DOCUMENTS
Communiq\ié6 et anr.otés par M. Léon de la Siootière.
Alençon, 14 juin 1853.
Mon cher Chennevières,
Je vous avais promis quelques détails sur Landon Charles-Paul, notre compatriote, que vous connaissez bien mieux que moi comme peintre, comme dessinateur et comme écrivain critique. Je ne puis ni ne veux essayer de refaire sa biographie qui se trouve dans plusieurs recueils; mais voici des pièces et notes qui peuvent servir à la compléter, et pour lesquelles je réclame une petite place dans vos excellentes Archives, si vous ne les en jugez pas trop indignes. Quelques-unes de ces pièces ne sont pas sans intérêt pour la biographie d'autres artistes bien plus célèbres.
La date précise de la naissance de Landon n'a été donnée nulle part à ma connaissance. Voici la copie textuelle de son extrait de baptême :
L'an mil sept cent soixante, le douzième jour d'octobre, Charles Paul Landon, né dujourd'huy, fils légitime de maître François-Robert Landon, advocat en parlement, et de dame Anne Prenais de cette paroisse a été baptisé par nous, vicaire soussigné, et a eu pour parrain haut et puissant seigneur, Charles Bernard, comte de Narbonne Pelet, et marraine haute et puissante dame Pauline-Catherine Colbert, veuve de puissant et haut seigneur, Louis du Plessis Châtillon, marquis dudit lieu de Nouant et de Saint-Gelais,
«37 de eis exonèrent, nec ipsum aut ejus herodes vel suocessores ad aliud de premissis compotum exhibendum, nunc vet io futurum compellant ullatenus aut molestent, sed ipsum, suosque predictos heredes et sucuessores, de hiis «luictum et liberum teneaat et teneri faciant, perpetuo, pacifice et quiète ; noaobstante quod simile Dundum Beri consuevit, et non obstantibuB ordinaciooibus aut statutis contrariis quibuscumque. Quod ut Srmum et stabile perpetuo, perseveret, nostrum sigillum hiis litteris est appeosum, salvo in aliis jure nostro et in omnibus aliène. Datum in Castro Vallis Ruelli, die festi Pasche predicta, videlicet XXIIII' die marcîi, anno Dooiini millesimo cw" quinquagesimo lercio (1353).
Per regem
Mellon. (1)
(Archives impériales. Trésor des chartes J. reg. 81; pièce n" 578).
Jehan, par la grâce de Dieu, Roy de France, au Vicomte de Pont de l'arche ou a son lieutenant, salut. Autreffoiz t'avons mandé que a Jehan Coste nostre
potorum et monetarum ignarus, quod compota sua nesciret de hiis expensis et missis ordinare ; sed nec hactenus potuit aut adhuc valeat ea facere, cum tpsum oportuerit dictas ymagines manu propria componere et formare» hystoriasque inibi depictas de qdo dicti (lisez de quodam) libro extrahere, et» Parisius, quesitum colores, pluries personaliter accessisse, fueritque diu (1) gravi infirmitate detentus; sibique injunxerimus et adhuc velimus ut expedicioni dictorum operum» que celeriter compleri volumus, vacet attenans (lisez actenus) (2) et intendit» nec habuerit clericum aut habeat» quod tamen fuisse conveniens reputamus pro eisdem eompotis ordinandis» Nos^ de dicti Johannis probitate plenarie confidentes» et volentes ipsum ex hujusmodi compotorum onere liberari et servari indempnem» volumus et eidem concedimus de gracia speciali» dilectisque et fidelibus gentibus compotorum nostrorum Parisius (3) » presentium tenore mandamus » quatinus» de omnibus et singulis missiis et expensis» quas idem Johannes pro premissis affîrmavit se fecisse» suo simplici juramento» a dicto tempore usque ad diem presentis festi Pasche» videlicet vicesimam quartam diem marcii» eidem Johanni credant et fidem adhibeant» et receptis per ipsum propter hoc deducant et ipsum
{i) M. Bernhard a lu fueril qûamdiu.
(2) M. Bernhard le corrigeait à tort, croyôns-nous, en attentas,
(3) La copie de M. Bernhard donnait cette phrase dans un ordre un peu différent. Nous rétablissons celui de Foriginal.
de eis exonèrent^ nec ipsum aut ejus herodes vel successores ad aliud de premissis compotum exhibendum» nunc vel in futurum compellant ullatenus aut molestent, sed ipsum , suosque predictos heredes et successoresy de hiis quictum et liberum teneant et teneri facian t, perpetuo, pacifiée et quiète ; non obstante quod simile nundum fieri consuevit, et non obstanti-* bus ordinacionibus aut statutis contraiiis quibuscumque. Quod ut firmum et stabile perpétue» perseveret, nostrum sigillum hiis litteris est appensum, salvo in aliis jure nostro et in omnibus aliène. Datum in castre Vallis Ruelli» die festi Pasche predicta, videlicet XXIIII^ die marcii, anno Domini millésime cc€^ quinquagesimo tercio (1353).
Per regem
Mellon. (1)
(Archives impériales. Trésor des chartes J. reg. 81; pièce fi!" 578).
Jehan, par la grâce de Dieu» Roy de France» au Vicomte de Pont de Tarche ou a son lieutenant» salut. Âutreffoiz t'avons mandé que a Jehan Geste nostre
(1) M. Bernhard avait lu Mallou, mais Mellon est un secrétaire du roi Jean dont le nom est très-connu.
que cette paroisse était habitée par une famille Goujon, déjà trèsancienne en 1543, époque où elle quitta Saint-Laurent; sur ce qu*on trouve un Jean Goujon, issu de cette famille selon toute appar rence, rendant aveu, le 23 juin 1551, à Tévêque de Bayeux, pour trois fiefs, tenus en la baronnie de Neuilly, appartenant audit évéque; sur ce qu*on voit à Gaen, dans une maison de la rue Saint- Jean, une cheminée sculptée, perlant la date de 1500, et dont les bas-reliefs signés GOV devraient être attribués au père de Tillustre sculpteur, sculpteur lui-même probablement; enfin, sur la présence àBlainville près Caen, chez une famille qui porte encore le nom fort rare en France, de Goujon, de deux statues affreusement mutilées, représentant Saint-Michel et le Temps, et rappelant d*une manière frappante la noble et pure manière du grand artiste auquel il n'hésite pas à les attribuer. M. Léchaudé ignorait Texistence aux environs d*Alençon d'une ou même de plusieurs familles Goujon ou Gougeon. D'autres de ce nom existent encore au Mans, qu'il n'a pas connues. Mais, en admettant qu'il ait réellement trouvé le mot de l'énigme, et que Jean Goujon soit le même que ce Jehan Goujon de Saint-Laurent-de-Gondcil, il ne faut pas perdre de vue que de Saint-Laurent à Nonant et à Seés il n'y a guères que douze à quinze lieues, et quelques lieues de plus à Alençon. Des rapports de parenté entre les Goujon de Saint-Laurent et ceux de Nonant ou de Seés, d'alliance avec les Frainais et les Landon, n'auraient rien que de très -vraisemblable. Enfin, et à la rigueur, on comprendrait très-bien comment ces relations de parenté, comment d^ailleurs le voisinage auraient appelé à Alençon Jean Goujon , jeune encore et obscur, et comment il y aurait sculpté les basreliefs sur l'origine desquels je ne me flatte pas d'avoir dit le dernier mot.
J'ai toutefois pensé, mon cher Ghennevières, que cette lettre de Landon pourrait vous offrir quelque intérêt. Rien de ce qui touche aux grands noms de Pilon et de Goujon ne vous est indifférent, et ce qui se rattache à l'histoire des arts dans notre pays normand vous est et vous restera toujours, je l'espère, particulièrement cher.
A vous,
LÉON DE LA SiCOTlÀRE.
SUJETS DES MORGEAllX DE BËCErTIOll
DBS MEMBRES
DE l' ANCIENNE ACiDÉIIE DE PEINTURE, SCULPTURE ET GRAVURE