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Au pied de l'édifice, et à son angle de mitoyenneté avec la maison, il y avait une porte basse, cintrée, qui se fermait au moyen d’un lourd battant, garni de plaques et de bandes de fer. Bouchée aujourd’hui, cette porte restait ordinairement close. La tour semblait abandonnée. Mais de la maison attenante on y communiquait par un panneau secret. Cette maison n’est plus maintenant telle qu’elle était alors.
Point d'habitants au rez-de-chaussée. Prudemment munies de barreaux, les fenêtres étaient encore fermées par des volets intérieurs, Au premier étage, de vastes salles, parfois brillamment éclairées, et où les accords du biniou se mèlaient au bruissement des baisers, aux éclats de rire, au choc des verres. Souvent aussi ces salles étaient muettes. Des semaines entières se passaient sans qu’un hôte y parüt.
Tour et maison appartenaient, en 1534, à un charmant jeune homme, qui signait Georges de Maison neuve. De quelle noble famille descendait-il, d’où venait-il? Problème. Georges était un joyeux compagnon, brave, hardi, rohste, riche, généreux. En fallait-il davantage pour lui assurer des succès dans le monde? Son extrait de naissance, quise fût avisé de le lui demander? Il était Georges de Maisonneuve, bien vu, bien fêté, adoré des mamans, caressé des papas, guigné par les filles, chéri par les fils et par les frères. Ces témoignages de la considération publique valaient tous les titres. Au moyen de quel talisman Les avait-il gagnés? Secret facile à pénétrer. Georges était brave, complaisant, séduisant, nous l’avons dit : il avait de l'or; il le prodiguait à
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pleines mains, depuis une année qu'il résidait à Saint- Malo, voilà le mot de l’énigme. Il se disait natif de l'Écosse, où s’était établie, au commencement du siècle, sa famille, d’origine francaise, et où il possédait de grands biens. On l’avait généralement cru sur parole. Georges de Maisonneuve était, au reste, servi par des domestiques modèles, contre la fidélité desquels venaient échouer toutes les inquisitions de la curiosité ou du mauvais vouloir. Aux questions des indiscrets, ils répondaient avec la plus grande politesse, mais aussi avec la plus grande habileté et de façon à dérouter les conjectures. Aux insinuations des malveillants, ils haussaient les épaules ou faisaient adroitement l'éloge de leur maitre.
Qu'il fût bon gentilhomme, de vieille souche ou n’en eùt que l’habit et le masque, Georges de Maisonneuve s'acquittait fort bien de son emploi.
Constance et lui se rencontrèrent. Ils eurent désir l’un de l’autre. Chez la jeune fille, ce fut moins de l’amour peut-être qu’un vif sentiment, une attraction de sympæthie. Chez lui, le vainqueur, le blasé, ce fut le besoin d'une sensation nouvelle, mêlé à je ne sais quel entrainement magnétique vers la mignonne et frêle créature.
Si Constance l’eût aimé de cet amour, tout flammes, tout brülant, dont son cœur était le foyer, nul doute qu'elle ne se fût, sans qu’un voile de pudeur gazât son front, donnée à lui. Entre la contrainte et la satisfaction d'un appétit, Constance n’eût pas balancé. Le devoir lui était inconnu. Mais telle n’était pasla nature de son pénchant pour Georges de Maisonneuve. Elle se plaisait
dans sa présence, avait joie à ses flatteries, à ses caresses ; et, s’ignorant elle-mème, elle se disait: « Je l'aime; je n’aurai d’autre époux que lui.» C'était, d’ailleurs, sa première inclination. Constance n'avait jamais analysé ses impressions. Les ardeurs de son esprit, la vivacité de ses sens, elle les soupçonnait à peine,
Quant à Georges, bien plus que celle de l’âme, il recherchait la possession du corps. Quoique mentalement séduite, la jeune fille fit résistance. Il s’irrita, il s’emporta, et n’obtint pas davantage. Le mariage fut proposé. Mariage secret, cela va sans dire. « Demandez ma main à mon tuteur,» répondait Constance. — « Et ma famille qui est noble, hélas! et ma famille qui est puissamment riche! » objectait Georges. — «Attendez alors que maitre Jacques ait repris la mer.» — « Pourquoi attendre? Ne veut-on pas vous fiancer avant son dé. part? » — «On ne me fiancera pas, je vous le promets; et le soir du jour où Cartier aura levé l’ancre, je jure de vous suivre à l'autel. »
On sait que Constance tint parole. Pour échapper aux fiançailles et s’épargner, en même temps, un refus dont la perspective ne laissait pasde la contrarier, à cause du trouble, des questions, des observations, des reproches que provoquerait ce refus, elle concerta avec Georges un enlèvement, qui réussit à leurs souhaits, comme nous l'avons vu.
N’eût été le déchainement subit du kirk et le naufrage de Constance, ils se seraient mariés dans la nuit qui suivit le départ de Jacques Cartier. Tout avait été préparé à cet effet. Gagné par les largesses de Maisonneuve, un
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cordelier, du monastère établi, en 1469, dans l’ile de Césembre, avait promis sa bénédiction. Mais le hasard, l'éternel faiseur et défaiseur de projets, en disposa autrement, au moment même où Georges croyait pouvoir se féliciter du concours inattendu qu’il venait de lui offrir.
Lorsque le bruit de la mousqueterie se fit entendre sur la Grande-Conchée, Georges de Maisonneuve allait sauter dans un bateau amarré à l’est de l’écueil, entre deux roches. |
— Qu'est cela, mon doux? fit Constance redevenue craintive; qu’y a...
Le reste de la phrase expira sur ses lèvres; et elle roula sur la grève près de Georges, qui tombait, frappé, comme elle, d’une balle égarée.
La jeune fille avait perdu connaissance.
Quand elle recouvra la raison, Constance était couchée en sa chambre de la maison de Cartier. On lui apprit qu'elle avait été blessée involontairement, dans une rencontre qui avait eu lieu sur la Grande-Conchée, entre des soldats de la garde de Saint-Malo et des pirates qu'on supposait être les Tondeux. Constance trembla en songeant à Georges.
Un mot la rassura.
— Si c’étaient les Tondeux, on n’a pu en prendre aucun, ajouta dame Catherine qui lui donnait ces explications. Heureusement, ma chère fille, que les gardes sont arrivés à temps pour te délivrer; sans eux, Jésus-Sauveur! quel sort.
La pudibonde dame Catherine s'arrêta, honteuse d’en avoir trop dit.
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-— Aussitôt que tu seras relevée, mon enfant, continua-t-elle après une pause, nous irons rendre nos actions de grâces à Saint-Malo-du-Laurier; car c’est mi-
racle que tu aies échappé à la tempête, puis aux bri- jou gands, puis à la mousqueterie de nos gardes. Tu — Mais quels gardes? interrogea Constance. ajo — Les gardes de la ville. Ils surveillaient, depuis plu- LR sieurs jours, parait-il, les allées et venues de gens sus- n0C pects, parmi lesquels se trouve, assure-t-on, un prétendu seigneur... qu'i — Le sire de Maisonneuve, n'est-ce pas? interrompit lab Constance d’un ton calme. — — Lui-mêème, ma fille. Il n'était point avec eux, sans tion. | « doute ? … | Et dame Catherine jetait sur Coustance un coup d'œil RS bras l: timide. tiel, | | — Avec eux? où? fit celle-ci d’un air étonné. qui | — Mais, sur la roche? — | — Je ne l’ai point vu. Du reste, je le connais à peine, ment En abordant à l’écueil, j’ai trouvé la cacou (1), qui m'a — TRUE réchauffée et prêté des vêtements. Seigr
| — Pauvre malheureuse! Il faudra la récompenser, qui
C'est déplorable qu’elle soit possédée; n ss cela, nous corde la prendrions à la maison. D —(
| — Ah! gémit Constance, je sens une douleur au D d'un l côté... Const — C'est là que tu'as été blessée, mon enfant. On t'a LE garde: maria
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(4) En Bretagne, l'on donnait ce nom aux juifs, aux excommu- it niés, aux parias de la société. prit le
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rapportée demi-morte. Par bonheur, un des gardes te connaissait... Mais, pendant plus d’un mois, tu as eu la fièvre chaude... La sage-femme n’osait répondre de tes jours. Et tu divaguais, mon enfant; tu divaguais!.…. Tu croyais voir le sire de Maisonneuve, tu l’appelais, ajouta-t-elle en rougissant...
— Vraiment! proféra la jeune fille du ton le plus innocent.
— Cest pourquoi, reprit Catherine, j'avais imaginé qu'il était avec les Soudards et qu’il t’avait arrachée à J’abime.…
— Quelle idée! fit Constance avec un geste de néga= tion.
— Ah! chère fille, continua la bonne dame, en l’embrassant tendrement, te voici rendue à toi, c’est l’essentiel, Béni soil le saint nom de ma bienheureuse patronne qui a exaucé mes vœux !.…
— Mais toi, mère, comment es-tu sortie de la tourmente? demanda énfin Constance. |
— Moi, répondit-elle simplement, je dois la vie au Seigneur tout-puissant, à Colas, l’un de nos mariniers, qui m'a transportée sur l’île de Césembre, où les pères cordeliers nous ont donné tous les secours possibles.
— Quoi! vous avez été poussés sur Césembre, à près d'un mille de l’endroit où nous avions naufragé? dit Constance, souriant à la pensée que, sans l’attaque des gardes, dame Catherine aurait pu être témoin de son mariage avec Georges.
— Allons! assez, mon enfant! c’est trop causer, reprit la femme de Cartier, en bordant le lit; dors... On
| m'a recommandé pour toi le silence et le repos. Un autre jour nous nous conterons, par le menu, de quelle manière, avec l’aide de Dieu, nous avons été préservées de la mort,
La convalescence de la jeune fille commençait, car sa blessure, peu profonde, avait eu des suites moins sérieuses que la congestion cérébrale, déterminée en partie par la soudaineté et la violence des émotions qu’elle avait éprouvées. Mais d’abondantes saignées l'avaient fort affaiblie, Quatre mois après l’accident, elle ne pou-
vait encore sortir de sa chambre. \ Loin d’altérer le sentiment qu’elle nourrissait pour Georges de Maisonneuve, le sombre mystère planant sur L' | sa tête avait doublé l'intérêt que lui portait Constance. vant | Ce mystère formait auréole au front du jeune homme. ques 1 Elle s’irritait d’être confinée à la maison. Elle voulait le eta | | voir. Sa volonté était un ordre impérieux. En cachette, flam | Manon, la vieille nourrice, se chargea de la commission. dait 1 Et, le 4 septembre suivant, entre dix et onze heures A | du soir, par de profondes ténèbres, Constance, sa lu- et sa mière éteinte, attachait au pilastre perpendiculaire qui une | séparait en deux compartiments la fenêtre de sa cham- D table bre, une échelle de soie. "4 | leurs | La chambre était au premier étage; la fenêtre donnait Æ les ag fl sur la petite place, devant la: douve du château. Cor | tive, ] f | autre jt j tendre TBE battit
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