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CHAPITRE III

Etude du Suc gastrique normal.

Il convenait tout d’abord de faire porter nos recherches sur le suc gastrique normal. Nous exposons ici la façon dont nous avons conduit notre étude.

À un sujet dont l’estomac paraît cliniquement normal, c’est-à-dire qui ne présente ni douleur, ni résidu liquidien le matin à jeûn, nous administrons un repas d’épreuve d'Ewald composé de 60 grammes de pain et de 250 grammes de thé non sucré. Une heure après, l’estomac est vidé de son contenu et le liquide gastrique ainsi obtenu est passé au travers d’une toile métallique serrée, afin de le débarrasser des particules grossières. Nous ne poussons pas plus avant la filtration et nous nous gardons d'obtenir un liquide parfaitement limpide dans le but de laisser dans le liquide gastrique un résidu alimentaire susceptible de continuer à se transformer, de se corrompre même, puisque notre but est l’étude des fermentations gastriques.

Le suc gastrique ainsi obtenu est divisé en trois parties, que nous appelons pour la facilité de l’exposition :

Suc N Suc A et Suc L

1°) — Suc N : Le suc N est le suc normal, c’est-à-dire le suc tel qu’il a été retiré de l’estomac du sujet:

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Dans ce suc nous dosons en présence du Réactif de Topfer-Linossier, l’acide chlorhydrique libre, l’acide total, et le combiné.

Nous recherchons par la méthode de séparation par l’éther, ainsi que nous l’avons décrite plus haut, les acides de fermentation que l’on recherche habituellement, c’està-dire l’acide acétique, lactique et butyrique. Et, après nous être ainsi assuré que ce suc n’en renferme pas, nous le portons à l’étuve à 38° pendant 24 heures, nous mettant ainsi dans les meilleures conditions possibles pour réaliser un liquide de stase expérimental.

2°) — Suc A: Dans la portion du liquide gastrique que nous appelons Suc A, et qui est parfaitement connu de nous, puisqu'il est exactement le même que le Suc N précédemment analysé, nous ajoutons quelques gouttes (3 ou 4) d'acide acétique; nous agitons vivement. Le suc ainsi additionné présente l’odeur aigrelette des liquides de stase que Pon rencontre en clinique et qui contiennent naturellement de l’acide acétique.

Dans ce Suc À, nous dosons également en présence du Réactif de Topfer-Linossier l’acidité libre, totale et combinée.

Il est bien évident que la différence de résultat entre le suc N et le suc À provient dans ces conditions de l’acide acétique ajouté.

Le Suc À étant ainsi connu est également porté à l’étu: ve à 38° pendant 24 heures.

3°) — Suc L: La troisième portion de liquide réservé est additionné de quelques gouttes d'acide lactique, puis dosé de la même façon que le Suc A et porté à l’étuve à 38° pendant 24 heures.

En résumé, nous nous trouvons ainsi en présence de trois liquides gastriques dont nous connaissons la teneur en H, en À, et en C, et la teneur en acides organiques. La

mise à l’étuve à 38° pendant 24 heures, réalise la température normale à laquelle sont soumis les liquides de stase instrastomacaux.

Il nous sera facile de voir les variations subies par ces trois liquides au bout de 24, 48 heures, trois jours, et plus s’il y a lieu.

Nous exposons ci-après sous forme de tableaux les résultats trouvés. Pour la commodité, tous les résultats sont exprimés en Hel, même pour l’acide acétique et lactique.

Premier liquide gastrique

Suc A Suc L

D En

Troisième liquide gastrique

Avant d’interprêter les résultats fournis par les tableaux qui précèdent il nous a paru utile de voir que devenait dans les mêmes conditions une solution d’acide acétique et une solution d’acide lactique. Nous avons donc mis

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. à l’étuve à 38° ces deux solutions, après dosage, nous exprimons ci-dessous les résultats trouvés, toujours en Hel —

1°) Acide acétique :

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Ainsi donc, l'acidité pour l’acide acétique diminue avec le temps à une température de 38° dans une solution aqueuse, et cette diminution doit être rapportée à notre avis, uniquement à la volabilité de cet acide. Au contraire, il y a augmentation de l’acidité pour l’acide lactique dans les mêmes conditions, et cette augmentation doit être rapportée, à notre avis, à ce fait que cet acide appartient à la classe des acides monobasiques à fonctions multiples. On connaît trois acides lactiques isomériques : l’acide droit, l'acide gâuche, et l’acide racémique. L’acide droit est celui qui existe dans la chair musculaire, c’est l’acide sarcolactique ou paralactique. Le gauche, est celui qui résulte de la fermentation des sucres par le bacillus acidi lévolacticis. Le racémique est celui qui est produit par divers ferments sur les sucres, découvert par Scheele dans le lait aigri ; c’est le produit officinal, c’est celui que nous avons employé au cours de nos expériences. Or, on sait qu’il est à la fois acide monobasique et alcool secondaire, que chauffé à 130°, il perd de l’eau et devient acide dilactique; que les acides

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forts le décomposent en acide acétique, formique et oxalique. |

Ceci dit, si nous considérons les tableaux ci-dessus, se rapportant à des sucs gastriques d'individus normaux au point de vue stomacal, nous voyons que le phénomène se reproduit, et même peut-on dire avec plus d'intensité, qu’il s'agisse de diminution pour l'acide acétique ou d’augmentation pour l’acide lactique. Dans un miliew complexe tel que le liquide gastrique, et en présence de ferments divers, contenus dans ce milieu, il peut, nous semble-t-il, se passer des phénomènes de même ordre, c’est-à-dire dédoublement ou transformation de l’acide lactique, et l’acidité apparente s’en trouve augmentée.

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