‹ Aconits et Aconitines: ToxicologieChapitre 12 sur 35 · Jaquinianum, tenuifôlium, floribus majoribus glabris · texte numérisé non relu

Jaquinianum, tenuifôlium, floribus majoribus glabris

Voici maintenant les caractères spécifiques complémentaires de l’aconit Napel, au point de vue botanique. C'est une plante herbacée à racine napiforme, à tige haute d’un demi mètre à un mètre et demi, glabre, à

feuilles alternes, palmatiséquées avec des segments bi ou trifides et inégalement incisées, dentées. Ses fleurs forment une grappe serrée, longue de 30 centimètres environ, ses sépales bleus sont pubescents, le postérieur prolongé en un petit bec à son sommet. Ses deux nectaires supérieurs, d’un bleu foncé, ont leur portion dilatée en forme de bonnet phrygien.

L’Aconit ferox ou Bish est adopté par notre codex, bien qu'il soit difficile de le trouver dans le commerce. On l'appelle Bikh, Bisch, Visha (poison) Ativisha dans les Indes ; en Angleterre, Indian aconit root. Il est répandu sur les flancs de l'Himalaya (Nepal-Sikkim, Kumaon, Garwhal). Ses fleurs sont bleues, en grappes terminales, ses feuilles sont très segmentées, laciniées et présentent des poils mous à leur partie inférieure. Nous donnerons plus loin les caractères distinctifs de sa racine.

Dans nos pays, on ne trouve, outre l’A. Napel, que l'A. paniculatum, l’A. lycoctonum et l’A. anthora.

L’A. Paniculatum, Lin. est très répandu sur nus hautes montagnes (v. Cariot) ; il se distingue par son casque en croissant, à bec descendant, ses pétales à sac large, non recourbé en volute: ses fleurs sont bleu violacé, quelquefois blanches ou panachées, en panicule dont les rameaux sont étalés divariqués, 4 juillet et août. Reichenbach le range dans la série des Cammarum. Il se trouve souvent dans les jardins, en Alsace.

L’A. Lycoctonum (A. Thelyphonum Rchb. et A.

Vulparia), aconit jaune, tue-loup. — Wolfseisenhut, Gelstern Handsgoft. — En Alsace, où il est aussi commun, on l’appelle encore Wolfstodt, Teufelswurtz, etc.

C’est avec l’A. Anthora, le seul aconit de l’Europe centrale à fleurs jaunes; 1l a un rhizome napiforme.

L’aconit lycoctonum était jadis officinal et l’est encore dans certains pays d'Europe. Il est usité fréquemment pour la destruction des animaux. Il ne contient pas d’aconitine, mais de la lycaconitine C?TH#tAz?20?,H°0 et de la myoctonine C*?H#Az'O*. Les deux bases que Hübschmann en avait isolées, la lycoctonine et l’acolyctine n’y préexistent pas. mais sont des produits de dédoublement des deux alcaloïdes ci-dessus. Le rhizome contient 1,38 0/0 de lycaconitine et 0,8 0/0 de myoctonine.

L’A. anthora, (anti-thora) est ainsi nommé, parce qu'il était considéré comme le contre-poison du ranonculus thora, sa tige est pubescente, son casque hémisphérique, ses fleurs jaunes en grappes ovales. Il est assez commun (v. Cariot). Jadis officinal sous les noms de radices anthoræ et d'A. salutiferi comme contre-poison et vermifuge, il est inusité aujourd’hui, sa saveur est amère, âcre, à arrière-goût douceâtre. Il est considéré comme non toxique (Tchirch).

Mentionnons encore l’A. heterophyllum (Wallich) officinal dans les Indes. Il croît sur les flancs ouest de l’'Hymalaya, dans le Kachmir et est caractérisé aurtant par ses feuilles cordiformes, vaguement lobées que par ses fleurs jaunes ou pourpres. Il fournit les racines d’Atées (Atis, Utées, Atcesknollen) très usitées dans l'Inde. Elles ont été étndiées par le professeur Shimoyama, par Broughton, Dymick, Royle, Duninw, Wasowicz. Elles contiennent de l’Atésine, alcaloïde cristallisé, et un autre alcaloïle amorphe, de l'acide aconitique, du tannin, du sucre, des corps gras et de l’amidon, mais pas d’aconitine. Elles ne sont pas toxiques, fait intéressant, et

d’ailleurs on a signalé plusieurs autres aconits non vénéneux dans l'Inde. Ces racines usitées dans le pays sous le nom de Wakhma ont aussi donné de l’atésine à Shimoyama.

Pharmacologie. — Le Codex français mentionne avons-nous dit deux aconits :

l° L’aconit ferox ou Bish (Indes). Aconitum ferox. Wall.

2° L’aconit napel. Aconitum napellus L. et il utilise la racine et la feuille de ce dernier. L’astérique dont il fait précéder le mot. aconit indique que cette substance doit se trouver dans toutes les officines.

Les rhizomes de l’aconit napel ont été adoptés sous les dénominations de Tubera aconiti s napelli et aussi de Radices aconiti par les pharmacop. German. PA. Austr. Ph Hung. Brit.vh. Ph. United states:

Quelques-unes des anciennes pharmacopées de provinces qui ont encore cours en Allemagne n’adoptaient pour la préparation de l’aconit et de la teinture que les feuilles d’aconit : on y admet que celles-ci n’ont que les 2/3 de l’activité de la racine et on modifie les préparations sur ce pied. On agit de même pour toutes les préparations ou formules antérieures à 1862 pour l’Allemagne du Nord et à 1872 pour l'Allemagne du Sud (Hager).

La tige herbacée annuelle de l’aconit sort d’une racine tubéreuse, allongée, conique ayant de 5 à 10 centimètres de long et jusqu’à 2 centimètres d'épaisseur. Ce

rhizome n’est presque jamais seul, il y a toujours deux ou même trois rhizomes réunis : le rhizome mère celui que nous venons de décrire est plus gros, moins dense, souvent creux, à côté de lui se trouve le rhizome fille, plus peut, plus dur et terminé par un simple bourgeon. Tous deux sont réunis par une forte racine adventive fixée près du collet, à direction horizontal et longue seulement de quelques millimètres. Selon l’époque de la récolte le vieux rhizome peut être flétri, ratatiné, poreux, vide, le jeune étant au contraire dans la plénitude de sa vigueur ; ou bien et ce n’est pas rare, tous deux sont à peu près dans les mêmes conditions. On peut supposer qu’ils sont alors aussi actifs l’un que l’autre, tandis que même en dehors d'analyses non encore faites dans ce sens, il est à peu près certain que l’on doit rejeter le rhizome vieux. Pendant la dessication se produisent sur le rhizome de longs sillons longitudinaux souvent contournés en pas de vis et de petites rides très fines, en même temps les radicelles à teinte plus claire se strient en long mais elles deviennent fragiles, cassantes et ne sont plus marquées dans les échantillons du commerce que par les cicatrices arrondies de leur chute.

Les rhizomes sont résistants, durs et quand ils sont bieu secs on les cassent difficilement. La cassure est compacte, plutôt farineuse que cornée, blanc grisâtre, une ligne cambiale foncée y dessine une étoile à cinq, rarement sept rayons, bien marqués. En dedans de cette ligne la partie médullaire centrale est plus blanche dans les tubercules de bonne qualité et au contraire le tissu en est raréfié ou même disparu dans les vieux rhizomes. On aperçoit même à l’œil nu de fines ponctuations très mar-

nt

quées à l’extrémité des rayons de l'étoile et aussi dans ses angles rentrants : ces ponctuations correspondent à des faisceaux. En dehors une ligne brune épaisse de plusieurs fractions de millimètres à cassure brune, résineuse, figure l'écorce primaire et sert de périderme au rhizone.

L’histologie du tubercule est fort importante car elle est si spécifique qu'il suffit d’un petit fragment trouvé dans un Cas d’empoisonnement pour établir son identité ef échafauder toute l'expertise. Dans sa partie inférieure, le rhizome a les caractères anatomiques des racines vraies c’est-à-dire qu’il a les faisceaux au centre, mais plus haut la prolifération des cellules du parenchyme riche en amidon écarte les faisceaux et les localise à la zone cambiale laissant au centre une moelle abondante. La zone cambiale est formée de plusieurs assises de petites cellules plates, minces. Dans les angles soit saillants, soit rentrants de l'étoile se trouvent des faisceaux fibro-vasculaires en V très ouverts ou arqués, la concavité regardant vers la moelle. Les fibres des faisceaux sont épaisses et les vaisseaux sont rayés ou plus rarement réticulés. Ce qui est bien caractéristique de ces rhizomes c’est surtout l’endoderme qui sépare l’écorce primaire de lécorce secondaire. Il est formé de cellules minces, aplaties, tangentielles, à contenu brunâtre et est accompagné en dedans et en dehors par des cellules pierreuses, éparses, à parois plus épaisses, aplaties. En dehors de cet endoderme se trouvent six à dix rangées de cellules vieilles, irrégulières, aplaties, tangentielles, brunes, s’exfoliant vers le dehors et formant le périderme, c’est l'écorce primaire.

Cite

Les cellules du parenchyme cortical aussi bien que celles de la moelle sont volumineuses, gorgées de fécule et affectent souvent une direction radiée.

En résumé ce qui est spécifique c’est : 1° La couche brune de l’endoderme et les cellules péridermiques. 2° La zone cambiale étoilée ayant à ses angles rentrants et saillants des faisceaux arqués ou en V très ouvert.

On n’y a jamais vu de cristaux d'aucune sorte. On y a surtout signalé comme substitution :

1° Les rhizomes d’A. stærkeanum. Rchb. Ils sont plus longs que ceux de l’aconit Napel et généralement il y a un rhizome jeune de chaque côté du rhizome vieux, les rayons de l'étoile du cambium sont plus mousses

(Tchirch);

2° Les rhizomes d'A. Variegatum. Ils sont remarquables par leur petitesse et proportionnellement plus épais, l'étoile du cambium est très irrégulière.

Quant à l’histologie, il n’y a aucune différence pour les trois aconits précédents.

3° Les rhizomes de l’A. anthora sont fusiformes avec une moelle très petite. L'étoile cambiale a dix rayons inécaux, irréguliers.

4° Le rhizome de l’A. Lycoctonum n’est pas napiforme, il estsurmonté par plusieurs têtes et possède une abondante chevelure. La substitution est presque impossible d’ailleurs avec l’A. anthora et l’A. Lycoctonum, leurs fleurs jaunes empêchent les erreurs

On dit que le rhizome de l’aconit cultivé est plus gros

et moins actif. C’est une question qu’on ne peut résoudre, vu que si l’aconit est cultivé dans des conditions voisines de son état naturel, rien ne s’oppose à ce qu'il soit aussi actif. Si même l’aconit que l’on cultive est dans un sol aride et non dans un terrain à terre noire, il peut être plus actifque celui qui aura été recueilli dans des lieux ombragés et humides.

L’aconit recueilli en automne et au printemps, donne un rendement plus considérable en extrait, mais aux dépens de sa qualité, car c’est Le sucre qui alors domine dans le rhizome.

La conservation des rhizomes d’aconit n’exige qu’un lieu sec, car les insectes ne l’attaquent pas, malgré sa richesse en fécule.

Il faut prendre des précautions pendant les pulvérisations et se protéger le nez et la bouche.

Nous avons vu que le codex français mentionne aussi les feuilles d’aconit napel, herba aconitit seu napelli, folia aconiti (in Ph. Hispan. ; Ph. Belg. ; Ph. Helvet. ; Ph. Neerl. ; Ph. Brit.; Ph. Dan. ; Ph. United-States).

Bien que le couex dise feuilles d’aconit, on emploie chez nous la plante entière que l’on cueille vers l’époque de la floraison.

La tige est droite, rigide, herbacée, simple, glabre, elle atteint de 0"60 à 120 et plus, elle est recouverte d’une riche frondaison de belles feuilles glabres, vert foncé, luisantes et comme vernissées en dessus, beaucoup plus pâles en dessous. Leur contour général est arrondi ou cordiforme et elles ont ordinairement de 8 à 15 cent. de diamètre. Le pétiole est creusé en gouttière, droit et peut atteindre 0®10 cent. à la partie inférieure

os

de la tige, mais il se raccourcit plus haut. Le limbe est divisé en trois grands segments principaux par des sinus qui le découpent jusqu’à l'insertion même du pétiole. Le segment muyen qui est dans l’axe du pétiole est plus petit, irrégulièrement découpé, les deux latéraux plus grands sont subdivisés d’abord en deux lobes par une coupure profonde, puis à leur tour ces lobes sont généralement -trifides etleurs extrémités sont encore découpées en petites lanières ou dents étroites et pointues, de nombre variable (2 à 5). Les nervures sont peu ramifiées et se dirigent presqu’en ligne droite vers le sommet des segments en envoyant un filet pour chaque lobe. Telle est la disposition des grandes feuilles, mais cette complication va se simplifiant de plus en plus vers le haut, de telle sorte qu'entre les bractées terminales et le type le plus compliqué que nous avons décrit, il y a tous les échelons intermédiaires.

La feuille a une odeur désagréable, faible, une saveur fade puis acre et caustique, sèche elle est fragile et non hygroscopique, mais on la reconnaît bien encore dans ses débris à la forme en coins des segments, aux teintes différentes des deux côtés du limbe et surtout à sa structure histologique; sa partie supérieure porte un épiderme en feuille de chêne, sans stomates, sous lequel est une assise de cellules en palissade qui occupent le 1/3 de l'épaisseur totale du limbe.

La première analyse de l’aconit napel fut essayée par Trutten, Steinmacher et Trommsdorff le suivirent dans cette voie mais comme lui n’arrivèrent qu’à des résultats incomplets. Brande le premier en 1829 devait isoler l’aconitine.

oi

A l’état frais, la racine d’aconit a une odeur rappelant un peu le radis, odeur qui disparaît par la dessication. Le principe odorant n’a pas été recherché. La saveur est d’abord faiblement rance, puis rapidement âcre et même caustique.

On y a signalé comme principe actif, l’aconitine, la nepaline (pseudaconitine), la picraconitine, l’aconine, la pseudaconine, l’atésine; enfin Surgens y a trouvé des bases amorphes.

Quand on prépare l’aconitine, on trouve en outre de la résine, des corps gras, du sucre, de la mannite, sans doute produits pendant les opérations. Flick y a trouvé de l’inosite.

L’acide aconitique, abondant dans les feuilles, n’existe pas dans les racines.

Les feuilles d’aconit contiennent moins d’aconitine que les racines; toutefois Dragendorff en a obtenu jusqu’à 1 pour 019 (tandis que le rendement des racines n’est que de 0,20 pour 010). Wright et Frenrie ont obtenu de 800 kilog. de plantes fraiches seulement 15 grammes d’alcaloïdes solubles dans léther, mais qui n’ont pas donné d’aconitine cristallisée.

La Ph. Belg. cependant retire l’aconitine des feuilles sèches et la Ph. Hisp. de l'extrait alcoolique des feuilles récemment séchées.

Par contre les feuilles sont riches en acide aconitique, qui y est sans doute uni à la chaux. C'est Pescher de Genève qui l’a découvert en 1821.O0n peut souvent trouver des cristaux d’aconitate de calcium assez volumineux dans les vieux extraits d’aconit de pharmacie.

Cet acide n’est pas toxique, et est d’ailleurs assez répandu

dans le règne végétal : les prêles, l’achille mille feuilles, les dauphinelles en contiennent, de même que la canne à sucre; Linderos en a isolé 10 pour 00 de l’adonis vernalis sec. Il n’est pas toxique, a été fait par synthèse et a un grand intérêt chimique, mais son importance toxicologique étant à peu près nulle, nous ne nous en occuperons pas davantage.

On trouve en outre dans ces feuilles du tannin verdissant les sels ferriques et surtout des sels ammoniacaux, et enfin 16,6 pour 010 de cendres.

Substitutions. — Si les pharmaciens et les droguistes s’en rapportaient à la lettre au Codex, et faisaient les préparations avec la feuille d'aconit recueillie au commencement de la floraison, on aurait à craindre un grand nombre d'erreurs ou de substitutions frauduleuses ; mais on fait toujours chez nous l’alcoolature avec la plante entière, « herba aconiti » de la plupart des pharmacopées, ce qui élimine immédiatement un grand nombre de plantes, comme les renoncnles à feuille d’aconit, qui n’ont pas de tiges ou dontla tige ne ressemble en rien à celle de l’aconit.

Toutefois, on lui substitue souvent l’A. Iycoctonum; la feuille de celui-ci est moins profondément segmentée et un peu velue.

Les divers delphinium, aujourd’hui cultivés dans les jardins et les D. sauvages (D. elatum L.) ressemblent beaucoup à l’aconit napel, mais s’en distinguent parce qu’ils sont ve/us en dessous.

M. Florence à signalé il y a une dizaine d’années une substitution qui s’est pratiquée à Lyon et à laquelle il a

= Do—

rapporté quelques empoisonnements. Les chercheurs de plantes apportèrent du Mont-Pilat, comme ils avaient l'habitude de le faire chaque année, l’aconit aux droguistes pour la préparation de l’alcoolature qui fait l’objet d’un commerce important dans cette place. Six cents kilogrammes avaient déjà été mis en œuvre dans un laboratoire quand la forme d’une racine attira l'attention de M. Florence. Elle était bien différente de celle de laconit papel. En examinant la plante de plus près il constata que les feuilles étaient un peu velues dans les angles rentrants des segments et que d’autre part elles n’avaient pas la saveur spéciale de celles de l’aconit, le suc obtenu pendant la contusion n’était pas âcre. De l’examen des bourgeons floraux il put conclure à une synanthérée qui fut ultérieurement déterminée par M. Cuzin comme étant un Senecio. Il est à remarquer que le préparateur était un vieil employé fort versé dans son métier et botaniste intrépide qui de sa vie n’avait manqué une excursion et cependant il s’y trompa tant la ressemblance était grande. M. Florence put s’assurer que d’autres fois cette substitution avait eu lieu et s'expliquer ainsi la différence d'action de l’alcoolature qui tantôt inerte est d’autres fois d’une activité redoutable.

Nous serons plus bref pour la description de l’aconitum ferox. Sa racine tubéreuse, simple, en forme de cône allongé, a de 7 à 10 cent. de long et de 1 à 4 cent. de diamètre dans sa partie la plus épaisse. Elle est très souvent aplatie, arquée, très ridée surtout dans le sens de la longueur et marquée ça et là par les cicatrices des radicules. Cette racine est d’un brun noirâtre elle devient blanchâtre par le frottement au niveau des parties sail-

lantes. Blanche et farineuse normalement à l’intérieur, elle est généralement cornée, translucide, très compacte et dure à cause de sa dessication au feu. À cause des modifications produites par le feu on ne constate rien de caractéristique au microscope au point de vue de la structure.

Aconitines. — Entrevue par divers chimistes dès le commencement de ce siècle (Steinacher, Palas, Peschier, 1820) l’aconitine a été isolée pour la première fois par Brande qui l’a décrite comme une base peu soluble dans l’eau, soluble dans l'alcool; il l’appela aconitin ou aconitine et il croyait qu’elle existait dans les extraits à l’état de malate. On trouve l’aconitine de Brande dans tous les traités de pharmacie antérieurs à 1830, aussi s’explique-t-on difficilement qu'aujourd'hui tous les anteurs donnent à Hesse et à Geiger la priorité de sa découverte en 1833 seulement. C’est que le beau travail de ces deux grands chimistes fit époque. Le produit qu’ils obtinrent et qu’ils appelèrent aconitin ou aconitine comme Brande, était-il le vrai principe actif de l’aconit? Etait-il identique au produit de Brande? Assurément non. Depuis le travail de Geiger on a obtenu une foule de produits auxquels on a donné le nom d’aconitine et qui n’ont de de rapport commun que leur origine. Ainsi on trouve aujourd’hui dans le commerce outre l’aconitine cristallisée de Duquesnel (ou aconitine française), les aconitines de Gehe, de Merck, de Hottot, de Petit, de Schuchardt ou Trommsdorff, de Morson, de Friedlander, etc., etc.

Actuellement le mot aconitine (aconitin, aconitina,

aconia seu aconitum des pharmacopées) désigne dans la science tout principe basique retiré des feuilles ou des rhizomes d’aconit par les méthodes quelconques d’extraction des alcaloïdes . La confusion redoutable qui est résultée en thérapeutique de cette situation a causé un grand nombre d’empoisonnements mortels et a été définitivement jugée par notre Codex qui n’entend par aconitine que celle qui est cristallisée. Il a rigoureusement prescrit sa préparation, ce qui est le pointcapital, mais il a eu le tort de ne pas donner sa synonymie car cette aconitine est connue ailleurs que chez nous sous le nom d’aconitine Duquesnel. Il a eu un autre tort tout aussi grave sur lequel nous insisterons plus loin. Malheureusement le commerce n’y regarde pas de si près et nos fabricants français, à cause des droits élevés qui frappent les alcools, ne peuvent lutter contre leurs confrères étrangers dont nous sommes tributaires pour les alcaloïdes en général. Que nous envoient-ils? Des produits dont l’activité varie, selon Husemann, comme 1 à 60 et plus. Les réactions chimiques et les dosages de ces produits sont illusoires, et on ne peut demander aux pharmaciens de doser leur toxicité physiologiquement. On a proposé de rayer tout simplement ce redoutable produit du nombre des agents médicamentaux que possèdent nos officines : la chose est plus complexe que cela. C'est cependant ce qu'a fait la pharmacopée allemande et celle des Etats-Unis, mais les autres n’ont pas osé et d’ailleurs s’il est possible de le rayer du Codex, il est plus difficile de le supprimer. des ordonnances médicales. L’aconitine est officinale en France, en Angleterre, en Belgique, en Autriche, en Hongrie, en Suisse, en Hollande, en Roumanie, en Russie et en Espagne et

les pharmacopées des trois premières nations seulement établissent des caractères suffisants pour qu’il n’y ait pas de doute sur la qualité de l’aconitine adoptée et indiquent le modus preparandi. C’est là le point capital. Aussi pour arriver à quelque uniformité, chose si indispensable avec un produit aussi dangereux, on s’est habitué dans chaque pays à n’utiliser l’aconitine que d’une marque déterminée. Ce n’est là qu’une garantie factice qu'il ne faut accepter que sous bénéfice d'inventaire car le plus léger accident de fabrication et la qualité surtout de l’aconit peuvent avoir la plus grande influence sur la toxicité de l’aconitine obtenue. Depuis que Duquesnel à préparé son aconitine cristallisée, les fabricants allemands ont perfectionné leurs méthodes, ils ont vu où étaient les causes d’altération du produit obtenu et actuellement l’aconitine dite Allemande est beaucoup plus active qu’autrefois. Ainsi, d’après Husemann à qui nous empruntons ces détails, Plugge en 1881, trouva l’aconitine de Merck de 21 à 22 fois plus faible que celle de Petit qui était 170 fois plus toxique que l’aconitine la plus faible connue.

Mais en 1884 Buntzen et Madsen ont constaté que l’aconitine de Merck était exactement aussi active que celle de Petit. Il en est de même de celle de Morson plus forte aujourd’hui qu’il y a dix ans. On a été longtemps d'accord pour admettre que laconitine Duquesnel était la plus active de toutes, et en tant que principe chimique pur, la plus active possible. Kobert cependant affirme, et on connait la probité scientifique du professeur de Dorpat que celle de Gehe est tout aussi active aujourd’hui et d'autre part Madsen qui a essayé l’aconitine Duquesnel dit l’avoir trouvée beaucoup moins active que ne l’indiquaient autrefois d’autres expérimentateurs.

On voit combien devient illusoire la distinction des aconitines française, allemande ou anglaise et cependant cette façon de spécifier a été adoptée par plusieurs pharmacopées, notamment par la Ph. Russe qui prescrit l’aconitum germanicum. On conçoit facilement d’autre part, les dangers qui résultent pour les malades de ces perfectionnements, c’est ainsi qu'en Hollande on a eu des intoxications mortelles par l’aconitine d’une fabrique allemande alors que les mêmes doses de l’aconitine de cette fabrique n'avaient jamais donné lieu au moindre accident autrefois.

Dans l’état actuel de la question nous devons conclure que les aconitines, même cristallisées, ne constituent pas une espèce chimique constante, en dehors mème des accidents de préparation. Nous avons dit que celle de Duquesnel avait été trouvée par Madsen très variable ; ce fait a d’ailleurs été confirmé par les travaux de Laborde et de Duquesnel lui-même et résulte de l’origine même du végétal dans certains cas. C’est ainsi que de l’aconit recueilli dans l’Oberland bernois a donné un produit d’une activité considérable, bien supérieure en tout cas à celle du produit donné par l’aconit du Dauphiné. Cette aconitine fut même trouvée plus toxique que celle que Gehe avait préparé en dernier lieu et qu’on avait cru ne pouvoir dépasser bien qu’elle fut amorphe. Il est vrai qu’elle différait de l’aconitine extraite de l’aconit du Dauphiné par sa forme cristalline (petits prismes courts à jointements diédriques). Il paraît certain qu’il y a une différence d'activité non seulement dans les aconitines des diverses parties de la même plante (1), mais encore dans les aco-

(1) L’aconitine allemande faible d'autrefois était retirée de la feuille.

it

nitines provenant d’aconits de diverses origines; en un mot, il y a des crus pour l’aconit comme pour la vigne. Les variations doivent être plus considérables encore selon les époques de la récolte. Il n’est donc pas nécessaire de rechercher les qualités si diverses de l’aconitine dans l'espèce d’aconit employé. On a longtemps accusé Morton de retirer son alcaloïde du Bish (A. ferox) mais il a pu prouver qu'il l’obtenait de l’aconit cultivé. On a dit de même sans preuves, que les rhizomes envoyés à Duquesnel de l’Oberland bernois provenaient de l'A. paniculatum, variété à fleurs blanches.

Indépendamment de ce que nous avons dit ci-dessus, nous devons faire remarquer que T. et H, Smith d’une part et Duquesnel d'autre part, ont retiré des feuilles d’aconit des alcaloïdes très toxiques, donnant des accidents à la dose d’un demi-milligramme déjà; mais il reste acquis de travaux faits en commun par Laborde et Duquesnel que les racines de l’Oberland donnent un produit plns toxique que celles du Dauphiné et celles-ci un produit plus actif que celles des Vosges. De même la variété À. neomontanum de Suisse agirait plus que celle des Pyrénées. Madsen toutefois s’incrit en faux contre ces assertions, pour lui les différences observées ne proviennent que des substances étrangères variées dont il est difficile de débarrasser les aconitines. Par des cristallisations répétées, les produits deviendraient de plus en plus actifs. Ces substances étrangères appartiendraient précisément en propre à certains crus. Les racines moisies livrent une aconitine peu active, sans doute pour la même raison.

Eufn, fort peu de travaux ont été faits sur les diverses

note

espèces d’aconit et, croÿons-nous, aucun sur les variétés décrites par Reichenbach ; mais il est certain que beaucoup de celles-ci sont peu actives et peut-être contiennent des aconitines spéciales. Duquesnel d’ailleurs affirme que chaque espèce d'aconit renferme trois aconitines, une cristallisable et les autres amorphes, mais se distinguant par leur solubilité dans l'eau, l’une (la napelline) étant très soluble.

Donnons maintenant quelques détails sur les aconitines en particulier.

Le produit obtenu par Brande devait certainement être très impur et très altéré. Nous n’avons trouvé que peu d'indications sur sa préparation. aussi ne ferons-nous que le citer.

Quant à l’aconiline de Geiger et Hesse, ces auteurs l’obtenaient de la facon suivante: ils utilisaient l’acide sulfurique pour l'extraction, précipitaient par les alcalis forts, ne ménageaient pas les longues ébullitions et ne pouvaient, en raison du peu de principe actif contenu dans la plante, qu'obtenir un produit altéréayant subi plus ou moins complètement les dédoublements dont nous connaissons la théorie aujourd’hui. Ce produit contenait sans doute les autres bases de l’aconit. Voici du reste les propriétés assignées par les auteurs à leur aconitine :

« L'aconitine ne semble pas susceptible de cristalliser, à l’état 1e plus pur elle est blanche, grenue, ou sous ferme d’une masse incolore, transparente, présentant l'éclat du verre, inaltérable à l’air ; elle est inodore, sa saveur est amère, puis âcre mais cette âcreté n’est ni forte ni persistante, bien différente de celle de la plante qui dure souvent 12 heures et plus et laisse la langue toute engourdie, le

principe âcre est intérieurement uni à l’aconitine impure, mais en combinant à plusieurs reprises cet alcali avec les acides en décomposant le sel formé, on enlève peu à peu l’âcreté. L’aconitine privée en totalité du principe âcre est vénéneuse au plus haut degré, 1/50 de grain dissous dans un peu d’alcool étendu d’eau,suffit pour tuer un moineau dans l’espace de quelques minutes et 1/10 de grain tue un petit oiseau avec la rapidité de l'éclair. Portée sur l'œil, elle produit une dilatation de la pupille qui ne dure que peu de temps. Elle est facilement fusible, non volatile, elle donne des vapeurs ammoniacales à la distillation sèche, elle est peu soluble dans l’eau mais très soluble dans l’alcool, l’éther la dissout également. Les solutions sont alcalines, la solution aqueuse n’est pas précipitée par la dissolution de platine.

L’acide nitrique dissout l’aconitine sans produire de coloration, l’acide sulfurique la colore d’abord en jaune, puis en rouge amarante sale. L’aconitine neutralise complètement les acides, les sels de cette base paraissent incristallisables. Ils n’ont pas encore été bien examinés. Quant à l’analyse élémentaire et au poids atomique de l’aconitine, ils n’ontencore été l’objet d’aucune recherche. » (Annales de pharmacie 1833, vol. VIT). Plus tard le procédé fut modifié par Planta, mais l’aconitine de Geiger et Hesse resta si peu active que Husemann put, en 1859 en administrer 7 doses de 0 gr. 05 en 36 heures, sans aucun inconvénient. D'ailleurs cette aconitine n’est pas âcre ni caustique, mais franchement amère, sauf de rares exceptions où apparaît un peu l’acuité inhérente à l’aconitine vraie. Cette différence dans les propriétés

organoleptiques aussi bien que les variations des réactions

noie

chimiques auraient suffi à indiquer que ce corps n’avait rien de commun avec l’aconitine cristallisée vraie, comme l’analyse élémentaire le prouve péremptoirement. Planta lui a trouvé pour formule C#H*7AzO7 celle de son chlorhydrate serait CYH{7AzO'HCI ; mais ces formules n’ont pas grande signification, car l’aconitine de Geiger et Hesse n’était certainement qu’un mélange des produits d’altération de l’aconitine et des autres bases de l’aconit. Elle n’est pas cependant identique à l’aconine dont elle contient à la vérité une petite quantité. C’est la napelline de Duquesnel qui y dominait sans doute, ainsi que la picraconitine de Groves dont la formule est C#H#Az00, par conséquent assez voisine de celle donnée par Planta à l’aconitine qui nous occupe. Selon Husemann, elle contenait en outre de l’aconelline, base isolée par T. et H. Smith, et qui n’est pas différente de la narcotine.

On l’administrait à la dose de O0 gr. CI à O gr. 05. En Suisse, la pharmacopée prescrit pro dosi 0,002, pro die 0,005, la pharmacopée russe 0,004 pro dosi et 0,03 pro die, dose trop faibles pour obtenir des résultats. Elle est encore officinale dans la plupart des pays. Des modifications légères dans la formule, prescrites par les pharmacopées ou usitées par les fabricants, la rende très active, si bien qu’il existe aujourd’hui une infinité d’aconitines de Geiger. Dans certains pays, en Espagne par exemple, on la prépare avec les feuilles.

L’aconitine belge ou de Hottot dérive, comme fabrication, du type de l’aconitine Geiger et Hesse, mais la magnésie remplace le carbonate de soude. Selon les indications de Hottot, on fait macérer pendant huit jours les

rhizomes avec de l'alcool légèrement acidulé par de l'acide sulfurique, on exprime, on filtre, on distille au bain-marie, après refroidissement on sépare l’huile qui surnage l’eau, on concentre à consistance sirupeuse et on agite avec de l’éther pour enlever le reste de l’huile. On étend d’eau, on neutralise l’acidité par de la magnésie délayée dans de l’eau, et enfin on agite avec de l’éther à 0,725 de D, celui-ci évaporé, laisse de l’aconitine brute qu’on dissout dans l’acide sulfurique étendu.

On décolore au noir animal, on agite avec de l’éther tant que celui-ci enlève quelque chose puis on précipite l’aconitine par de l’ammoniaque.

Cette façon de procéder à été indiqué par M. Hottot en 1861. L’aconitine obtenue est très active, Hottot lui-même en a pris jusqu’à 0 gr. 4 millig. mais après le 83° milligrammes survient le plus souvent des accidents graves.

Husemann, à qui nous empruntons ces détails, fait observer que la dose de 0,001 doit être maxima, et 0,002 pro die, et il considère aussi dangereux les chiffres fixés par la Ph.-Belg. qui autorise pro dosi 0,004 et pro die 0,03, ces doses peuvent être fatales.

L’Aconitine anglaise, À. de la Ph. anglaïse : Ac. de Morson se prépare comme suit : On chauffe à l’ébullition les racines d’aconit pulvérisées avec de l’alcool à, 838 puis on laisse macérer 4 jours, puis on déplace. On distille l'alcool, on concentre au bain marie, on reprend Je résidu avec le double de son poids d’eau bouillante et on filtre après refroidissement. L’aconitine est ensuite précipitée par de l’ammoniaque en léger excès, à douce température, recueillie, séchée, dissoute dans de l’éther

See

qui par évaporation la laisse encore impure. Il faut la redissoudre dans de l’eau acidulée par de l’acide sulfurique, précipiter par de l’amoniaque étendue, laver le précipité avec un peu d’eau froide et enfin le sècher.

L’aconitine ainsi obtenue est sans doute un mélange d'alcaloïdes mais est fort active ; elle est toutefois un peu plus faible que l’aconitine de Hottot, mais il faut l’employer aux mêmes doses.

Cette aconitine ne doit pas être confondue avec le produit vendu sous la marque :

Aconitine pure de Morson,que Schroffétudia dès 1857 au point de vue physiologique, etqui d’aprèsles recherches récentes de Buntzen est aussi active que celle de Petit et de Merck. C’est un produit amorphe, blanc sale, à saveur acre et causlique, non amère; ne se fluidifiant pas dans l’eau bouillante, soluble dans 20 p. d'alcool bouillant et 100 d’éther bouillantet ne se colorant pas par l’acide sulfurique, la solution éthérée ou alcoolique l’abandonne cristallisee ; elle est soluble aussi dans 240 p. de chloroforme. Elle n'est d'ailleurs pas très constante et doit être un mélange d'aconitine am rphe et d'aconitine cristallisée.

Où connaît en outre en Angleterre :

1° l’Aconitine ancienne de Turnbalt (1834) qui agit énergiquement sur la peau, ce que ne fait pas celle de Geiger et Hesse.

Pereira a cité en 1844 un empoisonnement avec l’aconitine anglaise qui faillit être fatale à la dose de 1 milligramme et demi.

Aconiline (allemande) de Merck. — Nous avons déjà dit que par suite de perfectionnement dans la fabrication, les aconitines allemands sont devenues de plus en plus pures, de plus en plus actives. Huseman dit que celle de Merck fabriquée aujourd’hui n’est que de l’aconitine amorphe pure de Duquesnel, elle en a l’activité.

Aconitine du codex français. Aconitine cristallisée. Aconitine de Duquesnel. Aconitine française. — Le grand perfectionnement réalisé par Duquesnel dans la préparation, perfectionnement adopté par le codex, consiste dans la substitution d’un acide organique faible à l’acide sulfurique qui dissocie trop facilement l’aconitine et dans celle du bicarbonate de soude au carbonate trop énergique employé par Geiger. Voici comment le Codex décrit cette préparation :

Racine sèche d'aconit napel..... 1000 gr.

Alcool à 90 centièmes........... 8000 gr.

paurdishlliées SALUE Fe Ether officinal et, um Bicarbonate de soude...

Acide (Aririque,.. eee

Epuisez par l'alcool adlitionné de 10 grammes d’acide tartrique la racine d’aconit préalablement divisée. Exprimez le résidu, filtrez le liquide puis distillez ces derniers à une douce chaleur et à l’abri du contact de l'air. Après avoir ainsi séparé tout l'alcool, reprenez le résidu par l’eau qui laisse insolubles les matières grasses et résineuses, filtrez et agitez la solution avec de l’éther qui se

to

charge de certaines matières colorantes, Décantez l’éther, ajoutez à la liqueur aqueuse du bicarbonate de soude jusqu’à cessation d’effervescence el agitez avec une nouvelle quantité d’éther; celui-ci dissout l’aconitine mise en liberté par le carbonate alcalin. Laissez évaporer à Pair la solution éthérée d’alcaloïde et purifiez ensuite le produit qui s’est déposé en le reprenant par de l’eau aiguisée d’acide tartrique, décolorant la solution acide par agitation avec de l’éther, précipitant par le bicarbonate de soude ei recueillant par agitation avec de l’éther l’aconitine mise en liberté. Le dernière liqueur éthérée additionnée de son volume de pétrole léger donne en s'évaporant lentement de l’aconitine cristallisée.

Les auteurs ne sont pas d'accord avec le codex sur le fait de la solubilité dans l’eau chaude qui serait presque nulle d’après quelques uns. Précipitée de ses solutions elle est en poudre blanche amorphe, assez soluble dans l'eau froide, dont la poussière en traces infinitésimales provoque la toux.

L’aconitine est caractérisée par sa remarquable action sur la langue : saveur chaude, brûlante, piquante, caustique, très marquée avec une quantité impondérable : cette saveur rappelle très bien celle qu’on éprouve en mâchant les racines de pyrèthre. Cette saveur si typique peut servir à reconnaître si une aconitine du commerce contient ou non des traces d’aconitine vraie, cristallisée : elle est si sensible qu’à la dose de 0 g. 00002 on peut la percevoir pendant plusieurs heures. Il s’y joint souvent vers la fin un peu d’amertume. Sa toxicité est effroyable; déjà à la dose de un demi-milligramme on peut avoir des accidents graves, on en a même avec la dose de O0 g. 00025 c’est-

à-dire la dose que Duquesnel a fixé en thérapeutique pour un adulte.

Au point de vue chimique, nous ajouterons qu’elle reste inaltérée à 140°, sans se volatiliser, qu’elle jaunit un peu si on élève encore la température, puis qu’elle fond à 183° en se volatilisant en partie, et en exhalant une faible odeur d’acide benzoïque ; elle ne se dissout pas dans l’éther de pétrole ni dans la glycérine; elle agit très faiblement sur le papier rouge de tournesol ; la solution alcoolique de ses sels est sinistrogyre. Duquesnel lui a assigné pour formule C*H#A7z070, tandis que le codex a adopté eq : CSH#AzO# — atom. C#H#AzO!® formule trouvée par Wright et Luff, par l’analyse d’une aconitine préparée d’après le procédé Duquesnel.

Dragendorff et Schlagdenhaufen ont adopté, au point de vue dutitrage volumétrique, la formule (eq.) (?7H1Az010 dont l’iodure double de mercure devient C?H#AzO!01?+ Hg? formule admise daus le dosage par pesées, et qui se rapproche de la formule de Duquesnel selon ces auteurs (?) Dans ce cas, un centimètre cube de la liqueur titrée de Mayer équivaut à 0,0269 d’aconitine. Si on chauffe l’aconitine en tube scellé avec de l’eau à 1 40°-150°, elle se dédouble- en acide benzoïque et aconine, base nouvelle, presqu’insoluble dans l’éther, très soluble dans l'alcool et le chloroforme, non {oæique, amère, non âcre, et qui est peut-être, selon Husemann, identique avec la Nappelline ou lAcolyctine que Hübschmann à trouvée dans l’aconit suisse en 1857 et 1865.

La réaction peut se représenter, d’après Wright et Luff par :

CHHS3AzO L H20 = CH60? + CAHS#AZON

Aconitine Acide benzoïque Aconine

AE

Ce déloublement s’effectue plus vite sous l’influence des alcalis, et encore plus vite sous celle des acides minéraux. Les carbonates alcalins eux-mêmes peuvent l'hydrater ainsi, mais non les bi-carbonates, ni les acides organiques. Ceux-ci toutefois, l’acide tartrique par exemple, par une chaleur vive, longtemps continuée, peuvent lui enlever de l’eau, et donner l’Apoaconitine C'#HMAz0*!!, qui a beaucoup d’analogie avec l’aconitine. Pour Türgens, la formule de l’aconitine serait C*H#Az0'* et selon lui, elle ne se dédoublerait pas en aconine et

acide benzoïque.

L'Aconitine de Petit est préparée, dit-on, comme celle de Duquesnel, mais sa purification est poussée moins loin (Plugge, Husemann). Selon Plugge, qui l’a essayée à Groningue, elle serait huit fois moins active que celle de Duquesnel : toutefois il a suffi de trois milligrammes pour tuer un adulte en 4h. 112 (emp. de Winsehot).

Nous ne décrirons pas les sels d’aconitine qui sont généralement cristallisés, non déliquescents. Le nitrate mis en faveur par Duquesnel a été adopté par notre Codex et c’est lui qu’on emploie sur le nom d’azotate d’aconitine, Azotas aconitinæ. Il se prépare comme suit :

Aconitine cristallisée....,..., Acide azotique officinal......

Eau disullée. 2.101. irait

mn <

mn

Sur l'aconitine pulvérisée et délayée dans cinq fois son poids d’eau environ, versez jusqu’à neutralisation exacte l'acide azotique préalablement dilué de cinq fois son poids

At

d’eau. Evaporez la liqueur au bain-marie et laissez-la refroidir. L’azotate d’aconitine cristallise peu à peu.

Quelquefois selon Duquesnel, il cristallise en cristaux rhombiques ; ilest faiblement efflorescent et devient alors d’un aspect nacré. Ses solutions aqueuses sont altérables et perdent peu à peu leur activité.

Réactions. — Les alcalis caustiques précipitent l’aconitine de sa solution saline en masse gélatineuse non sans décomposition partielle et formation d’acide benzoïque.

L’ammoniaque agit de même mais maintient en solution une partie de l’alcaloïde qui ne se précipite qu’à chaud.

Les carbonates et bicarbonates alcalins précipitent aussi sans qu’un excès de précipitant redissolvele précipité qui est cristallin avec les bicarbonates. Le phosphate de soude, l’acétate de plomb, l’acétate basique, l'acide gallique, le pyrogallol ne précipitent pas, mais l'acide picrique donne lentement un précipité jaune. À

Le tannin précipite abondamment et le précipité est insoluble dans l’eau acidulée.

Le chlorure d’or donne un chlorate blanc jaunâtre insoluble dans l’eau mais soluble dans l’alcool.

Le chlorure de platine donne un précipité jaunâtre insoluble dans l’eau mais soluble dans un excès de chlorure de platine.

Le réactif de Mayer donne un précipité blanc encore dans une solution à 1/20000. Ce précipité est très important. Il fond à chaud en devenant verdâtre. Mis sur la langue, il donne parfaitement la saveur caractéristique de l’aconitine durant deux ou trois heures avec

Page 1