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I. Il n’existe sur le cadavre aucune trace de violences

II. L’autopsie et l'examen des organes ne révèle pas la cause de la mort. L’état de dégénérescence graisseuse dont le cœur était atteint pouvait exposer M. de Reinach à la mort subite par syncope; mais rien ne nous autorise à affirmer que cette syncope se soit réellement produite.

IT. L'analyse chimique n’a décélé la présence d’aucune substance toxique dans les viscères ; aucun des résultats obtenus ne permet de conelure que la mort a été causée par un empoisonnement. »

Résumé du deuxième rapport de MM. Schützenberger, Brouardel, Richardière, Ogier et Villiers :

Ce rapport a été exclusivement consacré à la recherche des poisons végétaux (alcaloïdes, glucosides, etc.). La méthode employée pour l’extraction a été celle de Stas modifiée par Otto.

Voici les résultats obtenus par les essais chimiques et les essais physiologiques :

« 1° Résidu provenant du traitement de la liqueur alcaline. Essais chimiques.

Une fraction du résidu, dissoute dans une goutte d’eau légèrement acidulée a été additivnnée d’une goutte d’iodure de potassium ioduré, et dans le deuxième essai,

d’une goutte d’iodure double de mercure et de potassium. Ces deux réactifs donnent avec les alcaloïdes, le premier un précipité brun, le second un précipité blanc jaunâtre ou Jaune. Il ne s’est produit dans les deux cas, qu’un trouble extrêmement léger, qui peut être regardé comme du même ordre que celui que l’on observe toujours lorsque l’on opère sur des viscères plus ou moins altérés. La production de ce trouble peut être attribuée à des ptomaïnes résultant de la putréfaction, et n'implique pas la présence d’alcaloïdes proprement dits. Dans tous les cas la faiblesse du précipité obtenu indique que si ces derniers sont contenus dans le résidu, ce n’est que dans des proportions excessivement faibles. »

L’acide picrique ne produit pas de précipité caractéristique, même après concentration par évaporation.

L’acide azotique de densité 1, 4, ne détermine qu’une légère coloration Jaune. Ce caractère exclut la présence de la colchicine, (coloration violette), de la brucine (coloration rouge). Après évaporation à sec au bain-marie et addition de potasse alcoolique, on n’a qu’une coloration jaune orangé que l’on peut obtenir dans le cas de résidu renfermant des traces de ptomaïnes, et différant absolument de la coloration violette qui est fournie dans ces conditions par l’atropine.

Le sulfomolybdate de soude (réactif de Frœhde), ne donne aucun résultat, ce qui exclut la morphine avec laquelle on obtient une coloration lilas.

Le sulfosélénite d’ammoniaque (réactif de Lafont), ne donne qu’une très légère coloration brune ; pas de coloration verte (codéine).

Sulfovanadate. Légère coloration verte déjà signalée

dans la première expertise. Cette coloration est produite par les ptomaïnes et aussi par la colchicine ; mais cette dernière est absolument exclue par le résultat négatif obtenu avec l'acide azotique. On n’observe nullement la coloration violette qui est donnée si nettement par des traces de strychnine.

Acide sulfurique, aucune réaction ni à froid, ni à chaud. (La vératrine donne une coloration jaune ; la narcotine à chaud une coloration rouge, puis violacée).

Acide sulfurique et sucre. Aucune coloration. (La vératrine dans ces conditions donne une coloration verte).

Une partie du résidu chauffée avec un mélange d’acide sulfurique et d’alcool, puis additionnée de perchlorure de fer, ne se colore pas en vert. (Digitaline cristallisée).

L’acide sulfurique bromé, ne détermine pas de coloration rouge (réaction d’un produit toxique de la digitale, autre que la digitaline cristallisée).

La potasse alcoolique, à chaud, ne donne pas lieu à un dégagement d’un produit éthéré d’une odeur spéciale (cocaïne).

Ces résultats indiquent qu'il n'existe pas dans le résidu de l’évaporation de l’éther provenant de la liqueur alcaline, de quantité appréciable de strychnine, brucine, colchicine, vératrine, atropine, morphine, codéine, narcotine, digitaline, cocaïne, et concordent avec ceux obtenus dans la première expertise.

De même les réactions douteuses qui ont été indiquées pour l’aconitine ont êté encore une fois essayées ; et n’ont donné aucun résultat.

no

L’acide sulfurique a légèrement jauni le résidu sans le colorer en violet, ainsi qu’on peut l’observer avec certaines espèces d’aconitine.

L'acide phosphorique de densité 1,5 n’a donné aucune coloration.

Enfin une portion du résidu déposé sur la langue n’a déterminé aucune sensation particulière (aconitine, cocaïne).

Essai physiologique (Résumé). — Des ‘expériences ont été faites par injection, sous la peau d’une grenouille, d’une fraction du résidu égale au 1/10 du produit total, délayée dans l’eau. Les tracés graphiques, soit des contractions du muscle gastrocnémien soit des mouvements du cœur ont été normaux.

2° Residu provenant du traitement de la liqueur acide. — Essai chimique. — Le traitement de la liqueur acide par l’éther permet d'isoler des glucosides, des produits à fonction acide ou des anhydrides acides et aussi un petit nombre d’alcaloïdes dont les sels sont plus ou moins dissociés par l’eau.

Une fraction du résidu, obtenu par l’évaporation de l’éther dissous dans l’eau, n’a donné aucun précipité, n1 aucun trouble par les réactifs généraux des alcaloïdes : iodure de potassium ioduré, iodure de mercure et de potassium.

L’acide azotique ne détermine qu’une coloration jaune et non violette (colchicine).

Une partie du résidu chauffée avec un mélange d'acide sulfurique et d'alcool, puis additionnée de perchlorure de

fer ne se colore pas en vert; avec de l'acide sulfurique brômé, il ne se produit pas de coloration rouge (digitaline). Une partie du résidu évaporée à sec, délayée dans une goutte d'huile d'amandes douces n’a déterminé aucune démangeaison, ni éruption après une application sur l'avant-bras au bout d’une journée (cantharidine).

Essai physiologique (Résumé). — Un tracé du cœur pris sur une grenouille empoisonnée par le résidu suspect semblait révéler la présence d’un poison cardiaque. Mais des expériences comparatives, faites sur des viscères d'individus ayant succombé, l’un à une congestion pulmonaire, l’autre à la suite d’un diabète compliqué d’érisypèle ont montré que ce poison cardiaque existait dans les cadavres normaux, c'était une ptomaïne.

Et les auteurs de l’expertise terminent leur rapport en disant : « en résumé, nous nous sommes exclusivement livrés à la recherche des poisons végétaux, et nous avons consacré à cette recherche, la presque totalité des viscères restants.

Nous n’avons obtenu que des résultats négatifs. Dans la première expertise, on avait trouvé dans l’exagération de l’amplitude des mouvements du cœur, à la suite de l’injection d’une portion du résidu à une grenouille, un indice qui aurait pu faire supposer l'existence de l’aconitine dans les viscères, mais qui n’a pas été confirmé par les autres essais. Cette indice même a fait défaut dans la seconde expertise.

Nous croyons devoir faire ici les mêmes réserves que celles qui ont été présentées dans le premier rapport à propos des difficultés que l’on éprouve à retrouver les

poisons ingérés à doses excessivement faibles, surtout quand il s’agit de poisons altérables. »

Est-ce à dire que, dans aucun cas, on ne pourra arriver à déceler l’aconitine ? Non. Les faits sont là pour prouver le contraire. Lorsqu'il s'agira de doses assez fortes ingérées ou lorsque l’on opérera dans des conditions très favorables, on pourra parfois arriver à des conclusions positives, tel le cas suivant que nous devons à l’amabilité de M. Ducher, pharmacien en chef de l'Hôtel-Dieu de Saint-Etienne, chargé de l'expertise chimique dans l'affaire qui fait le sujet de l’observation VIII,

« Le 13 juin, M. le docteur Garand est commis à l’effet d’autopsie. Il pratique l'examen médical le 14 et conclut à la nécessité d’une expertise chimique. Le 15 au matin nous sommes mis en possession des organes qu'il avait eu le soin d'enfermer dans des bocaux.

Notre expertise comprenait la recherche d’un poison dans les organes de la dame G. Mais étant donné les circonstances et les symptômes de la mort, notre attention était appelée surtout sur la présence de l’asonitine. Nous avons en conséquence fait tout d’abord une petite part pour la recherche des principaux poisons minéraux dont nous n’avons pu décéler aucune trace, réservant la majeure partie des viscères pour la recherche des poisons organiques et particulièrement de l’aconitine.

Nous avons suivi la méthode de Draggendorff. Le poumon, le cœur, le cerveau, le foie, les reins, la rate, les intestins ne nous ont fourni que des résultats négatifs. Au contraire l’estomac et son contenu nous ont permis d'arriver à un liquide fournissant les réactions générales des alcaloïdes. Pour éviter le plus possible la perte nous

avons opéré sur des lames de verre. Nous avons essayé la réaction indiquée comme caractéristique de l’aconitine, soit l’action de l’acide sulfurique et de l’acide phosphorique sur le résidu de l’évaporation de quelques gouttes du liquide. Les résultats ont été peu nets. Nous avons eu recours alors à des expérimentations physiologiques. Deux grenouilles de même force ont été injectées parallèlement, l’une de un dixième de milligramme d’azotate d’aconitine cristallisée, l’autre de un centigramme de la solution préparée avec l’estomac.

Voici ce que nous avons noté :

10 ph.

Première grenouille

Injection, agitation.

Inertie, respiration se ralentit.

Respiration très lente, le train post. piqué ne réagit plus.

Respiration ne se fait plus, baillements comme pour vomir. L'animal porte les pattes à la bouche.

Sorte de salut répété plusieurs fois.

L'animal conserve les positions qu’on lui imprime.

L'animal parait mort.

Deuxième grenouille

Injection, violente agitation.

Calme. >

Respiration subit un ralentissement.

Paralysie du train post.

Plus de respiration.

Inertie complète. La grenouille offre tous les signes de la mort.

Ces tableaux offrent une analogie très grande, Les phénomènes d’intoxication suivent une marche identique. Ils rappellent ceux que Laborde et Duquesnel donnent comme caractéristiques de l’intoxication par l’aconitine chez la grenouille.

Nous devons ajouter que l’estomac, renfermant peu de liquide, était dans un parfait état de conservation.

Nous avions à notre disposition les linges que la malade a contaminé par ses déjections alvines et par ses vomissements. Mous les avons soumis avec toutes les précautions voulues à la méthode de Draggendortff. Seuls les linges sonillés de vomissements nous ont fourni comme résultat final, une solution présentant les réactions générales des alcaloïdes. Nous avons pratiqué des injections à des grenouilles et nous avons pu noter successivement :

Le calme succédant à l’agitation du début: le ralentissement de la respiration, la paralysie du train postérieure, les nausées, enfin l’arrêt complet de la respiration.

De toutes ces expériences nous nous sommes cru en droit de tirer cette conclusion :

L'estomac et son contenu, les linges souillés par les vomissements nous ont fourni une base organique à reactions physiologiques identiques à celles de l’aconitine.

Cette conclusion est celle de notre rapport.

Notre expertise comprenait en outre : l’examen du nitrate d’aconitine qui a servi à la confection de la solution. Il provenait de la Pharmacie centrale. C'etait du

nitrate amorphe préparé avec de l’aconitine cristallisée ce qui explique sa grande activité.

Quant à la solution elle renfermait uniquement du nitrate d’aconitine et de l’eau distillée. La teneur en nitrate était, d’après quelques essais de dosage auxquels nous l’avons soumise et en tenant compte de la façon dont a été pesé le nitrate — 5 centigrammes divisés à vue d’œil en 4 parties — de 13 à 14 milligrammes.

Les pilules étaient hien des pilules de cynoglosse.

M. Ducher avec qui nous avons eu plusieurs fois l’occasion de causer de cette expertise nous a souvent fait remarquer les conditions éminemment favorables dans lesquelles il à opéré. Le poison était connu ce qui a permis d'utiliser en vue de laconitine la majeure partie des viscères, de plus outre les viscères 1l avait à sa disposition les linges souillés par les déjections, les vomissements etc., enfin les pièces lui ont été remises 48 heures après la mort, la putréfaction n’avait pas commencé, l'estomac dégageait une odeur aigrelette parfaitement nette. Et cependant, nous disait-il, maloré la conviction que je pouvais avoir, Je n'ai pas conclu à la présence de lPaconitine, mais à celle d’un alcaloïde offrant les réactions physiologiques de l’aconitine.

Nous n’avons eu jusqu'ici en vue que l’aconitine, il va sans dire que, dans des cas d’empoisonnement par la plante d’aconit elle-même, on pourra parfois arriver à des conclusions positives indéniables. C’est ainsi que des débris de la plante retrouvés dans un récipient ayant servi à préparer le breuvage, voire même des débris de feuilles retrouvés dans l’estomac de la victime, pourront être caractérisés microscopiquement d’une façon absolue,

De l'étude précédente il ressort :

1° Que la recherche de l’aconitine dans les viscères d’un cadavre est une opération des plus difficiles pour les raisons suivantes : toxicité extrême et accidents mortels après ingestion de doses minimes ; modifications profondes subies par cet alcaloïde dans l’organisme même avant l'apparition des ptomaïnes ; difficultés accrues par l'apparition de ces dernières.

2 Que cette recherche donnera dans la plupart des cas des résultats négatifs, résultats négatifs que l'expert fera bien de faire suivre d’un correctif, en signalant à la justice les difficultés que l’on éprouve actuellement à

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