle ils restent employés jusqu'à la fin du 16* siècle me porteraient à voir en eux les ancêtres, grand-père et grandsoncles de ce Louis Lerambert, l'un des sculpteurs les plus favorisés de la cour au 17' siècle, filleul de Louis XIII, élève de Youet et de Sarrasin, et fils de Simon Lerambert, garde des figures antiques et des marbres du Roi. D'Argenville le fils nous en a laissé une bonne notice dans ses Vies des fameux sculpteurs, p. 172 et suiv. C'est à ee titre de garde des marbres de S. M. que les comptes des b&timens, aux premiers temps de l'administration de Colbert, nous montrent à chaque page Louis Lerambert distribuant les marbres au Bernin et aux autres statuaires occupés par le Roi et le ministre.
Il est inutile, à propos de la petite pièce que nous donnons, de disserter sur la lettre % (au lieu de la lettre r), dont le scribe a dénaturé le nom de Lerambert. Quant au grand nom qui signe le billet. Dieu nous garde d'entamer ici, à propos d'un si mince sujet, la magnifique histoire du grand artiste que les comptes d'alors appellent « M"**^ François Primadicis de Boullongne, abbé de Saint- Martin de Troye, aulmosnier et superintendant des bastimens de Sa Majesté. »
EDSTACHE LE SUEUR.
lettre de I. B. FlUOH aa directeur des a£IlYIS Bl L'AIT FUI{IB.
Fontenay-Vendée, 34 juillet 1852.
Monsieur et cher Directeur,
Vous me demandez de vous envoyer le plus promptement possible les renseignements que je possède sur Eustache Le Sueur. 9 la communication de la lettre relative au Sainf-P«til à ÊpMse n'eût dépendu que de moi> elle vous serait depuis longtemps parvenue; mais vous savez combien les collectionneurs sont parfois capricieux et avares des raretés renfermées dans leurs cartons. Or, le possesseur de ce précieux autographe, excellent homme du reste, étant un peu entaché de la manie de croire qu'une pièce publiée fait moins d'honneur à un cabinet qu'un document inédit, je suis forcé d'attendre son heure de générosité et de bon vouloir. SUe viendra, je vous l'assure, seulement ayez patience.
Faute de mieux, les quelques détails que je vous adresse aujourd'hui aideront à compléter le beau travail de iM. Dussicux, qui a eu la bonne pensée de réunir dans un seul cadre tous les éléments d'une biographie sérieuse et véridique de notre sublime artiste, dont la vie si noble et si simple sera ainsi dégagée de tout alliage étranger.
Voici d'abord la copie d'une note conservée à la Bibliothèque publique de la Rochelle, et provenant des anciennes archives de l'Oratoire de cette ville. C'est une récapitulation des dépenser laites par la communauté pour son église de Sainte-Marguerite :